Une reprise de la croissance toujours attendue

Insee

En Corse, les indicateurs conjoncturels du 1er trimestre 2014 ne montrent toujours pas de signes convaincants d’amélioration dans un contexte national tout aussi morose. Le chômage demeure élevé (9,9 %), soit 0,2 point de plus que la moyenne nationale, ce qui met la Corse au 9e rang des taux régionaux les plus élevés de métropole. La Haute-Corse garde un taux de chômage sensiblement supérieur (+10,7 %), à celui de la Corse-du-Sud (9,2 %).

L’emploi salarié en légère hausse se maintient mieux qu’au niveau national mais il poursuit sa baisse dans la construction en Haute-Corse. Les créations d’entreprises hors auto-entrepreneurs diminuent ce trimestre alors que celles sous forme d’auto-entreprises augmentent. Parallèlement, les défaillances d’entreprises repartent à la hausse. Par ailleurs, la vente de logements neufs semble repartir mais l’encours des invendus demeure élevé.

Enfin, le fret dénote un repli de l’activité, en partie à cause d’un hiver relativement doux début 2014 qui a nécessité de plus faibles importations d’hydrocarbures et de gaz.

Insee Conjoncture Corse
No 1
Paru le : 17/07/2014

L’emploi régional stagne mais résiste toujours mieux qu’en métropole

Au 1er trimestre 2014, l’emploi salarié dans les secteurs principalement marchands croît de 0,7 % par rapport à l’an dernier (soit + 444 emplois) contre – 0,3 % au niveau de la métropole. Il est aussi en hausse par rapport au trimestre dernier (+ 0,2 %), également meilleur qu’en France métropolitaine (– 0,1 %) (figure 1).

Ce trimestre, l’emploi se replie faiblement dans les secteurs du tertiaire marchand hors intérim (– 0,02 %) et de la construction (– 0,06 %). En revanche, il augmente dans l’industrie (+ 0,4 %) et le commerce (+ 0,5 %) (figure 2). Dans la construction, la situation semble se stabiliser ce trimestre, néanmoins le secteur enregistre un repli pour le 5e trimestre consécutif (– 331 emplois depuis le 4e trimestre 2012).

Dans le tertiaire marchand hors intérim, les pertes d’emploi concernent les sous-secteurs des services, des activités financières et d’assurance, et de transport et entreposage (– 182 emplois au total). Ces baisses sont presque compensées par les hausses dans le commerce, l’hébergement et restauration, l’information et la communication, et les activités immobilières (+ 174 emplois au total)

Par ailleurs, l’intérim progresse de 38,6 % ce trimestre en excédant les 300 emplois.

Au niveau départemental, l’emploi progresse en Corse-du-Sud (+ 0,5 %), soit + 166 emplois ce trimestre. En revanche, il recule en Haute-Corse (– 0,2 %), soit – 69 emplois. Le constat est similaire pour les évolutions annuelles : + 1,4 % (+ 458 emplois) en Corse-du-Sud contre une stagnation en Haute-Corse.

Graphique_1 – 1 Evolution de l’emploi salarié marchand

Graphique_2 – 2 Évolution de l’emploi salarié marchand par secteur en Corse

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées des variations saisonnières. Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Graphique_3 – 3 Taux de chômage

  • Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, taux de chômage localisé (région), et au sens du BIT (France)

L’emploi dans la construction cède 1,4 % ce trimestre en Haute-Corse alors qu’il augmente de 1,2 % en Corse-du-Sud. L’industrie perd également des emplois en Haute-Corse (– 0,1 %) alors qu’elle en gagne en Corse-du-Sud (+ 0,8 %).

Au 1er trimestre 2014, pour le quatrième trimestre consécutif, le taux de chômage insulaire s’établit à 9,9 % de la population active. Il est supérieur au taux de la métropole (de 0,2 point) pour le deuxième trimestre consécutif (figure 3). La Corse enregistre le 9e taux de chômage le plus haut des 22 régions métropolitaines alors qu’il était au 10e rang un an auparavant. Au niveau départemental, le taux de chômage en Haute-Corse reste stable à 10,7 % ce trimestre et celui de Corse-du-Sud augmente de 0,1 point par rapport au trimestre dernier avec 9,2 %. L’écart entre les deux départements est d’au moins 1,4 point pour le quatrième trimestre consécutif.

Plus de 19 300 demandeurs d’emploi

Le nombre des demandeurs d’emploi en fin de mois catégories A, B et C, en données corrigées des variations saisonnières, continue à augmenter au 1er trimestre 2014, pour atteindre 19 343, fin mars. L’évolution trimestrielle (+ 3,0 %) est supérieure à celle du précédent trimestre (+ 1,4 %).

Ces augmentations contrastent avec celles observées en France métropolitaine (+ 0,9 %) ce trimestre contre (+ 1,1 %) au trimestre précédent.

Sur un an, le nombre de personnes inscrites à Pôle Emploi en catégories A, B et C augmente davantage en Corse qu’en France métropolitaine (hausses respectives de 10,4 % et de 4,5 %).

L’augmentation trimestrielle du nombre de demandeurs d’emploi insulaires concerne toutes les classes d’âge. Les personnes de plus de 50 ans sont les plus touchées avec une hausse de 3,9 % par rapport au trimestre précédent. En évolution annuelle, les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans sont en hausse de 18,7 %, tandis que ceux de moins de 25 ans diminuent de 0,1 %

Les demandeurs d’emploi inscrits depuis plus d’un an sont particulièrement touchés. Leur nombre continue à croître fortement, tant en variation trimestrielle (+ 6,8 %), qu’annuelle (+ 23,4 %).

Une situation du logement toujours attentiste malgré une remontée des ventes

Au cours du 1er trimestre 2014, 465 logements neufs ont été vendus en Corse (figure 4), ce qui représente 122 logements de plus qu’au 1er trimestre 2013, soit une hausse de 35,6 % (contre – 5,0 % au niveau national). Ainsi, les ventes cumulées sur les quatre derniers trimestres augmentent de 8,4 % par rapport aux ventes des 4 trimestres précédents (– 3,6 % au niveau national). Cette hausse résulte principalement des ventes de logements neufs collectifs.

Graphique_4 – 4 Commercialisation de logements neufs

  • Source : SoeS, ECLN (données provisoires du 28/05/2014)

Parallèlement, 472 logements neufs ont été mis en vente ce trimestre, soit une augmentation de 54,2 % par rapport au 1er trimestre 2013 (contre – 31,5 % au niveau national). Cette forte hausse est due essentiellement aux mises en vente des logements collectifs qui passent de 278 à 428. L’encours de logements neufs proposés à la vente, avec 1 526 logements invendus, diminue de 1,9 % sur un an (– 0,9 % au niveau national). Il reste toutefois proche de son record de 1 643 logements atteint au 4e trimestre 2012. Début 2014, le prix moyen au mètre carré à la réservation des logements en immeubles collectifs baisse par rapport à l’année passée (– 9,6 % en Corse contre – 0,05 % en métropole).

Moins de nuitées en hôtels

Graphique_5 – 5 Evolution de la fréquentation dans les hôtels

  • Note : données mensuelles brutes. Suite au changement de méthode intervenu début 2013, les données 2011 et 2012 ont été rétropolées.
  • Source : Insee ; DGCIS, partenaires régionaux

Graphique_6 – 6 Créations d’entreprises

  • Champ : ensemble des activités marchandes hors agriculture. Note : les créations d’entreprises hors entrepreneurs sont corrigées des jours ouvrables et corrigées des variations saisonnières (CJO-CVS), les créations sous régime d’auto-entrepreneurs sont brutes. Données trimestrielles.
  • Source : Insee, REE (Répertoire des Entreprises et des Établissements – Sirene)

Le 1er trimestre (comme le 4e) marque traditionnellement un point bas de l’activité touristique. La conjoncture économique toujours défavorable se traduit par une baisse de la fréquentation touristique ce premier trimestre. En effet, en Corse, malgré une météo généralement plus clémente qu’à la même époque l’an passé, le nombre de nuitées passées dans l'hôtellerie diminue de 6,3 % par rapport au 1er trimestre 2013 (figure 5).

Cette nette diminution se traduit par des évolutions de – 5,4 % pour les touristes français et – 19,6 % pour les étrangers qui représentent, à cette époque de l’année, moins de 10 % des nuitées totales. Au niveau des nombres d’arrivées, le constat est analogue, – 5,0 % en glissement annuel (– 3,4% pour les Français et – 24,0 % pour les étrangers). Quant aux durées de séjour, elles tendent à légèrement augmenter pour les touristes étrangers alors qu’elles raccourcissent pour les touristes français.

Les créations d’entreprises hors auto-entrepreneurs en recul, celles des auto-entreprises redémarrent

En Corse, au 1er trimestre 2014, le nombre d’entreprises créées hors auto-entrepreneurs repart à la baisse après une année 2013 favorable. Avec 481 unités (données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables) contre 515 au trimestre précédent, la variation trimestrielle est de – 6,6 %, contre – 0,7 % sur le continent (figure 6). Sur un an, le recul de ces créations (- 3,2 %) est en assez net contraste avec l’évolution nationale (+ 3,6 %).

Sur l’année écoulée, le cumul des créations d’entreprises (hors auto-entrepreneurs) augmente de 12,9 % en Corse par rapport à l’année précédente, contre + 9,1 % au niveau national sur la même période.

Ce trimestre semble annoncer un regain du statut d’auto-entrepreneur qui était en recul depuis un an, en Corse comme au niveau national. En effet, en incluant les auto-entrepreneurs, l’évolution trimestrielle est de + 7,4 % en Corse et de + 5,1 % sur le continent.

L’évolution annuelle est en revanche plus défavorable dans la région (– 0,3 %) que sur le continent (+ 2,4 %). Le constat est similaire pour les données cumulées sur l’année écoulée (– 2,1 %) en Corse et (+ 0,2 %) sur le continent.

Hausse des défaillances d’entreprises plus marquée que dans le reste du pays

Graphique_7 – 7 Défaillances d’entreprises

  • Note : données mensuelles brutes au 10 septembre 2013, en date de jugement. Chaque point représente la moyenne des douze derniers mois.
  • Source : Banque de France, Fiben

Graphique_8 – 8 Trafics passagers et fret

Au niveau des défaillances d’entreprises, avec 98 défaillances au 1er trimestre 2014, celles-ci évoluent de + 12,6 % en glissement annuel, une variation nettement au-dessus des + 2,4 % en France métropolitaine (figure 7).

L’activité dans les transports de passagers varie de – 0,8 % au 1er trimestre par rapport à l’an dernier et reste tout à fait conforme au niveau attendu « hors saison ».

Cette diminution se répartit entre des baisses de respectivement – 0,8 % dans l’aérien et – 3,0 % dans le maritime. Au total, ce sont 12 500 passagers de moins qui ont été transportés au 1er trimestre 2014 par rapport au 1er trimestre 2013.

Parallèlement, dans le transport de fret, le trafic total en tonnes diminue de 6,6 % par rapport au 1er trimestre 2013 pour atteindre 476 000 tonnes (soit – 34 000 tonnes en glissement annuel). Cette forte baisse résulte du recul des sorties de marchandises (« Roll ») tant à destination du continent français que du continent italien (avec respectivement – 32,4 % soit – 18 000 tonnes pour la France et – 35,0 % soit – 2 500 tonnes pour l’Italie). Au niveau des entrées en tonnes de marchandises en provenance du continent français, on observe – 600 pour le « Roll » (soit – 0,2 %), – 4 300 pour le ciment (soit – 15,2 %), à rapprocher de la baisse d’activité dans la construction, – 12 278 pour les hydrocarbures (soit – 13,0 %) et – 1 500 pour le gaz (soit – 14,7 % notamment parce que l’hiver doux a engendré de faibles dépenses de chauffage). Seule composante en hausse, les entrées de marchandises en provenance du continent italien : + 5 200 tonnes de «Roll » (soit + 9,4 %).

Encadrés

Contexte national - La croissance revient mais ne décolle pas

Au premier trimestre 2014, l’activité stagne. La croissance reviendrait en France au deuxième trimestre (+ 0,3 %). Au second semestre, la croissance ne décollerait pas : elle resterait moyenne (+ 0,3 % par trimestre). Au total, le PIB progresserait de 0,7 % en 2014, après + 0,4 % en 2012 et 2013. Des facteurs persistants continuent de limiter l’ampleur de la reprise. Le pouvoir d’achat des ménages s’améliore certes, mais trop modestement pour conduire à une franche accélération de la consommation (+0,3 % en 2014) et à une reprise de l’investissement en logements neufs. Confrontées à une demande qui ne décolle pas, et avec un taux de marge qui se redresse mais reste bas, les entreprises ne sont pas enclines à investir. Enfin, les exportations françaises ne profiteraient pas pleinement de l’accélération attendue du commerce mondial, pénalisées notamment par l’appréciation de l’euro.

L’emploi total progresserait au premier semestre 2014 (+22 000 postes) comme au second semestre (+38 000) du fait des emplois aidés. Le taux de chômage augmenterait légèrement d’ici fin 2014 (10,2 %).

Contexte international - Les économies avancées ralentissent ponctuellement

Les économies avancées ralentissent au premier trimestre 2014, principalement du fait de la contraction de l’économie américaine. Dans la zone euro, l’activité accélère en Allemagne et en Espagne mais cale en France et en Italie.

Les économies émergentes traversent toujours une zone de turbulences : les attaques monétaires ont cessé mais les resserrements monétaires passés continueraient de peser sur l’activité. Leurs importations ne progresseraient que modérément d’ici la fin de l’année.

À l’inverse, les économies avancées retrouveraient de l’élan d'ici fin 2014. Aux États-Unis, l’activité rebondirait fortement. Au Royaume-Uni, la demande intérieure progresserait vigoureusement malgré un marché immobilier qui s’assagirait au second semestre. La zone euro, et notamment l’Espagne, retrouverait du tonus (+ 0,3 % par trimestre), grâce à une moindre consolidation budgétaire, un redressement de l’investissement et une baisse de l’épargne de précaution des ménages. En revanche, la construction continuerait de peser négativement dans la zone, excepté en Allemagne.