Baisse de régime de l'industrie automobile en 2005

Thierry Méot, division Comptes et études de l'industrie, Insee

La production de l'industrie automobile en France baisse de 3,5 % en volume en 2005. Les exportations fléchissent et les marques françaises perdent des parts de marché en Europe. La demande intérieure reste ferme mais fait une plus large part aux importations. La forte hausse du prix des achats pénalise de surcroît les entreprises de la branche. L'emploi en France résiste néanmoins et les groupes automobiles français compensent un contexte européen difficile par leurs résultats à l'échelle mondiale, en particulier dans les pays émergents. Manœuvrant entre difficultés conjoncturelles et défis pour son avenir, l'industrie automobile maintient son effort de recherche et d'innovation en France.

Des coûts de production accrus

Après les forts taux de croissance de la fin des années quatre-vingt-dix, la production de l'industrie automobile en France oscille entre baisse et faible hausse depuis 2001. En 2005, le recul annuel atteint 3,5 % en volume. Il affecte aussi bien les constructeurs français qu'étrangers, qui assurent 10 % de la production sur le territoire. La fabrication de véhicules industriels est le seul segment épargné. La valeur ajoutée suit la même pente, avec une diminution de 3 % en volume (graphique 1).

Les entreprises de l'automobile ont subi en 2005 une très forte hausse du prix de leurs approvisionnements. L'indice des prix en euros des matières industrielles importées a par exemple bondi de 17,5 %, celui des métaux non ferreux de 21,8 %, après des hausses comparables en 2004. Globalement, le prix des consommations intermédiaires de la branche automobile croît de 4,9 % en 2005, ce qui constitue un record dans la chronique des quinze dernières années (graphique 2). Confrontés à la morosité du marché européen et à la guerre des prix qui en découle, les constructeurs ont accentué leur pression sur les équipementiers ; les plus touchés sont surtout ceux situés le plus en amont de la filière, comme la fonderie ou le travail des métaux. Les groupes automobiles continuent d'adapter leur processus de production. Par exemple le groupe PSA poursuit la généralisation des plates-formes communes à plusieurs modèles, tandis que l'Alliance Renault-Nissan développe celles communes aux modèles des deux partenaires. Les entreprises de la branche bénéficient en outre de la progression de 3,3 % de la productivité horaire du travail en France en 2005.

Graphique 1 – Baisse de la valeur ajoutée de l'industrie automobile

  • Source : comptes nationaux base 2000, Insee.

Graphique 2 – Les prix de la production et des consommations intermédiaires de l'automobile

  • Source : comptes nationaux base 2000, Insee.

Un marché français de plus en plus hétérogène

Les immatriculations de voitures neuves par les particuliers augmentent de 2,4 % (+ 1,2 % en 2004) et représentent 59 % du marché national en 2005. La différenciation des acquisitions se poursuit, dessinant peu à peu une demande à deux vitesses : certains consommateurs plébiscitent de plus en plus les voitures « low cost » comme la Logan (10 000 ventes en France en 2005, le double attendu en 2006) ; d'autres consommateurs prisent les voitures haut de gamme, particulièrement les 4 x 4 de luxe et les sportives, en progression régulière. Ces derniers segments ne sont pas favorables aux marques françaises, qui continuent de perdre des parts de marché au profit des marques allemandes et japonaises. En hausse depuis 2003, la part des immatriculations étrangères en France atteint 44 %, frôlant ainsi son plus haut niveau historique de 1997.

L'investissement des entreprises en produits de la branche automobile croît de 4,3 % en volume en 2005 (tableau 1). Après trois années de vaches maigres, les immatriculations de voitures par les sociétés progressent de 3,1 %. Celles des véhicules utilitaires légers restent bien orientées (+ 2,8 %). Mais ce sont essentiellement les véhicules industriels (+ 17,2  %) qui contribuent à cette croissance, et plus de 90 % des 8 100 immatriculations neuves sont de marque étrangère.

Tableau 1 – La demande reste soutenue pour l'industrie automobile en 2005

La demande reste soutenue pour l'industrie automobile en 2005
évolution en %
2003 2004 2005
Volume Prix Volume Prix Volume Prix Valeur (milliards d'euros)
Production – 3,0 – 1,9 1,7 1,5 – 3,5 2,0 90,5
Importations 2,1 – 0,4 7,9 0,9 3,5 2,6 43,7
Consommation intermédiaire -8,4 0,0 -2,6 0,5 – 5,4 7,5 34,6
Consommation des ménages – 1,7 1,6 2,9 2,3 1,9 1,5 55,4
Formation brute de capital fixe – 1,3 1,8 4,2 2,2 4,3 1,7 23,0
Exportations 8,6 -5,7 7,0 0,9 – 1,3 – 0,9 52,2
  • Source : comptes nationaux base 2000, Insee.

L'excédent des échanges extérieurs se réduit

Malgré la bonne tenue de la compétitivité-prix française, les exportations de l'industrie automobile baissent de 1,3 % en volume en 2005. Ce sont pour la plus grande part les exportations à destination des pays européens qui fléchissent (tableau 2), du fait de l'atonie des marchés et d'une moindre attractivité des marques françaises (tableau 3). La baisse affecte aussi bien les exportations de véhicules que celles des équipements .

La croissance des importations en volume (+ 3,5 %) est par contre plus forte pour les véhicules que pour les équipements. Les importations d'automobiles de marque étrangère se conjuguent aux achats de véhicules de marque française fabriqués en Espagne ou dans les pays d'Europe centrale et orientale.

Après un excédent record en 2004 (12,2 milliards d'euros), le solde du commerce extérieur reste largement positif mais baisse de 3,7 milliards.

Tableau 2 – Les échanges extérieurs de la France en produits de l’industrie automobile avec ses partenaires de l’Union européenne

Les échanges extérieurs de la France en produits de l’industrie automobile avec ses partenaires de l’Union européenne
en millions d’euros
Exportations (FAB) Importations (CAF) Solde
2002 2003 2004 2005 2002 2003 2004 2005 2002 2003 2004 2005
Construction automobile 28 253 29 251 32 106 31 305 23 221 22 682 24 618 26 632 5 032 6 569 7 488 4 673
dont Belgique et Luxembourg 2 976 3 217 3 452 3 211 1 298 1 160 1 300 1 288 1 678 2 057 2 151 1 923
Allemagne 5 158 6 110 6 368 6 777 9 287 9 009 9 689 10 535 – 4 129 – 2 899 – 3 321 – 3 758
Italie 4 395 4 523 4 650 4 231 1 815 1 698 1 697 1 766 2 580 2 825 2 952 2 465
Royaume-Uni 4 730 3 791 4 719 3 929 2 020 1 786 2 167 2 133 2 710 2 004 2 552 1 796
Espagne 6 084 6 599 7 227 7 664 6 930 7 214 7 678 8 001 – 846 – 615 – 451 – 337
République tchèque 294 292 306 333 259 225 252 453 36 67 53 – 120
Hongrie 262 275 306 235 91 48 71 185 171 227 235 50
Pologne 587 689 728 597 75 104 140 186 512 585 588 411
Slovénie 195 225 306 359 346 254 315 588 – 152 – 29 – 8 – 229
Équipements automobiles 11 070 10 841 10 501 10 175 9 168 9 928 10 731 11 061 1 902 913 – 230 – 885
dont Belgique et Luxembourg 569 547 641 684 454 436 503 534 115 111 138 149
Allemagne 2 703 2 638 2 594 2 444 3 777 3 985 4 295 4 299 – 1 074 – 1 346 – 1 701 – 1 855
Italie 784 770 792 791 1 353 1 465 1 578 1 625 – 569 – 695 – 786 – 834
Royaume-Uni 1 797 1 821 1 853 1 678 755 902 903 841 1 043 919 950 837
Espagne 3 512 3 485 2 844 2 750 1 610 1 745 1 949 2 090 1 902 1 741 895 660
République tchèque 132 140 159 195 200 215 196 237 – 68 – 75 – 38 – 42
Hongrie 115 82 48 66 29 30 43 46 86 52 5 20
Pologne 117 153 158 166 163 228 284 284 – 45 – 76 – 126 – 118
Slovénie 305 247 302 378 83 77 85 88 222 170 217 290
  • Sources : Douanes ; Insee.

Tableau 3 – Parts de marché en baisse pour les groupes français en 2005

Parts de marché en baisse pour les groupes français en 2005
Immatriculations de voitures particulières par marque en Europe
Ensemble en milliers Marques françaises en % de l’ensemble Autres marques en % de l’ensemble
PSA Renault Total Italiennes Allemandes Américaines Japonaises Coréennes
Europe (17 pays)
2005 14 487 13,7 9,8 23,5 6,6 30,4 21,5 13,5 3,8
2004 14 511 14,0 10,3 24,3 7,3 29,2 21,8 13,1 3,2
2003 14 204 14,8 10,6 25,4 7,4 29,1 21,6 12,7 2,5
2002 14 383 15,0 10,7 25,7 8,2 29,3 21,3 11,4 2,7
2001 14 841 14,4 10,6 25,1 9,6 28,9 21,9 10,4 2,8
2000 14 726 13,1 10,6 23,7 10,0 28,3 21,6 11,3 3,4
1999 15 045 12,1 11,0 23,1 9,5 29,7 22,7 11,4 3,2
1998 14 341 11,4 10,7 22,1 10,9 28,2 21,6 11,8 2,7
Allemagne
2005 3 319 5,7 5,1 10,8 1,8 51,8 20,1 11,7 3,1
2004 3 267 5,5 5,0 10,5 2,5 52,2 19,9 11,6 2,5
2003 3 237 5,8 6,3 12,1 2,8 51,6 19,5 11,3 1,9
2002 3 253 5,4 6,3 11,7 3,2 51,8 20,5 10,6 1,7
2001 3 342 4,7 6,0 10,7 3,7 51,5 22,0 9,8 1,5
2000 3 378 4,5 5,9 10,4 3,8 51,1 21,3 10,8 1,7
1999 3 802 4,0 6,8 10,8 3,9 49,0 23,6 10,7 1,6
1998 3 736 3,5 6,3 9,8 4,4 45,6 24,3 12,0 1,6
France
2005 2 068 30,6 25,8 56,4 3,1 17,3 11,7 8,7 2,4
2004 2 014 30,8 27,3 58,1 3,2 16,1 12,2 8,1 1,8
2003 2 009 32,4 27,2 59,6 3,6 15,6 11,7 7,5 1,4
2002 2 145 33,6 27,0 60,6 4,2 16,2 11,3 6,1 1,1
2001 2 255 33,8 26,6 60,4 5,0 16,1 11,8 5,2 0,9
2000 2 134 30,9 28,2 59,1 5,4 15,5 12,7 5,2 1,2
1999 2 148 29,1 28,0 57,1 5,6 16,4 14,2 5,2 1,1
1998 1 944 28,2 29,0 57,2 6,7 15,8 13,4 4,8 1,0
  • Lecture : entre 2002 et 2005, les marques françaises perdent 2,2 points de parts de marché en Europe (de 25,7 % à 23,5 %), alors que les marques allemandes en gagnent 1,1 et les japonaises 2,1.
  • Source : Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA).

L'emploi et l'investissement en panne

Dans ce contexte délicat, l'emploi dans l'industrie automobile se replie très légèrement en 2005. Cependant il continue de résister, au regard de l'évolution du nombre des salariés dans l'ensemble des industries manufacturières (graphique 3). Le volume de l'intérim, qui représente 10 % de l'effectif salarié, reste globalement stable sur l'ensemble de l'année : l'industrie automobile gère via l'intérim non seulement l'ajustement des effectifs à la production, mais aussi la pyramide des âges de ses salariés.

En revanche, l'investissement des entreprises du secteur aurait chuté de 9 % en valeur en 2005, après une contraction de 1 % en 2004, selon les résultats de l'enquête sur les investissements dans l'industrie de juillet 2006.

Bien qu'elle ne soit pas définie dans les statistiques internationales comme une activité de haute technologie, l'industrie automobile est restée en 2004, comme depuis 1999, la première branche en terme de dépenses de recherche et développement (3,4 milliards d’euros). Plus de 1 500 brevets concernant les véhicules automobiles ont été déposés à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) en 2005. Les groupes Renault et PSA-Peugeot-Citroën sont les premier et troisième dépositaires auprès de l'INPI en 2005, les équipementiers Valeo et Bosch les suivent respectivement en quatrième et cinquième position.

Graphique 3 – Contrairement à l'industrie manufacturière, l'automobile préserve ses emplois

  • Sources : Insee ; Dares.

L'horizon du monde, dans une concurrence exacerbée

Au début des années soixante-dix, Giovanni Agnelli, président de FIAT – alors deuxième constructeur européen – prophétisait : « L'Europe compte quarante constructeurs ; d'ici dix ans, il n'en restera qu'une poignée ». La réalité a rattrapé la prédiction (graphique 4) et les dix premiers groupes contrôlent aujourd'hui 80 % de la production mondiale.

En 2005, la Chine, qui est passée devant la France pour le nombre de véhicules produits, a présenté les premières voitures particulières de conception et fabrication nationales. Les automobiles produites sont certes encore loin de répondre aux normes et standards mondiaux, mais si ce pays s'inscrit dans la même trajectoire que celle suivie naguère par le Japon, le retard devrait être rapidement comblé.

C'est à l'aune de cette compétition que les résultats des constructeurs français en 2005 peuvent être jugés préoccupants pour l'avenir. La France est le seul pays européen qui ait conservé deux constructeurs généralistes. Ceux-ci ont fait la preuve de leur capacité à rebondir : leur production mondiale hors de France croît et représente 47 % de leur production totale. Ils consolident leurs implantations sur les marchés émergents (Asie, Amérique du Sud…). Cependant, le marché européen reste le continent de la voiture particulière : il absorbe 41 % des voitures neuves vendues dans le monde, et les marques françaises y perdent 2,2 points de parts de marché par rapport à 2002, quand les marques japonaises en gagnent autant . Par ailleurs, la nouvelle organisation de l'industrie automobile a redonné du pouvoir aux équipementiers en leur déléguant une part de l'effort de recherche et la fabrication de modules complets. Ceux dits de premier rang, qui sont les principaux interlocuteurs des constructeurs, ont connu dans leur sillage un mouvement de concentration qui a donné forme à des groupes puissants. Or, historiquement, la France est moins bien positionnée dans ce secteur que l'Allemagne ou le Japon, notamment pour les équipements à haute valeur ajoutée (électronique…) qui représentent une part de plus en plus essentielle des véhicules.

Graphique 4 – Le mouvement de concentration de l’automobile mondiale*

  • * Hors constructeurs de Russie et des pays émergents.
  • Source : Commission européenne.

Un premier semestre 2006 décevant

Au premier semestre 2006, les immatriculations de véhicules neufs se réduisent de nouveau en France mais progressent dans l'Union européenne. Après un léger rebond au premier trimestre (+ 0,6 %), la production en volume de l'industrie automobile rechute au second trimestre (– 1,6 %) (sources). Les exportations progressent de 0,5 % en valeur par rapport au second semestre 2005, mais celui-ci marquait un repli. Dans le même temps, les importations augmentent nettement (+  7,4 %).

Au plan mondial, les difficultés rencontrées par les groupes américains entraînent de nouvelles restructurations.

Au second semestre, les constructeurs français misent sur un rebond, avec la montée en puissance des véhicules les plus récents et la présentation de nouveaux modèles au Mondial de Paris. Le salon de l'automobile est en effet devenu l'une des principales manifestations en France pour la fréquentation du public et témoigne de la place prise par l'automobile dans la vie nationale.

Sources

Les données de cet article sont pour l'essentiel issues des comptes nationaux annuels base 2000.

Les chiffres relatifs à l'année 2006 proviennent des Douanes et des comptes nationaux trimestriels ; ils sont corrigés des variations saisonnières et des jours ouvrables.

Définitions

L'industrie automobile rassemble la construction de véhicules automobiles et la fabrication d'équipements pour automobiles. La production automobile en France inclut les fabrications des constructeurs français ou étrangers sur le territoire national. La production des constructeurs français comprend leur production en France et dans le reste du monde.

La construction de véhicules automobiles inclut la construction de voitures particulières, de véhicules utilitaires légers (poids total autorisé en charge inférieur à 3,5 t) et lourds (PTAC supérieur à 3,5 t), de cars et bus, ainsi que la fabrication de moteurs et carrosseries.

La fabrication d'équipements comprend essentiellement tous les autres éléments mécaniques constitutifs des véhicules : transmission, suspension, freinage, climatisation, confort et sécurité de l'habitacle, etc. ; elle n'inclut pas les équipements électriques et électroniques.

L'industrie manufacturière regroupe ici l'ensemble des branches industrielles à l'exception des industries agricoles et alimentaires et de l'énergie (dans les statistiques d'Eurostat, les industries agricoles et alimentaires sont incluses dans l'industrie manufacturière).