Les services marchands en 2007 :les services aux entreprises ralentissent, les services aux particuliers se redressent

Marie Élisabeth Hassan, Mahmoud Jlassi, Marie-Dominique Minne, division Services, Insee

Avec une croissance de 2,6 % en volume, l’activité des services marchands ralentit en 2007. Les activités des services aux entreprises décélèrent, mais restent le principal soutien de la croissance des services marchands. Elles progressent de 2,9 % en volume après 4,5 % en 2006. La contribution des activités liées aux technologies de l’information et de la communication reste prédominante alors que l’activité des télécommunications ralentit. Les services aux particuliers bénéficient de l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages et prennent un nouvel élan : ils progressent de + 1,8 % en volume en 2007, après + 0,5 % en 2006. Les turbulences financières générées par la crise des subprimes ont pénalisé les activités de promotion et de gestion immobilières, sans les paralyser. Elles progressent beaucoup moins rapidement qu’en 2006 (+ 0,5 %, après + 5,9 %), dans un contexte où les prix de l’immobilier ralentissent.

L’activité des services marchands ralentit

En 2007, l’activité des services marchands progresse de 2,6 % en volume, après trois années de forte croissance, entre + 3,1 % et + 3,7 % (graphique 1). Pour la première fois depuis 2000, elle ne tire pas la croissance de la production globale du pays, mais progresse au même rythme. Cependant, la hausse des prix est légèrement plus forte pour les services marchands (+ 2,4 %) que pour l’ensemble de l’économie (+ 2,2 %).

Depuis plusieurs années, les importations des services marchands augmentent plus vite que leurs exportations. Excédentaire de 2,8 milliards d’euros au début de la décennie, presque nul en 2006 sous l’effet de l’inertie des exportations, le solde des échanges extérieurs de services présente en 2007 un déficit de 1,7 milliard (graphique 2).

L’activité des services marchands est soutenue par la demande finale qui croît de 2,9 % en volume en 2007, après + 2,7 % (tableau). La consommation finale des ménages absorbe un tiers des ressources (produites ou importées) en services marchands. Elle accélère doucement depuis 2005, favorisée par la croissance du pouvoir d’achat des ménages (+ 3,3 % en 2007 après + 2,6 % et + 1,6 % en 2005). Elle ne retrouve pas toutefois son dynamisme de l’année 2000 (+ 4,6 %). La demande des entreprises, qui captent 60 % des ressources en services marchands, est en revanche moins dynamique en 2007 : les consommations intermédiaires des entreprises progressent de 2,4 % en volume après + 3,7 % en 2006 ; leurs investissements ralentissent également.

Graphique 1 – Production en volume des services marchands

  • Source : Insee, comptes des services.

Graphique 2 – Échanges extérieurs de services marchands

  • Source : Insee, comptes des services.

Tableau – Équilibre ressources-emplois des services marchands

Valeur en millions d’euros - Volume : taux de croissance en volume (%) - Prix : taux de croissance du prix (%)
Équilibre ressources-emplois des services marchands
2004 2005
volume prix valeur volume prix valeur
Production de la branche (1) 3,1 2,0 808 955 3,7 2,2 857 856
Transferts** (2) 4,3 1,4 24 323 2,4 1,7 25 322
Impôts moins subventions (3) 11,0 0,8 15 313 5,6 1,1 16 345
Importations (4) 0,9 1,3 24 884 8,4 1,5 27 359
Total des ressources (1)+(2)+(3)+(4) 3,2 1,9 873 475 3,9 2,2 926 882
Consommations intermédiaires*** (5) 3,2 1,8 472 685 4,0 1,6 499 388
Consommation finale (6) 2,8 2,4 304 033 2,5 2,9 320 861
Investissement (7) 6,0 1,2 69 751 7,4 2,8 77 001
Exportations (8) 0,6 1,2 27 006 7,5 2,1 29 632
Total des emplois (5)+(6)+(7)+(8) 3,2 1,9 873 475 3,9 2,2 926 882
2006* 2007*
volume prix valeur volume prix valeur
Production de la branche (1) 3,4 2,2 906 721 2,6 2,4 952 938
Transferts** (2) 0,8 3,1 26 315 1,7 2,7 27 496
Impôts moins subventions (3) 4,2 5,7 17 996 0,3 0,7 18 174
Importations (4) 7,0 2,6 30 025 8,3 1,8 33 124
Total des ressources (1)+(2)+(3)+(4) 3,5 2,3 981 057 2,7 2,4 1 031 732
Consommations intermédiaires*** (5) 3,7 2,0 528 092 2,4 2,2 552 766
Consommation finale (6) 2,7 2,5 337 686 2,9 2,7 357 056
Investissement (7) 6,6 3,6 85 105 4,1 2,2 90 496
Exportations (8) 0,4 1,5 30 174 2,2 1,9 31 415
Total des emplois (5)+(6)+(7)+(8) 3,5 2,3 981 057 2,7 2,4 1 031 732
  • * Les comptes 2006 et 2007 sont provisoires.
  • ** Comprend les transferts de produits fatals (exemple : publicité de la presse) et les productions marchandes des branches non marchandes.
  • *** La ligne consommations intermédiaires inclut les variations de stocks.
  • Source : Insee, comptes des services.

Les services aux entreprises restent le principal moteur de la croissance des services marchands

Les six branches d’activité de services où les taux de croissance sont les plus forts relèvent des services aux entreprises (graphique 3). Ces branches contribuent pour 1,6 point à la croissance de l’ensemble des services marchands. Les trois premières progressent d’environ 6 % : ce sont par ordre décroissant, les activités d’architecture, d’ingénierie et de contrôle, les activités informatiques et celles de location de véhicules et de machines (location sans opérateur). Viennent ensuite les télécommunications, les services professionnels et la sélection et fourniture de personnel, avec une croissance légèrement supérieure à 4 %.

Graphique 3 – Évolution de la production des services marchands en 2007

  • Source : Insee, comptes des services.

2007, l’année de l’ingénierie et de la location

Cependant, parmi les services aux entreprises, seules les activités d’architecture, d’ingénierie et de contrôle, et les activités de location sans opérateur accélèrent, alors que les autres ralentissent. Même les activités liées aux technologies de l’information et de la communication (TIC) décélèrent ; elles continuent cependant de contribuer très largement à la croissance des services marchands. Certains services aux entreprises arrivent à peine à atteindre le niveau de production de l’année précédente (les activités de poste et de courrier, ou l’assainissement, la voirie et la gestion des déchets). La production de la branche des services logistiques (sécurité, nettoyage et services divers aux entreprises) diminue même de 2,4 %, malgré le dynamisme du nettoyage.

En 2007, ce sont donc les activités d’architecture, d’ingénierie et de contrôle qui progressent le plus rapidement, grâce à la croissance de l’ingénierie et des études techniques. Ce segment d’activité présente des évolutions annuelles inégales, mais suit une tendance haussière depuis 2000 (+ 5,2 % de croissance annuelle moyenne, en volume). Ses carnets de commandes ont été alimentés en 2007 par les chantiers de construction ou de modernisation des secteurs de l’énergie nucléaire et parapétrolière, ainsi que par les renouvellements d’équipements dans les industries des biens de consommation et de biens intermédiaires. L’accélération en volume des activités d’ingénierie et d’études techniques résulte aussi de la maîtrise des prix de production (+ 2,0 % en 2007, après + 3,4 %) (graphique 4). Pour faire face à la demande, les importations augmentent plus que les exportations.

Les activités de location de véhicules et de machines (location sans opérateur) donnent un coup d’accélérateur et s’approchent des 6 % de croissance en 2007 (après + 3,4 %). La location de grues et de machines de chantiers est encore soutenue par les nouvelles constructions. Sa croissance reste élevée : + 7,4 % en volume, après + 7,7 %. Les activités de location de véhicules automobiles augmentent de + 4,2 %, un peu plus rapidement qu’en 2006 (+ 4,0 %). Les autres activités de location sans opérateur accélèrent. En particulier, la location de camions, de bateaux et d’avions croît de près de 7 %, après + 2 % en 2006.

Graphique 4 – Indice de prix de quelques branches des services marchands

  • Source : Insee, comptes des services.

Moins d’allant pour les TIC

Les activités liées aux technologies de l’information et de la communication continuent en 2007 de tirer la croissance des services marchands. Mais l’écart de croissance de ces activités par rapport à la moyenne des services marchands s’est réduit. En effet, avec une baisse des prix moins prononcée qu’en 2006, la croissance des activités de télécommunications reste soutenue, + 4,6 % en volume, mais sensiblement moins qu’en 2006 (+ 7,2 %). Cela résulte d’évolutions contraires. Pour l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), les chiffres d’affaires générés par l’internet et la téléphonie mobile progressent rapidement (respectivement + 22,3 % et + 5,7 %). À l’inverse, les revenus liés à la téléphonie fixe baissent de 3,6 % et ceux des services à valeur ajoutée, comme les numéros surtaxés, de 2,1 %. La téléphonie mobile pourvoit 42 % des revenus du secteur. Elle a bénéficié de l’essor des usages « non voix » : messages interpersonnels, internet mobile et services multimédia. Le ralentissement de la téléphonie fixe provient de la baisse des revenus des communications (par rapport aux abonnements), conséquence du développement des communications téléphoniques via l’internet.

Le ralentissement est plus modéré pour les activités informatiques. Leur croissance, de + 6,3 % en volume en 2007, est certes moins vive qu’en 2006 (+ 7,5 %) mais elle confirme le redressement de la branche, après le creux du début de la décennie. La moitié du chiffre d’affaires de la branche informatique provient de la réalisation de logiciels. Cette activité s’accroît de 8,2 % en volume grâce, en partie, à la baisse des prix des logiciels ; elle explique les deux tiers de la croissance des activités informatiques. Les échanges inter-entreprises et intra-entreprises se développent fortement ; les systèmes d’information s’adaptent aux contraintes réglementaires dans le secteur bancaire ou à celles induites par le plan « hôpitaux 2007 ». Les réformes dans les administrations publiques se mettent en place ; la recherche-développement est de plus en plus externalisée ; enfin les systèmes embarqués et la sécurité connaissent de grandes réussites. Autant de facteurs qui expliquent en 2007 la croissance du marché des logiciels, de l’infogérance et du conseil en technologie.

Le recul des services logistiques aux entreprises

Les services logistiques (sécurité, nettoyage et services divers d’appui aux entreprises) régressent en 2007 : - 2,4 % en volume, après + 3,0 % ; seules les activités de nettoyage continuent de s’accroître, malgré une légère décélération : + 4,0 % en volume, après + 4,7 %. Les services divers aux entreprises, qui regroupent 80 % de la production de la branche des services logistiques, rompent avec la croissance ; en particulier, le chiffre d’affaires des activités de routage et des services annexes à la production est en baisse : comme la hausse des prix se maintient, le repli est de 3,2 % en volume.

La poste et le courrier subissent la poussée du courrier électronique, mais ils profitent de l’essor du commerce électronique. Avec une hausse des prix de 2,4 %, ces activités ralentissent légèrement en volume.

La production de la branche de l’assainissement, de la voirie et de la gestion des déchets n’a pas non plus atteint, en volume, son niveau de l’année précédente.

Regain des activités au service des ménages

Les agences de voyage se ressaisissent après une année en retrait. La croissance de leur activité, + 2,9 % en volume, est supérieure à la moyenne des services marchands. Un été maussade favorisant les voyages à l’étranger, la Coupe du monde de rugby et le dynamisme du tourisme d’affaires expliquent sans doute en partie ce redressement.

L’activité des autres branches de services aux particuliers accélère aussi en 2007, tout en restant sous la moyenne des services marchands. Les activités récréatives, culturelles et sportives marchandes non audiovisuelles progressent de 2,3 % (après + 1,8 %). Cette accélération s’explique par les activités de spectacle (+ 3,1 %) et par celles des manèges forains et des parcs d’attractions (+ 6,7 %). Les jeux de hasard et d’argent restent un soutien important de la croissance de cette branche (+ 3,6 %). Par contre, les activités liées aux sports et les autres activités récréatives marchandes renouent avec la récession : avec un recul de la production de 1,7 % en volume, elles freinent la croissance de la branche.

Les activités des hôtels-restaurants progressent de 2,0 % en volume en 2007 et gagnent un point et demi de croissance. Cette accélération est due en premier lieu au dynamisme de la restauration qui réalise 44 % du chiffre d’affaires de la branche : dans ce secteur d’activité, la croissance passe de 0,3 % en 2006 à 2,3 % en 2007. Elle répond aussi bien à la pression de la demande des ménages qu’à celle des entreprises. L’activité des hôtels de tourisme (+ 2,6 %), et plus précisément les performances des hôtels haut de gamme, participent à l’essor de la branche hôtels-restaurants. La Coupe du monde de rugby a eu en 2007 un effet positif sur le tourisme en France ainsi que sur la fréquentation hôtelière. Non moins dynamique mais d’un poids plus faible dans la branche, l’activité des cantines d’entreprises progresse de 3,0 % alors qu’elle stagnait l’année précédente.

Avec une progression de + 1,4 %, les activités audiovisuelles renouent avec la croissance, grâce en particulier au dynamisme de la production cinématographique : + 5,8 % après − 4,8 %. Selon le Centre national de la cinématographie, la France a produit en 2007 vingt-et-un longs-métrages de plus qu’en 2006. À l’inverse, les activités de distribution de films ou de projection de films perdent du terrain : respectivement − 5,7 % et − 6,3 %. Les activités de radio stagnent ; celles de télévision gardent le même rythme de croissance (+ 1,4 %).

La croissance timide de l’activité des services personnels, + 0,4 % en volume, suit deux années difficiles, avec une stagnation en 2005 et un recul en 2006 (− 0,4 %). Les activités qui régressaient en 2006, comme la blanchisserie-teinturerie de détail, la coiffure ou les services funéraires sont presque stabilisées en 2007, avec une progression des prix contenue. Les activités de soins de beauté et d’entretien corporel (+ 1,5 %) soutiennent encore la croissance des services personnels.

Les activités immobilières ralentissent mais résistent à la crise financière

Avec une croissance en volume de 0,5 % après + 5,9 %, l’activité de la promotion et gestion immobilières marque en 2007 un très net ralentissement. Principale conséquence de la crise des crédits hypothécaires à risques (subprimes) initiée aux USA, la remontée des taux d’intérêt a freiné la croissance de la promotion immobilière de logements : + 1,5 % en volume, après + 6,5 %. Les prix continuent d’augmenter, de 4,0 %, soit moins qu’en 2006 (+ 7,0 %), surtout en réponse à une demande toujours pressante et à l’augmentation des coûts de construction. La hausse des taux d’intérêt a été compensée par un allongement de la durée des crédits et la demande des particuliers a été stimulée par la mise en place de dispositifs d’aide à l’accession à la propriété pour les ménages à revenus modestes (loi TEPA, Pass-foncier notamment). L’attentisme lié à la crise des subprimes et au ralentissement des prix des logements anciens semble avoir particulièrement touché les marchands de biens dont l’activité chute de 3,8 % en volume en 2007. Les investisseurs étrangers ont largement contribué à la croissance de la promotion immobilière hors logements : + 0,5 % en volume. Cette activité ralentit néanmoins, malgré le dynamisme de l’immobilier de commerces. L’activité des agences immobilières décélère aussi (+ 1,2 % en volume), avec une hausse des prix qui ralentit fortement pour les logements anciens et plus modestement pour les loyers. Dans les activités de location immobilière, le taux de croissance (+ 2,8 % en volume) est le même que l’année précédente.

Sources

Les données sont extraites des comptes des services. Pour les années 2007 et 2006, les résultats sont provisoires. Les données de 2006 et 2005 sont révisées par rapport à la publication de l’année précédente. Les chiffres présentés ici sont calculés à partir des équilibres ressources-emplois élaborés au niveau le plus détaillé des comptes nationaux, puis agrégés. Les évolutions ainsi déterminées pour les grandes branches peuvent être très légèrement différentes de celles retenues pour la version provisoire des comptes nationaux 2007 (bibliographie) : celles-ci sont en effet calculées directement par voie économétrique à un niveau agrégé ; de plus, les comptes nationaux incluent dans leur champ les services domestiques et les services non marchands de la recherche-développement, des activités récréatives, culturelles et sportives, de l’éducation, de la santé et de l’action sociale, alors que ces services sont exclus des résultats présentés ici.

La production dans les services marchands est un concept proche de celui de chiffre d’affaires : elle comprend les ventes de services, mais aussi la production pour compte propre. En revanche, elle ne comprend pas les ventes de marchandises éventuellement associées à l’activité de service et correspondant à une activité commerciale. Les données sur la production sont en branche, correspondant à des activités pures. L'évolution de la production est estimée en volume, c’est-à-dire une fois retiré l’effet de la hausse des prix.