Fort renouvellement du tissu productifDémographie des établissements

Pierre Thibault

En 2013, 50 500 établissements composent le tissu productif réunionnais. Leur nombre progresse de 4,3 % par an depuis 2008, dopé par les établissements de production d’électricité photovoltaïque.

Au gré des créations, cessations et déménagements, 41 % des établissements se renouvellent chaque année. De même, un tiers des emplois salariés sont créés, supprimés ou transférés. Pendant cette période marquée par la crise, l’emploi n’augmente au final que de 0,3 % par an.

Au 1er janvier 2013, 50 500 établissements exercent dans des activités marchandes non agricoles et constituent le tissu productif réunionnais (définitions). Leur nombre augmente de 4,3 % en moyenne chaque année entre les 1er janvier 2008 et 2013. Cette progression place La Réunion parmi les régions françaises où le nombre d’établissements augmente le plus vite (figure 1).

Cette forte croissance s’explique en partie par le développement des installations d’unités photovoltaïques en fin de décennie 2000. Le nombre d’établissements dans le secteur de l’énergie a ainsi été multiplié par sept sur la période. Hors énergie, le tissu productif progresse de 3,7 % par an, à un niveau proche de la moyenne des régions françaises (+ 3,5 %).

À La Réunion, le nombre d’établissements augmente plus rapidement dans les activités immobilières et dans l’hébergement et la restauration (respectivement + 7 % et + 6 % par an). Les secteurs des transports et entreposage et de la construction progressent plus modérément (respectivement + 1 % et + 2 %).

Fort renouvellement du tissu productif

La croissance du tissu productif s’accompagne d’un important renouvellement des établissements (définitions). De 2008 à 2013, 8 300 établissements ont été créés en moyenne chaque année, 6 400 ont arrêté leur activité et 1 800 ont changé de localisation. Avec ces différents mouvements, 22,4 % des établissements sont nouveaux et 18,2 % disparaissent. Ainsi, 41 % du tissu productif réunionnais se renouvelle chaque année (figure 2), soit trois points de plus qu’en France métropolitaine (38 %). Ce taux de renouvellement a gagné 8 points en métropole par rapport à la période 2003-2007 alors qu’il a peu évolué à La Réunion (+ 1 point), en raison notamment du faible succès du statut d’auto-entrepreneur.

Le renouvellement est plus faible dans la région Nord de l’île (37,2 %) et dans la moyenne dans l’Est malgré une forte progression du nombre d’établissements (+ 5,8 % par an).

Figure 1 – Le nombre d’établissements augmente de 4,3 % par an - Évolution annuelle moyenne du stock d’établissements par zone d’emploi entre 2008 et 2013

  • Source : Insee, REE et Clap.

Figure 2 – Quatre établissements sur dix sont renouvelés tous les ans - Renouvellement des établissements à La Réunion entre 2008 et 2013

Quatre établissements sur dix sont renouvelés tous les ans - Renouvellement des établissements à La Réunion entre 2008 et 2013
Établissements par an Pourcentage des établissement en début d'année
Nombre en %
Renouvellement 18 470 40,6
Entrées 10 190 22,4
dont créations 8 270 18,2
dont reprises et réactivations 120 0,3
dont transferts (emménagements) 1 800 4,0
Sorties 8 280 18,2
dont cessations 6 410 14,1
dont cessions 120 0,3
dont transferts (déménagements) 1 760 3,9
  • Source : Insee, REE et Clap.

Un tiers des emplois salariés sont réalloués chaque année

Ce renouvellement des établissements entraîne de forts mouvements d’emplois. Par le jeu des créations et cessations d’établissements et de la croissance ou du déclin des établissements pérennes, 34 % des emplois salariés sont réalloués chaque année entre 2008 et 2013 contre 28 % en France (figure 3).

En moyenne chaque année, les créations, reprises et emménagements d’établissements permettent la création de 7 250 emplois. Parallèlement, les disparitions, cessions et déménagements d’établissements entraînent la suppression de 7 240 emplois par an. Parmi les établissements pérennes, ceux en croissance génèrent 11 700 emplois supplémentaires mais ceux en déclin perdent 11 400 salariés.

L’ampleur de la réallocation d’emplois est cependant très variable d’un secteur d’activité à l’autre.

Figure 3 – 38 000 emplois salariés sont réalloués chaque année - Les mouvements d’emplois salariés annuels moyens entre 2008 et 2013

38 000 emplois salariés sont réalloués chaque année - Les mouvements d’emplois salariés annuels moyens entre 2008 et 2013
Emplois salariés par an Pourcentage des emplois salariés en début d’année
Nombre %
Salariés en début d’année 109 074 100
Mouvements d’établissements 14 494 13,3
entrées 7 254 6,7
sorties 7 240 6,6
solde 14 0
Établissements pérennes 23 126 21,2
en croissance 11 701 10,7
en déclin 11 425 10,5
solde 276 0,3
Ensemble des réallocations 37 620 34,5
créations 18 955 17,4
disparitions 18 665 17,1
solde 290 0,3
Salariés en fin d’année 109 364 100,3
  • Source : Insee, REE et Clap.

La construction perd 1 300 emplois par an

Après une période faste entre 2003 et 2007 avec plus de 1 500 salariés supplémentaires chaque année, la construction perd près de

1 300 emplois par an entre 2008 et 2013. La fin des grands chantiers et les modifications du régime de défiscalisation ont particulièrement marqué le secteur et ont également pénalisé le secteur de la fabrication d’autres produits industriels.

Néanmoins, le tissu productif réunionnais gagne chaque année 300 emplois entre 2008 et 2013 (figure 4). À La Réunion, les entrées / sorties d’établissement ne créent pas d’emploi ; les créations nettes résultent de l’évolution de l’emploi dans les établissements pérennes. L’action sociale (+ 500 emplois par an) et l’enseignement (+ 250 emplois) ont le plus progressé. De même, l’hébergement et la restauration ont généré environ 200 emplois salariés supplémentaires chaque année, les créations d’établissements ayant été plus nombreuses dans ce secteur que les fermetures.

Figure 4 – La construction perd 1 300 emplois par an

  • Source : Insee, REE et Clap.

Définitions

L’étude porte sur les établissements ayant une activité principale marchande dans l'industrie, la construction, le commerce ou les services, à l'exclusion de l'agriculture.

Un établissement produit des biens ou des services : ce peut être une usine, une boulangerie, un magasin de vêtements, un des hôtels d'une chaîne hôtelière, la « boutique » d'un réparateur de matériel informatique, etc. Ils dépendent juridiquement de l’entreprise mais une entreprise peut avoir plusieurs établissements.

La création correspond au début de son activité. La disparition correspond à la fin de son activité. Le transfert correspond au déplacement complet des moyens de production d'un établissement d'un lieu géographique à un autre. Pour le territoire de départ de l’établissement, on parlera de transfert sortant. Pour le territoire d’arrivée, on parlera de transfert entrant. Un établissement se déplaçant dans la même région sera compté pour la région à la fois en transfert sortant et en transfert entrant.

La réactivation est le fait qu’un établissement disparu reprenne son activité moins d’un an après l’avoir interrompue. Le changement de propriétaire d’un établissement se traduit par une cession du côté de l’établissement qui cède son activité et une reprise du côté de celui qui la reprend.

Sur un territoire, l’ensemble des entrées et des sorties est comptabilisé. Les entrées sont les créations, transferts entrants, réactivations et reprises. Les sorties sont les disparitions, transferts sortants et cessions. Les taux d’entrée et de sortie sont mesurés en ramenant les entrées et les sorties au nombre d’établissements au 1er janvier de l’année. Les établissements pérennes sont ceux qui ne font pas l’objet d’entrée ou de sortie.

Le renouvellement des établissements mesure l’ensemble des mouvements sur le territoire, en sommant l’ensemble des entrées et sorties (créations, disparitions, transferts, cessions, reprises).

Les créations et suppressions d’emplois sont mesurées en comparant les effectifs salariés des établissements en début et en fin d’année. Elles ne prennent pas en compte les mouvements des salariés (embauches, licenciements, départs à la retraite, etc.) au sein des établissements.

La réallocation des emplois somme l’ensemble des effectifs des établissements entrants ou sortants sur le territoire. Sont également ajoutés les augmentations d’effectif dans les établissements pérennes en croissance et les diminutions d’effectifs dans les établissements pérennes en déclin.

L’emploi utilisé est l’emploi salarié des établissements, au 31 décembre ou au 1er janvier selon les cas. Il est en « personnes physiques » au sens où un salarié compte pour un, même s’il est à temps partiel.

Pour en savoir plus

Doisneau L., « Un tiers du tissu productif local se renouvelle chaque année », Insee Première n° 1551, mai 2015 ;

Actif N., Fuseau A., Jonzo A.-M., « Système productif : entreprise et emploi », Économie de La Réunion n° 133, décembre 2008.