Mondialisation et compétitivité des entreprises françaisesL’opinion des chefs d’entreprise de l’industrie

José Bardaji et Philippe Scherrer, division Enquêtes de conjoncture, Insee

Les chefs d’entreprise de l’industrie estiment assez largement que le développement à l’international est très important pour l’économie française. Toutefois, ils sont nettement moins nombreux à émettre cette opinion pour leur propre entreprise. Les industriels exportateurs estiment que leur compétitivité sur les marchés étrangers dépend en premier lieu de la qualité des produits, puis de leur prix et de leur adéquation à la demande et, dans une moindre mesure, de l’innovation et de la recherche-développement. Selon les chefs d’entreprise de l’industrie, l’économie française dispose de nombreux atouts, notamment la qualification de l’encadrement, la qualité des infrastructures de télécommunication et de transport, mais souffre aussi de handicaps, principalement le coût du travail non qualifié et la taxe professionnelle. Un peu plus d’une entreprise industrielle sur cinq prévoit de créer de nouvelles activités de production à l’étranger et près d’une sur six de déplacer des activités de production à l’étranger. Le développement à l'étranger apparaît principalement motivé par la possibilité de réduire les coûts salariaux, puis de se rapprocher des clients, ou d’accéder à une imposition plus avantageuse ou encore à une réglementation plus souple. Pour les entreprises de plus de 250 salariés, la proximité des clients devient le critère principal, avant même la possibilité de réduire les coûts salariaux.

Publications grand public
Insee Première – No 1188
Paru le : 01/05/2008

Le développement à l’international est jugé important pour l’économie française

Avertissement : l’enquête sur la compétitivité de « l’entreprise France » et des entreprises françaises dans la mondialisation est une enquête d’opinion. Elle ne fournit donc pas une mesure directe des différents facteurs explicatifs de la compétitivité. Mais elle est riche d’enseignements sur la façon dont les chefs d’entreprise apprécient ces déterminants.

Cette enquête a été menée en collaboration avec le Comité National des Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CNCCEF).

Deux industriels sur trois estiment que le développement des exportations est très important pour l’économie française dans son ensemble.

Ils sont deux fois moins nombreux (31 %) à exprimer cette opinion quand il s’agit de leur propre entreprise (représentant toutefois 42 % du chiffre d’affaires des industries de 20 salariés ou plus, source). Cet intérêt est notamment exprimé par les entreprises de plus de 250 salariés et les entreprises de biens d’équipement. À l’opposé, deux industriels sur cinq jugent le développement des exportations comme « pas important » pour leur entreprise.

Ils sont un tiers à estimer que le développement des implantations à l’étranger est très important pour l’économie française dans son ensemble, et à nouveau moins nombreux (un peu plus d’un industriel sur dix, représentant tout de même près de 30 % du chiffre d’affaires de l’industrie) à exprimer ce jugement s’agissant de leur propre entreprise.

Le développement de leurs implantations à l’étranger est en particulier considéré comme très important par les entreprises de l’industrie automobile, les entreprises de plus de 250 salariés, et les entreprises fortement exportatrices .

Pour les industries exportatrices, la compétitivité sur les marchés étrangers est avant tout associée à la qualité de leurs produits (par plus de quatre entreprises sur cinq). Deux entreprises exportatrices sur trois jugent également très importants les prix des produits et leur adéquation à la demande, notamment les entreprises de plus de 250 salariés. L’innovation et la recherche-développement s’inscrivent en retrait : un peu plus d’un industriel sur deux seulement considère ce facteur comme très important (graphique 1).

Les autres déterminants de la compétitivité des industries exportatrices apparaissent de moindre importance. Tout au plus peut-on mentionner la marque, la notoriété des produits et les réseaux de distribution pour les entreprises de biens de consommation et le service après-vente pour les biens d’équipement.

Les industriels, exportateurs ou non, considèrent que, comparativement aux principaux pays concurrents, les handicaps de la France sont plus nombreux que les atouts.

Graphique 1 – Importance des facteurs déterminant la compétitivité sur les marchés étrangers

  • Champ : entreprises industrielles exportatrices de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, CNCCEF, enquête compétitivité, 2008.

Les infrastructures et la qualité de l’encadrement, principaux atouts cités par les entreprises

Au titre des éléments favorables au développement de leur entreprise, et de façon plus générale de l’économie française, les industriels plébiscitent avant tout l’environnement de l’entreprise et la qualification de l’encadrement.

Pour la moitié d'entre eux, en effet, les infrastructures de télécommunication et de transport influencent favorablement le développement des entreprises. Il en va de même pour la qualification de l’encadrement (graphique 2). Les infrastructures de transport apparaissent particulièrement importantes pour les entreprises du secteur automobile.

D’autres éléments sont jugés favorablement par une majorité d’entreprises : à égalité, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée, les relations avec les organisations professionnelles et les chambres de commerce, et la protection de la propriété intellectuelle.

Lorsque les entreprises industrielles hiérarchisent les principaux atouts de la France, le classement est sensiblement le même, et ce quelle que soit la taille de l’entreprise : la qualification de l’encadrement arrive en première position, les infrastructures de transport et de télécommunication suivent en deuxième et troisième positions respectivement.

Graphique 2 – Atouts et handicaps

  • Lecture : par rapport aux pays d'implantation de leurs principaux concurrents étrangers, 55 % d'industriels qualifient les infrastructures de télécomunication comme un élément favorable.
  • Champ : entreprises industrielles de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, CNCCEF, enquête compétitivité, 2008.

La fiscalité et le coût du travail, principaux handicaps cités par les entreprises

Au titre des éléments jugés contraires au bon développement de leur entreprise, et de l’économie française, les entrepreneurs de l’industrie mentionnent avant tout la fiscalité et le coût du travail.

En effet, comme ils l’expriment assez habituellement, une très large majorité d’industriels (86 %) considèrent la taxe professionnelle comme un handicap. Il en va de même pour le coût du travail non qualifié et pour l’impôt sur les sociétés (respectivement 77 % et 71 %). D’autres éléments sont majoritairement déclarés comme étant défavorables : le taux de change de l’euro, le coût du travail qualifié, le manque de flexibilité des horaires de travail et la faible mobilité géographique des salariés.

Lorsque les entreprises industrielles hiérarchisent les handicaps de la France, le coût du travail non qualifié occupe, de loin, la première place, suivi par la taxe professionnelle.

Poursuite probable du développement de nouvelles activités de production à l’étranger

Entre 2002 et 2007, 12 % des entreprises industrielles (représentant un quart du chiffre d’affaires de l’industrie) déclarent avoir développé de nouvelles activités de production à l’étranger (graphique 3), et autant d’entreprises (représentant un sixième du chiffre d’affaires de l’industrie) disent avoir déplacé à l’étranger des activités de production auparavant réalisées en France (graphique 4).

Les entreprises de plus de 250 salariés ou fortement exportatrices sont plus particulièrement concernées.

Selon les chefs d’entreprise, le développement à l’étranger devrait se poursuivre au cours des prochaines années, via notamment l’installation de nouvelles capacités de production.

Un peu plus de 20 % des entreprises industrielles, représentant l’équivalent du tiers du chiffre d’affaires de l’industrie, prévoient de créer de nouvelles activités à l’étranger. Il ne s’agit bien sûr, à ce stade, que d’intentions, qui si elles se matérialisaient, entraîneraient cependant une hausse de 10 points de la proportion d’entreprises industrielles créant de nouvelles activités à l’étranger par rapport à la période 2002-2007.

Le transfert à l’étranger d’activités de production existantes se poursuivrait également au cours des prochaines années. Il concernerait près de 16 % des entreprises industrielles contre 12 % sur la période 2002-2007.

Dans les deux cas, le phénomène d’externalisation demeure toujours plus marqué pour les entreprises de plus de 250 salariés ou fortement exportatrices. Les secteurs des biens d’équipement et de l’automobile sont également davantage concernés.

Graphique 3 – Créations de nouvelles activités de production à l'étranger

  • Lecture : entre 2002 et 2007, 12 % d'industriels ont créé de nouvelles activités de production à l'étranger ; 22 % envisagent de le faire dans les prochaines années.
  • Champ : entreprises industrielles de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, CNCCEF, enquête compétitivité, 2008.

Graphique 4 – Déplacements d'activités de production auparavant réalisées en France

  • Lecture : entre 2002 et 2007, 12 % d'industriels ont déplacé à l'étranger des activités de production auparavant réalisées en France ; 16 % envisagent de le faire dans les prochaines années.
  • Champ : entreprises industrielles de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, CNCCEF, enquête compétitivité, 2008.

Coûts salariaux, proximité, imposition et réglementation, principaux déterminants du développement à l’étranger

Parmi les entreprises industrielles qui ont développé des activités de production à l'étranger ou qui envisagent de le faire dans les prochaines années, deux tiers d’entre elles jugent très importante la possibilité de réduire les coûts salariaux. Près de la moitié évoque le fait de se rapprocher des clients. Suit, pour un peu plus de deux entreprises industrielles sur cinq, l’accès à une réglementation plus souple et à une imposition plus avantageuse. Pour les entreprises de plus de 250 salariés, la proximité des clients devient le critère principal, avant même la possibilité de réduire les coûts salariaux (graphique 5).

Les autres facteurs sont jugés de moindre importance, à l’exclusion toutefois de l’accès à des ressources supplémentaires (matières premières...) pour les entreprises du secteur agroalimentaire ou de la possibilité d’opérer dans une autre devise que l’euro pour les entreprises du secteur des biens d’équipement.

Au vu de leurs perceptions, l’importance de ces déterminants devrait assez généralement se renforcer au cours des prochaines années, notamment en ce qui concerne la possibilité d’accéder à une réglementation plus souple, opinion davantage exprimée par les entreprises de moins de 100 salariés, ou encore à des ressources supplémentaires.

Graphique 5 – Importance de différents facteurs sur la décision de développer des activités de production à l’étranger suivant la taille des entreprises

  • Champ : entreprises industrielles de 20 salariés ou plus qui ont (ou envisagent de) développé(er) des activités de production à l’étranger. Le développement d’activités à l’étranger recouvre la création de nouvelles activités et le déplacement d’activités auparavant réalisées en France.
  • Source : Insee, CNCCEF, enquête compétitivité, 2008.

Un dispositif d’accompagnement à l’international peu sollicité

D’une manière générale, les entreprises industrielles exportatrices sont assez peu nombreuses à recevoir des aides au développement de leur activité à l’international.

Seules 8 % d’entre elles disent recevoir des aides à l’exportation de la part de la France. De même, seules 3 % disent recevoir des aides à l’implantation à l’étranger de la part du pays d’accueil concerné.

Les produits ou services mis en place pour aider au développement des entreprises à l’international, bien que très variés, sont assez peu sollicités. Une large majorité des entreprises industrielles exportatrices n’y recourt pas (graphique 6).

C’est notamment le cas du crédit d’impôt exportation : seulement 15 % des entreprises industrielles exportatrices y ont recours, à peine plus pour le volontariat international en entreprise (17 %), davantage pour les services d’organismes privés de conseil ou d’accompagnement à l’exportation (22 %) ou les autres services d’Ubifrance (23 %). L’assurance crédit de la Coface et les services des chambres de commerce sont davantage sollicités, par environ une entreprise industrielle exportatrice sur deux.

Les entreprises du secteur automobile sont celles qui utilisent globalement le moins tous ces produits et services.

Les entreprises industrielles exportatrices sont majoritairement satisfaites des produits ou services proposés, en particulier s’agissant de l’assurance crédit ou de l’assurance prospection de la Coface.

Graphique 6 – Recours au dispositif d'accompagnement à l'international

  • Champ : entreprises industrielles exportatrices de 20 salariés ou plus.
  • Source : Insee, CNCCEF, enquête compétitivité, 2008.

Sources

L’enquête sur la compétitivité de « l’entreprise France » et des entreprises françaises dans la mondialisation a été menée en collaboration avec le Comité National des Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CNCCEF).

Elle a été réalisée en février 2008 auprès de 4 000 entreprises industrielles de 20 salariés ou plus, correspondant à l’échantillon de l’enquête mensuelle de conjoncture dans l’industrie.

Les données recueillies ont par la suite fait l’objet d’une méthode de redressement tenant compte du secteur d’activité, de l’effectif, du chiffre d’affaires et de la part des entreprises exportatrices, de manière à ce que les résultats publiés soient représentatifs de l’ensemble des entreprises de 20 salariés ou plus de l'industrie manufacturière et agroalimentaire.

Définitions

Une entreprise exportatrice (resp. fortement) est une entreprise qui réalise au moins 5 % (resp. 35 %) de son chiffre d’affaires à l’exportation.