Les Bas-Normands de 75 ans et plus sont trois fois plus nombreux qu'en 1968

Claude Boniou, Insee

Entre 1968 et 2011, la population bas-normande ayant atteint ou dépassé 75 ans a plus que triplé. C'est la plus forte progression de toutes les régions françaises. C'est aussi en Basse-Normandie que la part des 75 ans et plus dans la population a le plus augmenté. L'allongement de la durée de vie et les caractéristiques migratoires - départs de jeunes adultes, arrivées de retraités - sont à l'origine de ces constats dans une région où les 75 ans et plus étaient peu présents en 1968. Aujourd'hui, plus d'un tiers des Bas-Normands de 75 ans et plus sont des hommes, niveau proche de la moyenne nationale. La région, caractérisée par la plus faible proportion d'hommes dans cette tranche d'âge en 1968, rattrape ainsi son retard.

Au recensement de 2011, la Basse-Normandie compte 156 000 personnes âgées de 75 ans et plus contre 48 000 une quarantaine d'années auparavant, en 1968. En quatre décennies, le nombre de personnes ayant atteint ou dépassé 75 ans a donc plus que triplé dans la région. Le baby-boom n'en est pas la raison puisque les générations nombreuses de l'après Seconde Guerre Mondiale ne viendront grossir les rangs des 75 ans et plus qu'à partir de 2021.

La plus forte croissance française des 75 ans et plus

La population des 75 ans et plus a progressé nettement dans toutes les régions françaises, mais c'est en Basse-Normandie qu'elle a le plus augmenté, devant la Bretagne, Provence-Alpes-Côte d'Azur et les Pays de la Loire, trois autres régions dotées d'un littoral.

La première raison de ce vieillissement de la population est l'allongement de la durée de la vie. Entre 1968 et 2011, l'espérance de vie a gagné une dizaine d'années en France. Mais en Basse-Normandie, ces gains d'espérance de vie ont été supérieurs. Ils expliquent une partie du plus fort vieillissement de la région.

Une progression accrue par les migrations de retraités

La seconde raison du vieillissement accru dans la région est liée aux migrations résidentielles. Comme beaucoup de régions littorales, la Basse-Normandie attire les retraités. D'ailleurs, le solde migratoire est largement positif au-delà de 60 ans dans la région et cet excédent ne cesse de progresser. Entre 1962 et 1968, la Basse-Normandie a gagné chaque année 400 personnes âgées d'au moins 60 ans par le jeu des migrations ; en 2010 le bilan des entrées-sorties au delà de 60 ans, qui n'aura une incidence que dans une bonne dizaine d'années, atteint 1 400 individus. Les immigrants sont neuf fois sur dix des retraités venant s'installer dans la région. Une fois installés, ils y restent et viennent grossir le contingent des Bas-Normands de 75 ans et plus à mesure qu'ils vieillissent.

Les seniors qui s'installent dans la région proviennent pour plus de la moitié d'Île-de-France. C'est une constante depuis 1968 : parmi les entrées de 60 ans et plus, la part des Franciliens est supérieure à 50 %. Or l'Île-de-France étant la région française où l'espérance de vie à la naissance est la plus élevée, leur chance de survie après 75 ans est supérieure à la moyenne et, de ce fait, l'impact sur le vieillissement est probablement accru.

Le départ des jeunes accroit l'importance des plus âgés dans la population

De longue date, la Basse-Normandie est aussi confrontée à de nombreux départs de jeunes adultes. Le bilan des entrées-sorties de migrants âgés de 20 à 29 ans, négatif depuis longtemps, s'établissait à - 2 200 individus par an en moyenne entre 1962 et 1968. Il atteint - 3 400 individus en 2010. Entre 1962 et 1968 comme en 2010, sur quatre jeunes quittant la région, trois sont des actifs, le quatrième un étudiant allant poursuivre ses études ailleurs. Ces départs de jeunes adultes tendent à faire baisser la population bas-normande totale.

Figure_1 – Augmentation de la population âgée d'au moins 75 ans en Basse-Normandie

Augmentation de la population âgée d'au moins 75 ans en Basse-Normandie
2011
Basse-Normandie 324,01
Bretagne 312,11
Provence-Alpes-Côte d'Azur 299,57
Pays de la Loire 291,34
Alsace 288,65
Rhône-Alpes 284,50
Lorraine 276,37
Languedoc-Roussillon 273,10
Haute-Normandie 272,50
Corse 261,34
Franche-Comté 260,43
France métropolitaine 251,98
Aquitaine 247,21
Poitou-Charentes 246,58
Midi-Pyrénées 245,27
Centre 232,18
Nord-Pas-de-Calais 225,97
Champagne-Ardenne 220,86
Picardie 218,26
Auvergne 211,98
Île-de-France 211,96
Bourgogne 211,91
Limousin 191,19
  • Source : Insee, Saphir RP 1968 à 2011

Figure_1 – Augmentation de la population âgée d'au moins 75 ans en Basse-Normandie

La plus forte augmentation de la part des 75 ans et plus de France

Au final, les départs de jeunes adultes se conjuguent aux arrivées de retraités pour accroître encore davantage la proportion des 75 ans et plus dans la population bas-normande. En 2011, 10,6 % des Bas-Normands dépassent 75 ans, soit 6,8 points de plus qu'en 1968. Là encore, il s'agit de la plus forte hausse enregistrée dans les régions métropolitaines sur cette période, assez loin devant le Limousin, la Bretagne, l'Auvergne et le Poitou-Charentes.

La Basse-Normandie n'est cependant pas la région où la part des personnes âgées de 75 ans et plus est la plus importante. En 2011, elle arrive au 7e rang des régions métropolitaines, assez loin derrière le Limousin (première région avec 13 % de 75 ans et plus) mais aussi, loin devant l'Île-de-France où ce taux est le plus faible (6,6 %).

Figure_2 – Solde moyen annuel des entrées - sorties de Basse-Normandie vis à vis des autres régions métropolitaines

Solde moyen annuel des entrées - sorties de Basse-Normandie vis à vis des autres régions métropolitaines
20 à 29 ans 60 ans et +
1962-1968 -2188 410
1968-1975 -2354 572
1975-1982 -1713 689
1982-1990 -1949 890
1990-1999 -2145 1102
2001-2006 -2479 1179
2010 -3429 1417
  • Source : Insee, Saphir RP 1968 à 2011

Figure_2 – Solde moyen annuel des entrées - sorties de Basse-Normandie vis à vis des autres régions métropolitaines

De plus en plus d'hommes

En Basse-Normandie comme dans les autres régions françaises, la proportion d'hommes dans la population âgée de 75 ans et plus augmente. Trois raisons expliquent cet accroissement. D'abord, l'espérance de vie des hommes n'atteint 75 ans qu'au tournant du troisième millénaire quand celle des femmes était déjà supérieure à ce seuil en 1968. Ensuite, depuis le milieu des années 1990, les espérances de vie des hommes et des femmes se rapprochent, celle des hommes augmentant plus vite que celle des femmes. En France, l'écart entre les deux sexes est passé de 8 à 6,6 ans de 1995 à 2011.

Enfin, les générations creuses de la grande guerre 1914-1918 sont remplacées progressivement par des classes plus nombreuses. En 1968, toutes les générations d'hommes ayant atteint ou dépassé 75 ans sont touchées par la surmortalité due à la guerre (ils avaient au moins 21 ans en 1914 et ont donc pris part aux combats). En 1982, seules les générations au delà de 85 ans sont affectées. Aujourd'hui il ne reste plus aucun survivant de cette période. C'est pourquoi la part des hommes a augmenté bien avant les années 1990 alors que leur espérance de vie perdait encore du terrain sur celle des femmes.

En 1968, la population masculine de 75 ans et plus était donc très peu nombreuse. Si ce constat valait pour toutes les régions françaises, il était encore plus marqué pour la Basse-Normandie, où la part des hommes dans la population de cette tranche d'âge était la plus basse de France (27 %), juste derrière la Bretagne (29 %) et les Pays de la Loire (29,5 %). La composition sociale de la population n'y était sans doute pas étrangère. Ces trois régions du grand ouest étaient des régions agricoles où la proportion d'agriculteurs parmi les actifs comptait parmi les plus élevées de France en 1968. Faut-il y voir un rapport de cause à effet ? Quarante ans plus tard, en 2011, la région bas-normande se situe au 13e rang, à un niveau proche de la moyenne nationale (37 %). Elle a donc rattrapé son retard grâce à la plus forte hausse du taux de masculinité enregistrée dans les régions métropolitaines.

Figure_3 – Part des hommes dans la population de 75 ans et plus

en %
Part des hommes dans la population de 75 ans et plus
Basse-Normandie France métropolitaine
1968 27 32,1
1975 27,4 32
1982 31,1 33,6
1990 32,3 34,3
1999 34,5 35,3
2006 36,1 36,4
2011 37 37,2
  • Source : Insee, Saphir RP 1968 à 2011

Figure_3 – Part des hommes dans la population de 75 ans et plus

Sources

Les résultats sont issus de l'exploitation historique des recensements de la population. La base Saphir (Système d'analyse de la population par l'historique des recensements) est un fichier de données harmonisées des recensements réalisés entre 1968 et 2011, permettant leur comparaison ainsi que des analyses sur longue période.