Les grandes aires urbaines de Poitou-Charentes préservées par leur attractivité et le tertiaire qualifié

Valérie Baltz

En Poitou-Charentes, les villes et leurs aires d'influence ont traversé de manières différentes la crise amorcée en 2008. Les grandes aires les plus attractives, Poitiers, Niort et La Rochelle ont vu leur population active de 25 à 54 ans croître. L'emploi y est plus dynamique, car elles sont davantage tournées vers les activités tertiaires et bénéficient d'une main d’œuvre plus qualifiée. D’autres aires urbaines moins attractives ou de plus petite taille, avec une population active moins qualifiée, ont été fragilisées par le poids de l'industrie. L'emploi y recule et la population sans emploi y est plus importante.

La population active âgée de 25 à 54 ans diminue

La crise intervient dans un contexte démographique régional de légère baisse de la population active âgée de 25 à 54 ans (-0,3 % contre +0,8 % au niveau national) (figure 1), qui représente 75 % de la population active totale. La baisse du nombre de ces actifs, considérés comme « le noyau dur » de la population active, résulte de la diminution de la population de cette tranche d’âge (-1,8 %). En effet, la génération du « baby-boom » est remplacée par une classe d'âge moins nombreuse (voir encadré). La hausse de l'activité, notamment des femmes, n’est pas parvenue à compenser cette diminution comme ce fut le cas au niveau national. Néanmoins, le taux d’activité féminin en Poitou-Charentes en 2011 (88,3 %) est parmi les plus élevés de métropole, après les Pays de la Loire et la Bretagne. S’il a diminué au niveau régional, le noyau dur de la population active a progressé dans les grandes aires urbaines les plus attractives et s’y est donc concentré.

Figure_1 – Contribution de l'évolution démographique et du taux d'activité à l'évolution de la population active de 25 à 54 ans entre 2006 et 2001 (en points)

Contribution de l'évolution démographique et du taux d'activité à l'évolution de la population active de 25 à 54 ans entre 2006 et 2001 (en points)
Contribution du taux d'activité Contribution démographique Évolution de la population active âgée de 25-54 ans
Poitou-Charentes 1,50 -1,76 -0,26
France métropolitaine 1,41 -0,59 0,82
  • Sources : Insee, recensements de la population 2006 et 2011.

Figure_1 – Contribution de l'évolution démographique et du taux d'activité à l'évolution de la population active de 25 à 54 ans entre 2006 et 2001 (en points)

Les grandes aires de la région, fortes de leur attractivité

Entre 2006 et 2011, l’aire urbaine de Paris et les 13 plus grandes de province (cf. définitions) captent l’essentiel de l’augmentation de la population active des 25 à 54 ans. En Poitou-Charentes, ce « noyau dur » de la population active augmente dans les grandes aires de Poitiers, Niort, La Rochelle et Rochefort (figure 2).

Les aires de Poitiers et Niort ont bénéficié à la fois de leur forte attractivité et de la hausse de l'activité, notamment des femmes. À Poitiers, le nombre d'actifs de 25 à 54 ans croît de la même manière que la moyenne des 13 plus grandes aires urbaines de province (+2,6 %). À Niort, le taux d’activité des femmes est le plus élevé des grandes aires urbaines de la région.

Les autres grandes aires de la région peinent à attirer et retenir les personnes de 25 à 54 ans. Cependant, dans les aires de La Rochelle et Rochefort, la hausse de l'activité féminine compense en partie ce manque d'attractivité. Dans les cinq autres grandes aires, Angoulême, Cognac, Saintes, Royan, Châtellerault, le noyau dur de la population active diminue. L'aire de Châtellerault est la plus impactée (-7,6 %), malgré une forte augmentation de l'activité des femmes (+2,1 points). En revanche, dans ces aires, le nombre d'actifs « baby-boomers » (55 à 64 ans) progresse fortement (voir encadré).

Dans les autres espaces, les situations divergent aussi. Les communes multipolarisées profitent du marché du travail des grandes aires dont elles sont proches. Elles combinent forte attractivité, notamment résidentielle, et hausse de l’activité féminine. Ainsi, le nombre d’actifs âgés de 25 à 54 ans y augmente fortement (+3,6 %). En revanche, il diminue dans les moyennes et petites aires de la région et les communes isolées.

Figure_2 – Évolution de la population active âgée de 25-54 ans et de l'emploi total entre 2006 et 2011 dans les 9 plus grandes aires de Poitou-Charentes (en%)

  • Sources : Insee, recensements de la population 2006 et 2011.

D’autres aires fragilisées par le poids de l'industrie

Entre 2006 et 2011, les très grandes aires de France métropolitaine ont été les plus à même de préserver l'emploi, en bénéficiant d’une structure d'activité plus favorable : la part de l’industrie y est en effet plus faible, alors que ce secteur a été durement impacté par la crise. À l'inverse, la part du secteur du « commerce, transports, services divers » est plus forte. Or ce secteur a été le plus dynamique en emploi sur la période.

En Poitou-Charentes, les grandes aires attractives de Poitiers, La Rochelle et Niort, ont le plus profité de cette spécialisation (figure 3 et figure 4). À Poitiers, entre 2006 et 2011, la croissance de l'emploi est supérieure à la moyenne des 13 plus grandes aires urbaines de province. L’emploi a été particulièrement dynamique au sein du pôle, porté par les activités tertiaires de la zone du Futuroscope. À Royan, aire urbaine très attractive envers les actifs de 55 à 64 ans, l'emploi est porté par le secteur de « l’administration publique, enseignement, santé, action sociale ». En revanche, à Rochefort, les effectifs de l'administration publique ont diminué et au final l’emploi recule.

L'aire urbaine de La Rochelle se distingue par une augmentation de l'emploi dans le secteur de la construction. En revanche, ce dernier a fortement reculé dans les aires de Royan, Saintes et Châtellerault. En Poitou-Charentes, le secteur de la construction a connu trois années fastes avant un coup d'arrêt en 2008. Sa part, plus élevée que la moyenne nationale, a en conséquence peu augmenté sur la période (+0,1 point contre +0,3 point).

Les aires d'Angoulême et Châtellerault ont été fragilisées par le poids de l'industrie. Châtellerault est la grande aire de la région la plus impactée par le recul de l'emploi (-6,9 %). À Cognac, ce sont les pertes d'emploi de l'agriculture qui ont fortement pesé entre 2006 et 2011. L’emploi agricole y a fortement diminué, tout comme à Châtellerault, Saintes et Royan. Néanmoins, la part de l'agriculture reste importante en Poitou-Charentes et dégage d'importantes richesses.

Le chômage a fortement progressé durant la crise. C’est à Poitiers et à Niort que la part des personnes se déclarant sans emploi est la plus faible en 2011 (9,3 % et 8,7 %). La Rochelle est la seule grande aire de la région où la population sans emploi a peu progressé (+ 0,1 point). En revanche, la population sans emploi est particulièrement importante à Rochefort (14,2 %), Royan (13,3 %) et Châtellerault (12,3 %).

Les moyennes et petites aires de la région ont aussi difficilement traversé la crise. L'emploi y recule et la population sans emploi progresse fortement. À Cerizay, l'emploi industriel diminue de plus de la moitié.

Figure_3 – Évolution de l’emploi entre 2006 et 2011

  • Sources : Insee, recensements de la population 2006 et 2011.

Figure_4 – Contributions des 5 grands secteurs à l’évolution de l’emploi entre 2006 et 2011 dans les 9 plus grandes aires de Poitou-Charentes (en points)

  • Note de lecture : Entre 2006 et 2011, dans l'aire urbaine de Royan l'emploi (au lieu de travail) a augmenté de 4,2 %. Le secteur de l'agriculture, sylviculture et de la pêche contribue pour -0,5 point à cette croissance.
  • Sources : Insee, recensements de la population 2006 et 2011.

Un niveau élevé de qualification dans les grandes aires les plus dynamiques

Le niveau de qualification de la population active s’est élevé avec la tertiarisation de l'emploi. Ainsi, il a permis aux métropoles et, plus localement, aux aires les plus attractives de mieux résister entre 2006 et 2011.

En 2011, la part des cadres est très élevée dans les 3 grandes aires dynamiques de la région : Poitiers (16,9 %), Niort (16,5 %) et La Rochelle (14,0 %). Elle est supérieure à la moyenne des autres grandes aires de province (12,6 %). Entre 2006 et 2011, cette part a fortement progressé à Poitiers (+1,6 point) et à Niort (+2,8 points). En revanche, dans les grandes aires industrielles et les aires plus petites, la montée en qualification est plus lente. Entre 2006 et 2011, à Châtellerault, la part de cadres a peu augmenté (+0,3 point) et n’est que de 9,2 % en 2011.

Encadrés

L’augmentation de la population active après 55 ans

En Poitou-Charentes, si le nombre d'actifs âgés de 25 à 54 ans diminue, celui des 55 ans et plus augmente fortement : +33,5 % contre +25,2 % en France métropolitaine. À Rochefort, cette population a augmenté de 40 % entre 2006 et 2011. Il a aussi fortement progressé dans les espaces multipolarisés et les petites aires de la région.

La hausse de la population active de plus de 55 ans est en partie liée au vieillissement de la population : des « baby-boomers » plus nombreux que les générations suivantes et qui s’installent durablement sur le territoire. Elle résulte aussi de l’augmentation du taux d'activité de cette génération, notamment des femmes. Dans l'aire urbaine de Poitiers, 46,5 % des personnes âgées de 55 à 64 ans sont des actifs en 2011, soit un taux comparable à celui des 13 très grandes aires urbaines de métropole (46,9 %). Les modalités de départ à la retraite et l'allongement de la période d'activité sont également d’autres facteurs explicatifs.

Méthodologique : L’impact de la crise sur le territoire mesuré par les données du recensement

La méthode de recensement de la population (RP) a été rénovée en 2004. À la collecte exhaustive qui avait lieu tous les huit ou neuf ans, se substitue désormais une enquête réalisée chaque début d’année. Elle concerne successivement toutes les communes au cours d’une période de cinq ans. Le recensement de la population millésimé 2006 (RP 2006) a ainsi été élaboré à partir des enquêtes réalisées de 2004 à 2008. Avec la diffusion du RP 2011, qui cumule celles de 2009 à 2013, deux millésimes peuvent pour la première fois être directement comparés puisque constitués chacun à partir de cinq enquêtes annuelles distinctes. De plus, la dernière grande crise économique ayant démarré au deuxième semestre 2008, confronter les résultats de ces deux millésimes du RP permet d’analyser à un niveau géographique relativement fin les grands changements intervenus avant et pendant crise sur la population active et l’emploi.

Le recensement est déclaratif et les questions des enquêtes sont nécessairement simples et courtes. Les résultats sur le chômage ne se situent pas dans le cadre de la définition du bureau international du travail. Ils permettent cependant de mesurer les évolutions et de faire des comparaisons spatiales à un niveau fin.

Dans cette étude, le champ se limite aux actifs de 25 à 54 ans de France métropolitaine afin de mesurer l’impact de la crise sur le « noyau dur » de la population active. À ces âges, la très grande majorité des personnes sont en emploi ou en recherche d’emploi, ce qui permet une bonne analyse des effets directs de la crise sur l’activité. Dans un contexte économique difficile, les plus jeunes et les plus âgés sont davantage susceptibles de modifier leur comportement en entrant ou sortant plus ou moins tardivement de la vie active. À titre d’illustration, la population active des 55 à 64 ans a crû très fortement, + 25,2 %, sous le double effet des hausses démographiques et des maintiens en activité.

Définitions

Une grande aire urbaine est un ensemble de communes constitué par un pôle urbain (unité urbaine) de plus de 10 000 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci. La notion d’aire urbaine permet ainsi de définir un concept de grande ville ou métropole à l’aide d’une approche fonctionnelle et économique. Les plus grandes aires urbaines nationales sont Paris et 13 autres de province : Lyon, Marseille, Toulouse, Lille, Bordeaux, Nantes, Nice, Strasbourg, Rennes, Grenoble, Rouen, Montpellier et Toulon.

De la même façon sont définies les moyennes aires (pôle de 5 000 à 10 000 emplois) et les petites aires (pôle de 1 500 à 5 000 emplois). Les communes multipolarisées sont des communes situées hors des aires, dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans plusieurs aires urbaines, sans atteindre ce seuil avec une seule d’entre elles. Les autres communes en dehors des aires sont les communes isolées, hors influence des pôles.

Pour en savoir plus

« En matière d'emploi, les métropoles ont davantage résisté à la crise », M. Borzic et T. Le Jeannic Insee Première n°1503, juin 2014.

« Trente ans de démographie des territoires. Le rôle structurant du Bassin parisien et des très grandes aires urbaines », F. Clanché, Insee Première n° 1483, janvier 2014.

« Un rebond plus fort de l'économie du Poitou-Charentes jusqu’en 2011 », C. Chardon, e-décim@l n°41, juin 2014.

« Les conséquences de la crise sur l’emploi dans les régions », S. Lacroix, Insee Première n° 1295, mai 2010.

« Une traversée de la crise plus difficile », C. Chardon, Décimal n°305, mai 2012.