Mauvais début d’année pour l’économie comtoise

Martine AZOUGUAGH, Insee (Rédaction achevée le 07 juillet 2014)

Les indicateurs conjoncturels du premier trimestre 2014 en Franche-Comté montrent des signes de dégradation dans un contexte national de stagnation de l’activité. Le taux de chômage progresse de 0,1 point et s’établit à 9,2 % de la population active. La baisse de l’emploi s’accentue, touchant même l’emploi intérimaire qui affichait une reprise le trimestre précédent. Cette situation est observée dans tous les départements. L’augmentation trimestrielle des créations d’entreprises est due aux seules auto-entreprises. En cumul sur douze mois, les défaillances d’entreprises sont moins nombreuses. La construction de logements reste à un niveau bas. La fréquentation touristique est comparable à celle enregistrée au premier trimestre 2013.

Insee Conjoncture Franche-Comté
No 1
Paru le : 17/07/2014

Dans le cadre de la mise en oeuvre de la nouvelle ligne éditoriale adoptée pour les publications de l'Insee, la note de conjoncture paraît désormais dans la collection "Insee Conjoncture". Le premier numéro de cette collection paraît avec la publication des données concernant le premier trimestre 2014. L'Info web sur l'emploi et celui sur le chômage ne seront plus publiés. Cependant des données détaillées sur l'emploi et le chômage sont dorénavant associées à la note de conjoncture dans deux documents au format pdf sous le titre "Données détaillées sur le chômage" et "Données détaillées sur l'emploi".

Aggravation de la situation de l’emploi

Au 1er trimestre 2014, l’emploi salarié dans les secteurs principalement marchands se replie fortement en Franche-Comté (- 0,8 %). Les quatre départements comtois sont concernés (cf données détaillées sur l’emploi). La Haute-Saône et le Doubs sont les plus durement touchés (respectivement - 1,3 % et - 1,2 %).

Sur un an, l’emploi diminue de 1,3 % dans la région.

L’emploi frontalier quant à lui continue sa progression (+ 5,2 % sur un an). Au 1er trimestre 2014, 30 200 Francs-comtois occupent un emploi en Suisse soit 1 500 personnes de plus qu’un an plus tôt.

En France métropolitaine, l’emploi salarié reste stable par rapport au trimestre précédent (- 0,1 %) et se maintient au même niveau depuis le début de l’année 2013 (figure 1).

Contraction de l’emploi dans tous les secteurs

Au cours du 1er trimestre 2014, l’emploi salarié dans la région recule dans tous les grands secteurs d’activité. L’intérim enregistre une baisse trimestrielle importante (– 7,1 %) (figure 3) en particulier dans le département du Doubs (- 10,0 %). Les effectifs dans le commerce et l’industrie diminuent de  0,7 % dans la région (figure 2). Dans l’industrie, le repli de l’emploi se poursuit entraînant une perte de 640 emplois supplémentaires. Ce recul est dû notamment à une diminution de 2,2 % des effectifs salariés dans le domaine de la fabrication de matériels de transport, comprenant le secteur automobile (cf données détaillées sur l’emploi). Dans les services marchands hors intérim, l’emploi enregistre une nouvelle baisse trimestrielle (- 0,3 % après – 0,5 %). Dans la construction, les effectifs salariés diminuent de 0,2 %.

Graphique_1 – Évolution de l’emploi salarié marchand

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées des variations saisonnières. Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Graphique_2 – Évolution de l’emploi salarié marchand par secteur en Franche-Comté

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs ; données corrigées des variations saisonnières. Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Graphique_3 – Évolution de l’emploi intérimaire

  • Champ : emploi salarié en fin de trimestre ; données corrigées des variations saisonnières. Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emplois

Taux de chômage en légère augmentation

Le taux de chômage progresse de 0,1 point au premier trimestre 2014 pour atteindre 9,2 % de la population active. Cette légère hausse marque un coup d’arrêt au repli enregistré depuis le 2trimestre de l’année 2013. Au niveau national le taux de chômage se stabilise à 9,7 % (figure 4).

Cette progression est de même ampleur dans tous les départements de la région (+ 0,1 point). Le taux de chômage atteint 11,4 % dans le Territoire de Belfort, 9,9 % en Haute-Saône et 9,2 % dans le Doubs. Il demeure le plus faible dans le Jura (7,4 %).

Graphique_4 – Taux de chômage

  • Note : données trimestrielles.
  • Source : Insee, taux de chômage localisé (région), et au sens du BIT (France)

Le nombre de demandeurs d’emploi continue d’augmenter

Fin mars 2014, en Franche-Comté, 83 590 demandeurs d’emploi en fin de mois (DEFM) sont inscrits à Pôle emploi et tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (catégories A, B et C). Parmi eux, 56 480 n’ont aucun emploi (catégorie A). En un trimestre, le nombre de DEFM de catégories A, B et C progresse de 0,2 % dans la région et de 0,9 % en France métropolitaine. Sur la même période, le nombre de DEFM de catégorie A augmente de 1,2 %.

Le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans diminue de 2,0 % par rapport au trimestre précédent mais demeure à un niveau très élevé. Celui des 50 ans ou plus continue de progresser fortement (+ 3,5 %). L’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi de longue durée, ininterrompue depuis le début de l’année 2009, se poursuit au 1er trimestre 2014 (+ 0,9 %).

Sur un an, le nombre de demandeurs d’emploi de catégories A, B et C progresse de 2,3 % et de 4,5 % en France métropolitaine. Seul le nombre de DEFM de moins de 25 ans enregistre une diminution de 3,7 %.

Les mises en chantier et les autorisations de construire demeurent à des niveaux faibles

Entre le 1er avril 2013 et le 31 mars 2014, en cumul annuel, 4 088 mises en chantier de logements (logements commencés) ont été enregistrées dans la région. Depuis le 3e trimestre 2013 le nombre de mises en chantier (en cumul annuel) reste à un niveau bas (figure 6). Sur un an il recule de 5,5 %.

En cumul annuel au 31 mars, 5 195 permis de construire ont été délivrés soit une baisse de 18,5 % sur un an contre - 21,2 % en France métropolitaine (figure 5).

Graphique_5 – Évolution du nombre de logements autorisés à la construction

  • Note : données mensuelles brutes, en date de prise en compte. Chaque point représente la moyenne des 12 derniers mois.
  • Source : SoeS, Sit@del2

Graphique_6 – Évolution du nombre de logements commencés

  • Note : données mensuelles brutes, en date de prise en compte. Chaque point représente la moyenne des 12 derniers mois..
  • Source : SoeS, Sit@del2

Progression du nombre de clients étrangers dans l’hôtellerie

En Franche-Comté, avec 390 000 nuitées, la fréquentation des hôtels est identique à celle du premier  trimestre 2013 (figure 7). La clémence des températures en janvier et février ainsi qu’un manque d’ensoleillement n’ont pas favorisé la fréquentation des stations de sports d’hiver.

Les nuitées étrangères progressent cependant de 3,7 % et le nombre de clients français diminue de 0,5 %.

Graphique_7 – Évolution de la fréquentation dans les hôtels

  • Notes : données mensuelles brutes. Suite au changement de méthodes intervenu début 2013, les données 2011 et 2012 ont été rétropolées.
  • Sources : Insee ; direction du tourisme ; partenaires régionaux

Les créations d’auto-entreprises repartent à la hausse

Au premier  trimestre 2014, avec 1 797 nouvelles entreprises, le nombre de créations progresse de 2,2 % en Franche-Comté. L’augmentation est deux fois plus importante au niveau national (+ 5,1 %) (figure 8).

Cette augmentation trimestrielle est portée par la reprise des créations d’auto-entreprises. En effet, hors auto-entreprises, le nombre de créations est en net recul (- 7,1 %).

Après la forte baisse enregistrée au troisième trimestre 2013, le nombre de créations d’auto-entreprises repart à la hausse pour le deuxième trimestre consécutif sans pour autant retrouver son niveau du 1er trimestre 2013. Au total sur un an, le nombre de créations d’auto-entreprises diminue de 5,7 %.

En cumul sur douze mois, les défaillances d’entreprises sont en diminution au premier trimestre 2014 (figure 9). En glissement annuel, sur un trimestre, leur nombre recule en Franche-Comté (– 4,6 %) et progresse en France métropolitaine (+ 0,6 %).

Sur une année, la hausse est quatre fois moins marquée dans la région (+ 0,9 %) qu’en France métropolitaine (+ 3,7 %).

Graphique_8 – Créations d’entreprises

  • Champ : ensemble des activités marchandes hors agriculture. Note : les créations d’entreprises hors entrepreneurs sont corrigées des jours ouvrables et corrigées des variations saisonnières (CJO-CVS), les créations sous régime d’auto-entrepreneurs sont brutes. Données trimestrielles.
  • Source : Insee, REE (Répertoire des Entreprises et des Établissements – Sirene)

Graphique_9 – Défaillances d’entreprises

  • Note : données mensuelles brutes au 10 septembre 2013, en date de jugement. Chaque point représente la moyenne des douze derniers mois.
  • Source : Banque de France, Fiben

Encadrés

Contexte national - La croissance revient mais ne décolle pas

Au premier trimestre 2014, l’activité stagne. La croissance reviendrait en France au deuxième trimestre (+ 0,3 %). Au second semestre, la croissance ne décollerait pas : elle resterait moyenne (+ 0,3 % par trimestre). Au total, le PIB progresserait de 0,7 % en 2014, après + 0,4 % en 2012 et 2013. Des facteurs persistants continuent de limiter l’ampleur de la reprise. Le pouvoir d’achat des ménages s’améliore certes, mais trop modestement pour conduire à une franche accélération de la consommation (+0,3 % en 2014) et à une reprise de l’investissement en logements neufs. Confrontées à une demande qui ne décolle pas, et avec un taux de marge qui se redresse mais reste bas, les entreprises ne sont pas enclines à investir. Enfin, les exportations françaises ne profiteraient pas pleinement de l’accélération attendue du commerce mondial, pénalisées notamment par l’appréciation de l’euro.

L’emploi total progresserait au premier semestre 2014 (+22 000 postes) comme au second semestre (+38 000) du fait des emplois aidés. Le taux de chômage augmenterait légèrement d’ici fin 2014 (10,2 %).

Contexte international - Les économies avancées ralentissent ponctuellement

Les économies avancées ralentissent au premier trimestre 2014, principalement du fait de la contraction de l’économie américaine. Dans la zone euro, l’activité accélère en Allemagne et en Espagne mais cale en France et en Italie.

Les économies émergentes traversent toujours une zone de turbulences : les attaques monétaires ont cessé mais les resserrements monétaires passés continueraient de peser sur l’activité. Leurs importations ne progresseraient que modérément d’ici la fin de l’année.

À l’inverse, les économies avancées retrouveraient de l’élan d'ici fin 2014. Aux États-Unis, l’activité rebondirait fortement. Au Royaume-Uni, la demande intérieure progresserait vigoureusement malgré un marché immobilier qui s’assagirait au second semestre. La zone euro, et notamment l’Espagne, retrouverait du tonus (+ 0,3 % par trimestre), grâce à une moindre consolidation budgétaire, un redressement de l’investissement et une baisse de l’épargne de précaution des ménages. En revanche, la construction continuerait de peser négativement dans la zone, excepté en Allemagne.

Pour en savoir plus

Note de conjoncture nationale de juin 2014 « La croissance revient mais ne décolle pas »