Les groupes dans le commerce : une présence croissante

Annette Kadjar, département des Activités tertiaires, Insee

Quatre groupes de sociétés sur dix possèdent une implantation commerciale. Les groupes de sociétés concentrent la moitié des effectifs et de la valeur ajoutée du commerce. Cette présence des groupes de sociétés dans le commerce s’est renforcée de façon notable sur la période 1994-2003, en s’accompagnant d’un accroissement de la présence étrangère. Au total, la concentration financière augmente sur la période récente. Les trois quarts des groupes implantés dans le commerce sont spécialisés sur leur cœur de métier. Ces groupes commerciaux emploient 89 % de leurs effectifs dans des activités commerciales. Leur taille est très variable : les dix plus grands emploient autant d’effectifs que les 10 000 micro-groupes de moins de 500 salariés.

Les groupes contrôlent la moitié des effectifs et de la valeur ajoutée du commerce

Les groupes de sociétés sont très présents dans le commerce. Ils rassemblent des sociétés fortement liées financièrement qui mettent en œuvre une stratégie commune ; ce faisant, ils modifient la concentration des secteurs commerciaux et donc l’intensité concurrentielle des marchés.

Fin 2003, 40 % des groupes de sociétés, soit 13 800 groupes, ont au moins une filiale dans les secteurs commerciaux ; 30 %, soit 10 400 groupes, emploient la plus grande partie de leurs salariés dans les secteurs commerciaux et peuvent donc être considérés comme des groupes commerciaux . Cette forme d’organisation est ainsi très fréquente dans le commerce, lequel représente 15 % des effectifs salariés et 25 % des sociétés de l’ensemble de l’économie.

Au total, en 2003, 4,6 % des sociétés commerciales (27 000, hors artisanat commercial), appartiennent à un groupe (tableau 1). Cette proportion est équivalente dans les services marchands (4,3 %) mais nettement plus forte dans l’industrie (9,8 %). Cependant, comme les sociétés commerciales contrôlées par des têtes de groupe comptent parmi les plus grandes de leur secteur, elles pèsent beaucoup plus en termes de chiffre d’affaires. En effet, les deux tiers du chiffre d’affaires total du commerce (hors artisanat commercial) sont sous contrôle des groupes. Dans le commerce de détail en grande surface à prédominance alimentaire, les groupes réalisent plus des trois quarts du chiffre d’affaires total.

En termes d’emploi comme de valeur ajoutée, l’importance des groupes est tout aussi significative, bien qu’un peu moins marquée qu’en termes de chiffre d’affaires (tableau 1 et graphique 1). La moitié de l’emploi commercial salarié (1 545 000 salariés) dépend des groupes. Cette part est équivalente dans les services marchands, et bien plus élevée dans l’industrie (72 %). Comme pour le chiffre d’affaires, l’influence des groupes est plus forte dans le commerce de gros (59 % de l’emploi salarié) que dans le commerce de détail et la réparation (49 %) ou dans le commerce et la réparation automobile (41 %). Par secteur fin, l’emprise des groupes est la plus forte dans les centrales d’achat, le commerce de détail non alimentaire non spécialisé (grands magasins essentiellement), et dans la vente par correspondance.

Graphique 1 – Poids des filiales commerciales contrôlées par des groupes, par secteur et sous-secteur en 2003

  • Sources : comptes du commerce, enquête Lifi, Suse, Insee ; Diane.

Tableau 1 – Poids des sociétés commerciales françaises contrôlées par des groupes, en 2003

Poids des sociétés commerciales françaises contrôlées par des groupes, en 2003
Activité des entreprises contrôlées Sociétés commerciales contrôlées Emploi des filiales commerciales Chiffre d'affaires des filiales commerciales Valeur ajoutée réalisée par les filiales commerciales
Nombre % dans le secteur commercial Effectifs % dans le secteur commercial Montant (Keuros) % dans le secteur commercial Montant (Keuros) % dans le secteur commercial
Commerce et réparation automobile 3 745 5,0 177 775 40,9 87 839 489 59,7 7 365 747 40,8
Commerce de gros et intermédiaires du commerce 15 435 11,0 613 576 59,4 416 065 885 73,9 39 485 699 63,7
Commerce de détail et réparation d'articles domestiques 7 909 2,1 753 691 49,0 196 809 244 55,4 29 466 085 44,6
Ensemble (hors artisanat commercial) 27 089 4,6 1 545 042 51,4 700 714 618 65,8 76 317 531 52,2
  • Lecture : en 2003, 3 745 entreprises ayant comme activité principale le commerce et la réparation automobile sont contrôlées par des groupes, ce qui représente 5 % de l'ensemble des entreprises commerciales de ce secteur.
  • Sources : comptes du commerce, enquête Lifi, Suse, Insee ; Diane.

Entre 1994 et 2003, la présence des groupes s’accroît

De 1994 à 2003, la présence des groupes a crû de façon très significative dans chacun des grands secteurs du commerce : le taux de contrôle de l’emploi salarié a augmenté de 13 points sur l’ensemble du commerce (38 % à 51 %) et même de 19 points dans le commerce et la réparation automobile.

En 1994, on dénombrait 13 300 sociétés commerciales, têtes de groupe ou appartenant à un groupe, à comparer aux 27 000 sociétés commerciales contrôlées de 2003. Par ailleurs, le taux de contrôle par un groupe étranger s’est fortement accru entre 1994 et 2003, passant de 10,5 % à 20,4 % des filiales contrôlées.

Le contrôle étranger progresse essentiellement dans le commerce de gros et les intermédiaires du commerce : la part des filiales de commerce de gros contrôlées par un groupe étranger par rapport à l’ensemble des filiales commerciales de groupes fait plus que doubler entre 1994 et 2003, passant de 8,1 % à 16,9 % (tableau 2).

La présence croissante des groupes dans le commerce s’accompagne d’une accentuation de la concentration sur les années 1998-2003. Sur cette période, la concentration financière peut être estimée à partir d’un indice de Gini . Cette concentration augmente de 3 points (72 % à 75 %), évolution forte pour un indice synthétique. La hiérarchie des grands secteurs reste inchangée  : le commerce de gros reste le plus concentré, avec un indice qui passe de 77 % à 79 % ; vient ensuite le commerce de détail pris dans son ensemble (70 % à 72 %) et enfin le commerce et la réparation automobile (65 % à 67 %). La concentration financière est maximale pour le commerce de détail non alimentaire en magasins non spécialisés (grands magasins et bazars) et minimale pour le secteur des pharmacies et commerces d’articles médicaux (graphique 2).

Graphique 2 – Concentration financière des secteurs et sous-secteurs du commerce en 2003

  • Sources : comptes du commerce, EAE commerce, enquête Lifi, Suse, Insee ; Diane.

Tableau 2 – Sociétés commerciales françaises contrôlées par des groupes de 1994 à 2003 : la part des groupes étrangers a fortement progressé

Sociétés commerciales françaises contrôlées par des groupes de 1994 à 2003 : la part des groupes étrangers a fortement progressé
Activité des entreprises contrôlées Sociétés commerciales contrôlées par des groupes Emploi des filiales commerciales contrôlées
NAF 1994 2003 1994 2003
Nombre Part en % Nombre Part en % Nombre Part en % Nombre Part en %
Commerce et réparation automobile 1 632 12,3 3 745 13,8 81 211 8,7 177 775 11,5
dont contrôlées par un groupe étranger 109 0,8 382 1,4 15 061 1,6 30 453 2,0
Commerce de gros et intermédiaires du commerce 8 449 63,5 15 435 57,0 405 017 43,3 613 576 39,7
dont contrôlées par un groupe étranger 1 083 8,1 4 580 16,9 97 944 10,5 240 051 15,5
Commerce de détail et réparation d'articles domestiques 3 217 24,2 7 909 29,2 448 741 48,0 753 691 48,8
dont contrôlées par un groupe étranger 200 1,5 567 2,1 35 519 3,8 121 573 7,9
Ensemble 13 298 100,0 27 089 100,0 934 969 100,0 1 545 042 100,0
dont contrôlées par un groupe étranger 1 392 10,5 5 529 20,4 148 524 15,9 392 077 25,4
  • Lecture : en 1994, 1 632 entreprises ayant comme activité principale le commerce et la réparation automobile sont contrôlées par un groupe, ce qui représente 12,3 % de l'ensemble des entreprises commerciales contrôlées par un groupe ; parmi celles-ci 109 entreprises sont contrôlées par un groupe étranger, ce qui représente 0,8 % de l'ensemble des entreprises commerciales contrôlées par un groupe.
  • Sources : comptes du commerce, enquête Lifi, Suse, Insee ; Diane.

Beaucoup de micro-groupes et quelques très grandes unités

Parmi les groupes présents dans le commerce, c’est-à-dire ayant au moins une filiale commerciale, les groupes commerciaux prédominent nettement. Quelques groupes industriels jouent néanmoins un rôle significatif dans le commerce automobile et le commerce de gros. Les groupes commerciaux contrôlent 21 000 sociétés commerciales sur 33 500 tous secteurs confondus, soit 3,5 % des sociétés des secteurs du commerce. Mais comme ces sociétés sont les plus grandes de leur secteur, les groupes commerciaux pèsent beaucoup plus en termes d’emploi : fin 2003, 44 % des salariés du commerce travaillent dans des groupes commerciaux, soit plus de 1,3 million de personnes. Cette part de salariés est comparable dans les services mais elle est nettement plus forte dans l’industrie : 66 % des salariés de l’industrie travaillent dans un groupe industriel en 2003. Dans les secteurs commerciaux, ce poids des groupes dans l’emploi tient beaucoup au commerce de détail en grande surface à prédominance alimentaire et au commerce de détail non alimentaire en magasin, secteurs largement dominés par les dix plus gros groupes commerciaux. Dans le commerce de détail et la réparation, ces groupes contrôlent près du quart des effectifs salariés totaux.

La plupart des groupes commerciaux (97 %) appartiennent à la catégorie des micro-groupes (groupes employant moins de 500 salariés dans leurs sociétés implantées en France) (tableau 3). Ces 10 100 micro-groupes commerciaux contrôlent 26 900 sociétés françaises, tous secteurs confondus (commerce et hors commerce). En moyenne, ces micro-groupes contrôlent 2,6 sociétés chacun, et emploient 55 salariés. Une grande partie d’entre eux se comporte très probablement comme des petites et moyennes entreprises (PME) de taille équivalente ; d’autres sont des « traces » de groupes étrangers en France : 29 % de ces micro-groupes commerciaux sont des groupes étrangers, dont l’étendue hors des frontières n’est pas connue.

Les groupes commerciaux de plus de 500 salariés sont au nombre de 289 et contrôlent 6 600 sociétés françaises, tous secteurs confondus (commerce et hors commerce). Ces groupes commerciaux contrôlent, chacun, en moyenne 23 filiales (dont 12 filiales commerciales occupant, en moyenne, 2 755 salariés). Les groupes commerciaux de plus de 500 salariés représentent à eux seuls 62 % de l’emploi salarié occupé par l’ensemble des groupes commerciaux, soit plus de 900 000 salariés (tous secteurs confondus).

Seulement une dizaine de très grandes structures regroupent, chacune, tous secteurs confondus, plus de 10 000 salariés. Ces 10 grands groupes commerciaux occupent plus de 470 000 salariés en France, tous secteurs confondus. Au total, ces grands groupes rassemblent 32 % des effectifs totaux des groupes commerciaux en France, presque autant que les 10 100 microgroupes (38 %). Deux centaines de groupes commerciaux (213) emploient chacun entre 500 et 2 000 salariés et une soixantaine entre 2 000 et 10 000 salariés.

Tableau 3 – Répartition des groupes contrôlant des sociétés commerciales en 2003

Répartition des groupes contrôlant des sociétés commerciales en 2003
Nature des groupes Nombre de groupes Nombre de sociétés commerciales contrôlées Effectifs salariés employés dans les filiales commerciales
Nombre Part en % Nombre Part en % Nombre Part en %
Groupes commerciaux, dont : 10 419 75,3 20 992 77,5 1 315 982 85,2
Micro-groupes (moins de 500 salariés) 10 130 73,3 17 400 64,2 518 268 33,5
Groupes de plus de 500 salariés 289 2,1 3 592 13,3 797 714 51,6
Groupes à dominante industrielle, dont : 2 378 17,2 4 417 16,3 194 319 12,6
Micro-groupes 1 848 13,4 2 407 8,9 28 823 1,9
Groupes de plus de 500 salariés 530 3,8 2 010 7,4 165 496 10,7
Groupes à dominante tertiaire, dont : 826 6,0 1 456 5,4 34 586 2,2
Micro-groupes 644 4,7 769 2,8 6 545 0,4
Groupes de plus de 500 salariés 182 1,3 687 2,5 28 041 1,8
Autres groupes, dont : 206 1,5 224 0,8 155 0,0
Micro-groupes 206 1,5 224 0,8 155 0,0
Groupes de plus de 500 salariés 0 0,0 0 0,0 0 0,0
Ensemble, dont : 13 829 100,0 27 089 100,0 1 545 042 100,0
Micro-groupes 12 828 92,8 20 800 76,8 553 791 35,8
Groupes de plus de 500 salariés 1 001 7,2 6 289 23,2 991 251 64,2
  • Lecture : en 2003, 10 419 groupes commerciaux, représentant 75,3 % des groupes implantés dans le commerce, contrôlent 20 992 entreprises commerciales (soit 77,5 % des entreprises commerciales contrôlées), et emploient 1 315 982 salariés (soit 85,2 % des effectifs de l'ensemble des filiales commerciales contrôlées par un groupe).
  • Sources : comptes du commerce, enquête Lifi, Suse, Insee ; Diane.

Les groupes commerciaux sont très spécialisés

Globalement, les groupes commerciaux sont fortement spécialisés dans les activités commerciales puisqu’ils emploient 89 % de leurs effectifs dans ces activités (tableau 4). Les groupes dont l’activité principale est le commerce et la réparation automobile sont encore plus centrés sur le cœur de métier puisque la proportion de leurs effectifs employés dans leur secteur est de 93 %.

Par catégorie de taille, ce sont les microgroupes qui sont les plus spécialisés. En 2003, la majorité (65 %) des 26 900 sociétés contrôlées par les micro-groupes commerciaux ont une activité commerciale et elles emploient, ensemble, 518 000 salariés, soit 93 % des effectifs totaux contrôlés par ces micro-groupes commerciaux.

Les 6 600 sociétés contrôlées par les groupes commerciaux, de plus de 500 salariés sont beaucoup moins nombreuses que celles contrôlées par les microgroupes commerciaux, mais elles emploient des effectifs plus importants car leur taille est notablement plus élevée. Un peu plus de la moitié de ces 6 600 sociétés contrôlées par des groupes de plus de 500 salariés ont une activité commerciale et emploient 798 000 salariés, soit 89 % des effectifs totaux contrôlés par ces groupes commerciaux de plus de 500 salariés.

De façon complémentaire, l’activité hors commerce des groupes commerciaux reste limitée et tournée plus vers le tertiaire (81 000 salariés, principalement dans les services aux entreprises et les transports) que vers l’industrie (48 000 salariés, principalement dans les industries agroalimentaires).

Tableau 4 – Spécialisation des groupes commerciaux selon leur activité principale en 2003

Spécialisation des groupes commerciaux selon leur activité principale en 2003
Activité principale du groupe Nombre de groupes Effectifs salariés totaux (A) Effectifs salariés commerciaux (B) (B)/(A) en %
Ensemble, dont : 10 419 1 476 064 1 315 982 89,2
Commerce et réparation automobile 1 167 138 319 129 011 93,3
Commerce de gros et intermédiaires 6 418 495 179 440 968 89,1
Commerce de détail et réparation 2 815 836 343 742 769 88,8
  • Lecture : en 2003, les 10 419 groupes commerciaux contrôlent 1 476 064 salariés, tous secteurs confondus, dont 1 315 982, soit 89,2 %, travaillent dans les secteurs commerciaux.
  • Sources : comptes du commerce, enquête Lifi, Suse, Insee ; Diane.

Sources

L’enquête Liaisons financières (Lifi) vise à identifier les groupes de sociétés opérant en France et à déterminer leur contour. Depuis 1980, elle recense les liaisons de détention de capital entre sociétés au 31 décembre de chaque année. Elle est complétée depuis 1999 et l’a été ponctuellement en 1994 par la base de données Diane, constituée par la Coface SCRL et le bureau Van Dijk à partir notamment des obligations de publicité légale auprès des greffes de tribunaux.

Les comptes du commerce s’insèrent dans le cadre des comptes nationaux et sont publiés en « base 2000 ». Ils sont établis selon les concepts et les définitions du système européen des comptes (SEC 1995).

Définitions

Les secteurs du commerce regroupent le commerce et la réparation automobile (NAF 50), le commerce de gros (NAF 51), le commerce de détail et les réparations (NAF 52). Les activités artisanales à caractère commercial (boulangeries, pâtisseries, charcuteries) ne sont pas retenues ici car les groupes n’y sont pas du tout présents.

Groupes : les groupes sont des ensembles de sociétés contrôlées par un même centre de décision (tête de groupe). Le contrôle correspond ici à la détention directe ou indirecte de plus de la moitié du capital social de la société (filiale du groupe) ; par exemple, Carrefour, Auchan ou Casino relèvent des groupes commerciaux. Dans le commerce, d’autres formes d’organisation existent, qui ne sont pas étudiées ici, autour des réseaux d’enseigne : par exemple, Intermarché, Leclerc ou Système U correspondent à des groupements de commerçants indépendants.

Groupe commercial : un groupe commercial est un groupe dont l’activité dominante relève des secteurs commerciaux 50, 51 ou 52 de la NAF. L’activité dominante d’un groupe est celle dans laquelle il emploie le plus grand nombre de salariés. Elle est calculée en affectant tous les salariés d’une même filiale à l’activité principale de cette filiale déterminée par son code APE (activité principale exercée). Dans le cas présent, l’activité est déterminée au niveau 36 de la nomenclature économique de synthèse, lequel distingue les trois divisions 50, 51 et 52 de la NAF.

Concentration financière : on appelle concentration financière la concentration des secteurs calculée selon la distribution de la variable d’intérêt (ici les effectifs occupés) répartie par unités économiques. L’unité économique est l’unité légale lorsque celle-ci est une entreprise indépendante ; sinon, il s’agit du sous-groupe défini comme l’ensemble des filiales du groupe ayant la même activité économique à un niveau donné de la nomenclature. La concentration est mesurée ici par l’indice synthétique de Gini appliqué aux unités économiques ainsi définies.