Des insultes aux coups : hommes et femmes inégaux face à la violence

Zohor Djider et Solveig Vanovermeir, division Études sociales, Insee

En 2005 et 2006, près de 9 % des femmes et des hommes âgés de 14 ans et plus déclarent avoir été victimes d’une agression ou d’actes de violence au cours des deux dernières années. Les premières victimes de la violence sont les jeunes hommes : agressions physiques, vols violents, injures, bagarres. Les femmes sont plus souvent victimes de violences verbales. Une femme victime sur six est agressée chez elle ou à proximité de son domicile. Le sentiment d’insécurité dans le quartier ou au domicile est plus fortement ressenti par les femmes, qu’elles aient ou non été victimes d’agressions. Vivre seul, être chômeur ou inactif ou peu diplômé renforcent également le sentiment d’insécurité, que ce soit dans le quartier ou à domicile. Ces chiffres n’englobent que partiellement les violences intrafamiliales : d’une part, la sous-déclaration de ce type de faits est probable et d’autre part, ils ne font pas l’objet d’un questionnement spécifique.

Des insultes aux coups : hommes et femmes inégaux face à la violence

En 2005 et 2006, 9 % des personnes de 14 ans et plus déclarent avoir été victimes d’au moins une agression ou un acte de violence au cours des deux dernières années. Ces chiffres, comme tous ceux présentés dans cette étude, n’englobent que partiellement les violences intrafamiliales : d’une part, la sous-déclaration de ce type de faits est probable et d’autre part, ils ne font pas l’objet d’un questionnement spécifique dans les enquêtes utilisées ici.

Les citoyens ne sont pas égaux face à la violence. Tous types d’agressions confondus, les jeunes, les chômeurs et les familles monoparentales ont plus souvent subi la violence : 13 % des moins de 20 ans déclarent au moins une agression, contre 4 % des 60 ans et plus ; 14 % des personnes vivant dans une famille monoparentale contre 7 à 9 % des autres ménages ; 12 % des chômeurs contre 9 % des personnes occupant un emploi. En outre, plus la zone d’habitation est urbanisée, plus la proportion de victimes est élevée : 7 % dans les communes rurales contre 10 % dans les unités urbaines de plus de 100 000 habitants. L’unité urbaine de Paris est spécifique avec une proportion de personnes agressées proche de celle repérée dans les unités urbaines de taille moyenne (20 000 à 100 000 habitants).

Enfin, les résidents d’habitations à loyer modéré (HLM) et/ou de zones urbaines sensibles (Zus) ont un taux d’agression supérieur à la moyenne : entre 11 et 12 %.

À caractéristiques sociodémographiques et d’habitat comparables, les femmes déclarent un peu plus souvent avoir été agressées que les hommes. Cependant, l’exposition relative au risque d’agression des hommes et des femmes varie fortement avec l’âge. Entre 20 et 50 ans, il y a relativement plus de femmes agressées que d’hommes (12 % contre 10 %), alors qu’avant 20 ans et après 60 ans, c’est le contraire.

Violences : plutôt verbales envers les femmes, et physiques contre les hommes

Hommes et femmes ne sont pas victimes des mêmes types d’agressions. Pour 65 % des victimes féminines, l’agression consiste en des injures ou menaces sans autres faits (tableau 1). C’est le cas pour 53 % des victimes masculines. En revanche, les violences physiques, agressions physiques, bagarres, caractérisent 34 % des agressions déclarées par les hommes contre 21 % de celles décrites par les femmes.

Ainsi, 17 % des violences subies par les hommes sont des bagarres, contre 7 % de celles subies par les femmes. Les trois quarts des bagarres s’accompagnent d’injures ou de menaces, 3 % vont de pair avec un vol violent et 13 % cumulent les deux. Ce cumul est plus fréquent chez les victimes masculines (15 %) que féminines (8 %).

8 % des agressions, contre les hommes en particulier, sont des vols commis avec violence, sans qu’il y ait eu bagarre. Enfin, les agressions physiques de type coups et blessures concernent également plus souvent les hommes que les femmes. Plus des trois quarts de ces agressions sont commises avec des injures ou des menaces.

Tableau 1 – Type d'agression¹ subie selon le sexe

Type d'agression¹ subie selon le sexe
en %
Femmes Hommes Ensemble
Injures ou menaces sans autres faits 65 53 60
Agressions physiques (coups et blessures) sans vol ni bagarre, avec ou sans menaces ou insultes 14 17 15
Bagarres accompagnées ou non d'autres actes 7 17 12
Vols avec violence sans bagarre avec ou sans insultes ou menaces et agressions physiques 6 8 7
Autres agressions 8 5 6
Total 100 100 100
  • 1. Les personnes victimes de plusieurs agressions au cours des deux dernières années ne devaient décrire que la dernière.
  • Lecture : parmi les victimes d'agression(s) au cours des deux dernières années, 65 % des femmes et 53 % des hommes ont été injuriés ou menacés sans autres faits.
  • Champ : individus de 14 ans et plus ayant répondu « oui » à la question : « en 2003 ou 2004 (ou en 2004 ou 2005), avez-vous été personnellement victime d'agressions ou d'actes de violence, y compris de la part de personnes que vous connaissez ? ».
  • Source : enquête permanente sur les conditions de vie « qualité du cadre de vie et sécurité de janvier 2005 et janvier 2006 », Insee.

Les femmes plus souvent agressées chez elles ou à proximité de leur logement

Environ une agression sur deux se déroule dans un lieu public (graphique 1) et pour 39 %, ce sont des agressions physiques (bagarres, agressions, vols avec violence).

Une victime, homme ou femme, sur cinq est agressée sur son lieu de travail ou d’études. En revanche, les agressions dans les transports en commun concernent légèrement plus les femmes que les hommes.

Plus souvent que les hommes, les femmes sont victimes d’agression chez elles ou à proximité de leur domicile (graphique 2). C’est le cas pour plus d’une victime féminine sur six, contre une victime masculine sur huit.

Les violences physiques (bagarres, agressions) envers les femmes, dans l’absolu moins nombreuses que celles envers les hommes, ont lieu trois fois plus souvent à leur domicile que pour leurs homologues masculins et représentent un tiers des violences qu’elles subissent chez elles. Les parties communes de l’immeuble de la victime sont aussi un lieu courant d’agressions : plus de 9 % des agressions s’y déroulent. La proportion de femmes qui y sont agressées est supérieure de près de 3 points à celle des hommes. Dans ces lieux, 17 % des victimes ont été mêlées à une bagarre ou agressées physiquement.

Dans le cas des agressions à l’extérieur du domicile, la victime, homme ou femme, connaît personnellement son agresseur dans un cas sur quatre. En revanche, lorsqu’elles sont agressées chez elles, les femmes connaissent leur agresseur plus souvent que les hommes (66 % contre 56 %).

Graphique 1 – Lieu où se sont déroulées les violences¹

  • 1. Les personnes victimes de plusieurs agressions au cours des deux dernières années ne devaient décrire que la dernière.
  • Lecture : 45 % des actes de violence subis par les femmes se sont déroulés dans un lieu public ; cette proportion est de 51 % pour les hommes.
  • Champ : individus de 14 ans et plus ayant répondu « oui » à la question « en 2003 ou 2004 (ou en 2004 ou 2005), avez-vous été personnellement victime d'agressions ou d'actes de violence, y compris de la part de personnes que vous connaissez ? ».
  • Source : enquête permanente sur les conditions de vie « qualité du cadre de vie et sécurité de janvier 2005 et janvier 2006 », Insee.

Graphique 2 – Type de violence¹ subie selon le lieu et le sexe

  • 1. Les personnes victimes de plusieurs agressions au cours des deux dernières années ne devaient décrire que la dernière.
  • Lecture : les types d'agressions représentés sont les suivants : « injures ou menaces » (sans autres faits associés), « bagarres » (avec ou sans faits associés), « vols avec violence » (sans bagarre, avec ou sans injures, menaces ou agressions physiques associés) et « agressions physiques » (avec ou sans insultes ou menaces, sans bagarre et sans vols avec violence). Les agressions physiques représentent 24 % des actes de violence subis par les femmes au domicile et 21 % par les hommes.
  • Champ : individus de 14 ans et plus ayant répondu « oui » à la question : « en 2003 ou 2004 (ou en 2004 ou 2005), avez-vous été personnellement victime d'agressions ou d'actes de violence, y compris de la part de personnes que vous connaissez ? ».
  • Source : enquête permanente sur les conditions de vie « qualité du cadre de vie et sécurité de janvier 2005 et janvier 2006 », Insee.

Insécurité dans son quartier : un sentiment ressenti par une jeune femme sur cinq...

Qu’ils aient été ou non victimes d’agressions, 15 % des femmes et 9 % des hommes âgés de 14 ans ou plus déclarent se sentir de temps en temps, voire souvent, en insécurité dans leur quartier ou dans leur village (tableau 2). C’est parmi les femmes de moins de 30 ans, bien que moins souvent agressées que les hommes du même âge, que le sentiment d’insécurité est le plus répandu (20 % contre 9 % -graphique 3). Chez les hommes, ce sentiment d’insécurité est à peu près le même pour tous les âges. Mais ce constat est lié à des effets de structure. À un certain nombre de caractéristiques identiques, dont la situation par rapport à l’emploi, le type de ménage, le type d’habitat et le fait d’avoir soi-même subi ou non une agression au cours des deux dernières années, les hommes éprouvent d’autant plus souvent un sentiment d’insécurité, par rapport à leur environnement proche, qu’ils sont plus âgés. Pour les femmes, ce sentiment d’insécurité décroît en revanche jusqu’à 50 ans.

Les personnes qui vivent seules ou dans une famille monoparentale se sentent plus fréquemment en insécurité que celles vivant en couple, avec ou sans enfants. Les chômeuses et les chômeurs déclarent également plus souvent un sentiment d’insécurité dans leur quartier ou village que les autres.

Graphique 3 – Sentiment d'insécurité

  • Lecture : 20 % des femmes âgées de 15 à 29 ans déclarent se sentir, souvent ou de temps en temps, en insécurité dans leur quartier, et 12 % se sentir, souvent ou de temps en temps, en insécurité à leur domicile.
  • Champ : individus âgés de 14 ans et plus.
  • Source : enquête permanente sur les conditions de vie « qualité du cadre de vie et sécurité de janvier 2005 et janvier 2006 », Insee.

Tableau 2 – Insécurité dans le quartier ou au domicile par sexe

Insécurité dans le quartier ou au domicile par sexe
en %
Souvent ou de temps en temps Rarement Jamais Ensemble
Insécurité dans le quartier
Hommes 9 6 85 100
Femmes 15 9 76 100
Insécurité au domicile
Hommes 5 4 90 100
Femmes 12 8 80 100
  • Lecture : 15 % des femmes déclarent avoir, souvent ou de temps en temps, peur dans leur quartier et 12 % à leur domicile.
  • Champ : individus âgés de 14 ans ou plus.
  • Source : enquête permanente sur les conditions de vie « qualité du cadre de vie et sécurité de janvier 2005 et janvier 2006 », Insee.

... d’autant plus fort qu’elle habite en ville

Le lieu de résidence influe fortement sur le sentiment d’insécurité que l’on éprouve dans son quartier ou dans son village. Il est plus fort dans une grande ville que dans une commune rurale. À caractéristiques comparables, ce surcroît d’inquiétude dans l’environnement proche, quartier ou village, est légèrement moins développé chez les femmes que chez les hommes.

De même, si globalement les femmes ont plus souvent que les hommes un sentiment d’insécurité dans leur quartier ou leur village, vivre en HLM, en Zus ou en cité n’accroît pas spécialement leur inquiétude, au contraire des hommes. Pour tous, le sentiment d’insécurité est maximum en Zus : près de 40 % des femmes et plus de 25 % des hommes s’y sentent au moins de temps en temps en insécurité. Ces proportions varient peu avec l’âge.

Les femmes ayant été victimes d’un vol avec violence sont celles qui ont le plus souvent peur dans leur quartier

Globalement, 34 % des femmes et 24 % des hommes ayant été agressés au cours des deux dernières années se sentent, au moins de temps en temps, en insécurité dans leur quartier, contre 13 % et 7 % de ceux qui ne l’ont pas été.

Lorsque les femmes ont été victimes d’un vol avec violence, 44 % d’entre elles éprouvent ce sentiment. Victimes d’autres agressions physiques ou verbales, elles sont également nombreuses, 30 et 35 %, à se sentir en insécurité. À caractéristiques comparables, avoir été agressé augmente relativement plus le sentiment d’insécurité des hommes dans leur quartier. Mais ce surcroît d’inquiétude ne semble pas dépendre du type d’agression dont ils ont été victimes.

Avoir été témoin d’agression, de violences ou de tout autre acte de délinquance favorise également, quoique à un degré moindre, la prévalence d’un sentiment d’insécurité.

Insécurité à la maison : un sentiment plus fréquent chez les femmes que chez les hommes

Le sentiment d’insécurité à son domicile est plus répandu chez les femmes (12 %) que chez les hommes (5 %).

Pour les hommes, le sentiment d’insécurité au domicile progresse avec l’âge (graphique 3). Pour les femmes, l’effet de l’âge sur le sentiment d’insécurité est plus complexe : à autres caractéristiques sociodémographiques et d’habitat comparables, ce sont les femmes d’âge médian qui déclarent le plus souvent se sentir en insécurité. Mais ce sentiment est particulièrement prégnant pour les femmes vivant seules ou dans une famille monoparentale, plus nombreuses aux âges extrêmes. Si bien qu’au total, les plus nombreuses à se sentir menacées sont les plus jeunes et les plus âgées.

De fait, ce sont surtout les moins diplômés, les chômeurs, les inactifs, femmes ou hommes, qui se sentent le moins rassurés chez eux. Contrairement à ce qu’on observe pour le sentiment d’insécurité dans le quartier, le sentiment d’insécurité au domicile dépend peu de la plus ou moins grande urbanisation de l’habitat, en particulier pour les femmes. Les personnes habitant en HLM, dans des cités ou en Zus expriment plus fréquemment que les autres une certaine insécurité à leur domicile. Mais ce surcroît d’inquiétude est sensiblement de même ampleur pour les femmes et pour les hommes.

Sources

Le dispositif d’enquêtes permanentes sur les conditions de vie des ménages (EPCV) permet, depuis janvier 1996, d’étudier de manière annuelle l’évolution d’indicateurs sociaux harmonisés dans l’ensemble de l’Union européenne. L’ensemble des indicateurs est divisé en trois groupes, dont chacun fait l’objet d’une enquête annuelle, en janvier, en mai ou en octobre, réalisée auprès d’un échantillon de 8 000 logements. Les enquêtes de janvier 2005 et 2006, intitulées « qualité du cadre de vie et sécurité », apportent en particulier des données sur les agressions dont sont victimes les personnes et sur leur sentiment d’insécurité aux alentours et dans le logement. L’étude porte sur les données empilées de ces deux enquêtes qui, au total, ont permis l’interrogation d’environ 53 000 individus.

La plupart des données sur la sécurité publiées par ailleurs portent généralement plus sur la criminalité que sur la victimation. Un certain nombre d’agressions n’étant pas déclaré aux services de police, seule une enquête auprès des ménages comme celle menée ici permet une approche globale de la victimation. Les données traitées ici le sont donc du point de vue des victimes.

Définitions

Victime/Personne agressée : les personnes considérées comme agressées sont celles qui ont répondu « oui » à la question suivante : « en 2004 ou en 2005 (en 2003 ou en 2004 pour l’enquête de janvier 2005), avez-vous été personnellement victime d’agressions ou d’actes de violence, y compris de la part de personnes que vous connaissez ?». Les enquêteurs avaient pour consigne de préciser que cela englobait tous les actes vécus comme des agressions, même s’ils ne semblaient pas très graves, et violence verbale comprise. Les violences intrafamiliales sont théoriquement aussi recensées mais il est à craindre qu’elles ne soient prises en compte que partiellement du fait de la sous-déclaration possible de ce type de faits. En outre, l’enquête ne permet pas d’isoler spécifiquement ce type d’actes.

Cité : groupe d’immeubles collectifs, grand ensemble.

Cinq types d’agression ont été identifiés:

* les bagarres entre plusieurs personnes qu’elles soient ou non accompagnées d’autres faits (avec ou sans vol, avec ou sans insultes ou menaces ...) ;

* les agressions physiques accompagnées ou non d’agressions verbales mais sans vol ni bagarre ;

* les injures ou menaces qui ne sont pas accompagnées d’autres faits (sans vol, sans agression physique et sans bagarre) ;

* les vols avec violence à l’exception de ceux accompagnés de bagarre ;

* les autres types d’agressions.

Dans un souci de lisibilité ces différents types d’agression sont respectivement nommés dans cette étude : bagarres, agressions physiques (ou coups et blessures), injures ou menaces, vols avec violence ou autres agressions.