L’attractivité des montagnes auvergnates s’infléchit

Vincent Vallès, Insee

L’Auvergne fait partie des régions de montagne. C’est celle dans laquelle les habitants résident le plus haut mais aussi là où la part de la population vivant dans une commune classée en zone de montagne est l’une des plus élevées. En 2012, 42 % de la population auvergnate vit en zone de montagne. L’attractivité de ces territoires s’est infléchie. Dans les communes rurales éloignées des centres urbains, les apports migratoires ne sont pas suffisants pour contrecarrer le fort déficit naturel. La démographie de ces zones rurales de montagne est nettement déficitaire contrairement à celles des massifs alpin ou jurassien.

Au cœur du Massif central, l’Auvergne s’affirme comme une région de montagne. En 2012, en France métropolitaine, près d’un habitant sur quatre résidant à plus de 600 mètres est un Auvergnat (figure 1). Le classement européen en zone de montagne identifie les communes où les contraintes liées à l’altitude, à la pente ou aux conditions climatiques sont les plus marquées (méthodologie). Il conforte le caractère montagneux de l’Auvergne. Alors que la région accueille 2,1 % de la population de France métropolitaine, elle concentre 12 % de celle vivant en zone de montagne. En 2012, 567 600 Auvergnats résident dans une commune en zone de montagne, soit 42 % de la population régionale. C’est le taux le plus élevé après celui de la Corse (46 %). Dans toutes les autres régions métropolitaines à l’exception de Rhône-Alpes (35 %), la part de la population vivant dans ce type de territoire est inférieure à 20 %.

Figure 1 – En France, un montagnard sur quatre est un auvergnat

(en %)
En France, un montagnard sur quatre est un auvergnat
Altitude Ensemble de la population Population en zone de montagne
Ensemble 2,14 11,51
Moins de 200 m 0,01 0,00
De 200 à 400 m 4,53 2,04
De 400 à 600 m 15,84 8,26
De 600 à 800 m 23,78 24,64
800 m ou plus 23,71 23,71
  • Source : Insee, Recensement de la population 2012.

Figure 1 – En France, un montagnard sur quatre est un auvergnatPart de l’Auvergne dans la population métropolitaine selon l’altitude

L’Auvergnat vit à 488 mètres d’altitude.

Dans les massifs des Alpes ou des Pyrénées, la population se concentre au fond des vallées. En Corse, les chefs-lieux des communes sont au niveau de la mer. Les montagnes auvergnates se caractérisent quant à elles par une succession de plateaux ou massifs de moyenne montagne relativement peuplés culminant à une altitude variant de 500 à 1 200 mètres. Les paysages de type alpestre se limitent aux massifs des Monts Dore et celui des Monts du Cantal. Dès lors, parmi toutes les régions françaises, l’Auvergne est celle où les habitants vivent le plus haut : 488 mètres d’altitude en moyenne, loin devant la Franche-Comté (383), le Limousin (342) et Rhône-Alpes (334). C’est 345 mètres de plus que la moyenne française métropolitaine. Dans les seules communes classées en zone de montagne, l’Auvergnat vit en moyenne à 678 mètres d’altitude devant le Rhônalpin (536) mais derrière le Franc-Comtois (710).

La forte altitude de résidence distingue les départements de la Haute-Loire (719) et du Cantal (695), intégralement en zone de montagne. Ils se situent avec les Hautes-Alpes (938), la Lozère (802) et les Alpes-de-Haute-Provence (576) dans le top 5 des départements métropolitains (figure 2). Le Puy-de-Dôme (462) pointe à la neuvième position de ce classement et l’Allier (295) à la 22e.

Figure 2 – Le lieu de résidence des Auvergnats parmi les plus hauts

(en mètres)
Le lieu de résidence des Auvergnats parmi les plus hauts
Département Altitude moyenne de résidence de la population en 2012 (en mètres)
Hautes-Alpes 938
Lozère 802
Haute-Loire 719
Cantal 695
Alpes-de-Haute-Provence 576
Haute-Savoie 548
Aveyron 488
Savoie 468
Puy-de-Dôme 462
Loire 458
Creuse 456
Doubs 429
Ariège 408
Hautes-Pyrénées 400,1
Jura 394
Vosges 380
Territoire de Belfort 375
Corrèze 327
Ain 319
Haute-Vienne 315
Isère 309
Allier 295
Ardèche 294
Haute-Saône 274
Haut-Rhin 270
Haute-Marne 268
Côte-d'Or 259
Saône-et-Loire 255
Meurthe-et-Moselle 243
Rhône 227
Tarn 227
Nièvre 226
Haute-Corse 225
Lot 225
Moselle 224
Meuse 219
Orne 195
Drôme 185
Haute-Garonne 180
Corse-du-Sud 171
Bas-Rhin 168
Cher 168
Gers 166
Ardennes 157
Indre 155
Eure-et-Loir 139
Yonne 137
Pyrénées-Atlantiques 136
Pyrénées-Orientales 126
Aube 122
Tarn-et-Garonne 121
Dordogne 120
Aude 118
Vaucluse 113
Loiret 112
Alpes-Maritimes 112
Mayenne 108
Vienne 103
Deux-Sèvres 103
Marne 101
Côtes-d'Armor 100
Var 100
Aisne 99
Loir-et-Cher 96
Eure 91
Yvelines 89
Charente 89
Gard 87
Seine-et-Marne 82
Sarthe 79
Lot-et-Garonne 77
Oise 76
Essonne 72
Indre-et-Loire 67
Bouches-du-Rhône 65
Finistère 64
Manche 63
Calvados 62
Val-d'Oise 61
Ille-et-Vilaine 60
Somme 59
Val-de-Marne 59
Seine-Maritime 57
Seine-Saint-Denis 57
Maine-et-Loire 56
Hauts-de-Seine 55
Morbihan 55
Vendée 54
Pas-de-Calais 48
Hérault 48
Landes 47
Nord 40
Paris 30
Gironde 26
Loire-Atlantique 22
Charente-Maritime 22
  • Source : Insee, Recensement de la population 2012.

Figure 2 – Le lieu de résidence des Auvergnats parmi les plus hautsAltitude de résidence de la population par département

Les montagnes auvergnates attractives mais moins qu’auparavant.

La montagne n’est pas synonyme de déclin démographique. Entre 2007 et 2012, les zones de montagne auvergnates gagnent 3 350 habitants, soit en moyenne 670 personnes par an (figure 3). Cette croissance démographique ne repose que sur l’excédent migratoire. Celui-ci s’est cependant nettement dégradé. Sur cette période, l'excédent des arrivées sur les départs contribue à faire augmenter la population des massifs montagneux de 0,3 % par an contre 0,5 % entre 1999 et 2007. Cette inflexion de l’attractivité résidentielle des montagnes auvergnates entraîne celle de la région. En effet, une telle dégradation du bilan migratoire ne s’observe pas dans les autres communes. Toutefois, dans les communes auvergnates classées en zone de montagne, le taux de croissance de la population dû au solde migratoire est toujours plus marqué que celui des autres communes, mais le différentiel s’est fortement réduit.

Figure 3 – Les zones de montagne contribuent à l'attractivité auvergnate - Population 2012 et son évolution selon les territoires

Les zones de montagne contribuent à l'attractivité auvergnate - Population 2012 et son évolution selon les territoires
Population municipale 2012 Variation annuelle de la population 2007/2012 Variation annuelle de la population 1999/2007
Totale Due au solde migratoire apparent Totale Due au solde migratoire apparent
Absolue Relative (en %) Absolue Relative (en %) Absolue Relative (en %) Absolue Relative (en %)
Zones de montagne 567 644 + 670 + 0,1 + 1 818 + 0,3 + 1 616 + 0,3 + 2 611 + 0,5
Grandes aires urbaines 277 298 + 1 375 + 0,5 + 1 062 + 0,4 + 1 769 + 0,7 + 1 415 + 0,5
Autres aires 130 657 – 11 – 0,0 + 206 + 0,2 + 291 + 0,2 + 513 + 0,4
Communes isolées 159 689 – 694 – 0,4 + 550 + 0,3 – 444 – 0,3 + 683 + 0,4
Hors zones de montagne 786 460 + 2 301 + 0,3 + 1 804 + 0,2 + 2 208 + 0,3 + 1 893 + 0,2
Auvergne 1 354 104 + 2 971 + 0,2 + 3 622 + 0,3 + 3 824 + 0,3 + 4 504 + 0,3
  • Sources : Insee, Recensements de la population 1999, 2007 et 2012.

L’altitude, un frein à la croissance démographique des communes rurales isolées

Dans les montagnes auvergnates comme sur le reste du territoire régional, l'occupation de l'espace est d'abord marquée par l'étalement urbain. En 2012, 277 300 montagnards auvergnats, soit près d’un sur deux, résident dans une grande aire urbaine. Celles du Puy-en-Velay (74 500 habitants) et d’Aurillac (65 000) sont intégralement en zone de montagne. Le tiers des communes de celle de Clermont-Ferrand, représentant la moitié de sa superficie et 15 % de sa population (70 000), l’est aussi. L’aire urbaine de Saint-Etienne s’étend sur les massifs du nord-est de la Haute-Loire. C’est le développement démographique de ce type d’espace qui porte la croissance des montagnes auvergnates. En périphérie clermontoise dans les communes de montagne, le taux de croissance de la population est identique à celui des autres communes de l’aire urbaine. Si l’altitude n’est pas un frein pour l’extension des couronnes périurbaines, elle l’est en revanche pour la croissance démographique des communes plus rurales. Ainsi, dans les petites communes isolées où la population est bien plus âgée, les apports migratoires ne suffisent pas à annuler le fort déficit naturel. Les communes rurales isolées subissent alors une forte baisse de leur population. Si celles au nord-est de la Haute-Loire sont les seules à bénéficier d’une dynamique démographique positive, les massifs montagneux du Cantal, de la Margeride, du Cézallier, du Sancy, des Combrailles et du Livradois-Forez restent à l'écart de la croissance. Pour les 195 communes auvergnates à plus de 900 mètres, la baisse annuelle atteint 0,9 %. En 2012, 58 200 personnes y résident contre 60 200 en 2007.

Le Massif central derrière les autres massifs français

La dynamique démographique des montagnes auvergnates, similaire à toutes celles du Massif central, est nettement inférieure à la moyenne nationale des zones de montagne (figure 4). Entre 2007 et 2012, en France métropolitaine, la population des communes de montagne progresse au même rythme que le reste du territoire (+ 0,5 % par an). Cette croissance masque toutefois une forte disparité selon les massifs. Supérieur à la moyenne française, le rythme de croissance de la population des communes de montagne des massifs de la Corse, des Alpes et du Jura, qui bénéficient d’une très forte attractivité, est quatre à cinq fois plus élevé que celui du Massif central. Dans tous ces massifs, les communes rurales isolées connaissent elles aussi un fort taux de croissance qui demeure supérieur à celui de l’ensemble de la population française.

Figure 4 – Forte croissance dans les massifs alpin, corse et jurassien

(en %)
Forte croissance dans les massifs alpin, corse et jurassien
Ensemble Grandes aires urbaines Autres aires Communes isolées
Ensemble 0,5 0,7 0,2 0,1
Alpes 0,9 1,1 0,5 0,6
Corse 1,1 1,6 0,6 1,0
Jura 0,8 0,8 0,3 1,4
Massif Central 0,2 0,4 0,2 – 0,3
Pyrénées 0,1 1,0 0,0 – 0,4
Vosges – 0,3 – 0,2 – 0,4 – 0,6
  • Sources : Insee, Recensements de la population 2007 et 2012.

Figure 4 – Forte croissance dans les massifs alpin, corse et jurassienTaux de variation annuel de la population 2007/2012 des communes de montagne selon le type d’espace et le massif

Sources

Le classement des communes en zone de montagne repose sur les dispositions du Conseil Européen, adoptées en 1999, concernant le soutien au développement rural. Il relève d’une approche sectorielle au titre de la reconnaissance et de la compensation des handicaps naturels. Une commune en zone de montagne est définie, comme se caractérisant par des handicaps liés à l’altitude, à la pente, et ou au climat.

En France métropolitaine, l’altitude moyenne des communes classées en zone de montagne est de 628 mètres.

Dans cette étude, est appelé montagnard une personne résidant dans une commune en zone de montagne.

L’altitude de résidence de la population est calculée en fonction de l’altitude de la mairie.