Essoufflement des naissances et montée du quatrième âge

Mathieu Lecomte (Insee)

En 2013, le Nord-Pas-de-Calais compte 4,05 millions d'habitants. La population régionale continue de croître très faiblement, toujours pénalisée par un solde migratoire déficitaire, neutralisant l’effet de l’excédent naturel. La maternité reste forte malgré un léger recul. Le nombre de naissances s’essouffle, quel que soit l’âge des parturientes et l'âge moyen des mères à la maternité continue de s’élever. Le nombre de décès progresse, les générations nombreuses d’entre-deux-guerres et du baby-boom atteignant des âges où les taux de mortalité sont plus importants. De façon concomitante à cette modification structurelle, le vieillissement de la population se poursuit, porté aussi par les gains en espérance de vie. Le poids des moins de 20 ans s’affaiblit sous l’effet conjugué de la diminution du nombre de jeunes et de la hausse du nombre de personnes âgées. La composition démographique nordiste se rapproche ainsi progressivement de la moyenne nationale.

Insee Analyses Nord-Pas-de-Calais
No 02
Paru le : 08/07/2014

Une croissance modérée, portée par l’excédent naturel

Au 1er janvier 2013, la population du Nord-Pas-de-Calais est estimée à 4 052 000 habitants. Elle croît lentement au rythme moyen de + 0,1 % par an depuis 2006. Dans le même temps, la population en France métropolitaine a augmenté cinq fois plus rapidement. Cette faible croissance régionale, déjà observée sur la période de 1999 à 2006 (cf. tableau 1), repose exclusivement sur l’excédent des naissances sur les décès : le solde naturel, très favorable, contribue à faire progresser la population régionale à hauteur de + 0,5 % par an. D’un autre côté, les départs de la région sont beaucoup plus nombreux que les arrivées. Ce déficit migratoire pénalise la croissance de la population régionale à hauteur de –0,4 % par an.

Les deux départements présentent une croissance similaire, liée toutefois à des composantes démographiques différentes. Celle du Nord se décompose en un solde naturel et un solde migratoire plus prononcés en valeurs absolues qu’en moyenne régionale (respectivement + 0,6 % et – 0,5 % par an), quand ces composantes sont au contraire moins marquées dans le Pas-de-Calais (+ 0,4 % et – 0,3 % par an).

Tableau 1 – Tableau 1 : La population nordiste a augmenté cinq fois plus faiblement qu'en France métropolitaine Évolution de la population régionale de 1999 à 2013

Tableau 1 : La population nordiste a augmenté cinq fois plus faiblement qu'en France métropolitaine Évolution de la population régionale de 1999 à 2013
Nord 2 554 449 2 565 258 2 588 118 0,1 0,6 -0,5 0,1 0,6 -0,5
Pas-de-Calais 1 441 422 1 453 390 1464038 0,1 0,4 -0,3 0,1 0,4 -0,3
Nord-Pas-de-Calais 3 995 871 4 018 648 4 052 156 0,1 0,5 -0,4 0,1 0,5 -0,4
France métropolitaine 58 520 688 61 399 719 63 659 608 0,7 0,4 0,3 0,5 0,4 0,1
  • Source : recensement de la population et estimation de population (Insee).

Les naissances en léger repli, à l’image de la fécondité

Sur l’ensemble de l’année 2012, 55 530 enfants sont nés dans la région, soit 7% des naissances en France métropolitaine. Le Nord-Pas-de-Calais contribue, proportionnellement, toujours plus aux naissances françaises que son poids démographique (6,4%). Le nombre de naissances a diminué par rapport à 2011, de façon plus prononcée dans la région qu’en moyenne nationale (respectivement – 1,5% contre – 0,3% (cf. graphique 1). La dernière baisse régionale d'ampleur équivalente remonte à 2003. En prenant en compte les évolutions à l’œuvre sur les dernières années, un repli tendanciel des naissances semble s’amorcer en Nord-Pas-de-Calais, avec une baisse de – 0,3% en moyenne annuelle depuis 2006, contre une relative stabilité en France métropolitaine, avec – 0,1% en moyenne annuelle (cf. graphique 2).

Ce phénomène touche principalement le Pas-de-Calais, qui accuse une baisse de – 3,6% du nombre de naissances entre 2011 et 2012 et une baisse annuelle moyenne de -0,7% depuis 2006. L’indicateur conjoncturel de fécondité, qui mesure la fécondité en corrigeant de la structure par âge des femmes, s’inscrit en repli : dans le Pas-de-Calais, il s’établit à 2,13 enfants par femme en 2012 contre 2,18 en 2011. Il reste néanmoins supérieur au niveau de fécondité enregistré dans le département du Nord, où il est estimé à 2,09 enfants par femme, et davantage encore par rapport à la moyenne en France métropolitaine, à 2,0 enfants par femme.

Un report de la natalité à des âges plus avancés

La baisse de la natalité la plus remarquable a lieu pour les femmes âgées de moins de 25 ans, avec des naissances en repli de – 7,5% dans le Pas-de-Calais et – 3% dans le Nord (cf. graphique 1). Depuis 2006, dans une région jusqu’alors caractérisée par un âge plus jeune de la maternité, et plus particulièrement par une surreprésentation des maternités précoces, les naissances parmi les femmes âgées de moins de 25 ans diminuent régulièrement et de façon plus prononcée qu’en moyenne nationale. Les naissances restent globalement stables pour les femmes âgées de 25 à 34 ans, qui regroupent 63 % des maternités en 2012. Un report de la natalité s’observe toutefois à des âges plus avancés : ainsi, le nombre de naissances parmi les femmes âgées de 35 à 49 ans a augmenté de près de 1 % en moyenne annuelle entre 2006 et 2012, pour atteindre plus de 9 300 naissances. Les parturientes âgées de 35 à 49 ans restent toutefois minoritaires, représentant un sixième des maternités dans la région et un cinquième en France métropolitaine.

Le report progressif de l’âge à la maternité reflète une transformation structurelle des comportements sociaux et matrimoniaux. Les mises en couple et les unions sont en effet réalisées plus tardivement, les séparations et les familles recomposées sont plus nombreuses, les études plus longues. L'âge moyen des parturientes en Nord-Pas-de-Calais augmente ainsi selon une tendance de long terme : 27,7 ans en 1992, 28,6 ans en 2002, 29,3 ans en 2012. Il reste toutefois bien inférieur au niveau national, estimé à 30,1 ans en 2012.

Graph1 – Évolution du nombre de naissances selon l’âge de la mère, entre 2011 et 2015

  • Source : état civil (Insee)

graph2 – Évolution annuelle moyenne du nombre de naissances, selon l'âge de la mère, entre 2006 et 2012

  • Source : état civil (Insee).

Hausse des décès liée à des arrivées massives dans le quatrième âge

En 2012, 37 027 Nordistes sont décédés, soit une hausse de 4 % par rapport à l’année précédente, contre 4,5 % en France métropolitaine. Ces décès sont liés aux grands âges : près de 9 300 décès dans le troisième âge et 19 000 dans le quatrième âge. L’augmentation du nombre de décès s’observe depuis plusieurs années déjà, avec une hausse annuelle moyenne de + 0,7 % en région et + 1,3 % en France métropolitaine entre 2006 et 2012. Le nombre croissant de décès correspond à un effet de cohortes, avec l’arrivée de générations plus nombreuses à des âges où les taux de mortalité sont plus importants. Ainsi, le taux de mortalité se maintient, le taux de mortalité prématurée (avant 65 ans) reculant même légèrement : près de 2,7 décès pour 1 000 habitants en 2012, contre 2,8 décès en 2006. Le quatrième âge a tiré vers le haut les décès, l’arrivée des générations « pleines » liées aux naissances des années 1920 et 1930 ne faisant que compenser la disparition des classes « creuses » liées au déficit de naissance de la 1ère guerre mondiale. Ainsi, le nombre de décès des personnes de 80 ans et plus s’est accru de 8,4 % en région et 7,8 % au niveau national. À l’inverse, le nombre de décès de personnes âgées de 65 à 79 ans s’est plutôt inscrit à la baisse, du fait des classes « creuses » liées au déficit de naissances de la 2nde guerre mondiale.

L’espérance de vie reste inférieure à la moyenne nationale

La hausse tendancielle du nombre de décès au cours des dernières années a été moins marquée en Nord-Pas-de-Calais qu’en France métropolitaine (cf. graphique 3) . Cette dynamique est à relier à une base démographique moins défavorable dans la région. En effet, la hausse du nombre de séniors y a été bien moindre, en partie du fait de mouvements migratoires depuis les régions du nord vers les régions du sud, limitant la hausse de la population âgée en Nord-Pas-de-Calais.

graph3 – Évolution du nombre de décès entre 1999 et 2012

  • Source : état civil (Insee)

Une fois corrigé des différences de base démographique (cf. tableau 2) , le taux de mortalité, calculé en rapportant le nombre de décès au nombre total d’habitants, apparaît supérieur de 0,3 point en région (9,1 décès pour 1 000 habitants) par rapport à la France métropolitaine (8,8 décès pour 1 000 habitants). Pour les âges avancés, le taux de mortalité standardisé est également plus soutenu en Nord-Pas-de-Calais : 47,8 décès pour 1 000  abitants âgés de 65 ans ou plus, contre 39,4 décès en France métropolitaine. Cet écart reflète les différences d’espérance de vie. Tout en s’inscrivant à la hausse, avec un gain à la naissance de 3,5 ans pour les hommes et 2,2 ans pour les femmes depuis 1999, l’écart global d’espérance de vie entre la région et la France métropolitaine se maintient à trois ans de moins pour les hommes et deux ans pour les femmes. Des conditions sanitaires dégradées, des métiers plus souvent exposés à une pénibilité élevée et à des risques professionnels, une précarité financière marquée, des comportements à risque plus répandus sont autant de facteurs contribuant à une mortalité plus précoce dans la région. Dans le département du Pas-de-Calais, les taux de mortalité sont supérieurs à ceux du Nord. L’écart d’espérance de vie à la naissance atteint près d’1 an pour les hommes et 0,2 an pour les femmes.

Tableau 2 – Tableau 2 : Taux de mortalité et espérance de vie en 2012

Tableau 2 : Taux de mortalité et espérance de vie en 2012
Nombre de décès Taux de mortalité (en ‰) Espérance de vie (en années)
Ensemble De 0 à 64 ans 65 ans et plus à la naissance à 20 ans à 65 ans
Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes
Nord 22 492 8,7 2,6 46,6 75,8 82,8 56,3 63,3 17,1 21,3
Pas-de-Calais 14 535 9,9 2,8 49,7 74,8 82,6 55,1 63 16,3 21,1
Nord-Pas-de-Calais 37 027 9,1 2,7 47,8 75,4 82,8 55,8 63,2 16,8 21,2
France métropolitaine 557 286 8,8 2,0 39,4 78,5 84,9 59 65,3 18,8 22,8
  • Source : état civil (Insee).

Aujourd’hui région la plus jeune de France métropolitaine, le Nord-Pas-de-Calais enregistre néanmoins une diminution tendancielle du nombre de jeunes dans sa population : – 90 000 jeunes de moins de 20 ans entre 1999 et 2012. La part des jeunes s’établit à 26,9 % de la population totale (cf. tableau 3) . La France métropolitaine enregistre une dynamique différente : si la part des personnes âgées de moins de 20 ans a également diminué de 1,3 point depuis 1999 pour s’établir à 24,4 % de la population totale, le nombre de jeunes a connu un gain de 515 000 personnes sur la période. À l’horizon 2020, ces tendances se poursuivraient, avec une part de jeunes toujours en baisse et une convergence vers la structure démographique nationale. Ainsi la région compterait près de 26 % de personnes de moins de 20 ans contre 24 % au niveau national.

Le boom attendu des troisième et quatrième âges

À l’autre extrémité de la pyramide des âges, la région affiche une moindre proportion de personnes relevant du quatrième âge : 4,7၀% en Nord-Pas-de-Calais contre 5,7 % en France métropolitaine. Toutefois, cette part a gagné deux points depuis 1999, tant au plan régional que national. Alors que la part de séniors âgés de 65 à 79 ans est restée relativement stable en France métropolitaine, autour de 12 %, elle a connu en Nord-Pas-de-Calais un repli , passant de 11,1 % à 10,3 %. La région cumule à la fois les effets liés à une mortalité plus précoce et à un effet de classes « creuses » plus marqué qu’en moyenne nationale.

En conséquence, le rapport entre la population de 65 ans et plus et celle de moins de 20 ans, appelé indice de vieillissement, a connu depuis 1999 une augmentation plus mesurée en Nord-Pas-de-Calais (+ 9 points) qu’en France métropolitaine (+ 11 points). Toutefois, à l’horizon 2020, le papy-boom se traduira par une forte hausse de la part des 65 à 79 ans tant en Nord-Pas-de-Calais qu’en France métropolitaine, amorçant là encore un mouvement de convergence démographique de la région. Cette classe d’âge représenterait alors 13 % de la population régionale et 14 % de celle de France métropolitaine. De même, les personnes âgées de 80 ans et plus continueraient d’être plus nombreuses, et rassembleraient près de 5 % des Nordistes et 6 % des métropolitains.

Tableau 3 – Tableau 3 : Vieillissement de la population entre 1999 et 2013

Tableau 3 : Vieillissement de la population entre 1999 et 2013
Répartition de la population par tranches d'âge Indice de vieillissement (1) Indice de grand vieillissement (2)
1999 2013 (p) 1999 2013 (p) 1999 2013 (p)
Moins de 20 ans De 65 à 79 ans 80 ans et plus Moins de 20 ans De 65 à 79 ans 80 ans et plus
Nord 29,50% 10,70% 2,50% 26,90% 10,10% 4,60% 44,9 54,5 23,5 45,6
Pas-de-Calais 29,00% 11,90% 2,90% 26,50% 10,80% 5,00% 51 59,5 24,6 45,9
Nord-Pas-de-Calais 29,30% 11,10% 2,70% 26,70% 10,30% 4,70% 47,1 56,3 23,9 45,7
France métropolitaine 25,70% 12,20% 3,70% 24,40% 12,00% 5,70% 61,8 72,7 30,2 47,6
  • (1) : nombre de personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes âgées de moins de 20 ans.
  • (2) : nombre de personnes de 80 ans et plus pour 100 personnes âgées de 65 à 79 ans.
  • (p) : estimations de population arrêtées fin 2013; p = provisoire.
  • Source : recensement de la population, estimations de la population (Insee).

En France, environ 7 000 mariages de conjoints de même sexe en 2013

L’année 2013 correspond à l’introduction dans le droit français du mariage entre personnes de même sexe, par la loi n2013-404 du 17 mai 2013 également surnommée «Mariage pour tous ». Le Pacte civil de solidarité (Pacs), depuis son intronisation en 1999, autorise également des unions entre personnes de même sexe.

Sur un total de près de 231 000 mariages proclamés en France en 2013, près de 3 %, soit environ 7 000  mariages, ont uni des personnes de même sexe. Les statistiques régionales sur les mariages de même sexe ne sont, à la date de rédaction de cet article, pas encore disponibles. En 2012, avant l’évolution du code civil, près de 245 900 mariages ont été enregistrés en France métropolitaine, ainsi que 153 300 Pacs entre des personnes de sexes différents et 6 900 Pacs entre des personnes de même sexe. La même année, en Nord-Pas-de-Calais, près de 10 500 Pacs ont été proclamés parmi les 27 500 unions légales, dont 5 % entre personnes de même sexe.

Les Pacs entre personnes de même sexe sont légèrement moins fréquents en Nord-Pas-de-Calais qu’en moyenne nationale. Entre 2007 et  2012, 2 600 Pacs entre personnes de même sexe ont été enregistrés dans la région soit 6,2 % du total France métropolitaine, une part plus faible que le poids régional dans l’ensemble des Pacs, proche de 6,4 %.

En 2012, l'âge moyen des mariés entre personne de sexes différents a été, dans la région, de 34,6 ans chez les hommes et de 32,2 ans chez les femmes. Il est plus élevé en France métropolitaine avec un écart quasi identique entre hommes et femmes (respectivement 36,2 ans contre 33,6 ans). L'âge des mariés de même sexe est bien plus élevé que celui observé pour les unions de personnes de sexe différent : environ 50 ans chez les hommes et 43 chez les femmes. Les mariés de même sexe ont, en outre, une différence d’âge plus élevée : 8 ans au sein des couples d’hommes et 5,5 ans au sein des couples de femmes. Ces constats sont sans doute liés au fait qu'il s'agisse de l'année d'ouverture du mariage pour tous. Un rajeunissement des unions est vraisemblable dans les prochaines années.