Un faible niveau de vie et des revenus dispersés

Elisabeth Gallard

En Corse, les revenus sont parmi les plus faibles de France. L’écart de revenus entre les personnes les plus pauvres et les plus aisées est important, tiré par les faibles revenus. Ainsi, un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Les différences de niveau de vie avec la province sont les plus marquées pour les retraités et les non-salariés. Au sein même de l’île, les revenus sont les plus bas dans les communes rurales et les plus élevés dans les couronnes des deux grandes villes.

Des revenus parmi les plus faibles de France

La Corse est l’une des régions françaises où les revenus sont les plus faibles. En 2012, la moitié des personnes vivent dans un ménage ou le revenu disponible annuel par unité de consommation est inférieur à 18 300 euros, soit 1 520 euros par mois. Ce niveau de vie médian est inférieur de 6 % à celui de la France de province. Il place l’île parmi les trois dernières régions métropolitaines devant le Nord-Pas-de-Calais et le Languedoc-Roussillon.

Figure 1 – Revenu annuel médian par unité de consommation selon les départements en 2012

(euros)
Revenu annuel médian par unité de consommation selon les départements en 2012
Libgeo Revenu annuel median
Ain 21 120
Aisne 17 770
Allier 18 490
Alpes-de-Haute-Provence 18 660
Hautes-Alpes 18 850
Alpes-Maritimes 20 160
Ardèche 18 660
Ardennes 17 620
Ariège 18 080
Aube 18 690
Aude 17 230
Aveyron 18 670
Bouches-du-Rhône 19 420
Calvados 19 400
Cantal 18 210
Charente 18 760
Charente-Maritime 19 140
Cher 18 970
Corrèze 18 880
Côte-d'Or 20 460
Côtes-d'Armor 19 340
Creuse 17 300
Dordogne 18 260
Doubs 20 230
Drôme 18 930
Eure 19 840
Eure-et-Loir 20 310
Finistère 19 750
Corse-du-Sud 19 070
Haute-Corse 17 610
Gard 18 020
Haute-Garonne 21 470
Gers 19 070
Gironde 20 390
Hérault 18 410
Ille-et-Vilaine 20 280
Indre 18 430
Indre-et-Loire 19 950
Isère 20 820
Jura 19 430
Landes 19 590
Loir-et-Cher 19 560
Loire 18 870
Haute-Loire 18 860
Loire-Atlantique 20 360
Loiret 20 320
Lot 18 790
Lot-et-Garonne 18 130
Lozère 18 340
Maine-et-Loire 19 020
Manche 18 670
Marne 19 750
Haute-Marne 18 180
Mayenne 18 790
Meurthe-et-Moselle 19 620
Meuse 18 610
Morbihan 19 610
Moselle 19 490
Nièvre 18 410
Nord 18 050
Oise 20 220
Orne 18 200
Pas-de-Calais 17 160
Puy-de-Dôme 20 020
Pyrénées-Atlantiques 20 150
Hautes-Pyrénées 18 890
Pyrénées-Orientales 17 520
Bas-Rhin 21 180
Haut-Rhin 21 480
Rhône 20 950
Haute-Saône 18 510
Saône-et-Loire 18 810
Sarthe 19 100
Savoie 20 890
Haute-Savoie 23 660
Paris 25 710
Seine-Maritime 19 320
Seine-et-Marne 21 710
Yvelines 25 140
Deux-Sèvres 18 820
Somme 18 350
Tarn 18 700
Tarn-et-Garonne 18 400
Var 19 610
Vaucluse 18 010
Vendée 19 180
Vienne 19 210
Haute-Vienne 19 120
Vosges 18 400
Yonne 19 080
Territoire de Belfort 19 700
Essonne 22 620
Hauts-de-Seine 25 520
Seine-Saint-Denis 16 610
Val-de-Marne 21 360
Val-d'Oise 20 550
  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2012.

Figure 1 – Revenu annuel médian par unité de consommation selon les départements en 2012

Des inégalités marquées

La Corse se caractérise par un écart important entre les revenus les plus faibles et les plus élevés. En 2012, les 10 % des personnes les plus aisées ont des revenus 3,8 fois supérieurs aux 10 % de personnes les plus modestes. Ce rapport est plus faible en province, 3,3.

La forte dispersion insulaire est surtout liée aux faibles revenus. Les 10 % de personnes les plus pauvres perçoivent un revenu annuel inférieur à 8 100 euros, soit un niveau de revenu de 15 % inférieur à celui de province. En revanche, les revenus régionaux des 10 % de personnes les plus aisées sont proches de ceux de province : ils dépassent les 34 600 euros annuels, niveau inférieur de seulement 1 % à la province.

La région Île-de-France est la seule à présenter un écart de revenus plus étendu que celui de la Corse, mais celui-ci est tiré par les revenus les plus élevés.

En Corse en 2012, 55 000 personnes vivent dans un ménage où le revenu par unité de consommation est inférieur au seuil de pauvreté, c’est à dire avec moins de 990 euros par mois. Cela représente un habitant sur cinq, soit le taux de pauvreté le plus élevé des régions avec 6 points d’écart à la moyenne de province.

Figure 2 – Disparités des revenus selon les départements en 2012

Rapport inter-décile
Disparités des revenus selon les départements en 2012
Libgeo Rapport inter-décile
Ain 3,47
Aisne 3,23
Allier 3,07
Alpes-de-Haute-Provence 3,33
Hautes-Alpes 3,08
Alpes-Maritimes 3,86
Ardèche 3,08
Ardennes 3,20
Ariège 3,28
Aube 3,28
Aude 3,37
Aveyron 3,09
Bouches-du-Rhône 3,92
Calvados 3,10
Cantal 3,00
Charente 3,15
Charente-Maritime 3,18
Cher 3,11
Corrèze 3,03
Côte-d'Or 3,13
Côtes-d'Armor 2,93
Creuse 3,15
Dordogne 3,19
Doubs 3,30
Drôme 3,25
Eure 3,06
Eure-et-Loir 3,07
Finistère 2,86
Corse-du-Sud 3,75
Haute-Corse 3,93
Gard 3,59
Haute-Garonne 3,55
Gers 3,25
Gironde 3,32
Hérault 3,75
Ille-et-Vilaine 2,98
Indre 2,93
Indre-et-Loire 3,11
Isère 3,19
Jura 3,01
Landes 2,96
Loir-et-Cher 3,03
Loire 3,05
Haute-Loire 2,86
Loire-Atlantique 2,96
Loiret 3,21
Lot 3,27
Lot-et-Garonne 3,22
Lozère 3,06
Maine-et-Loire 2,79
Manche 2,88
Marne 3,46
Haute-Marne 2,95
Mayenne 2,66
Meurthe-et-Moselle 3,33
Meuse 3,05
Morbihan 2,94
Moselle 3,40
Nièvre 3,06
Nord 3,44
Oise 3,23
Orne 2,98
Pas-de-Calais 3,14
Puy-de-Dôme 3,23
Pyrénées-Atlantiques 3,24
Hautes-Pyrénées 3,06
Pyrénées-Orientales 3,47
Bas-Rhin 3,38
Haut-Rhin 3,70
Rhône 3,71
Haute-Saône 2,86
Saône-et-Loire 2,93
Sarthe 2,88
Savoie 3,08
Haute-Savoie 4,20
Paris 6,75
Seine-Maritime 3,20
Seine-et-Marne 3,26
Yvelines 3,93
Deux-Sèvres 2,87
Somme 3,26
Tarn 3,19
Tarn-et-Garonne 3,18
Var 3,56
Vaucluse 3,60
Vendée 2,65
Vienne 3,09
Haute-Vienne 3,26
Vosges 3,02
Yonne 3,07
Territoire de Belfort 3,34
Essonne 3,66
Hauts-de-Seine 4,99
Seine-Saint-Denis 4,01
Val-de-Marne 4,22
Val-d'Oise 3,84
  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2012.

Figure 2 – Disparités des revenus selon les départements en 2012

Les retraités et les non-salariés plus exposés à la pauvreté qu’au niveau national

En Corse comme ailleurs, l’essentiel des revenus des ménages provient des salaires et des prestations chômage. Sur l’île, la part des retraites et des revenus non-salariés dans le revenu disponible des ménages est légèrement supérieure à celle du continent : respectivement 2 et 3 points de plus. En outre, le poids des impôts grève un peu plus le revenu qu’en province.

Dans la région, le faible niveau de vie s’explique en partie par l’importance des ménages âgés et non-salariés, davantage exposés à la pauvreté. L’écart de taux de pauvreté avec la province est en effet plus marqué qu’en moyenne : + 9 points pour l’ensemble des 60 ans et plus, + 11 points pour les retraités, + 10 points pour les non-salariés.

Les ménages dont les revenus principaux sont salariés sont les moins touchés, ils ont néanmoins un taux de pauvreté supérieur de 4 points à ceux du continent. Dans la région, le niveau des salaires est plus faible qu’en province, en raison notamment de la moindre présence d’emplois qualifiés, mieux rémunérés. Les cadres et professions intermédiaires représentent 33 % des actifs contre 39 % en province. Ainsi, le revenu disponible médian des salariés corses est inférieur de 1 110 euros à celui de province.

Figure 3 – Décomposition du revenu disponible selon l'origine du revenu en 2012

%
Décomposition du revenu disponible selon l'origine du revenu en 2012
Corse Province
Salaires et| chômage 60,7 64,3
Retraites 29,6 28,1
Revenus| non-|salariés 9,2 6,3
Prestations| et minima |sociaux 5,4 5,3
Impôts -17,0 -15,7
Revenus du| patrimoine 12,1 11,7
  • Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2012.

Figure 3 – Décomposition du revenu disponible selon l'origine du revenu en 2012

De fortes différences infrarégionales

La proportion de personnes sous le seuil de pauvreté est plus élevée en Haute-Corse qu’en Corse-du-Sud (23 % contre 18 %). La Haute-Corse se situe au 2e rang des départements les plus pauvres après la Seine-Saint-Denis. La Corse-du-Sud est au 14e rang.

C’est dans les communes rurales que le niveau de vie est en moyenne le plus faible. Une personne sur quatre y vit sous le seuil de pauvreté. La moitié vit dans un ménage ayant un revenu par uc inférieur à 17 000 euros par an, soit 1 260 euros de moins qu’en moyenne régionale. Toutes les catégories de population sont touchées, en particulier les retraités, plus fréquents qu’en moyenne régionale (43 % contre 36 %). De plus, ces communes concentrent 18 % des ménages corses, soit 13 points de plus qu’en moyenne nationale.

Figure 4 – Les habitants du rural les plus exposés à la pauvreté

%€
Les habitants du rural les plus exposés à la pauvreté
Taux de pauvreté Revenu annuel médian par UC (euros)
Moyenne| Corse 20,4 18290
Communes| rurales 25,4 17030
Petites et| moyennes |aires| urbaines 23,5 17040
pôles |Ajaccio| et Bastia 18,5 18670
Couronnes| d'Ajaccio et| Bastia 16,9 19360
  • Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2012.

Figure 4 – Les habitants du rural les plus exposés à la pauvreté

La population des grandes villes et de leur périphérie moins touchée par la pauvreté

Dans les petites et moyennes aires urbaines (Calvi, L’île-Rousse, Corte, Penta-di-Casinca, Ghisonaccia, Porto-Vecchio, Propriano), le revenu médian est au même niveau que dans les communes rurales et le taux de pauvreté excède la moyenne régionale. Les non-salariés et les jeunes y sont surreprésentés.

Dans les pôles des grandes aires urbaines (Ajaccio et Bastia), le niveau de vie est meilleur. Le revenu annuel médian est supérieur de 370 euros à moyenne régionale. Les personnes y sont plus souvent actives. Les couples sans enfant, qui perçoivent les revenus les plus élevés, représentent 23 % des ménages. Ces niveaux de vie élevés sont toutefois compensés par les femmes seules et les familles monoparentales, surreprésentées. Un quart des ménages sont des femmes seules, au revenu annuel médian de 16 300 euros. Avec les femmes seules, les familles monoparentales sont les plus touchées par la pauvreté (taux de pauvreté respectifs de 27 % et 30 % au niveau de la Corse).

C’est dans les couronnes d’Ajaccio et de Bastia que le niveau de vie en Corse est le plus élevé. Le revenu annuel médian est de 19 600 euros, soit 1 300 euros de plus qu’en moyenne régionale. En périphérie des villes, les couples avec ou sans enfant(s) sont plus fréquents qu’ailleurs et ces ménages perçoivent des revenus plus élevés que les autres.

Sources

Les statistiques présentées ici sont tirées du Fichier Localisé Social et Fiscal (FiLoSoFi) de 2012, issu du rapprochement des données fiscales exhaustives en provenance de la Direction générale des finances publiques (déclaration de revenus des personnes physiques, taxe d’habitation et fichier d’imposition des personnes physiques) et des données sur les prestations sociales émanant des organismes gestionnaires de ces prestations (CNAF, CNAV, MSA). Ce rapprochement permet de reconstituer un revenu déclaré et un revenu disponible avec les prestations réellement perçues et remplace ainsi les dispositifs Revenus fiscaux localisés (RFL) et Revenus disponibles localisés (RDL).

Le champ couvert est celui de l'ensemble des ménages fiscaux ordinaires : il exclut les personnes sans domicile ou vivant en institution (prisons, foyers, maisons de retraites…).

Définitions

Revenu disponible : revenu à la disposition du ménage pour consommer et épargner. Il comprend les revenus d'activité (salaires, bénéfices, indemnités de chômage), les retraites et pensions, les revenus du patrimoine, les revenus financiers (imputés pour ceux qui ne sont pas soumis à déclaration) et les prestations sociales reçues (prestations familiales, minima sociaux et prestations logements). Au total de ces ressources, quatre impôts directs sont déduits : l’impôt sur le revenu, la taxe d'habitation, la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS).

Unités de Consommation (uc) : elles sont calculées selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE attribuant 1 uc au premier adulte du ménage, 0,5 uc aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 uc aux enfants de moins de 14 ans.

Niveau de vie : revenu disponible du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation. Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d'un même ménage.

La médiane du revenu disponible par unité de consommation (ou niveau de vie médian) partage les personnes en deux groupes : la moitié des personnes appartient à un ménage qui dispose d'un revenu par UC inférieur à cette valeur et l'autre moitié présente un revenu par UC supérieur.

Taux de pauvreté : part des individus dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Ce seuil fixé à 60% du niveau de vie médian en métropole (près de 990 euros mensuels en 2012).

Le rapport inter-décile (D9/D1) mesure les écarts entre le niveau de revenu des 10 % des personnes les plus aisées (D9 : 9e décile) et le niveau de revenu des 10 % les plus pauvres (D1 : 1er décile).

Pour en savoir plus

« Une pauvreté très présente dans las villes-centres des grands pôles urbains » Insee Première n° 1552, juin 2015.

Zonage en aires urbaines - Définition sur www.insee.fr