Une pauvreté plus prégnante en milieu rural qu’en périphérie des grandes villes

Martine Cauwet, Insee

En Auvergne, en 2012, 13,3 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. La précarité et les inégalités y sont moins fortes que dans la moitié des régions métropolitaines. Cependant, de grandes disparités existent dans les villes-centres où la mixité sociale est la plus importante. À l’écart des villes, le milieu rural est aussi particulièrement marqué par la pauvreté.

En 2012, 13,3 % des Auvergnats vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec un niveau de vie mensuel inférieur à 990 € (Méthodologie, définition). La pauvreté est mesurée ici à partir de l'ensemble des revenus des membres du ménage, y compris les prestations sociales reçues et le versement des impôts directs. C’est donc une pauvreté monétaire qui ne prend pas en compte les conditions de vie ou le ressenti de la pauvreté par les personnes en difficulté sociale. De plus, il s’agit d’une pauvreté relative car elle est établie chaque année en fonction du niveau de vie médian de la population française. Ainsi, le seuil de pauvreté ne doit pas être considéré comme un minimum vital.

L’Auvergne se situe au 10e rang des régions métropolitaines les moins exposées à la pauvreté. La précarité atteint les régions de façon très différenciée. La part des personnes pauvres dans la population varie en effet du simple au double entre la Bretagne et la Corse (respectivement 10,5 % et 20,4 %). Le chômage, la structure de la population et la composition des ménages expliquent en grande partie ces disparités. Ainsi, par exemple, en Nord-Pas-de-Calais et Languedoc-Roussillon, régions les plus frappées par le chômage, un cinquième de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Moins d’inégalités en Auvergne …

L’Auvergne fait partie des sept régions métropolitaines où les disparités, mesurées par le rapport interdécile (définition), sont les moins prononcées. Le niveau de vie plancher des 10 % les plus riches est 3,1 fois plus élevé que le niveau de vie plafond des 10 % les plus pauvres. Ce caractère moins inégalitaire de l’Auvergne s’explique notamment par les revenus des plus aisés plus faibles qu’ailleurs.

Par ailleurs, la moitié des ménages modestes dispose de moins de 797 € par mois, soit un peu plus qu’au niveau métropolitain. À titre de comparaison, pour une personne seule, en 2012, le socle du revenu de solidarité active s’élève à 475 €, l’allocation de solidarité pour personnes âgées à 777 € maximum et le smic net à 1 096 € pour un temps plein.

… mais de forts contrastes sociaux dans les villes-centres

En 2012, 59 % des Auvergnats vivant sous le seuil de pauvreté habitent dans une grande aire urbaine, alors que ces territoires abritent 65 % de la population régionale (figure 1). Dans les grandes aires urbaines, les habitants des villes-centres sont davantage confrontés à des situations de précarité que ceux résidant en périphérie. Ainsi, en Auvergne, la part des personnes pauvres atteint en moyenne 18,8 % dans les villes-centres, soit deux fois plus que dans les couronnes périurbaines (figure 2). Celles-ci accueillent en majorité des familles suffisamment aisées pour accéder à un habitat pavillonnaire. Le prix de l’immobilier est souvent élevé et le logement social beaucoup moins implanté que dans les villes-centres. Dans ces dernières, en revanche, coexistent notamment quartiers aisés et quartiers prioritaires de la politique de la ville. Les inégalités y sont ainsi particulièrement marquées : le rapport inter-décile atteint 3,6 contre 2,8 dans les couronnes (3,1 dans les banlieues).

Au sein des grandes aires urbaines auvergnates, les villes-centres d’Aurillac et d’Issoire se démarquent par une pauvreté moins prégnante. Celle-ci concerne moins de 14 % de la population contre plus de 19 % dans les autres villes-centres (figure 3). Parallèlement, les inégalités de revenus y sont moins intenses. C’est dans la ville-centre de Clermont-Ferrand que les disparités sont les plus fortes. Le niveau de vie plafond des 10 % les plus pauvres est l’un des plus faibles alors que le niveau de vie plancher des 10 % les plus riches est le plus élevé.

La pauvreté du monde rural particulièrement marquée

En milieu rural les habitants disposent du revenu médian annuel le plus faible d’Auvergne, soit 17 200 €. Dans ces communes isolées, hors influence des pôles, 18,2 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Ainsi, l’Auvergne se situe au 8e rang des régions les plus exposées loin derrière la Corse (25,4 %).

Au sein des campagnes auvergnates, les difficultés financières touchent davantage les non-salariés : 30,7 % d’entre-eux vivent sous le seuil de pauvreté. Ceci s’explique notamment par une surreprésentation des exploitants agricoles dont le niveau de revenus est parmi les plus faibles de métropole. Les retraités sont aussi particulièrement frappés par la précarité. Le taux de pauvreté des ménages dont le référent fiscal a plus de 74 ans atteint 19 %. Parmi les séniors, ce sont les femmes les plus concernées par la précarité car elles ont durant leur vie active moins cotisé pour leur retraite que les hommes. Leur activité, en tant que conjointes d’exploitants, ouvre notamment moins de droits à pension. Par ailleurs, à ces âges avancés, elles vivent fréquemment seules. Elles ne peuvent alors bénéficier des économies d’échelle que procure la vie à deux, ni de l’opportunité d’un revenu complémentaire apporté par le conjoint.

Figure 1 – Une pauvreté moins marquée dans les couronnes urbaines - Taux de pauvreté de la population par commune

  • Source : Insee, Filosofi 2012.

Figure 2 – Les villes-centres les plus touchées par les inégalités - Indicateurs de revenu par territoire en 2012

Les villes-centres les plus touchées par les inégalités - Indicateurs de revenu par territoire en 2012
Population des ménages fiscaux Taux de pauvreté (en %) Niveau de vie (en euros) Rapport Interdécile
Médiane 1er décile Dernier décile
Grands pôles urbains 490 017 14,3 19 503 10 518 36 174 3,44
dont Villes-centre 268 102 18,8 18 057 9 470 34 114 3,60
dont Banlieues 221 915 8,8 21 184 12 273 38 238 3,12
Couronnes des grands pôles urbains 364 501 9,1 20 570 12 205 34 702 2,84
Communes multipolarisées des grandes aires urbaines 45 494 12,2 18 924 11 127 30 950 2,78
Moyens pôles 27 309 17,4 17 810 9 824 32 431 3,30
Couronnes des moyens pôles 17 417 11,6 18 936 11 378 31 357 2,76
Petits Pôles 87 086 13,8 18 334 10 857 30 831 2,84
Couronnes des petits pôles 8 090 12,1 18 623 11 218 30 996 2,76
Autres communes multipolarisées 83 201 14,9 17 976 10 552 29 908 2,83
Communes isolées hors influence des pôles 187 695 18,2 17 179 9 886 29 640 3,00
Auvergne 1 310 807 13,3 19 187 10 850 33 847 3,12
  • Source : Insee, Filosofi 2012

Figure 3 – Un taux de pauvreté plus élevé dans les villes-centres - Taux de pauvreté des grandes aires urbaines auvergnates en 2012

Un taux de pauvreté plus élevé dans les villes-centres - Taux de pauvreté des grandes aires urbaines auvergnates en 2012
Clermont-Ferrand Vichy Montluçon Le Puy-en-Velay Aurillac Moulins Issoire
Aires urbaines 11,3 14,5 14,8 12,1 11,6 12,7 11,4
Villes-centres 19,5 19,2 20,4 19,8 13,7 20,0 13,8
Banlieues 8,3 10,2 9,1 10,2 8,1 8,7 nd
Couronnes péri-urbaines 8,4 11,6 10,8 9,6 10,7 10,0 9,0
  • nd : non diffusable.
  • Source : Insee, Filosofi 2012

Sources

Les statistiques présentées ici sont issues de l’exploitation du Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) de 2012. Celui-ci est issu du rapprochement des données fiscales exhaustives en provenance de la direction générale des Finances publiques (déclaration de revenus des personnes physiques, taxe d’habitation et fichier d’imposition des personnes physiques) et des données sur les prestations sociales émanant des principaux organismes gestionnaires de ces prestations (Cnaf, Cnav, CCMSA). Les fichiers sociaux reçus de la CCMSA portent sur l’ensemble de l’année ; ceux en provenance de la Cnaf et la Cnav portent par contre uniquement sur le mois de décembre, ce qui nécessite de reconstituer par extrapolation les montants annuels, en utilisant notamment les informations disponibles sur la composition des familles.

Ces données permettent ainsi de reconstituer un revenu déclaré (avant impôt) et un revenu disponible (après impôt et y compris prestations sociales) avec une estimation plus précise des prestations réellement perçues à des niveaux locaux fins : jusqu’à la commune et prochainement à des niveaux infracommunaux. Ce faisant, le dispositif Filosofi remplace ainsi les anciens dispositifs Revenus fiscaux localisés (RFL) (qu’il englobe) et Revenus disponibles localisés (RDL).

Le champ couvert est celui de l'ensemble des ménages fiscaux ordinaires : il exclut les personnes sans domicile ou vivant en institution (prison, foyer, maison de retraite…).

Au niveau national, l’enquête sur les revenus fiscaux et sociaux (ERFS) reste la source de référence pour les indicateurs d’inégalité des niveaux de vie et de pauvreté.