Les couples biactifs lorrains habitent plus souvent en périphérie

Alexandre Tillatte

En 2011, plus de 250 000 couples dans lesquels l’homme et la femme ont un emploi vivent en Lorraine. Ces couples biactifs représentent 45 % des couples lorrains. Dans sept couples biactifs sur dix, la femme a un diplôme de niveau égal ou supérieur à celui de son conjoint. Ces couples résident plus souvent en périphérie des grands pôles. Ce phénomène d’installation dans les couronnes périurbaines s’accroît depuis 1999. Près de trois de ces actifs sur quatre quittent leur commune de résidence pour aller travailler. Les femmes sont en général plus proches de leur lieu de travail que les hommes. Elles parcourent en moyenne 11,4 kilomètres contre 14,8 kilomètres pour les hommes. De plus, la présence d’enfant tend à faire diminuer leurs trajets. Dans l’ensemble des couples biactifs, les cadres parcourent plus souvent de grandes distances. Plus de 20 % d’entre eux font plus de 30 kilomètres pour rejoindre leur lieu de travail.

Insee Analyses Lorraine
No 11
Paru le : 13/01/2015

En 2011, plus de 562 000 couples résident en Lorraine. Dans 45 % des cas, il s’agit de couples biactifs, c’est-à-dire de couples où l’homme et la femme ont un emploi. En 1999, seulement 41 % des couples étaient biactifs. Ces couples sont moins représentés en Lorraine que dans l’ensemble du territoire métropolitain (47 %). Leur part varie selon les régions françaises, de 37 % en Corse à 53 % en Île-de-France. Dans les couples biactifs lorrains, les hommes ont en moyenne 42,3 ans, les femmes 40,2 ans. Ils sont plus souvent parents que les autres couples lorrains. Ainsi, près de 70 % des couples biactifs où l’homme et la femme ont moins de 60 ans ont au moins un enfant contre seulement 64,7 % des autres couples lorrains. L’agrandissement de leur famille tend à favoriser un lieu de résidence plus spacieux et plutôt dans une zone rurale ou semi-urbaine.

1 – Lorraine : 562 300 couples en 2011

  • Champ : couples dont les deux membres résident en Lorraine
  • Source : Insee, recensement de la population 2011

Les femmes plus diplômées que leur conjoint

Dans 40 % des couples biactifs, la femme a un diplôme de niveau supérieur à celui de son conjoint. Dans seulement 29 % des cas, elle a un diplôme de niveau inférieur. Les femmes en couple biactif ont majoritairement un diplôme universitaire (39 % d’entre elles) alors que les hommes ont plus souvent un CAP ou BEP (35 % d’entre eux). Cet écart de niveau de diplôme s’explique par le fait que les femmes peu diplômées sont moins souvent en emploi que les hommes diplômés. Parmi les femmes de 15 à 64 ans sans diplôme, 52 % sont actives contre 77 % des hommes sans diplôme. Le choix communément fait, lorsque la femme n’a pas de diplôme, est que le mari est le seul au sein du couple à travailler. En effet, l’homme est seul à travailler dans plus d’un couple sur quatre où la femme n’a aucun diplôme. À l’inverse, lorsque l’homme n’a pas de diplôme, sa femme est la seule à travailler dans 9 % des cas.

Les femmes diplômées et très diplômées sont surreprésentées par rapport aux hommes parmi les actifs et donc dans les couples biactifs. Six femmes sur dix en couple biactif ont au moins le baccalauréat contre 49 % des hommes.

Plus le niveau de diplôme est élevé, plus les conjoints ont un niveau de diplôme équivalent. Ainsi, sur 100 hommes diplômés du supérieur, 71 vivent avec une femme également diplômée du supérieur. En comparaison, sur 100 hommes qui ont terminé leurs études par l’obtention d’un baccalauréat, 32 sont en couple avec une femme dans la même situation.

Des couples plus souvent hors des pôles urbains

Les choix résidentiels des couples sont fonction de leurs revenus (possibilité de se loger en fonction de leur budget), de la taille de leur famille et de leur insertion sur le marché du travail (éloignement domicile-travail). Le choix communément fait est de privilégier le cadre de vie plutôt que la proximité de son emploi. Ainsi, les couples biactifs résident plus souvent au sein des couronnes périurbaines (23,7 % d’entre eux) que les autres couples (17,8 %). Ils sont notamment surreprésentés autour de Nancy et au sein du Sillon mosellan, et autour des préfectures de Bar-le-Duc et d’Épinal.

À l’inverse, ils vivent moins dans un pôle urbain (49,6 % d’entre eux contre 55,6 % des couples non biactifs). Toutefois, ils ne sont pas surreprésentés dans les communes multipolarisées. Ces communes sont plus éloignées des pôles d’emploi et offrent un niveau de services et d’équipements légèrement moindre que les couronnes périurbaines, ce qui freine l’installation des couples biactifs dans ces territoires plus ruraux.

2 – Les couples biactifs surreprésentés en périphérie des grands pôles

Les couples biactifs surreprésentés en périphérie des grands pôles
Couples biactifs Autres couples
Lieu de résidence des couples Effectif % Effectif %
Pôle urbain 124 990 49,6 172 660 55,6
Couronne périurbaine 59 740 23,7 55 320 17,8
Commune multipolarisée 57 560 22,8 70 020 22,6
Autre commune, hors influence des pôles 9 760 3,9 12 270 4,0
Ensemble 252 050 100,0 310 270 100,0
  • Source : Insee, recensement de la population 2011

3 – Les couples biactifs plus souvent en périphérie

  • Source : Insee, recensement de population 2011

Les femmes plus proches de leur lieu de travail

Plus de 28 % des femmes et 23 % des hommes en couple biactif travaillent dans leur commune de résidence. Par ailleurs, 16 % des hommes quittent leur région de résidence pour se rendre à leur travail, contre seulement 11 % des femmes. Les trois quarts d’entre eux travaillent à l’étranger. Concernant les régions voisines, les déplacements domicile-travail des biactifs sont essentiellement dirigés vers l’Alsace. Ces biactifs habitent alors essentiellement dans les zones d’emploi de Sarrebourg et de Sarreguemines.

Depuis 2006, l’éloignement entre lieu de domicile et lieu de travail augmente. La part des actifs travaillant dans la commune où ils résident a diminué. Elle est passée de 27,9 % en 2006 à 26,5 % en 2011 pour l’ensemble des hommes actifs lorrains, et de 34,4 % à 32,3 % pour l’ensemble des femmes actives lorraines.

Pour se rendre sur leur lieu de travail, les femmes réalisent des trajets plus courts que leur conjoint. En effet, dans 38 % des couples biactifs, l’homme est plus éloigné de son lieu de travail que la femme. Dans seulement 31 % des couples, la femme parcourt une distance plus grande. La moitié des hommes en couple biactif font un trajet de 9 kilomètres pour se rendre sur leur lieu de travail, contre 6,7 kilomètres pour la moitié des femmes. Toutefois, en ne considérant que les actifs qui changent de commune pour se rendre sur leur lieu de travail, cette distance passe à 14 kilomètres pour les hommes et 11,9 kilomètres pour les femmes.

4 – Près de trois femmes sur dix travaillent dans leur commune de résidence

%
Près de trois femmes sur dix travaillent dans leur commune de résidence
Lieu de travail Hommes Femmes
Dans la commune de résidence 22,8 28,5
Autre commune du département 54,1 55,8
Autre département de la région 7,2 5,0
Autre région 4,4 2,2
Autre pays 11,5 8,5
  • Source : Insee, recensement de la population 2011

4 – Près de trois femmes sur dix travaillent dans leur commune de résidenceRépartition des actifs lorrains en emploi selon le lieu de travail

Des trajets plus courts pour les mères

Lorsque le couple biactif a un enfant, le parcours de l’homme s’allonge. Son trajet moyen augmente de 0,6 kilomètre. A contrario celui de la femme diminue de 0,9 kilomètre. Pour les femmes, il s’agit principalement d’une forte diminution du nombre de longs trajets. En effet, 7,2 % seulement des femmes qui ont des enfants parcourent plus de 30 kilomètres, contre 9,8 % des femmes sans enfant. Leurs déplacements passent le plus souvent à des trajets de 10 à 20 kilomètres (+ 2,7 points par rapport aux femmes sans enfant). Pour les hommes, la hausse du temps moyen de déplacement domicile-travail lorsque le couple a un enfant est principalement due à une diminution des trajets courts (– 4,1 points par rapport aux hommes sans enfant). Cela est le résultat des migrations résidentielles de type périurbain qui apparaissent après la naissance du premier enfant du couple. En effet, 47,4 % seulement des couples avec enfant(s) résident dans un pôle urbain, contre 54,3 % des couples sans enfant.

5 – Couples biactifs avec enfant(s), plus souvent en périphérie que les couples sans enfant

Couples biactifs avec enfant(s), plus souvent en périphérie que les couples sans enfant
Couples avec enfant(s) Couples sans enfant
Lieu de résidence des couples biactifs Effectif % Effectif %
Pôle urbain 82 170 47,4 42 820 54,3
Couronne périurbaine 43 810 25,3 15 925 20,2
Commune multipolarisée 40 660 23,5 16 900 21,4
Autre commune, hors influence des pôles 6 585 3,8 3 180 4,0
Ensemble 173 225 100,0 78 825 100,0
  • Source : Insee, recensement de la population 2011

Les ouvriers et les cadres sont les plus éloignés

Le type de navette diffère aussi selon la catégorie sociale. Corollaire de la nature de leurs activités, près de 85 % des agriculteurs et 55 % des artisans (respectivement 90 % et 57 % pour les femmes) travaillent dans leur commune de résidence. Les employés, majoritairement des femmes, restent également plus que l’ensemble des actifs dans leur commune de résidence pour travailler (24 %). Cela est dû à la présence plus fréquente de ces emplois sur l’ensemble du territoire.

À l’inverse, les cadres et les professions intermédiaires effectuent des navettes plus longues. Ainsi 80 % des hommes et 75 % des femmes cadres changent de commune pour travailler.

Les navettes des ouvriers sont, elles aussi, plus longues que celles observées pour les employés. Près de 85 % des hommes ouvriers et près de 76 % des femmes quittent leur commune de résidence pour travailler.

6 – Des navettes plus courtes pour les employés

%
Des navettes plus courtes pour les employés
Moins de 10 km De 10 à 20 km De 20 à 30 km 30 km et plus
Ensemble 56,6 21,4 10,9 11,1
Agriculteurs 94,3 3,0 0,9 1,8
Artisans 78,9 10,9 4,7 5,5
Cadres 51,7 18,5 11,2 18,6
Prof. intermédiaires 51,1 23,4 12,3 13,2
Employés 61,9 21,0 9,6 7,5
Ouvriers 50,6 25,5 13,0 10,9
  • Source : Insee, recensement de la population 2011

6 – Des navettes plus courtes pour les employésRépartition des actifs lorrains en emploi selon la distance domicile-travail

Plus de la moitié des hommes parcourent moins de 10 kilomètres pour se rendre sur leur lieu de travail. Mais les distances varient là aussi en fonction de la catégorie sociale. Ainsi, alors que 56 % des employés parcourent moins de 10 kilomètres, 50 % des ouvriers et autant de cadres sont dans cette situation. Les cadres sont ceux qui parcourent le plus souvent des distances longues. Plus de 20 % d’entre eux parcourent plus de 30 kilomètres alors que cette situation ne concerne que 12 % des ouvriers.

Concernant les femmes, 60 % parcourent moins de 10 kilomètres. Les femmes cadres font plus souvent des longs trajets (14 %). En dehors des agricultrices et des femmes artisans ou chefs d’entreprise, ce sont les employées qui parcourent le plus souvent des courtes distances : 64 % d’entre elles parcourent moins de 10 kilomètres.

7 – Des trajets plus longs pour les cadres

%
Des trajets plus longs pour les cadres
Cadres, professions intellectuelles supérieures Professions intermédiaires Agriculteurs exploitants Artisans, commerçants, chefs d'entreprise Ouvriers Employés
0 km 0 0 5 1 0 0
5 km 37 33 91 68 32 41
10 km 50 50 94 79 50 56
15 km 61 63 96 86 65 68
20 km 68 72 97 90 76 77
25 km 73 78 98 92 83 82
30 km 79 84 98 94 88 87
35 km 82 87 99 95 92 90
40 km 84 90 99 96 93 91
45 km 86 91 99 97 95 93
50 km 88 93 99 97 96 94
55 km 90 94 99 98 97 95
60 km 91 95 100 98 97 96
65 km 92 96 100 98 98 96
70 km 93 96 100 98 98 97
  • Lecture : 79 % des cadres parcourent moins de 30 kilomètres pour aller travailler
  • Source : Insee, recensement de population 2011

7 – Des trajets plus longs pour les cadresDistance cumulée domicile-travail des hommes en couple biactif

Des écarts de distance moindres lorsque la femme est cadre

Quelle que soit la catégorie sociale, au sein des couples biactifs, les femmes effectuent généralement les parcours les plus courts. Quand la femme est ouvrière ou employée et l’homme cadre ou de profession intermédiaire, l’homme parcourt en moyenne 6 kilomètres de plus que sa femme. Dans la situation inverse, l’homme parcourt en moyenne 1,5 kilomètre de plus. Ainsi, la différence de catégorie sociale au sein du couple a un impact certain sur la distance domicile-travail. Enfin, si les deux conjoints appartiennent à la même catégorie sociale, l’homme parcourt en moyenne 14,7 kilomètres et la femme 11,6 kilomètres.

Plus de 23 minutes de trajet pour les hommes

Dans les couples biactifs où l’homme et la femme se rendent à leur travail en voiture et en heure de pointe, le trajet de l’homme dure en moyenne 23,8 minutes et celui de la femme 17,5 minutes. Un homme sur quatre met plus d’une demi-heure contre moins d’une femme sur cinq pour se rendre sur son lieu de travail.

En Lorraine, 80 % des femmes en couple biactif utilisent une voiture pour aller travailler, contre près de 87 % des hommes. Ainsi, dans 94 % des couples, au moins une voiture est utilisée pour se rendre sur le lieu de travail de l’homme et/ou de la femme.

Par ailleurs, 7,1 % des femmes en couple biactif vont travailler à pied et 6,7 % utilisent les transports en commun (respectivement 4,4 % et 4,0 % des hommes).

Les hommes plus souvent frontaliers

Plus de 38 000 couples biactifs sont concernés par le travail frontalier en Lorraine, soit un sur sept. Dans un tiers des situations, les deux membres du couple travaillent à l’étranger. Lorsqu’un seul y travaille, il s’agit principalement de l’homme (65 %). Le Luxembourg est le premier pays d’accueil des frontaliers lorrains. Ainsi, trois travailleurs frontaliers sur quatre ont un emploi au Luxembourg et un sur cinq en Allemagne. Les territoires abritant le plus de travailleurs frontaliers sont les zones d’emploi proches de la frontière, notamment celles de Thionville (35,4 % des hommes et 40,0 % des femmes) et de Longwy (respectivement 22,9 % et 24,6 %). La zone d’emploi de Metz est également une terre d’accueil des travailleurs frontaliers. Près de 21 % des frontaliers hommes et 16,5 % des travailleuses frontalières y résident.

La périurbanisation : un phénomène qui s’accentue depuis la crise

Depuis 1999, le phénomène de périurbanisation s’accentue en Lorraine et notamment pour les couples biactifs. En effet, 55,8 % de ces couples résidaient en 1999 au sein d’un pôle urbain, soit 3,7 points de plus qu’en 2006 et 6,2 points de plus qu’en 2011. Ce phénomène a pour effet d’accroître les distances entre lieu de résidence et lieu de travail. En 2006, la moitié des hommes en couple biactif parcouraient moins de 7,2 kilomètres pour se rendre sur leur lieu de travail. En 2011, cette distance médiane a augmenté de 1,8 kilomètre par rapport à 2006. La distance médiane des femmes en couple biactif a progressé de 1,3 kilomètre dans le même temps. La progression de la périurbanisation et la crise économique qui raréfie les emplois sont les principales causes de cette augmentation de la distance. Les actifs ont plus de difficulté à trouver un emploi proche de leur domicile et acceptent des distances plus longues pour travailler. Depuis 1999, la part des hommes en couple biactif qui parcourent moins de 10 kilomètres n’a cessé de diminuer. Mais cette baisse est la plus importante entre 2006 et 2011. Toutefois, les distances domicile-travail des hommes et des femmes en couple biactif ont légèrement moins augmenté que pour l’ensemble des actifs.

8 – La part des trajets courts a fortement diminué depuis 1999

La part des trajets courts a fortement diminué depuis 1999
Hommes (en %) Femmes (en %)
Distance parcourue 1999 2006 2011 1999 2006 2011
Moins de 10 km 60,3 58,7 52,7 69,4 66,3 60,6
Entre 10 et 20 km 19,5 21,5 21,3 18,2 20,2 21,4
Entre 20 et 30 km 9,0 10,2 11,7 6,7 8,0 10,0
Plus de 30 km 11,2 9,6 14,3 5,7 5,5 8,0
  • Lecture : La proportion d'hommes effectuant des trajets de moins de 10 km pour aller travailler est passée de 60,3 % à 52,7 % entre 1999 et 2011.
  • Source : Insee, recensements de la population 1999 à 2011

Sources

Les données utilisées dans cette étude sont issues exclusivement du recensement 2011 et de ses exploitations complémentaires. Le recensement est le résultat d’une collecte d’information annuelle, concernant successivement tous les territoires communaux au cours d’une période de cinq ans. Les résultats du recensement de 2011 sont issus des enquêtes annuelles de recensement réalisées entre 2009 et 2013.

Pour les comparaisons avec 2006, les mêmes variables et le même territoire ont été utilisés et sont issus du recensement de la population de 2006.

Définitions

Distance domicile-travail : dans cette étude la distance entre le lieu de domicile et le lieu de travail se mesure entre le centre des deux communes. Les distances de plus de 150 kilomètres ainsi que celles vers les pays frontaliers ne sont pas prises en compte lors de calculs de moyennes. Pour les actifs qui travaillent et résident au sein de la même commune, une distance de parcours moyenne a été établie.