L’emploi salarié dans le tourisme : une nouvelle estimation

Brigitte Baccaïni, Gwenaëlle Thomas, pôle Analyse territoriale, Insee Abdel Khiati, département de la Stratégie, de la Prospective, de l’Évaluation et des Statistiques, direction du Tourisme

En 2003, le tourisme génère 900 000 emplois salariés sur le territoire métropolitain. La part du tourisme dans l’emploi salarié total est ainsi de 4,3 %. Cette part est particulièrement importante dans les stations de montagne. La restauration est, devant l’hôtellerie, l’activité qui est à l’origine du plus grand nombre d’emplois touristiques. Mais ces emplois sont également nombreux dans des activités comme le commerce non alimentaire et les super et hypermarchés. La saisonnalité de l’emploi, très marquée, est maximale sur le littoral atlantique.

Une estimation délicate

Les retombées du tourisme sur un territoire sont multiples. Les emplois salariés en sont une composante essentielle. Estimer leur nombre est cependant délicat. Une première approche consiste à décompter l’emploi présent dans les activités totalement dédiées au tourisme : ainsi tous les emplois des hôtels, des campings, des offices de tourisme ou des remontées mécaniques sont touristiques. Pour d’autres activités, c’est le surplus d’emplois lié à la présence de touristes qui est pris en compte. Ainsi, pour la restauration ou le commerce alimentaire, qui offrent leurs services aux touristes mais aussi à la population locale, il est pertinent d’inclure une partie des emplois dans l’emploi touristique. Une étude de la direction du Tourisme a montré comment variait selon les lieux et les saisons cette population présente et l’économie présentielle qu’elle génère.

L’Insee a mis au point une méthode appliquant ces principes, permettant d’estimer un effectif d’emplois salariés touristiques, déclinable selon le mois ou la saison et par groupe d’activités (encadré 1). Conformément à la définition internationale, le tourisme concerne tous les voyages, qu’ils soient d’affaires ou de loisirs (définition).

En 2003, dans l’ensemble de la France métropolitaine, selon cette méthode d’estimation, le tourisme génère en moyenne annuelle 894 000 emplois salariés, soit 4,3 % de l’emploi salarié total. Cet effectif varie de 686 000 en janvier à 1 184 000 en août. En équivalent temps plein, cela représente 661 000 emplois.

Près de la moitié des emplois touristiques sont situés en milieu urbain

Le poids du tourisme dans l’emploi salarié total est très fortement lié au contexte géographique, à la nature des espaces (tableau 1).

Dans le cadre de cette étude, le territoire métropolitain a été divisé en cinq types d’espaces : le « littoral », les « stations de montagne », la « montagne hors stations » le «  rural » et « l’urbain ». Les espaces «  montagne » et « littoral » sont divisés en sous-catégories géographiques (encadré 2).

C’est dans l’urbain que l’on trouve le plus d’emplois touristiques (441 000 emplois soit 49,3% de l’emploi touristique total). Cette importance du tourisme urbain est en grande partie liée au tourisme d’affaires. L’espace littoral vient en deuxième position (22,5 % de l’emploi touristique total). Dans l’espace rural, on atteint 172 000 emplois liés au tourisme, troisième rang en terme d’effectifs. Les deux types d’espaces de montagne regroupent, ensemble, 9 % de l’emploi touristique (graphique 1).

En ce qui concerne la part de l’emploi touristique dans l’emploi salarié total, c’est dans les stations de montagne qu’elle est la plus importante : 11,9 %, cet espace se distinguant ainsi déjà nettement des autres. Dans la montagne hors stations, 5,1 % de l’emploi salarié est lié au tourisme, avec des contrastes importants d’un massif à l’autre, des Pyrénées où elle atteint 8 % au Jura où elle n’est que de 3 %.

Sur les littoraux, la situation est intermédiaire, 7,4 % de l’emploi salarié total est généré par la fréquentation touristique, cette part étant plus faible sur le littoral de la Manche que sur celui de l’Atlantique ou de la Méditerranée. Dans l’espace urbain, la place relative du tourisme dans l’emploi salarié est plus faible (3,6 %). Mais c’est dans l’espace rural que l’emploi touristique occupe la place relative la moins importante (3,4 %) (graphique 2).

Graphique 1 – Poids des différents espaces dans l'ensemble de l’emploi touristique métropolitain

  • Source : Insee, DADS 2003.

Graphique 2 – Poids de l'emploi touristique dans le total de l'emploi salarié des différents types d'espaces

  • Source : Insee, DADS 2003.

Tableau 1 – Poids de l’emploi touristique dans l’emploi salarié total selon les types d’espace, en 2003

Poids de l’emploi touristique dans l’emploi salarié total selon les types d’espace, en 2003
Emploi salarié touristique Emploi salarié total Part de l’emploi touristique
Effectif (moyenne annuelle) ETP (moyenne annuelle) Effectif (moyenne annuelle) ETP (moyenne annuelle) dans les effectifs (en %) dans les ETP (en %)
Méditerranée 102 500 78 000 1 297 159 1 056 526 7,9 7,4
Atlantique 67 000 52 000 850 511 694 316 7,9 7,5
Manche 32 000 23 000 572 259 467 074 5,5 5,0
Ensemble littoral 201 500 153 000 2 719 929 2 217 916 7,4 6,9
Alpes 6 000 5 000 148 559 120 334 4,3 3,9
Pyrénées 7 000 5 000 85 528 68 127 7,7 7,4
Vosges 5 000 4 000 92 698 75 981 5,7 5,1
Jura 3 000 2 000 91 581 75 040 3,0 2,5
Massif central 13 000 10 000 255 294 207 356 5,1 4,7
Ensemble montagne (hors stations) 34 000 26 000 673 660 546 838 5,1 4,6
Stations de montagne 46 000 36 500 385 119 315 505 11,9 11,6
Rural 172 000 126 000 5 088 636 4 156 832 3,4 3,0
Urbain 441 000 319 000 12 152 758 9 922 863 3,6 3,2
Ensemble des espaces 894 500 660 500 21 020 102 17 159 954 4,3 3,9

    La restauration, devant l’hôtellerie

    Au niveau national, l’emploi touristique repose sur les deux activités essentielles que sont l’hôtellerie et la restauration. C’est la restauration qui prédomine : 27,5 % des emplois salariés liés au tourisme relèvent de cette activité. L’hôtellerie vient ensuite avec 23,0 % des emplois liés au tourisme. Cette part atteint 29,4 % si l’on l’ajoute les autres activités d’hébergement (gîtes, auberges de jeunesse et camping).

    Dans quasiment tous les types d’espace, ces deux activités (hôtellerie et restauration) arrivent en tête. Deux profils peuvent cependant être distingués. Dans les espaces littoraux et dans l’espace urbain, c’est la restauration qui détient la première place, générant un tiers de l’emploi touristique dans l’espace urbain. Le poids élevé de la restauration sur les littoraux (le quart des emplois touristiques) est d’ailleurs largement dû à la zone « Méditerranée », très urbanisée.

    Dans les autres espaces, l’hôtellerie devance au contraire la restauration. Dans les zones de montagne (stations ou hors stations), un emploi touristique sur trois se situe dans l’hébergement (hôtels, gîtes, auberges de jeunesse et camping). Cette part atteint un emploi sur deux dans les Vosges. Dans ces zones, très marquées par l’activité d’hébergement, la restauration a un poids nettement plus faible.

    Dans toutes les zones, l’hôtellerie est bien présente (entre 20 % et 30 % des emplois liés au tourisme, 38 % dans les Vosges). La part des « autres hébergements » est beaucoup plus variable d’un espace à l’autre.

    Dans certains espaces, quelques activités spécifiques génèrent de nombreux emplois touristiques : remontées mécaniques dans les stations de montagne, parcs d’attraction et casinos sur le littoral de la Manche, thermes et thalassothérapie dans les Pyrénées.

    Il convient aussi de souligner l’importance des activités non spécifiquement touristiques dans l’emploi touristique total, notamment les super et hypermarchés, qui représentent 5 % de l’emploi touristique total. Les boulangeries représentent également une part non négligeable de l’emploi touristique dans la montagne hors stations et dans le rural.

    L’amplitude saisonnière est maximale sur le littoral atlantique

    Dans tous les types d’espace, l’emploi touristique augmente, plus ou moins fortement, au cours de l’été.

    Les stations de montagne diffèrent des autres espaces, avec une courbe d’emploi touristique particulière : elles ont deux pics d’activité touristique. À celui de l’été (juillet-août), s’ajoute un second en hiver (février-mars surtout). Le pic de l’hiver est le plus marqué, le tourisme de ces espaces étant orienté préférentiellement vers les sports d’hiver. L’écart saisonnier atteint son maximum par rapport à la période creuse d’octobre quand les effectifs sont 2,2 fois plus faibles qu’en février. Pour les zones de montagne hors stations, il n’y a qu’un pic, en été (graphique 3).

    Les espaces littoraux reçoivent un afflux de touristes l’été, et la courbe de l’activité touristique présente donc un pic unique, très marqué. En haute saison (juillet-août), les littoraux regroupent 27 % de l’emploi touristique total du pays (contre 22,5 % en moyenne dans l’année).

    Sur le littoral atlantique, l’emploi salarié touristique est, lors du pic du mois d’août, trois fois plus important qu’en janvier, mois le plus creux. C’est l’espace où l’amplitude saisonnière est maximale. Dans la zone de la Manche, l’écart entre la haute saison et la basse saison est nettement moins fort (rapport de 1,9 seulement). La situation est intermédiaire en Méditerranée (2,4). Mais, sur le littoral méditerranéen, l’arrière saison touristique est plus attrayante, et son effet se répercute sur l’emploi (graphique 4).

    Dans l’espace urbain, les effectifs de salariés liés au tourisme varient nettement moins au cours de l’année. Ils sont supérieurs toutefois de 50 % pour le pic de juillet par rapport au creux de janvier (graphiques 5 et 6).

    Graphique 3 – Emploi salarié touristique mensuel - Espaces de montagne

    • Source : Insee, DADS 2003.

    Graphique 4 – Emploi salarié touristique mensuel - Espaces littoraux

    • Source : Insee, DADS 2003.

    Graphique 5 – Emploi salarié touristique mensuel - Espace rural et espace urbain

    • Source : Insee, DADS 2003.

    Graphique 6 – Ampleur de la saisonnalité de l’emploi touristique

    • Note de lecture : sur le littoral atlantique, au cours du mois du maximum d'emplois touristiques (août), le nombre d'emplois est 3 fois plus important qu'au cours du mois du minimum d'emplois touristiques (janvier).
    • Source : Insee, DADS 2003.

    En milieu urbain, l’emploi touristique est peu saisonnier

    La plus ou moins grande variabilité, au cours de l’année, des effectifs dans les activités liées au tourisme dépend, certes, du type d’espace, mais également de la nature de l’activité.

    Sur les littoraux, le pic de juillet-août est très accentué, mais nettement moins marqué dans l’hôtellerie que dans les autres activités dominantes du tourisme (restauration en particulier). Dans les stations de montagne, la saisonnalité est plus indépendante de l’activité, les courbes sont d’un remarquable parallélisme entre elles. Les remontées mécaniques font bien évidemment exception, avec un seul pic, en hiver.

    Dans les espaces de montagne hors stations ainsi que dans l’espace rural, la saisonnalité est particulièrement marquée dans l’hébergement (autre que l’hôtellerie), avec un pic en juillet-août, ainsi que dans les super et hypermarchés. Dans les autres activités dominantes du tourisme, les variations au cours de l’année sont moindres.

    Enfin, dans les espaces urbains, c’est presque toujours la non-saisonnalité qui est de règle, à l’exception toutefois des emplois des super et hypermarchés, qui présentent un pic marqué en été.

    Encadrés

    L’estimation de l’emploi touristique

    Traditionnellement l’emploi touristique est suivi à travers les activités dites « caractéristiques du tourisme ». Selon la définition adoptée par l’Organisation mondiale du tourisme, il s’agit des activités « dont une partie de l’output principal est constituée de produits qui, dans la plupart des pays, cesseraient d’exister en quantité significative en l’absence de tourisme ». Les principales sont l’hôtellerie et les autres formes d’hébergement, la restauration et les cafés, les téléphériques et remontées mécaniques, les agences de voyages et le transport de voyageurs... C’est cette définition qui est utilisée par la direction du Tourisme pour l’élaboration des comptes du Tourisme. Elle permet les comparaisons internationales et le suivi conjoncturel.

    La méthode d’estimation des emplois salariés liés au tourisme, mise au point à l’Insee, repose sur un principe différent, afin de mieux rendre compte des impacts territoriaux : un établissement peut être qualifié de « touristique », et son emploi alors comptabilisé en « touristique », en fonction du caractère plus ou moins touristique de son activité et du niveau d’équipement touristique de la commune. En fonction de ces deux critères (activité de l’établissement et localisation), des règles de décision permettent de déterminer quelle part de l’emploi de l’établissement (de tout l’emploi à aucun emploi) sera considérée comme liée au tourisme (tableau).

    Pour permettre des comparaisons géographiques pertinentes, les activités en lien avec le tourisme mais pas avec la fréquentation touristique du territoire analysé sont exclues (agences de voyages pour des séjours à l’étranger ou fabrication de caravanes par exemple). Par ailleurs, comme toutes les autres activités, celles qui ont été retenues induisent des emplois dans le reste du système économique. Ces emplois induits ne sont pas comptabilisés dans cette évaluation. Ainsi, l’ouverture d’un commerce de détail saisonnier est prise en compte mais ce dernier « induit » des emplois dans le commerce de gros qui, eux, ne sont pas retenus.

    Les effectifs d’emplois liés au tourisme, dans une zone donnée, sont déclinés par groupes d’activités et par périodes (mois ou regroupement de mois : haute saison d’été, saison d’hiver...).

    La méthode, les données nécessaires, et les programmes de calcul sont mis à la disposition des directions régionales de l’Insee afin qu’elles puissent répondre, en région, aux demandes des professionnels du tourisme ou des acteurs publics locaux, pour toute zone d’étude.

    Type de commune Bien équipée pour le tourisme Moyennement équipée pour le tourisme Peu équipée pour le tourisme
    Type d’activité
    100 % touristique (ex. : hôtellerie) Tout l’emploi Tout l’emploi Tout l’emploi
    Fortement touristique (ex. : restauration, café-tabac) Emploi saisonnier + partie de l’emploi permanent Emploi saisonnier + partie de l’emploi permanent Aucun emploi
    Moyennement touristique (ex. : supermarchés, hypermarchés) Emploi saisonnier + partie de l’emploi permanent Emploi saisonnier Aucun emploi
    Faiblement touristique (ex. : commerce de détail habillement) Emploi saisonnier Aucun emploi Aucun emploi
    Non touristique (ex. : industrie) Aucun emploi Aucun emploi Aucun emploi

      Le zonage en types d’espace

      Les professionnels du tourisme utilisent un zonage différenciant les communes selon leur contexte géographique (littoral, montagne...). Partant de ce zonage, et en utilisant le bassin de vie comme « maille » de base, la France métropolitaine a été partagée en cinq grands ensembles.

      1. Les bassins de vie littoraux : 200 bassins de vie.

      2. Les bassins de vie de montagne : 177 bassins de vie.

      3. Les bassins de vie ruraux : 1 399 bassins de vie.

      4. Les bassins de vie de station de montagne : 57 bassins de vie.

      5. Les bassins de vie urbains : 83 bassins de vie.

      Un bassin de vie appartiendra à la catégorie « littorale » si, parmi toutes les communes qui composent le bassin de vie, la plus forte capacité d’hébergement se situe dans les communes classées en « espace littoral ». Le même principe est appliqué pour les bassins de vie classés « montagne » ou « station de montagne ». Les bassins de vie urbains sont ceux qui, n’étant ni littoral, ni de montagne ou de station de montagne, contiennent sur leur territoire une commune de plus de 30 000 habitants. Les bassins de vie restant sont considérés comme ruraux.

      L’espace littoral a été subdivisé en trois groupes : Méditerranée, Atlantique-Bretagne, Manche. Le littoral breton n’a pas été isolé, la nature du tourisme étant proche au sud et au nord de la Bretagne ; ce littoral a donc été entièrement inclus dans l’espace atlantique.

      L’espace montagne est subdivisé en cinq groupes : Alpes, Pyrénées, Vosges, Jura, Massif central. En Corse, le caractère littoral est, sur le plan touristique, dominant dans la plupart des bassins de vie. Seul le bassin de vie de Corte a été classé en zone de montagne. Ses caractéristiques touristiques étant assez proches de celles du Massif central, il a été regroupé, dans les analyses, avec les bassins de vie de ce massif.

      Carte – Typologie des bassins de vie

      Sources

      La méthode utilise les résultats de l’exploitation des déclarations annuelles de données sociales (DADS) de l’année 2003. Il s’agit d’un document administratif que doit fournir toute entreprise employant des salariés, pour toutes les activités économiques à l’exception de l’agriculture, des services domestiques et des services de l’État. Le fichier DADS permet de connaître le niveau de l’emploi salarié par activité pour chaque jour de l’année.

      Définitions

      Tourisme : selon la définition retenue par l’Organisation mondiale du tourisme, le tourisme comprend « les activités déployées par les personnes au cours de leurs voyages et de leurs séjours dans les lieux situés hors de leur environnement habituel pour une période consécutive qui comprend au moins une nuit et ne dépasse pas une année, à des fins de loisirs, pour affaires et autre motif ».

      Pour en savoir plus

      « Les bassins de vie, au cœur de la vie des bourgs et des petites villes », Insee Première n° 953, avril 2004.

      «  Le tourisme en France »Insee Références, novembre 2005.

      « Le Mémento du tourisme », La Documentation française, édition 2005.

       « Tableaux de bord du Tourisme » : rubrique « statistiques ».

      « En haute saison touristique, la population présente double dans certains départements »Insee Première n° 1050, novembre 2005.