Meilleure scolarité mais insertion professionnelle plus difficile pour les filles

Angela Tirroloni, Insee

En Corse comme ailleurs, les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. Elles y ont des scolarités plus longues et sortent plus diplômées du système éducatif. Leurs orientations diffèrent de celles des garçons tout au long de leur parcours scolaire. Elles privilégient les filières générales ou littéraires, les garçons les options technologiques, professionnelles et les formations scientifiques. Elles se dirigent ainsi vers des filières déjà féminisées et relevant plutôt du domaine des services. Leur insertion professionnelle est plus difficile que celle des garçons et leurs conditions d’emploi moins favorables.

Les filles davantage scolarisées que les garçons

Les écarts entre les femmes et les hommes se creusent à l’école. Les filles sont plus souvent scolarisées et restent en études plus longtemps. Dès l’âge de 16 ans, des différences apparaissent. Elles sont les plus importantes à 18 et 19 ans car, après le secondaire, les filles se dirigent davantage vers les études supérieures que les garçons. Chez les 15-19 ans en 2011, 80 % des filles sont scolarisées contre 70 % des garçons, et chez les 20-24 ans, ils sont respectivement 25 % et 18 % à être étudiants. Au niveau national, les taux de scolarisation sont supérieurs à ceux de la Corse. Et les écarts entre filles et garçons sont moindres que dans la région, notamment passé 17 ans. A ces âges, ce sont surtout les garçons qui font la différence car ils sont plus souvent scolarisés que leurs homologues corses.

Des différences de parcours scolaire

A la sortie de la classe de 3e, les filles s’orientent plus souvent vers une formation générale ou technologique longue que vers un enseignement professionnel court. En second cycle, elles choisissent plutôt l’enseignement général et se répartissent entre les séries littéraires, économiques et sociales et scientifiques (S), tandis que les garçons sont majoritaires en série S (53 %) et en filière technologique. Ils sont aussi plus nombreux en bac professionnel où ils privilégient les spécialités de production alors que les filles se concentrent dans le domaine des services. En France métropolitaine, les orientations par sexe se rapprochent de celles de la Corse. Elles ont peu évolué sur ces dix dernières années.

Figure 1 – Les filles majoritaires en enseignement général, les garçons en professionnel et technologique

%
Les filles majoritaires en enseignement général, les garçons en professionnel et technologique
Filles  Garçons
Filière générale 53,8 44,5
dont : Scientifique (S) 19,9 25,7
dont : Economique et sociale (ES) 17,8 13,6
dont : Littéraire (L) 16,1 5,2
Filière professionnelle 25,8 31,8
dont : spécialités de Services 21,4 10,5
dont : spécialités de Production 4,3 21,3
Filière technologique 20,4 23,7
  • Source : Depp, Système éducatif français (MEN).

Figure 1 – Les filles majoritaires en enseignement général, les garçons en professionnel et technologiqueRépartition des élèves en fin d'études secondaires selon le sexe et la filière en 2013

L’orientation scolaire est ainsi encore profondément structurée par les représentations sexuées des métiers et cette tendance se poursuit dans l’enseignement supérieur. En Corse comme ailleurs, les filles sont surreprésentées dans les formations paramédicales et sociales, les filières universitaires de lettres et langues, sciences humaines, droit et santé. En revanche, les garçons sont majoritaires dans les formations universitaires scientifiques, les filières technologiques telles les IUT. Les formations d’ingénieurs sont quasi-absentes en Corse.

Les jeunes femmes plus diplômées que les hommes

Au final, les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. Leurs scolarités sont plus longues et elles obtiennent de meilleurs résultats aux examens. Ainsi, chaque année, elles réussissent davantage au baccalauréat. Pour la session 2013-2014, tous domaines et séries confondus, leur taux de réussite est supérieur de 4,7 points à celui des garçons en Corse, écart similaire au niveau national.

Ainsi, les femmes sortent du système scolaire plus diplômées que les hommes. Chez les 15 à 24 ans en 2011, 50 % d’entre elles détiennent un diplôme supérieur ou égal au baccalauréat contre 34 % des hommes. Ces taux sont en deçà du niveau national (57 % des femmes et 44 % des hommes). Au fil des générations, en Corse comme ailleurs, le niveau de formation des jeunes s’améliore. En 1990 dans la région, seuls 25 % des femmes de 15 à 24 ans et 13 % des hommes avaient un diplôme baccalauréat ou plus.

Une insertion sur le marché du travail plus difficile

Malgré le fait qu’elles soient plus nombreuses à être diplômées, les filles qui ont quitté le système scolaire ont plus de difficultés à s’insérer sur le marché du travail que les garçons. En 2011, 53 % des femmes de 15 à 24 ans (hors étudiantes) sont en emploi, soit 13 points de moins que les hommes. Le taux d’emploi augmente avec l’élévation du niveau de diplôme pour les deux sexes, mais reste inférieur chez les filles. L’écart de taux d’emploi est le plus élevé chez les non-diplômés (-22 points), et demeure important au niveau CAP ou BEP (- 16 points). Il est le plus faible chez les détenteurs d’un diplôme universitaire de 1er cycle, BTS ou IUT (- 2 points). Par rapport aux jeunes qui avaient entre 15 et 24 ans en 1999, les écarts entre filles et garçons se sont creusés : elles étaient 47 % à travailler, soit 9 points de moins que les garçons. Sur la période, le taux d’emploi a en effet progressé davantage chez les garçons que chez les filles et ce, quel que soit le niveau de diplôme.

Figure 2 – A 21 ans, une femme sur trois occupe un emploi

Figure 3 – A 21 ans, plus d'une homme sur deux occupe un emploi

Des conditions d’emploi moins favorables

Si les filles ont plus de difficultés à s’insérer sur le marché du travail, c’est en partie dû à leurs choix d’orientation à l’école. Elles se dirigent plus massivement vers des filières moins porteuses en termes d’emploi car sujettes à plus de concurrence. Leur présence est en effet très marquée dans les formations fortement féminisées du domaine des services. En Corse en 2011, les filles de 15 à 24 ans en emploi sont 68 % à travailler dans les services, elles sont aussi 21 % dans le commerce de détail. Les garçons sont moins concentrés dans ces secteurs d’activité, ils sont également nombreux dans la construction, le commerce de gros et la réparation automobile.

De plus, les conditions d’emploi des jeunes femmes sont moins favorables que celles des hommes. Elles sont davantage à temps partiel et plus souvent en contrat à durée déterminée. Chez les 15-24 ans toutefois, les écarts entre sexe sont moins marqués que chez les plus âgés. Au niveau national, le temps partiel est plus répandu que dans la région et ce, à tout âge.

Figure 4 – Conditions d'emploi : moins favorables chez les jeunes mais inégalités moins marquées

Conditions d'emploi des salariés par sexe et tranche d'âge en 2011
Conditions d'emploi : moins favorables chez les jeunes mais inégalités moins marquées
Corse France métroplitaine
Femmes Hommes Femmes Hommes
Salariés âgés de 15 à 24 ans
Part des temps partiels (%) 27,6 15,3 37,9 21,4
Part des CDD (%) 44,0 42,1 51,1 49,4
Salariés âgés de 25 à 54 ans
Part des temps partiels (%) 22,1 4,2 27,4 5,0
Part des CDD (%) 12,2 9,6 13,0 9,7
  • Champ : emplois au lieu de travail, population des ménages.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2011.

Définitions

Taux de scolarisation : nombre de personnes scolarisées rapporté à l’ensemble de la population correspondante.

Taux d’emploi : nombre de personnes en emploi rapporté à l’ensemble de la population correspondante.

Pour en savoir plus

Femmes et hommes - Regards sur la parité - Insee Références - édition 2012