La reprise amorcée ne se confirme pas

Corine Kapel, Insee - Rédaction achevée le 4 juillet 2014

L’activité en France a stagné au premier trimestre 2014, pénalisée par le commerce extérieur. L’économie aquitaine ne confirme pas les signes de reprise de fin d’année et l’emploi net salarié repart à la baisse.

Le commerce et les services ne créent pas d’emplois, l’industrie en perd tout comme le secteur intérimaire qui rechute fortement. Le secteur de la construction semble donner quelques signes de reprise, après sept trimestres consécutifs de baisse.

La Gironde et le Lot-et-Garonne sont les seuls départements à créer des emplois salariés (hors intérim), tandis que les autres en perdent.

Le nombre de demandeurs d’emplois continue de progresser. La fréquentation hôtelière connaît un début d’année relativement morose et les fortes pluies perturbent les grandes cultures en Aquitaine.

Insee Conjoncture Aquitaine
No 1
Paru le : 09/07/2014

Pas de reprise de l’emploi salarié

Au premier trimestre 2014, l’emploi salarié aquitain dans les secteurs marchands (hors agriculture, administration, éducation, santé, action sociale, particuliers employeurs) est en baisse de 0,3 % par rapport au trimestre précédent et également sur un an.

En France métropolitaine, l’emploi salarié diminue de 0,2 % par rapport au trimestre précédent, et de 0,3 % sur un an (figure 1).

En Aquitaine, le commerce et les services marchands (hors intérim) stagnent. Le secteur de l’industrie diminue de 0,3 % et celui de l’intérim de 6,1 %, après une hausse de 4,3 % le trimestre précédent. Seul le secteur de la construction semble retrouver un léger dynamisme, après près de deux ans de baisse, + 0,2 % (figure 2).

La Dordogne, les Landes et les Pyrénées-Atlantiques perdent des emplois, tandis que la Gironde en gagne 300 et le Lot-et-Garonne 200 au premier trimestre 2014.

L’emploi industriel régional est en repli de 0,3 %, soit 500 emplois de moins. Les équipements mécaniques et électriques ainsi que les produits pétroliers sont en hausse de 0,2 %. En revanche l’agroalimentaire et les matériels de transport moins dynamiques ce trimestre, perdent de l’emploi.

Le secteur de l’agroalimentaire connaît une période difficile à cause, notamment de la guerre des prix bas à laquelle se livrent les enseignes de la grande distribution.

L’emploi salarié dans le commerce régional se stabilise par rapport au trimestre précédent. La Dordogne, les Landes et les Pyrénées-Atlantiques perdent des emplois. Seuls la Gironde et le Lot-et-Garonne sont créateurs d’emploi commercial. La consommation des ménages a reculé de 1,2 % au premier trimestre, en partie à cause d’une surconsommation de fin d’année ( en prévision de la hausse du malus et TVA au 1er janvier 2014). Les températures clémentes ont également limité les dépenses de chauffage.

L’emploi dans les services marchands, hors intérim, stagne depuis trois trimestres. Il est en baisse dans les Landes ainsi que dans les Pyrénées-Atlantiques et se stabilise en Dordogne et en Gironde. Seul le Lot-et-Garonne crée près de 200 emplois. Les secteurs des « transports », « hébergement et restauration » et « activités financières » en perdent. Les « activités immobilières » comptent une centaine d’emplois supplémentaires.

Le secteur de la construction est le seul en Aquitaine à créer des emplois (+110). Il était en baisse depuis près de deux années consécutives. Sur un an, le secteur perd encore plus de 1 200 emplois. Excepté la Gironde et les Pyrénées-Atlantiques, tous les autres départements perdent de l’emploi. Bordeaux est l’agglomération de France où le marché du logement neuf se porte le mieux. En Gironde, 95 % de la construction est concentrée sur l’agglomération bordelaise et le Bassin d’Arcachon.

Le secteur de l’intérim baisse à nouveau ce trimestre (- 6,1 %) et perd 1 600 emplois. Tous les départements sont en repli, excepté la Dordogne (figure 3).

Figure_1 – Évolution de l’emploi salarié marchand

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées des variations saisonnières. Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Figure_2 – Évolution de l’emploi salarié marchand par secteur en Aquitaine

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées des variations saisonnières. Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Figure_3 – Évolution de l’emploi intérimaire

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre ; données corrigées des variations saisonnières. Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Stabilité du taux de chômage 

Le taux de chômage régional s’établit en moyenne au premier trimestre à 9,6 %, comme au trimestre précédent.

La France métropolitaine se stabilise également ce trimestre à 0,1 point au-dessus de la moyenne aquitaine (figure 4).

La Dordogne et le Lot-et-Garonne sont stables à 10,6 % et 9,9 %. Les autres départements subissent une hausse de 0,1 point.

Les Pyrénées-Atlantiques sont le département où le taux de chômage est le plus bas, 8,5 % de la population active.

Figure_4 – Taux de chômage

  • Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, taux de chômage localisé (région), et au sens du BIT (France)

Demandeurs d’emploi en progression constante

Fin mai 2014, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi de catégorie A s’établit à 172 175 en Aquitaine. Il augmente de 1,8 % par rapport au mois d’avril 2014 (+ 3 017). Sur un an, il croît de 5,8 %. En France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A augmente de 0,7 % par rapport au mois précédent (+ 4,1 % sur un an).

Fin mai 2014, le nombre de demandeurs d’emploi aquitains de catégorie A,B,C (ayant exercé une activité même réduite au cours du mois) s’élève à 264 600. Il augmente de 1,1 % par rapport au mois précédent, et de 0,7 % au niveau national. Sur un an, le nombre de demandeurs d’emploi continue de croître fortement, de 6,6 % en Aquitaine, et de 4,8 % en France métropolitaine.

Le nombre de chômeurs de moins de 25 ans (catégorie A,B,C) repart à la hausse (+1,3 %), après une relative stabilité en début d’année. Celui des « 50 ans ou plus » continue sa progression. Sur un an, cette tranche d’âge comptabilise 12,5 % de chômeurs supplémentaires.

Recul des permis de construire, progression des mises en chantier

De mai 2013 à avril 2014, 30 400 permis de construire ont été accordés en Aquitaine, soit 16 % de moins qu’un an auparavant (figure 5).

Durant la même période, le nombre de mises en chantier est de 28 700, une progression de 20 % par rapport à la même période de l’année précédente (figure 6).

Figure_5 – Évolution du nombre de logements autorisés à la construction

  • Note : données mensuelles brutes, en date de prise en compte. Chaque point représente la moyenne des 12 derniers mois.
  • Source : SOeS, Sit@del2

Figure_6 – Évolution du nombre de logements commencés

  • Note : données mensuelles brutes, en date de prise en compte. Chaque point représente la moyenne des 12 derniers mois..
  • Source : SOeS, Sit@del2

Moins de nuitées en hôtel mais progression de celles des étrangers

Sur les quatre premiers mois de l’année 2014, l’hôtellerie perd 4 % de nuitées par rapport à la même période de 2013. La baisse est de 2 % en janvier, de près de 8 % en février et en mars. Le mois d’avril 2014 affiche lui, une hausse de 2 %. Comme déjà constaté fin 2013, la clientèle française est moins présente en ce début d’année. En effet, une baisse de 6 % de nuitées s’observe de janvier à avril, par rapport à la même période de l’année précédente. Dans le même intervalle, les nuitées étrangères continuent de progresser, 15 % sur les quatre premiers mois. Le développement du e-tourisme et les offres « clé en main » attirent une clientèle étrangère « aisée » de plus en plus lointaine.

Malgré les mauvaises conditions météorologiques en début d’année, l’enneigement précoce et régulier et l’étalement des vacances d’hiver ont favorisé la fréquentation des stations de ski pyrénéennes (figure 7).

Figure_7 – Évolution de la fréquentation dans les hôtels

  • Notes : données mensuelles brutes. Suite au changement de méthodes intervenu début 2013, les données 2011 et 2012 ont été rétropolées.
  • Sources : Insee ; direction du tourisme ; partenaires régionaux

Légère hausse des créations d’entreprises hors auto-entrepreneurs

En Aquitaine, 8 000 entreprises ont été créées au premier trimestre 2014, une évolution relativement stable par rapport au trimestre précédent (figure 8).

Les créations hors auto-entreprises augmentent de 1,4 % et sont en hausse dans tous les départements aquitains. Celles sous régime d’auto-entrepreneur sont stables mais progressent dans tous les départements, excepté en Gironde où elles baissent de 8 % ce trimestre. Tous régimes confondus, les créations sont en progression dans les secteurs de l’industrie, de la construction, de l’hébergement-restauration et des activités immobilières. Elles diminuent dans l’information-communication, les activités financières et les transports. En France métropolitaine, les créations augmentent de 5 % au premier trimestre.

Au premier trimestre 2014, l’Aquitaine comptabilise 896 défaillances d’entreprises (source Fiben, Banque de France) soit 3 % de moins que le trimestre précédent (figure 9).

Celles-ci diminuent dans tous les départements, excepté dans les Pyrénées-Atlantiques où la hausse atteint 46 %. Le nombre de défaillances est moindre dans les secteurs de l’information-communication, l’hébergement-restauration et l’industrie, et stagne dans les activités financières. Il progresse dans la construction, les transports et le commerce. En France métropolitaine, les défaillances augmentent de 1,6 %.

Figure_8 – Créations d’entreprises

  • Champ : ensemble des activités marchandes hors agriculture. Note : les créations d’entreprises hors entrepreneurs sont corrigées des jours ouvrables et corrigées des variations saisonnières (CJO-CVS), les créations sous régime d’auto-entrepreneurs sont brutes. Données trimestrielles.
  • Source : Insee, REE (Répertoire des Entreprises et des Établissements – Sirene)

Figure_9 – Défaillances d’entreprises

  • Note : données mensuelles brutes au 12 mai 2014, en date de jugement. Chaque point représente la moyenne des douze derniers mois.
  • Source : Banque de France, Fiben

Agriculture : moins de vin à l’export

Début 2014, les trois premiers mois se caractérisent en Aquitaine par des températures clémentes, une pluviométrie importante et un ensoleillement globalement déficitaire. Malgré tout, les producteurs de fraise du Lot-et-Garonne sont satisfaits du début de saison. Les pluies abondantes ont perturbé les récoltes de maïs et retardé les semis de céréales. Le cours des céréales est en hausse fin janvier, mais les exportations européennes de blé restent dynamiques. Fin janvier, en cumul sur 12 mois, les exportations de vins de Bordeaux diminuent de 4% en volume et en valeur. Elles sont en progression en volume vers le Royaume-Uni mais continuent de baisser vers la Chine (source : Draaf-Sriset).

Stabilisation des exportations

Les exportations aquitaines (3,2 milliards d’euros) se stabilisent au premier trimestre 2014 par rapport au trimestre précédent, après une hausse de 6 %. Sur un an, elles sont en baisse de 5 %. Les exportations diminuent de 21 % dans les produits des IAA, de 22 % dans les équipements mécaniques et de 6 % dans le matériel de transport. En revanche, elles augmentent de 32 % dans le textile-habillement et de 26 % dans les produits chimiques et parfums.

Aéroport Bordeaux-Mérignac : belle progression grâce au trafic low-cost

Le trafic international de Bordeaux-Mérignac progresse de 31 % en mai 2014 par rapport à mai 2013.

Le terminal Billi, ouvert en 2010, va s’agrandir de 1000 m² pour faire face au succès grandissant du trafic low-cost. En 2013, les vols à bas prix représentent un tiers du trafic global de l’aéroport de Mérignac.

Encadrés

Contexte national - La croissance revient mais ne décolle pas

Au premier trimestre 2014, l’activité stagne. La croissance reviendrait en France au deuxième trimestre (+ 0,3 %). Au second semestre, la croissance ne décollerait pas : elle resterait moyenne (+ 0,3 % par trimestre). Au total, le PIB progresserait de 0,7 % en 2014, après + 0,4 % en 2012 et 2013. Des facteurs persistants continuent de limiter l’ampleur de la reprise. Le pouvoir d’achat des ménages s’améliore certes, mais trop modestement pour conduire à une franche accélération de la consommation (+ 0,3 % en 2014) et à une reprise de l’investissement en logements neufs. Confrontées à une demande qui ne décolle pas, et avec un taux de marge qui se redresse mais reste bas, les entreprises ne sont pas enclines à investir. Enfin, les exportations françaises ne profiteraient pas pleinement de l’accélération attendue du commerce mondial, pénalisées notamment par l’appréciation de l’euro.

L’emploi total progresserait au premier semestre 2014 (+22 000 postes) comme au second semestre (+38 000) du fait des emplois aidés. Le taux de chômage augmenterait légèrement d’ici fin 2014 (10,2 %).

Contexte international - Les économies avancées ralentissent ponctuellement

Les économies avancées ralentissent au premier trimestre 2014, principalement du fait de la contraction de l’économie américaine. Dans la zone euro, l’activité accélère en Allemagne et en Espagne mais cale en France et en Italie.

Les économies émergentes traversent toujours une zone de turbulences : les attaques monétaires ont cessé mais les resserrements monétaires passés continueraient de peser sur l’activité. Leurs importations ne progresseraient que modérément d’ici la fin de l’année.

À l’inverse, les économies avancées retrouveraient de l’élan d'ici fin 2014. Aux États-Unis, l’activité rebondirait fortement. Au Royaume-Uni, la demande intérieure progresserait vigoureusement malgré un marché immobilier qui s’assagirait au second semestre. La zone euro, et notamment l’Espagne, retrouverait du tonus (+ 0,3 % par trimestre), grâce à une moindre consolidation budgétaire, un redressement de l’investissement et une baisse de l’épargne de précaution des ménages. En revanche, la construction continuerait de peser négativement dans la zone, excepté en Allemagne.

Pour en savoir plus

Note de conjoncture nationale de juin 2014 La croissance revient mais ne décolle pas