1er trimestre 2014 : peu de signaux favorables

Jean-Philippe Caritg (Insee)

Plus sensible que d’autres régions aux aléas des échanges économiques en raison de ses importants trafics maritimes et portuaires, la Haute-Normandie pâtit plus de la stagnation des activités nationales et du ralentissement des économies avancées. Au 1er trimestre 2014, la région perd toujours des emplois. Si le chômage est quasi-stable à 10,8 % de la population active, le nombre de demandeurs d’emploi de catégories A, B ou C en fin de trimestre atteint pourtant le record de 157 900 personnes. Les mesures gouvernementales en faveur des jeunes continuent à leur profiter (– 1,4 % d’inscrits). En revanche, la situation ne cesse de se dégrader pour les seniors (+ 3,0 % d’inscriptions) et les chômeurs de longue durée (+ 2,5%). Si la création d’entreprise reprend de la vigueur, le nombre de défaillances atteint des niveaux jamais atteints. Les constructions de logements et de locaux sont au plus bas. Seul le secteur du tourisme est favorablement orienté avec une présence accrue de la clientèle française.

Insee Conjoncture Haute-Normandie
No 1
Paru le : 15/07/2014

Rédaction achevée le 10 juillet 2014

Toujours moins d’emplois salariés

En Haute-Normandie, le 1er trimestre 2014 constitue le neuvième recul trimestriel en terme d’emploi salarié dans les secteurs marchands. Corrigé des variations saisonnières, il diminue de 0,1 %, soit une perte nette de 500 emplois, deux fois moindre qu’au trimestre précédent. Sur cette même période, l’emploi recule également de 0,1 % en France métropolitaine.

La baisse est aussi importante dans l’industrie que dans la construction : – 0,9 % dans les deux cas. En revanche, l’emploi progresse dans les autres secteurs, en particulier dans l’intérim : + 1,3 %.

Dans l’Eure, la situation se dégrade (– 0,5 %) excepté dans le commerce où l’emploi progresse de 0,5 %. La situation est stable en Seine-Maritime. Si l’emploi intérimaire y augmente de 5,3 %, les effectifs industriels reculent de 0,9 % et ceux de la construction de 1,2 %.

Sur un an (1er trimestre 2014 comparé au 1er trimestre 2013), l’emploi salarié marchand recule, proportionnellement, 4 fois plus en Haute-Normandie (– 1,3 %) qu’en France métropolitaine (– 0,3 %). Les secteurs de la construction et de l’industrie subissent les plus fortes baisses, respectivement de – 3,2 % et – 2,1 %. En revanche, l’emploi intérimaire progresse de 3,2 %.

Figure_1 – Évolution de l’emploi salarié marchand

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées des variations saisonnières.
  • Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Figure_2 – Évolution de l’emploi salarié marchand par secteur

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées des variations saisonnières.
  • Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Figure_3 – Évolution de l’emploi intérimaire

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre ; données corrigées des variations saisonnières.
  • Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Taux de chômage : très très léger recul

En Haute-Normandie, au 1er trimestre 2014, le taux de chômage recule de 0,1 point par rapport au trimestre précédent. En moyenne, en données corrigées des variations saisonnières, il s’établit à 10,8 % de la population active régionale. Malgré cette modeste embellie, la Haute-Normandie reste la 5e de France métropolitaine la plus affectée par le chômage. C’est cependant la seule région où le chômage recule ce trimestre.

Pour les deux départements haut-normands, la baisse est de même ampleur à celle constatée en région. Dans l’Eure, 10,4 % des actifs sont au chômage contre 11,1 % en Seine-Maritime.

En France métropolitaine, d’un trimestre à l’autre, le taux de chômage est stable à 9,7 % de la population active.

Sur un an (1er trimestre 2014 comparé au 1er trimestre 2013), le recul du chômage est deux fois plus prononcé en Haute-Normandie qu’en France métropolitaine : respectivement – 0,4 % et – 0,2 %.

Figure_4 – Taux de chômage

  • Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, taux de chômage localisé (région), et au sens du BIT (France)

Logements : autorisations et mises en chantier au plus bas

En Haute-Normandie, au 1er trimestre 2014, sur 12 mois glissants, 7 600 logements, dont 36 % de logements collectifs, ont été mis en chantier. Par rapport au trimestre précédent, la baisse est de 10,9 % et touche aussi bien le logement individuel (– 9,0 %) que le logement collectif (– 12,2 %). Il faut remonter au 2e trimestre 2009 pour retrouver des résultats trimestriels aussi bas. En France métropolitaine, les mises en chantier n’ont jamais été aussi faibles, mais le recul est moindre ce trimestre (– 2,7 %).

Sur un an (cumul d’avril 2013 à mars 2014 comparé au cumul des mêmes mois un an auparavant), la situation se détériore de 11,7 % et affecte l’individuel et le collectif. En France métropolitaine, la dégradation, bien que moindre, reste importante (– 4,6 %).

Au 1er trimestre 2014, sur 12 mois glissants, 10 000 permis de construire ont été délivrés, soit une baisse de 12,6 % par rapport au trimestre précédent, contre une diminution de 7,8 % en France métropolitaine. Sur un an, la dégradation est encore plus significative: – 19,9 % soit une chute à peine inférieure au taux métropolitain.

Locaux : 4e recul consécutif

En ce qui concerne la construction de locaux à usages non résidentiels, la Haute-Normandie connaît son quatrième recul trimestriel consécutif des surfaces mises en chantier. Sur douze mois glissants, au

1er trimestre 2014, celles-ci se rétractent de 8,2 % par rapport au trimestre précédent, avec 650 000 m2 mis en chantier. Sur cette même période, ces mises en chantier progressent de 0,5 % en France métropolitaine.

Jamais la construction de locaux dans la région n’a été aussi atone depuis la fin de l’année 2000.

Figure_5 – Évolution du nombre de logements autorisés à la construction

  • Note : données mensuelles brutes, en date de prise en compte. Chaque point représente la moyenne des 12 derniers mois.
  • Source : SoeS, Sit@del2

Figure_6 – Évolution du nombre de logements commencés

  • Note : données mensuelles brutes, en date de prise en compte. Chaque point représente la moyenne des 12 derniers mois.
  • Source : SoeS, Sit@del2

Fréquentation hôtelière : la clientèle étrangère moins présente

Au 1er trimestre 2014, la fréquentation des hôtels haut-normands, exprimée en nombre de nuitées, s’établit à 566 000, soit une hausse de 2,1 % par rapport au même trimestre un an auparavant. Sur cette même période, la France métropolitaine subit une baisse de 2,9 %.

Dans la région, la fréquentation accrue de la clientèle française (+ 3,7 %) est seule responsable de la hausse trimestrielle. La fréquentation étrangère recule de 7,9 % et représente 11,9 % de l’ensemble des nuitées, ce qui est peu, même pour un premier trimestre. Pour comparaison, au premier trimestre en France métropolitaine, les étrangers représentent environ le tiers de la clientèle.

Figure_7 – Évolution de la fréquentation dans les hôtels

  • Notes : données mensuelles brutes.
  • Suite au changement de méthodes intervenu début 2013, les données 2011 et 2012 ont été rétropolées.
  • Sources : Insee ; direction du tourisme ; partenaires régionaux

Créations d’entreprises : hausse quasi-générale

Au 1er trimestre 2014, en données brutes, 2 875 entreprises - dont 51 % sous le régime de l’auto-entreprenariat - ont été créees en Haute-Normandie, soit une hausse de 13,2 % par rapport au trimestre précédent. Sur cette même période, la hausse est de 11,4 % en France métropolitaine. D’une manière générale, en Haute-Normandie comme en France métropolitaine, le premier trimestre d’une année est le plus souvent celui où le nombre de créations est le plus élevé.

Dans la région, la reprise est quasi-générale, sauf pour les activités financières (– 10,9 %, mais ce secteur pèse seulement 2,0 % de l’ensemble des créations d’entreprises) et les secteurs de services aux ménages (– 1,2 %). Le transport-entreposage et les activités immobilières enregistrent la progression la plus vive (+ 40 %). La construction (environ 30 % des créations) progresse de 13,5 % et contribue le plus à la hausse de ce trimestre. L’embellie concerne aussi bien les auto-entrepreneurs que les autres formes d’entreprises (respectivement + 12,7 % et + 13,7 %). Elle profite aussi aux deux départements de la région : + 14,5 % dans l’Eure et + 12,4 % en Seine-Maritime.

Sur un an (1er trimestre 2014 comparé au 1er trimestre 2013), le nombre de créations en données brutes augmente de 9,2 % en Haute-Normandie soit 7 points de plus qu’en France métropolitaine. Le nombre de créations augmente dans tous les secteurs d’activités.

Figure_8 – Créations d’entreprises

  • Champ : ensemble des activités marchandes hors agriculture.
  • Note : les créations d’entreprises hors entrepreneurs sont corrigées des jours ouvrables et corrigées des variations saisonnières (CJO-CVS). Les créations sous régime d’auto-entrepreneurs sont brutes. Données trimestrielles.
  • Source : Insee, REE (Répertoire des Entreprises et des Établissements – Sirene

Défaillances d’entreprises : un trimestre très défavorable

En données brutes, avec 415 entreprises sous l’objet d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire lors du 1er trimestre 2014, la Haute-Normandie enregistre son plus mauvais trimestre en termes de défaillances d’entreprises. La dégradation de 5,9 % est nettement supérieure à celle de la France métropolitaine (+ 1,9 %).

En Haute-Normandie, la situation se redresse dans le secteur du commerce (– 5,9 %) dans celui des activités de soutien aux entreprises (– 17,9 %) et surtout dans celui du transport-entreposage (– 68,8 %). Ce dernier secteur représente à peine plus de 1 % de l’ensemble des défaillances. En revanche, elle se détériore dans les autres secteurs.

La dégradation est de 13,6 % dans le BTP (qui représente le quart de l’ensemble des procédures), de 22,0 % dans l’hébergement-restauration et de 16,2 % dans l’industrie, secteurs déjà fortement touchés en 2013.

Cette morosité touche aussi bien l’Eure (+ 5,6 %) que la Seine-Maritime (+ 6,0 %).

Sur 12 mois glissants, la situation est tout aussi défavorable : le nombre de procédures concerne 1 572 entreprises, soit un chiffre record pour la région. La hausse est trois fois plus prononcée en Haute-Normandie (+ 10,9 %) qu’en France métropolitaine.

Figure_9 – Défaillances d’entreprises

  • Note : données mensuelles brutes au 10 septembre 2013, en date de jugement. Chaque point représente la moyenne des douze derniers mois.
  • Source : Banque de France, Fiben

Contexte national - La croissance revient mais ne décolle pas

Au premier trimestre 2014, l’activité stagne. La croissance reviendrait en France au deuxième trimestre (+ 0,3 %). Au second semestre, la croissance ne décollerait pas : elle resterait moyenne (+ 0,3 % par trimestre). Au total, le PIB progresserait de 0,7 % en 2014, après + 0,4 % en 2012 et 2013. Des facteurs persistants continuent de limiter l’ampleur de la reprise. Le pouvoir d’achat des ménages s’améliore certes, mais trop modestement pour conduire à une franche accélération de la consommation (+ 0,3 % en 2014) et à une reprise de l’investissement en logements neufs. Confrontées à une demande qui ne décolle pas, et avec un taux de marge qui se redresse mais reste bas, les entreprises ne sont pas enclines à investir. Enfin, les exportations françaises ne profiteraient pas pleinement de l’accélération attendue du commerce mondial, pénalisées notamment par l’appréciation de l’euro.

L’emploi total progresserait au premier semestre 2014 (+ 22 000 postes) comme au second semestre (+ 38 000) du fait des emplois aidés. Le taux de chômage augmenterait légèrement d’ici fin 2014 (10,2 %).

Contexte international - Les économies avancées ralentissent ponctuellement

Les économies avancées ralentissent au premier trimestre 2014, principalement du fait de la contraction de l’économie américaine. Dans la zone euro, l’activité accélère en Allemagne et en Espagne mais cale en France et en Italie.

Les économies émergentes traversent toujours une zone de turbulences : les attaques monétaires ont cessé mais les resserrements monétaires passés continueraient de peser sur l’activité. Leurs importations ne progresseraient que modérément d’ici la fin de l’année.

À l’inverse, les économies avancées retrouveraient de l’élan d'ici fin 2014. Aux États-Unis, l’activité rebondirait fortement. Au Royaume-Uni, la demande intérieure progresserait vigoureusement malgré un marché immobilier qui s’assagirait au second semestre. La zone euro, et notamment l’Espagne, retrouverait du tonus (+ 0,3 % par trimestre), grâce à une moindre consolidation budgétaire, un redressement de l’investissement et une baisse de l’épargne de précaution des ménages. En revanche, la construction continuerait de peser négativement dans la zone, excepté en Allemagne.