L’emploi portuaire recule en 2012, dans un contexte général de morosité économique

Jean-Philippe Caritg (Insee Haute-Normandie)

Les complexes industrialo-portuaires du Havre et de Rouen offrent 49 300 emplois salariés en 2012 : 17 400 maritimes et portuaires et 31 900 industriels ou de services aux industries. Ces emplois représentent 12 % de l’emploi salarié de la région. Sur un an, l’emploi recule sur les deux complexes, mais la baisse est plus soutenue au Havre, principalement dans le cluster maritime. La richesse dégagée par ces deux complexes est estimée en 2011 à 6,1 milliards d’euros soit le cinquième de la richesse produite en Haute-Normandie.

Insee Flash Haute-Normandie
No 11
Paru le : 18/12/2014

La morosité économique persiste en 2012 en Haute-Normandie. L’emploi salarié marchand recule de 1,5 %. Le trafic portuaire diminue de 6 % au Havre et de 16,7 % à Rouen. C’est dans ce contexte défavorable qu’on enregistre une diminution de l’emploi dans les deux complexes industrialo-portuaires (CIP). Ainsi, au 31 décembre 2012, les 1 737 établissements des CIP du Havre et de Rouen regroupent 49 300 salariés, soit un millier de moins qu’un an auparavant (Tableau 1) .

La dynamique en termes d’établissements est inverse à celle de l’emploi. Le nombre d’établissements travaillant dans les complexes industrialo-portuaires du Havre et de Rouen est en très légère augmentation dans ces deux ports. La hausse profite au cluster maritime pour le complexe rouennais et au cluster industriel pour le complexe havrais. Elle concerne plus particulièrement le transport routier et les services aux industries.

Une perte d’emploi plus importante au Havre

Le recul est contrasté entre les deux ports. Sur un an, l’emploi portuaire diminue (Cf. définitions) de 2,6% au Havre (– 860 salariés) contre 0,9 % à Rouen (– 160 salariés). Les secteurs les plus touchés sont ceux parmi les plus sensibles à la conjoncture économique tels les agences maritimes, le transport routier ou la construction. Au Havre, les agences maritimes perdent le plus d’emplois (– 290 salariés). Dans ce secteur, la baisse de l’emploi est générale : seuls 12 % des établissements ont connu une augmentation de leurs effectifs (contre 19 % pour l’ensemble des établissements du CIP).

Tableau 1 – Mille emplois portuaires perdus en 2012 - Emplois des CIP de Rouen et du Havre en 2011 et 2012

Unité : nombre (arrondi à la dizaine)
Mille emplois portuaires perdus en 2012 - Emplois des CIP de Rouen et du Havre en 2011 et 2012
Rouen Le Havre Ensemble
Activités 2011 2012 2011 2012 2011 2012
Cluster maritime et portuaire 4 070 4 030 13 910 13 370 17 980 17 400
Services aux navires 720 680 5 430 5 100 6 150 5 780
Services à la marchandise 2 120 2 170 4 840 4 740 6 960 6 910
Secteur public et gestion des infrastructures 810 790 1 810 1 720 2 620 2 510
Autres services portuaires 420 390 1 830 1 810 2 250 2 200
Cluster industriel 14 050 13 940 18 260 17 950 32 310 31 890
Industries 8 580 8 430 9 840 9 760 18 420 18 190
Activités de support, liées au CIP 1 730 1 810 1 880 1 750 3 610 3 560
Services ayant leur marché lié en partie au CIP 1 050 1 080 3 750 3 770 4 800 4 850
Transports terrestres 2 690 2 620 2 790 2 670 5 480 5 290
Ensemble du CIP 18 120 17 970 32 170 31 320 50 290 49 290
  • Sources : Estimation Insee (CLAP 2011 et 2012) - Grands Ports Maritimes du Havre et de Rouen

Les transports routiers et la construction perdent 120 salariés chacun, les transitaires-commissionnaires et l’automobile en perdent 110. Rares sont les secteurs où l’emploi progresse. L’ingénierie gagne 80 personnes et l’aéronautique 60.

Sur le CIP de Rouen, les évolutions sont plus modérées, en dépit d’une année céréalière en-deçà de la moyenne quinquennale, et de la baisse d’activité liée à l’annonce de fermeture de la raffinerie Petroplus. Le cluster maritime perd 40 emplois et le cluster industriel 110, malgré la croissance de l’industrie mécanique (+ 70). Plus précisément, la chimie perd 100 emplois et le transport routier 70. Le recul de 90 salariés dans le raffinage résulte quasi-exclusivement des difficultés rencontrées par la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (qui compte encore plus de 450 salariés au 31 décembre 2012). Les deux autres plus fortes hausses concernent les transitaires (+ 60 emplois salariés) et le commerce (+ 40).

L’industrie, principale contributrice à la richesse

En 2011, la richesse dégagée (Cf. définitions) par les CIP est de 6,1 milliards d’euros : 3,9 milliards d’euros au Havre et 2,2 milliards d’euros à Rouen (Tableau 2). Cela représente 19 % de la richesse totale de la Haute-Normandie.

L’industrie, portée par le raffinage et la chimie dans les CIP de Rouen comme du Havre, contribue à hauteur de 70 % à la richesse de chaque CIP. Dans le cluster maritime, l’entreposage est le secteur qui dégage le plus de richesse ; il représente 6 % de la richesse du complexe, tant au Havre qu’à Rouen.

Tableau 2 – L'industrie génère une richesse de 4,2 milliards d'euros - Richesse dégagée par les CIP de Rouen et du Havre en 2011

Unité : millions d'euros
L'industrie génère une richesse de 4,2 milliards d'euros - Richesse dégagée par les CIP de Rouen et du Havre en 2011
Richesse (en millions d'euros)
Activités Rouen Le Havre Ensemble
Cluster maritime et portuaire 276,29 839,56 1 115,85
Services aux navires 45,80 257,45 303,25
Services à la marchandise 173,46 367,23 540,68
Secteur public et gestion des infrastructures 35,85 117,50 153,35
Autres services portuaires 21,18 97,38 118,57
Cluster industriel 1 914,86 3 072,85 4 987,71
Industries 1 619,87 2 577,06 4 196,93
Activités de support liées au CIP 104,75 122,49 227,24
Services ayant leur marché lié en partie au CIP 57,09 236,90 294,00
Transports terrestres 133,15 136,40 269,55
Ensemble du CIP 2 191,14 3 912,41 6 103,55
  • Sources : Insee - Fichier économique enrichi 2011

Sources

Le fichier CLAP (Connaissance Locale de l’Appareil Productif) est un système d’information alimenté par différentes sources permettant de fournir des statistiques localisées sur l’emploi. Les estimations d’emplois portuaires s’effectuent sur la base des effectifs du fichier CLAP. Une première sélection d’établissements est opérée à partir des codes activité économique. Cette première base est ajustée en fonction de la connaissance fine des établissements qu’apportent les représentants des Grands Ports Maritimes du Havre et de Rouen. Les emplois pris en compte sont répartis en deux « clusters » : le « cluster maritime et portuaire » rassemble les activités propres aux ports, et le« cluster industriel », qui correspond aux activités dont la localisation est liée à la proximité du port. La répartition des emplois par familles d’activités (services aux navires, services à la marchandise, etc.) est proposée par les représentants des Grands Ports Maritimes.

Définitions

Établissement : unité de production géographiquement individualisée, mais juridiquement dépendante de l'entreprise. Il produit des biens ou des services : ce peut être une usine, une boulangerie, un magasin de vêtements, un des hôtels d'une chaîne hôtelière, la « boutique » d'un réparateur de matériel informatique, etc.

Richesse dégagée : répartition de la valeur ajoutée d’une entreprise, entre ses différents établissements.

Valeur ajoutée : Solde du compte de production. Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire.

Gains ou pertes d’emplois : dans cette publication, ils sont exprimés en pertes nettes ou gains nets.

Pour en savoir plus

« Des conditions d’emploi favorables pour les 18 000 salariés du complexe industrialo-portuaire de Rouen » / Insee Haute-Normandie ; Vinciane Bayardin, Jean-Philippe Caritg et Cédric Mureau - In : Insee Analyses Haute-Normandie N°3 (octobre 2014)

« Portrait du complexe industrialo-portuaire du Havre au travers l’analyse de ses 32 000 emplois » / Insee Haute-Normandie ; Laurent Brunet, Jean-Philippe Caritg - In : Aval n°138 (décembre 2013.)

Atlas transfrontalier, Tome 8 Transports et infrastructures - Trafics maritimes / Insee Nord-Pas-de-Calais - In Insee Dossiers Nord-Pas-de-Calais, les ouvrages (2009)