Les prix de la rentrée scolaire depuis quinze ans : un profil saisonnier marqué et des promotions au cœur de l’été

Jean-Marie Fournier, Jean-Marc Rouch, Patrick Sillard, division des Prix à la consommation, Insee

Pour les ménages ayant des enfants en âge scolaire, la rentrée est une période importante de dépenses. Les articles d’habillement et chaussures y occupent une place prépondérante. Depuis quinze ans, le prix de ces produits a crû seulement de 6 %, contre + 27 % pour l’inflation d’ensemble. En cours d’année, les prix des articles d’habillement et chaussures fluctuent essentiellement au moment des soldes. Les prix des autres articles de la rentrée (papeterie, cartables, livres, etc.) ont crû en moyenne de 25 %, soit un rythme beaucoup plus proche de l’inflation. Chaque année, ils baissent au cours des mois d’août et septembre. Les réductions concernent environ 20 % des articles. Dans un cas sur dix, elles prennent la forme d’offres de vente par lots à prix dégressif. Depuis quinze ans, le nombre d’articles de la rentrée scolaire en promotion augmente, tandis que le taux de rabais semble stable.

Les produits spécifiques de la rentrée scolaire

La rentrée scolaire implique pour les parents des dépenses élevées centrées autour de certains produits : articles de papeterie, autres fournitures (cartables, livres, stylos, calculatrices…), articles d’habillement et chaussures (notamment pour le sport). À partir des enquêtes Budget des familles (BDF, sources), l’Insee a identifié un panier de la rentrée scolaire, composé des produits dont les achats augmentent particulièrement en août et septembre chez les ménages ayant des enfants en âge scolaire. Ainsi, d’après l’enquête BDF 2011, ces ménages ont dépensé en moyenne 165 euros d’articles du panier au cours des mois d’août et septembre, contre 35 euros pour les autres types de ménage. La dépense d’août et septembre représente 31 % de leur dépense annuelle pour ce panier.

Afin de rendre compte globalement de l’évolution de ces dépenses au cours de la période 1998-2013, il est possible de construire un indice des prix de la rentrée scolaire (encadré 1). Son évolution reflète, en moyenne, celle des prix des articles du panier de la rentrée, moyenne dans laquelle chaque article est pondéré en proportion de sa dépense observée dans l’enquête BDF 2005 (l’année 2005 a été prise comme référence en raison de sa position médiane pour la période étudiée).

Cette année-là, parmi les dépenses moyennes de la rentrée (dépenses des ménages avec enfants en âge scolaire en août et septembre), les articles d’habillement et chaussures comptent pour 60 %, les articles de papeterie pour 14 % et les stylos, crayons et encres pour 8 %. Viennent ensuite les livres scolaires et parascolaires, dictionnaires et encyclopédies (6 %) et la maroquinerie et les autres articles de voyage (6 %), les autres produits pesant au total pour 6 % (figure 1a). Par rapport aux dépenses observées au cours des autres mois de l’année, le poids des articles d’habillement et chaussures dans le panier est plus faible en août et septembre, même si, dans l’absolu, la dépense augmente pendant ces deux mois. Les achats des autres articles sont en effet beaucoup plus concentrés que les articles d’habillement et chaussures sur cette période (figure 1b).

Figure 1 – Répartition de la dépense moyenne des ménages avec enfants par type de produit, dans le champ des produits achetés lors de la rentrée scolaire

  • Source : Insee, enquête Budget des familles 2005.

Les fournitures scolaires suivent l’inflation

Sur la période 1998-2013, le prix des articles composant le panier de la rentrée a augmenté de 14 %, soit deux fois moins que l’indice de l’ensemble des prix à la consommation (IPC, + 27 %) (encadré 2). Cela est dû au faible dynamisme des prix des articles d’habillement et chaussures et, dans une moindre mesure, étant donné leur faible poids, à celui des prix des calculatrices (figure 2). Si l’on considère les produits du panier hors habillement et chaussures, la croissance moyenne des prix s’établit à 25 % entre 1998 et 2013, soit un niveau proche de l’inflation.

Le prix moyen des articles composant le panier de la rentrée varie fortement au cours de l’année, surtout à cause des articles d’habillement et chaussures, qui font l’objet de soldes importants en été et en hiver (figure 3). Quant aux autres articles du panier (fournitures scolaires), leur prix fluctue moins ; il est toutefois chaque année au plus bas en août (- 1,8 % par rapport à juin).

Figure 2 – Évolution des indices des prix entre 1998 et 2013

  • * indice mensuel sur l’ensemble des ménages en métropole, base 1998.
  • Source : Insee, Indice des prix à la consommation et enquête Budget des familles 2005.

Figure 3 – Évolution moyenne des prix des biens du panier de la rentrée scolaire au cours d’une année

  • Lecture : Les intervalles interquartilles (25 % et 75 %) sont matérialisés par les barres verticales ; les points correspondent aux moyennes des mois (base 100 au mois de décembre de l’année précédente).
  • Source : Insee, enquête Budget des familles 2005.

Des réductions sous forme de lots en août et septembre

Les promotions consenties sur les fournitures scolaires s’observent dès le mois de juillet et s’amplifient en août et septembre. Ainsi, en 2012 et 2013, environ 20 % des prix unitaires des produits du panier (hors habillement et chaussures) ont baissé en août ou septembre par rapport à juin (figure 4). Pour les trois quarts des produits, les prix unitaires n’ont pas changé durant ces deux mois. Ils n’ont augmenté, légèrement, que pour une faible part des articles (environ 5 % des produits).

En moyenne sur les années 2012 et 2013, les promotions sont d’ampleur plus marquée pour les articles de papeterie dont les prix baissent de 4,5 % en septembre par rapport à juin, que pour les autres fournitures scolaires et de bureau (- 3,0 % en septembre par rapport à juin) ou les stylos, crayons et encres (- 2,5 %).

Au fil des ans, les promotions de rentrée sont devenues plus fréquentes : la part des articles dont le prix unitaire en septembre est inférieur à celui de juin est passé de 15 % en 2005 à 20 % à partir de 2010.

Les promotions suivies dans l’IPC peuvent prendre deux formes complémentaires non exclusives l’une de l’autre : soit une réduction du prix (un article vendu à 50 % de son prix initial), soit un lot à tarif unitaire dégressif (un sachet de 4 stylos tandis que l’article hors promotion en compte 3). Dans les deux cas, le prix unitaire baisse (encadré 3). Selon les années et les relevés de prix effectués dans le cadre de l’IPC, les lots promotionnels représentent de 5 % à 12 % des produits en promotion parmi les produits de la rentrée scolaire hors habillement-chaussures. La fréquence des promotions par lot s’accroît avec l’avancée en saison : en moyenne, entre 2005 et 2012, les promotions par lot constituent 7 % des articles en promotion lors des mois de juillet, août et septembre, et près de 11 % en octobre.

Les promotions par lot sont souvent beaucoup plus avantageuses que les seules réductions de prix. En effet, pour la moitié des fournitures scolaires dont le prix baisse entre juin et août, le prix unitaire diminue au moins de 12 % hors lots, et de 50 % par lot (figure 5). Sur la période 2011-2013, c’est en août que les produits hors lots sont les moins chers, tandis que les promotions par lot sont les plus intéressantes en juillet et septembre. Pour la période 2005-2007, les promotions par lot et hors lots sont plus fortes en juillet mais moindres en octobre.

Il convient toutefois de considérer que ces chiffres peuvent quelque peu sous-estimer la réalité de la baisse des prix unitaires des fournitures scolaires au moment de la rentrée. Les relevés de prix de l’IPC visent en effet des produits pouvant être régulièrement suivis au cours de l’année. Ils ignorent donc des offres, ciblées et éphémères, par lots constitués d’articles en grande quantité (encadré 3).

Figure 4 – Proportion des produits dont le prix unitaire des mois de juillet, août, septembre et octobre est inférieur au prix unitaire de juin de la même année

  • Champ : Produits du panier de la rentrée scolaire hors habillement-chaussures.
  • Source : Insee, Indice des prix à la consommation.

Figure 5 – Taux de réduction médian du prix des produits dont le prix baisse par rapport à celui de juin (période 2005-2013)

  • Champ : produits du panier de la rentrée scolaire hors habillement-chaussures.
  • Source : Insee, Indice des prix à la consommation.

Encadrés

Un indice des prix de la rentrée scolaire

Le panier de produits identifiés comme spécifiques à la rentrée scolaire comprend de très nombreux produits. Pour rendre compte de manière synthétique de l’évolution de ce type de produits, on construit un indice. Il consiste à faire une moyenne des prix des produits du panier, pondérée par une structure de consommation de référence (indice de Laspeyres). L’indice n’évolue ainsi qu’en fonction des prix, et pas en fonction de la composition du panier, que l’on peut supposer assez stable à court ou moyen terme.

La structure de consommation utilisée est la structure moyenne de dépenses réalisées par les ménages ayant des enfants en âge scolaire. L’année de référence utilisée pour cette étude, portant sur la période 1998-2013, est l’année 2005. Il s’agit en effet d’une année en milieu de période, et pour laquelle on dispose de résultats d’une enquête Budget des familles.

La liste des produits identifiés comme entrant dans le panier a été elle aussi déduite de la structure de consommation en 2005. Ces produits se démarquent fortement par l’ampleur des dépenses qu’ils représentent en août et septembre pour les ménages ayant des enfants en âge scolaire, par rapport aux autres mois de l'année et par rapport aux autres types de ménages (figure ci-dessous).

Figure encadré 1 – Profil des dépenses moyennes mensuelles des ménages avec et sans enfant dans le champ des produits achetés lors de la rentrée scolaire

  • Source : Insee, enquête Budget des familles 2005.

La mesure de l’inflation

L’inflation est mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC). Tous les mois, les enquêteurs de l’Insee relèvent, sur le terrain, 200 000 prix de produits représentatifs des biens et services vendus en France. Les enquêteurs relèvent les prix des mêmes produits chaque mois. Ces relevés sont complétés par une collecte centralisée de prix, par Internet ou directement auprès d’opérateurs institutionnels pour les produits non vendus dans le commerce de détail, comme l’électricité par exemple. L’ensemble de cette collecte d’informations permet de mesurer l’évolution moyenne des prix à la consommation des biens et services vendus en France, autrement dit l’inflation.

Le suivi des promotions dans l’indice des prix à la consommation (IPC)

Les produits de l’IPC sont suivis tout le long de l’année. Pour les produits entrant dans le panier de la rentrée scolaire, le prix suivi est unitaire. Lorsqu’un lot est proposé à la vente par regroupement de produits élémentaires, si le volume du lot n’excède pas un doublement de la quantité initiale (par exemple un  sachet de 4 stylos au lieu de 3 habituellement), alors le prix du lot est intégré dans l’IPC sous forme du prix unitaire (le prix du sachet divisé par 4). Au-delà du doublement de la quantité (plus de 6 stylos au lieu de 3 habituellement), on considère alors qu'il n’y a pas lieu d’intégrer la promotion au calcul de l’indice car elle concerne un produit différent de celui couramment suivi. Dans ce cas, soit le produit suivi est disponible et son prix est intégré dans l’IPC, soit il n’est pas disponible (il n’y a que le lot promotionnel) : son prix est alors imputé sur la base du dernier prix standard observé, corrigé de l’évolution constatée sur les autres produits de même nature.

Sources

L’enquête Budget des familles est conduite habituellement tous les six ans. Les deux dernières enquêtes réalisées par l’Insee datent de 2005-2006 et 2011. L’indice des prix de la rentrée scolaire utilisé dans cette étude s’appuie sur la structure de consommation estimée à partir de l’enquête de 2005-2006, année qui se situe au milieu de la période étudiée ici.

Cette enquête consiste à interroger, au cours d’une année complète, plus de 10 000 ménages représentatifs de l’ensemble des ménages résidant en France. Ils doivent noter l’ensemble de leurs achats et dépenses pendant une période donnée (deux semaines, dans l’enquête réalisée en 2005-2006). L’enquête est réalisée par vagues successives, réparties sur toute une année. Pour les achats fréquents, l’analyse des vagues permet de calculer un profil de consommation au cours du temps et, aussi, d’identifier des types de produits achetés lors de la rentrée scolaire. Pour l’enquête de 2005-2006, les interrogations ont eu lieu entre mars 2005 et février 2006.

Le nombre d’enfants en âge scolaire du ménage est connu. Néanmoins, compte tenu des effectifs de l’enquête, il n’est pas possible d’établir des différences de dépenses statistiquement significatives associées au nombre d’enfants du foyer au cours des différents mois de l’année. Ainsi, cette étude se limite à distinguer les ménages selon qu’ils ont ou non au moins un enfant en âge scolaire.

La présente étude porte uniquement sur la France métropolitaine.

Définitions

Le panier de la rentrée scolaire est composé des postes suivants de la nomenclature IPC : « Articles de papeterie », « Stylos, crayons et encres », « Autres fournitures scolaires et bureau », « Livres scolaires et parascolaires, dictionnaires et encyclopédies », « Matériel de traitement de l’information, y compris micro-ordinateurs » (restreint aux seules calculatrices électroniques), « Maroquinerie et articles de voyages », « Chaussures de sport », « Vêtements de sport » et « Vêtements de dessus pour enfants ». Ces trois derniers postes recouvrent les articles désignés dans le texte sous l’expression « articles d’habillement et chaussures ». Hors articles d’habillement et chaussures, l’échantillon ainsi considéré comprend environ 2 000 produits dont les prix sont relevés tous les mois en France métropolitaine, auxquels s’ajoutent ceux de l’habillement et chaussures, soit 2 700 produits supplémentaires.

Un enfant en âge scolaire a, dans cette étude, plus de 4 ans et moins de 20 ans.