L’emploi salarié continue de diminuer

Patrick Bouny, Romain Perron, Insee

Au premier trimestre 2014, la croissance ralentit dans les économies avancées (+0,3 % après +0,5 %) et les échanges extérieurs dans les économies émergentes surprennent par leur faiblesse. La lente reprise économique se confirme dans la zone euro (+0,2 % après +0,3 % le trimestre précédent) : l’activité accélère en Allemagne et en Espagne, mais reste atone dans le reste de la zone euro. En France, après une progression de 0,2 % au quatrième trimestre 2013, l’activité stagne au premier trimestre 2014 du fait, notamment, du ralentissement des exportations.

En Champagne-Ardenne, alors que l’amélioration du climat des affaires marque une pause comme au niveau national, l’emploi salarié marchand continue de diminuer au même rythme, –0,3 %, que depuis un an. En revanche, les pertes d’emploi industriel sont limitées ce trimestre et nettement moins importantes que précédemment (–0,1 % après –0,8 %) ; elles se concentrent dans le secteur de la fabrication de matériels de transport.

Après un recul au trimestre précédent, le chômage augmente légèrement et concerne 10,5 % de la population active régionale, niveau supérieur de 0,8 point au taux métropolitain. La baisse de la construction neuve de logements perdure et les anticipations, toujours moroses, continuent de peser sur ce secteur. Les créations d’entreprises sont un peu moins dynamiques qu’auparavant. L’activité hôtelière, en retrait par rapport au bilan du premier trimestre 2013, pâtit d’une moindre fréquentation au mois de mars.

Insee Conjoncture Champagne-Ardenne
No 1
Paru le : 29/07/2014

Nouvelle baisse de l’emploi salarié marchand

Au 1er trimestre 2014, en Champagne-Ardenne, selon les indicateurs provisoires actuellement disponibles, l’emploi salarié dans les secteurs principalement marchands non agricoles diminue de 810 postes, après –880 au trimestre précédent. En baisse depuis près de trois années, l’emploi marchand non agricole recule, chaque trimestre, au même rythme depuis un an (–0,3 %) (figure 1) .

En France métropolitaine, l’emploi perd les postes gagnés au 4e trimestre 2013 : la diminution est de –0,1 % et concerne 21 700 salariés.

Excepté dans l’Aube, où l’emploi salarié marchand stagne, dans les trois autres départements de la région les effectifs diminuent ce trimestre : –0,3 %, dans les Ardennes et dans la Marne et –0,8 % en Haute-Marne.

Sur un an, 3 480 postes ont été supprimés en Champagne-Ardenne dans les secteurs marchands non agricoles (soit –1,2 %). En France métropolitaine, le recul est moins marqué (–0,3 %).

Graphique_1 – Évolution de l’emploi salarié marchand

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre, hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées de variations saisonnières. Source : Insee, estimations d'emploi

L’emploi industriel résiste mieux qu’au niveau national

En Champagne-Ardenne, après une forte baisse au trimestre précédent (–0,8 %), l’emploi dans l’industrie diminue légèrement au 1er trimestre 2014 (–110 postes, –0,1 %), moins fortement qu’en France métropolitaine (–0,2 %) (figure 2) . Ce répit limite le nombre des suppressions d’emplois industriels de la région depuis un an (–2,2 % contre –1,4 %, au niveau national).

Hormis le secteur « fabrication de matériels de transport » (–200 postes, soit –8,3 %), fortement affecté ce trimestre par des liquidations judiciaires, les autres grands secteurs industriels champardennais maintiennent leurs effectifs, voire parviennent à en gagner : « énergie, eau, déchets » (+80 postes, soit +1,0 %), « fabrication d’équipements électriques-électroniques » (+20 postes, +0,2 %).

Dans la Marne (+70 postes, soit +0,2 %) et l’Aube (+150 postes, +0,9 %) l’industrie crée à nouveau des emplois ce trimestre. Le bilan reste cependant très négatif dans les Ardennes (–240 postes, soit –1,3 %) et la Haute-Marne (–90 postes, –0,7 %).

Au 1er trimestre 2014, l’emploi salarié du secteur de la construction recule en Champagne-Ardenne pour le huitième trimestre consécutif. La faiblesse de l’activité continue de peser. La baisse concerne 320 postes ce trimestre (–1,2 %). Sur un an, les pertes s’élèvent à 830 emplois (–3,0 %) et en France métropolitaine à 20 800 postes, soit une moindre diminution (–1,5 %).

Graphique_2 – Évolution de l'emploi salarié marchand par secteur en Champagne-Ardenne

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre, hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées de variations saisonnières. Source : Insee, estimations d'emploi

Malgré un fléchissement ce trimestre, l’intérim champardennais reste bien orienté sur l’année

Au 1er trimestre 2014, l’emploi salarié du tertiaire marchand baisse à nouveau en Champagne-Ardenne : –380 postes, soit –0,2 %, après une stabilité fin d’année 2013. En France métropolitaine, ce secteur perd 10 200 emplois (–0,1 %) ; cette diminution provient essentiellement de l’intérim, en retrait de –4,8 % ce trimestre (figure 3) . Les effectifs intérimaires, comptabilisés dans le secteur tertiaire quel que soit le secteur dans lequel ils effectuent leur mission, reculent nettement moins vite en Champagne-Ardenne : –0,4 %, soit 50 postes. Sur un an, l’intérim reste fortement créateur d’emplois dans la région (+5,0 %), alors qu’il diminue en France métropolitaine (–0,5 %).

Hors intérim, l’emploi du tertiaire marchand augmente au 1er trimestre 2014 en moyenne nationale (+0,1 %) mais diminue en Champagne-Ardenne (–0,2 %) (figure 2) . Hormis les activités de services aux entreprises (+370 postes, soit +1,1 %), toutes les autres composantes du tertiaire marchand perdent des emplois, notamment le « transport et entreposage » (–240 postes, –1,0 %), secteur marqué par des entreprises en difficulté et les « autres activités de services aux particuliers » (–160 postes, soit –1,3 %).

Graphique_3 – Évolution de l'emploi intérimaire

  • Champ : emploi en fin de trimestre ; données corrigées des variations saisonnières Source ; Insee, estimations d'emploi

Légère augmentation du chômage

Au 1er trimestre 2014, le taux de chômage localisé s’établit en Champagne-Ardenne à 10,5 % de la population active, en hausse de 0,2 point par rapport au 4e trimestre 2013, après une forte baisse au trimestre précédent (figure 4) . En France métropolitaine, le taux de chômage au sens du BIT, estimé à 9,7 %, reste stable par rapport au trimestre précédent et baisse de 0,2 point en un an. En Champagne-Ardenne, le recul est de 0,3 point depuis le 1er trimestre 2013 et le niveau du chômage reste supérieur de 0,8 point par rapport au taux métropolitain. La région est la sixième la plus touchée en France métropolitaine, après le Languedoc-Roussillon (13,9 %), le Nord-Pas de Calais (12,8 %), la Picardie (11,5 %), la Provence-Alpes-Côte d’Azur (11,2 %) et la Haute-Normandie (10,8 %).

Au niveau départemental, le taux de chômage localisé est en hausse, par rapport au trimestre précédent, de +0,4 point dans l’Aube (11,8 %), de +0,2 point dans la Marne (9,6 %) et de +0,1 point en Haute-Marne (9,2 %). Dans les Ardennes, il reste stable (11,9 %).

Graphique_4 – Taux de chômage

  • Source : Insee, taux de chômage au sens du BIT et taux de chômage localisé.

Le nombre de demandeurs d’emploi continue d’augmenter

Fin mars 2014, 108 870 demandeurs d’emploi ayant ou non exercé une activité réduite au cours du mois (catégories A, B, C) sont inscrits à Pôle emploi en Champagne-Ardenne. Par rapport à la situation fin 2013, ils augmentent de 0,8 % dans la région. En France métropolitaine, 4 949 500 personnes sont inscrites à Pôle emploi fin mars 2014, soit + 0,9 % sur le trimestre.

La forte hausse du nombre des demandeurs d’emploi d’au moins 50 ans, se poursuit : ils sont 3,3 % de plus que fin 2013, et la progression est de 10,9 % sur un an. De même, le chômage de longue durée continue d’augmenter : les personnes qui recherchent un emploi depuis au moins une année augmentent ce trimestre de 1,6 % et de +10,6 % depuis fin mars 2013, comme en France métropolitaine. Désormais, ils représentent 44,2 % de la demande d’emploi régionale.

En revanche, les jeunes continuent de bénéficier des mesures prises en faveur de leur insertion dans l’emploi et le nombre des chômeurs de moins de 25 ans recule de 1,2 % (–3,0 % en un an), à comparer à –0,8 % ce trimestre et –1,7 % sur un an en France métrpolitaine. En particulier, les emplois d’avenir, dédiés à ceux qui sont sans qualification ou peu diplômés, concernent 580 nouvelles embauches au 1er trimestre 2014, dont 260 dans le secteur marchand.

Le repli de la construction neuve se poursuit

En Champagne-Ardenne, 3 310 logements ont été commencés entre fin mars 2013 et fin mars 2014 (figure 5) . Comparé au cumul annuel établi à la fin de l’année 2013, les mises en chantier de logements neufs reculent de 8,8 % dans la région (–2,7 % en France métropolitaine). En Champagne-Ardenne, cette nouvelle baisse résulte d’une chute de la construction neuve de logements collectifs (–19,2 %) alors que la construction de logements individuels résiste mieux (–2,0 %). En évolution annuelle (cumul annuel à fin mars 2014, comparé au cumul annuel un an auparavant), les logements mis en chantier diminuent de 24,7 % en Champagne-Ardenne (–4,6 % en France métropolitaine).

Graphique_5 – Évolution du nombre de logements commencés

  • Note : données mensuelles brutes, en date de pris en compte. Chaque point est la moyenne des douze derniers mois. Source : SOeS, Sit@del2

Graphique_6 – Évolution du nombre de logements autorisés à la construction

  • Note : données mensuelles brutes, en date de pris en compte. Chaque point représente la moyenne des douze derniers mois. Source : SOeS, Sit@del2

Les demandes autorisées de permis de construire, indicateur des mises en chantier futures, restent mal orientées et un nouveau recul de la construction de logements est attendue. À la fin du 1er trimestre, le cumul annuel des autorisations de logements baisse de 12,6 % en Champagne-Ardenne, comparé au cumul à fin décembre 2013 (figure 6) . En France métropolitaine, le nombre de permis de construire accordés pour les logements neufs se replie un peu moins (–7,8 %).

La fréquentation hôtelière chute en mars

La fréquentation hôtelière se replie dans la région de 1,1 % au 1er trimestre par rapport au même trimestre de 2013, baisse moins marquée qu’en France métropolitaine (–2,9 %) (figure 7) . En cause, une forte chute de la fréquentation au mois de mars (–8,2 %) constatée également au niveau national (–6,9 %). Ce trimestre, l’activité de l'hôtellerie régionale est soutenue par la clientèle française dont les nuitées augmentent légèrement (+0,2 %). En revanche, la clientèle étrangère est moins présente qu’un an plus tôt, entraîinant une baisse d’activité de –6,5 %.

Le recul de la fréquentation hôtelière touche surtout la Haute-Marne (–6,2 %) et le bilan est favorable pour les établissements de l’Aube.

Graphique_7 – Évolution de la fréquentation dans les hôtels

  • Note : données mensuelles brutes. Sources : Insee ; DGCIS, partenaires régionaux

Graphique_8 – Créations d'entreprises

  • Champ : ensemble des activités marchandes hors agriculture. Note : les créations d’entreprises hors auto-entreprises sont corrigées des jours ouvrables et des variations saisonnières (CJO-CVS), les créations sous régime d’auto-entrepreneurs sont brutes. Source : Insee, REE (Répertoire des Entreprises et des Établissements) - Sirene

Légère baisse des créations d’entreprises

Au cours du 1er trimestre 2014, 2 045 entreprises ont été créées en Champagne-Ardenne. Le nombre des créations recule légèrement (–0,8 %) par rapport aux enregistrements du 1er trimestre 2013 (figure 8) . En France métropolitaine, le nombre de créations augmentent de 2,4 %. Les immatriculations d’auto-entreprises y sont plus dynamiques (+1,3 %) qu’en Champagne-Ardenne où elles continuent de baisser nettement (–7,1 %). En revanche, les créations hors auto-entreprises progressent plus rapidement dans la région (+8,7 %) qu’en moyenne nationale (+2,4 %). La part des auto-entreprises parmi les entreprises créées reste plus élevée en Champagne-Ardenne (56,1 %) qu’au niveau national (53,6 %), mais l’écart tend à se réduire.

À la fin du 1er trimestre 2014, le nombre des défaillances d’entreprises jugées au cours des douze derniers mois augmente de 2,6 % dans la région, par rapport au cumul calculé sur douze mois à la fin du 1er trimestre 2013 (figure 9) . En France métropolitaine, la hausse des défaillances se poursuit également, à un rythme (+3,7 %) plus marqué qu’en Champagne-Ardenne.

Graphique_9 – Défaillances d'entreprises

  • Note : données mensuelles brutes en date de jugement. Chaque point représente la moyenne des douze derniers mois. Source : Fiben, Banque de France

Encadrés

Contexte national - La croissance revient mais ne décolle pas

Au premier trimestre 2014, l’activité stagne. La croissance reviendrait en France au deuxième trimestre (+0,3 %). Au second semestre, la croissance ne décollerait pas : elle resterait moyenne (+0,3 % par trimestre). Au total, le PIB progresserait de 0,7 % en 2014, après +0,4 % en 2012 et 2013. Des facteurs persistants continuent de limiter l’ampleur de la reprise. Le pouvoir d’achat des ménages s’améliore certes, mais trop modestement pour conduire à une franche accélération de la consommation (+0,3 % en 2014) et à une reprise de l’investissement en logements neufs. Confrontées à une demande qui ne décolle pas, et avec un taux de marge qui se redresse mais reste bas, les entreprises ne sont pas enclines à investir. Enfin, les exportations françaises ne profiteraient pas pleinement de l’accélération attendue du commerce mondial, pénalisées notamment par l’appréciation de l’euro.

L’emploi total progresserait au premier semestre 2014 (+22 000 postes) comme au second semestre (+38 000) du fait des emplois aidés. Le taux de chômage augmenterait légèrement d’ici fin 2014 (10,2 %).

Contexte international - Les économies avancées ralentissent ponctuellement

Les économies avancées ralentissent au premier trimestre 2014, principalement du fait de la contraction de l’économie américaine. Dans la zone euro, l’activité accélère en Allemagne et en Espagne mais cale en France et en Italie.

Les économies émergentes traversent toujours une zone de turbulences : les attaques monétaires ont cessé mais les resserrements monétaires passés continueraient de peser sur l’activité. Leurs importations ne progresseraient que modérément d’ici la fin de l’année.

À l’inverse, les économies avancées retrouveraient de l’élan d'ici fin 2014. Aux États-Unis, l’activité rebondirait fortement. Au Royaume-Uni, la demande intérieure progresserait vigoureusement malgré un marché immobilier qui s’assagirait au second semestre. La zone euro, et notamment l’Espagne, retrouverait du tonus (+0,3 % par trimestre), grâce à une moindre consolidation budgétaire, un redressement de l’investissement et une baisse de l’épargne de précaution des ménages. En revanche, la construction continuerait de peser négativement dans la zone, excepté en Allemagne.

Pour en savoir plus

Note de conjoncture nationale de juin 2014 « La croissance revient mais ne décolle pas »