L’embellie dans le commerce limite le recul de l’emploi salarié bourguignon au 1er trimestre 2014

Stéphane Vigneau, Insee

Fin 2013, l’amélioration du climat des affaires annonçait une consolidation de la reprise économique. Pourtant, le début d’année 2014 a été plutôt décevant : le PIB est resté stable après une croissance de 0,2 % le trimestre précédent. Dans ce contexte économique peu favorable, l’emploi salarié marchand non agricole recule de 0,1 % aussi bien en Bourgogne qu’en France métropolitaine. Le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi atteint de ce fait des sommets : fin mai, ils sont 118 400 demandeurs d’emploi de catégories A, B et C en Bourgogne. Le chômage de longue durée est aussi au plus haut avec 53 200 inscrits depuis plus d’un an.

Dans le secteur de la construction l’emploi recule mais beaucoup plus faiblement qu’auparavant. La construction de logements est en repli, alors que celle de locaux augmente fortement. L’activité dans les hôtels bourguignons progresse sous l’effet de la clientèle étrangère. Les touristes chinois, venus encore plus nombreux, deviennent la première clientèle étrangère des hôtels de la région. La meilleure résistance du tissu économique bourguignon amorcée en fin d’année 2013, se confirme et s’amplifie : davantage d’entreprises sont créées et les dépôts de bilan diminuent.

La conjoncture diffère d’un département à l’autre. L’emploi recule fortement en Côte-d’Or, modérément en Saône-et-Loire. L’évolution est plus favorable dans l’Yonne, grâce à l’industrie et au commerce et, dans la Nièvre, grâce aux services.

Insee Conjoncture Bourgogne
No 01
Paru le : 29/07/2014

Embellie dans le commerce

L’emploi salarié marchand non agricole recule à nouveau au cours du premier trimestre 2014 en Bourgogne, après l’accalmie de la fin d’année 2013. Dans un contexte de recul quasi général de l’emploi dans les régions françaises - il ne progresse qu’en Corse, en Île-de-France et en Auvergne - l’emploi salarié marchand non agricole diminue de 0,1 % en Bourgogne, soit 400 emplois nets détruits. La baisse est de même ampleur au niveau national. En un an, la région a perdu 2 900 emplois, une diminution de 0,8 % plus forte qu’en France métropolitaine (- 0,3 %) (figure 1).

En Bourgogne, le secteur de la construction perd encore des emplois mais de façon plus modérée :  0,2 % après une baisse trimestrielle de l’ordre de 1 % en moyenne sur le second semestre 2013. Les services marchands hors intérim, moteurs de l’activité économique en France métropolitaine (+ 0,2 %), reculent en Bourgogne de 0,1 % après une stabilisation fin 2013 (figure 2).

Graphique_1 – 1 Évolution de l’emploi salarié marchand

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées des variations saisonnières.
  • Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Graphique_2 – 2 Évolution de l’emploi salarié marchand par secteur en Bourgogne

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées des variations saisonnières. Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Graphique_3 – 3 Évolution de l’emploi intérimaire

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre ; données corrigées des variations saisonnières. Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois.

L’emploi intérimaire chute de 3,3 %, soit une perte nette de 500 emplois, après un bon second semestre 2013 qui laissait entrevoir des signes de reprise. Le recul de l’intérim est encore plus prononcé au niveau national : - 4,7 %. Le commerce progresse vigoureusement, de 0,5 % en Bourgogne alors qu’il se replie en France métropolitaine de 0,1 % (figure 3).

Contrairement au trimestre précédent, l’emploi diminue dans les deux plus gros départements employeurs, la Côte-d’Or (- 0,3 %) et la Saône-et-Loire (- 0,1 %). Mais il augmente de 0,1 % dans l’Yonne et la Nièvre. En Côte-d’Or, tous les secteurs reculent, excepté le commerce qui reste stable. L’embauche de plus de 200 salariés dans le centre commercial de la Toison d’Or est gommée par le transfert d’une centaine de salariés vers l’industrie et de nombreuses petites baisses d’effectifs. Dans la Nièvre, contrairement aux autres départements, l’intérim progresse (+ 1,6 %) comme le nombre de salariés dans les services marchands hors intérim (+ 0,4 %). La Saône-et-Loire est le seul département bourguignon où le secteur de la construction crée des emplois : une centaine, soit une hausse de 0,8 %, mais l’emploi intérimaire y recule de 6,5 %, plus nettement qu’ailleurs. Dans l’Yonne, l’emploi industriel progresse de 0,7 % ; la création nette d’une centaine d’emplois dans la fabrication « d’autres produits industriels » explique pour partie cette hausse.

Niveau record du nombre de demandeurs d’emploi

Fin mai 2014, 118 400 demandeurs d’emploi de catégories A, B et C sont inscrits à Pôle emploi en Bourgogne. Un tel niveau n’avait jamais été atteint. Depuis le début de l’année, la région compte 2 600 chômeurs supplémentaires. Au cours du premier trimestre 2014, le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a fortement diminué du fait des politiques d’emploi dont ont bénéficié les jeunes. Mais cette tendance baissière semble s’interrompre sur avril et mai. Le chômage des seniors augmente sans interruption depuis fin août 2013. Ils sont désormais 27 900 en Bourgogne, soit 1 400 de plus que fin 2013. Dans ce contexte, la loi du 5 mars 2014 vise à faciliter l’accès à l’aide de contrat de génération pour les entreprises de 50 à moins de 300 salariés. Le chômage de longue durée poursuit sa progression : depuis le début de l’année, 1 300 demandeurs d’emploi supplémentaires sont au chômage depuis plus d’un an dans la région. Ils représentent désormais 44,7 % du nombre total d’inscrits.

Graphique_4 – 4 Taux de chômage

  • Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, taux de chômage localisé (région), et au sens du BIT (France).

Le taux de chômage, qui rapporte le nombre de chômeurs à la population active au lieu de résidence, est stable à 8,8 % ; il reste en deçà du niveau national de 9,7 % (figure 4). Il recule légèrement dans la Nièvre, croît faiblement en Saône-et-Loire et se stabilise en Côte-d’Or et dans l’Yonne. Avec 9,5 %, le taux de chômage icaunais est le plus élevé de la région.

La construction de locaux bien orientée en Bourgogne

Après une année 2013 difficile, la construction de locaux repart plus nettement en Bourgogne qu’au plan national. Les surfaces commencées augmentent de 17,5 % en glissement annuel dans la région, contre une hausse de 2,3 % au niveau national. Les autorisations de construction de locaux progressent de 8,8 % alors qu’elles reculent en France métropolitaine.

Graphique_5 – 5 Évolution du nombre de logements autorisés à la construction

  • Note : données mensuelles brutes, en date de prise en compte. Chaque point représente la moyenne des 12 derniers mois.
  • Source : SoeS, Sit@del2.

Graphique_6 – 6 Évolution du nombre de logements commencés

  • Note : données mensuelles brutes, en date de prise en compte. Chaque point représente la moyenne des 12 derniers mois..
  • Source : SoeS, Sit@del2.

En revanche, le secteur du logement est toujours très mal orienté : le nombre de logements commencés chute de 38,5 % par rapport à début 2013, la baisse est plus modérée au plan national : - 10,5 %. Les perspectives sont également assez sombres : les permis de construire délivrés s’effondrent de 38,6 % en glissement annuel (figures 5 et 6).

Les Chinois deviennent la première clientèle étrangère

Malgré un mois de mars en demi-teinte, la fréquentation hôtelière progresse en Bourgogne au cours du premier trimestre 2014. Ainsi, comparées au premier trimestre 2013, les arrivées progressent de 4,3 %, les nuitées de 0,5 %. La Bourgogne figure parmi les régions où la progression des nuitées a été la plus forte et se situe en quatrième place, derrière l’Alsace, la Haute-Normandie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le taux d’occupation des hôtels de 42,3 % est en légère diminution (figure 7).

Le tourisme est particulièrement bien orienté dans le Sud bourguignon : les nuitées augmentent de 1,4 % en Saône-et-Loire, de 2,5 % dans la Nièvre, tirées par l’afflux de la clientèle étrangère dont les nuitées progressent très fortement. Dans l’Yonne, les touristes étrangers compensent à peine la désaffection des clients français : + 0,1 % au total. Les nuitées dans les hôtels côte-d’oriens reculent de 0,2 %.

La clientèle étrangère est le moteur de l’activité hôtelière dans la région : + 18,0 % pour les arrivées, + 17,7 % pour les nuitées. Avec des arrivées qui ont plus que doublé en glissement annuel, les Chinois deviennent le plus gros contingent de clients étrangers. Ils ont passé près de 33 000 nuitées en Bourgogne.

Graphique_7 – 7 Évolution de la fréquentation dans les hôtels

  • Notes : données mensuelles brutes. Suite au changement de méthodes intervenu début 2013, les données 2011 et 2012 ont été rétropolées.
  • Sources : Insee ; direction du tourisme ; partenaires régionaux.

Reprise de la création d’entreprises

La tendance amorcée en fin d’année 2013 se confirme et s’accélère. La création d’entreprises, en hausse au trimestre précédent, est dynamique. Les dépôts de bilan, en retrait fin 2013, reculent encore plus nettement.

Au premier trimestre 2014, l’économie bourguignonne a créé 2 700 entreprises, soit le plus haut niveau depuis fin 2010. La création d’entreprises augmente de 14,4 %, après une hausse de 4,1 % le trimestre précédent. Au niveau national, cette création est plus timide : + 5,1 % après + 6,0 %. La création d’auto-entreprises est très dynamique : + 23,9 % par rapport au trimestre précédent et, + 4,9 % en glissement annuel contre + 10,8 % et + 1,3 % en France métropolitaine. La création d’entreprises classiques est aussi mieux orientée en Bourgogne qu’au niveau national : elle progresse légèrement dans la région tandis qu’elle recule en France métropolitaine (figure 8).

Graphique_8 – 8 Créations d’entreprises

  • Champ : ensemble des activités marchandes hors agriculture. Note : les créations d’entreprises hors entrepreneurs sont corrigées des jours ouvrables et corrigées des variations saisonnières (CJO-CVS), les créations sous régime d’auto-entrepreneurs sont brutes. Données trimestrielles.
  • Source : Insee, REE (Répertoire des Entreprises et des Établissements – Sirene)

Graphique_9 – 9 Défaillances d’entreprises

  • Note : données mensuelles brutes au 10 septembre 2013, en date de jugement. Chaque point représente la moyenne des douze derniers mois.
  • Source : Banque de France, Fiben.

Cette reprise se manifeste dans les trois principaux secteurs créateurs d’entreprises de la région. Le commerce, avec 661 créations, est en hausse de 5,4 % en glissement annuel. Le secteur des services aux entreprises croît de 0,8 % avec 514 créations. Et malgré un contexte économique délicat, 413 entreprises sont créées dans la construction (+ 12,8 %).

Les défaillances diminuent encore ce trimestre en Bourgogne. Ainsi, 378 entreprises ont déposé le bilan, un repli de 12,3 % en glissement annuel. Cette amélioration est plus nette qu’au trimestre précédent (- 4,3 %). Au plan national, le nombre de défaillances augmente de 2,4 % après un faible repli de 0,8 % fin 2013 (figure 9).

En Saône-et-Loire, la défaillance d’entreprises reste de même ampleur que le trimestre précédent avec 143 dépôts de bilan. Elle recule dans les trois autres départements. (

Encadrés

Contexte national - La croissance revient mais ne décolle pas

Au premier trimestre 2014, l’activité stagne. La croissance reviendrait en France au deuxième trimestre (+ 0,3 %). Au second semestre, la croissance ne décollerait pas : elle resterait moyenne (+ 0,3 % par trimestre). Au total, le PIB progresserait de 0,7 % en 2014, après + 0,4 % en 2012 et 2013. Des facteurs persistants continuent de limiter l’ampleur de la reprise. Le pouvoir d’achat des ménages s’améliore certes, mais trop modestement pour conduire à une franche accélération de la consommation (+ 0,3 % en 2014) et à une reprise de l’investissement en logements neufs. Confrontées à une demande qui ne décolle pas, et avec un taux de marge qui se redresse mais reste bas, les entreprises ne sont pas enclines à investir. Enfin, les exportations françaises ne profiteraient pas pleinement de l’accélération attendue du commerce mondial, pénalisées notamment par l’appréciation de l’euro.

L’emploi total progresserait au premier semestre 2014 (+ 22 000 postes) comme au second semestre (+ 38 000) du fait des emplois aidés. Le taux de chômage augmenterait légèrement d’ici fin 2014.

Contexte international - Les économies avancées ralentissent ponctuellement

Les économies avancées ralentissent au premier trimestre 2014, principalement du fait de la contraction de l’économie américaine. Dans la zone euro, l’activité accélère en Allemagne et en Espagne mais cale en France et en Italie.

Les économies émergentes traversent toujours une zone de turbulences : les attaques monétaires ont cessé mais les resserrements monétaires passés continueraient de peser sur l’activité. Leurs importations ne progresseraient que modérément d’ici la fin de l’année.

À l’inverse, les économies avancées retrouveraient de l’élan d'ici fin 2014. Aux États-Unis, l’activité rebondirait fortement. Au Royaume-Uni, la demande intérieure progresserait vigoureusement malgré un marché immobilier qui s’assagirait au second semestre. La zone euro, et notamment l’Espagne, retrouverait du tonus (+ 0,3 % par trimestre), grâce à une moindre consolidation budgétaire, un redressement de l’investissement et une baisse de l’épargne de précaution des ménages. En revanche, la construction continuerait de peser négativement dans la zone, excepté en Allemagne.