Les revenus 2011 en Lorraine : creusement des inégalités

Jocelyn Béziau, Bertrand Kauffmann

Avec la crise économique, les revenus des Lorrains évoluent faiblement. Les ménages les plus modestes s’appauvrissent et les inégalités avec les plus aisés se sont accrues. Les revenus croissent plus rapidement dans les périphéries des grandes aires urbaines.

En 2011, le revenu annuel médian par unité de consommation était de 18 500 euros en Lorraine, et de 19 200 euros au niveau national. Comme en France métropolitaine, la crise économique s’est traduite par une faible évolution du revenu des ménages. Entre 2007 et 2011, le revenu médian lorrain par unité de consommation a augmenté de 3,5 %, en euros constants. C’est un peu plus que le rythme national, qui affiche une croissance de 3,0 % sur la même période.

Le revenu des ménages les plus modestes recule

Dans la région, le revenu annuel médian par unité de consommation corrigé de l’inflation a augmenté de 600 euros depuis 2007. Après avoir augmenté de 0,8 % à 1 % chaque année entre 2007 et 2010, sa croissance n’a été que de 0,5 % entre 2010 et 2011. Ce ralentissement masque, de plus, une grande disparité selon les tranches de revenus.

Le niveau de vie des ménages du neuvième décile, c'est à dire des 10 % les plus aisés, s'élève ainsi à 35 200 euros par unité de consommation en 2011, soit 1 100 euros de plus qu'en 2007. Il a ainsi augmenté de 3,2 % sur la période. Dans le même temps, les ménages du premier décile ont vu leur revenu annuel par unité de consommation baisser de 100 euros (- 0,7 %). Les écarts entre ménages aisés et ménages très modestes se sont ainsi accrus. Le rapport interdécile (rapport des revenus des 10 % les plus aisés sur les 10 % les plus pauvres) est passé de 4,9 en 2007 à 5,1 en 2011. En d’autres termes, les ménages les plus aisés ont des revenus 5,1 fois plus élevés que les ménages les plus modestes. Les disparités sont cependant moindres en Lorraine qu’en France métropolitaine, où ce rapport est passé de 5,4 à 5,6 dans le même laps de temps.

Figure 1 – Caractéristiques et évolution des revenus selon le zonage en aires urbaines en Lorraine

Caractéristiques et évolution des revenus selon le zonage en aires urbaines en Lorraine
Revenu annuel par unité de consommation Rapport D9/D1
1er décile (D1) Médiane 9e décile (D9)
en 2011 (euros) évolution 2007/2011 (%) en 2011 (euros) évolution 2007/2011 (%) en 2011 (euros) évolution 2007/2011 (%) en 2007 en 2011
Grandes aires urbaines 6 800 -0,7 18 800 +3,6 35 900 +3,1 5,1 5,3
Grands pôles urbains 5 600 -4,9 18 100 +2,4 36 600 +2,5 6,1 6,6
Villes-centres 4 400 -10,9 17 500 +1,6 37 100 +2,1 7,3 8,4
Banlieue 7 100 -1,2 18 900 +3,2 36 000 +2,9 4,9 5,1
Couronnes des grands pôles urbains 10 000 +4,8 20 300 +4,2 35 500 +2,4 3,6 3,6
Communes multipolarisées des grandes aires urbaines 8 000 +5,3 18 600 +4,9 34 000 +4,7 4,2 4,2
Moyennes aires 7 600 -0,7 17 600 +2,0 31 800 +2,2 4,1 4,2
Petites aires 5 800 -9,3 17 000 +1,4 31 800 +1,5 4,9 5,5
Petits pôles 5 400 -10,5 16 800 +0,9 31 700 +0,9 5,2 5,8
Couronnes des petits pôles 9 100 +6,2 18 300 +4,0 32 400 +4,8 3,6 3,6
Autres communes multipolarisées 8 200 +1,1 17 800 +3,9 31 500 +3,4 3,8 3,8
Communes isolées hors influence des pôles 7 200 +3,2 17 400 +5,3 33 200 +6,1 4,5 4,6
Lorraine 6 900 -0,8 18 500 +3,5 35 200 +3,2 4,9 5,1
  • Villes-centres et banlieue : lorsqu’une unité urbaine est constituée de plusieurs communes, on la désigne sous le terme d’agglomération multicommunale. Les communes qui la composent sont soit ville-centre, soit banlieue. Si une commune représente plus de 50 % de la population de l'agglomération multicommunale, elle est seule ville-centre. Sinon, toutes les communes qui ont une population supérieure à 50 % de celle de la commune la plus peuplée, ainsi que cette dernière, sont villes-centres. Les communes urbaines qui ne sont pas villes-centres constituent la banlieue de l'agglomération multicommunale.
  • Champ : population des ménages fiscaux
  • Source : Insee, DGFIP, revenus fiscaux localisés des ménages

Les périphéries plus riches et plus dynamiques

Les différentes aires urbaines de la région présentent des évolutions disparates depuis 2007. Les aires de Thionville (+ 5,6 %) et de Longwy (+ 4,8 %) enregistrent la croissance la plus rapide de leur revenu médian. Tiré par le dynamisme des salaires des frontaliers, le taux de croissance des revenus des plus modestes est même supérieur à 11 %, soit trois fois plus que la moyenne régionale. À l’autre extrémité du spectre, dans les zones en grande difficulté économique, dont le taux de chômage est élevé, les revenus médians progressent très faiblement. Ainsi, dans les aires de Forbach, de Toul et de Saint-Dié-des-Vosges, dont les revenus médians sont de moins de 17 200 euros par unité de consommation, le taux de progression est de moins de 2 % entre 2007 et 2011. Sans surprise, les aires urbaines de Nancy et de Metz sont celles où le revenu médian est le plus élevé, respectivement 20 000 euros et 19 500 euros.

Au sein même des aires urbaines, les revenus sont hétérogènes. En Lorraine, les habitants des villes-centres sont ordinairement moins riches que ceux des proches banlieues, eux-mêmes moins riches que les habitants des couronnes des aires urbaines. C'est le cas notamment de Nancy, Metz, Épinal, Forbach, Verdun et Longwy. Semblables en cela aux agglomérations strasbourgeoise ou lilloise, ces aires urbaines présentent des revenus plus élevés dans les territoires plus éloignés des villes-centres. Les centres-villes ont tendance à se paupériser au profit des périphéries, l’évolution des revenus y étant plus faible.

Toutefois, dans les aires urbaines de taille moyenne comme celles de Bar-le-Duc et de Sarreguemines, les quartiers les plus riches se situent dans la proche banlieue, traduisant des aires d’influence plus réduites.

Figure_2 – Revenu médian par unité de consommation en 2011 et évolution depuis 2007 dans les aires urbaines lorraines

  • Lecture : Dans l’aire urbaine de Nancy, le revenu médian par UC est de 20 030 euros, en hausse de 2,6 % entre 2007 et 2011.
  • Champ : population des ménages fiscaux (revenus en euros constants 2011, évolution en %)
  • Source : MENESR - DEPP, Système d’information Scolarité ; enquête n°16 sur les établissements privés hors contrat

Des revenus plus élevés en périphérie de Metz

Avec le développement des villes par un étalement urbain progressif, les revenus sont plus élevés dans les communes situées en périphérie du centre. Plus on s’éloigne de ces premières couronnes, plus ils décroissent. En effet, les ménages les plus aisés cherchent à habiter préférentiellement dans la couronne des villes pour être à proximité des aménités et des emplois. Dès lors, les ménages des classes moyennes sont "poussés" vers les zones plus périphériques. Ce peuplement par cercle concentrique est plus ou moins régulier et dépend bien entendu de la topographie, des voies de communication ou encore de l’histoire des territoires. Ainsi, par rapport à ce schéma théorique, Nancy et Metz se caractérisent par la présence de quartiers à faibles revenus dans leur très proche périphérie.

À Metz, les revenus diminuent rapidement à mesure qu’on s’éloigne du centre-ville vers l’est (Metz-Borny) ou vers le nord (Woippy Saint-Eloy Pré-Génie). En s’éloignant dans cette direction (le long de l’A30 et de l’A31), les revenus médians restent faibles. À la limite nord de l’aire urbaine (au-delà de 20 kilomètres), les revenus progressent rapidement à l’approche de Thionville.

Plus classiquement, en allant vers l’ouest, le sud ou le nord, on retrouve des premières couronnes aisées (plus de 25 000 euros par unité de consommation), puis des communes dont les revenus médians décroissent avec l’éloignement du centre-ville. Seul phénomène particulier, le revenu médian baisse fortement entre 6 et 10 kilomètres vers l’ouest à l’approche des communes d’Ars-sur-Moselle, Gorze et Ancy-sur-Moselle.

Définitions

Le terme revenu se rapporte au revenu fiscal déclaré par unité de consommation. Contrairement au revenu disponible, le revenu fiscal ne tient pas compte ni de l’impôt sur le revenu, ni des prestations sociales.

Pour comparer à taille de ménage différente, on utilise une mesure du revenu corrigé par unité de consommation (UC) à l'aide d'une échelle d'équivalence. L'échelle actuellement la plus utilisée est la suivante :

1 UC pour le premier adulte du ménage ;

0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus ;

0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.

Les euros courants sont les euros en valeur nominale, indiqués à une période donnée. Les euros constants sont en valeur réelle, c’est-à-dire corrigés de la variation des prix par rapport à une période de base (ici, l’année 2011).

Une aire urbaine est un ensemble de communes constitué d’un pôle urbain et des communes dont au moins 40 % des résidents actifs travaillent dans le pôle ou les communes attirées par celui-ci. Le nombre d’emplois concentré par le pôle détermine la taille de l’aire urbaine : grande (plus de 10 000 emplois), moyenne (5 000 à 10 000 emplois) ou petite (moins de 5 000 emplois).