La consommation des ménages en TIC depuis 45 ans Un renouvellement permanent

Régis Arthaut, division Synthèse des biens et services, Insee

La part des produits des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans le budget des ménages est passée de 1,3 % à 4,2 % entre 1960 et 2005. Cette hausse quasiment ininterrompue n'a pas d'équivalent parmi les autres postes de taille significative. La demande est très dynamique : elle a augmenté de 12,6 % par an en volume sur 45 ans. Cette forte croissance est aussi favorisée par 20 ans de baisse continue des prix, principalement ceux des micro- ordinateurs, et la mise à disposition de produits toujours plus performants. Les Français consomment globalement comme la moyenne européenne en matière de TIC, mais restent sensiblement moins équipés en téléphones mobiles et accès à l'internet. Les utilisateurs d'internet sont passés de 150 000 en 1995 à 26 millions en 2005 en France. Le nombre d'abonnés a quadruplé entre début 2000 (3,1 millions) et fin 2005 (13,1 millions). Avec un accès à haut débit qui passe de 50 000 à 9,5 millions d'abonnés sur cette période, la France rejoint le peloton de tête européen.

Publications grand public
Insee Première – No 1101
Paru le : 01/09/2006

Des produits innovants en expansion continue

Les produits et services relevant de ce que l'on appelle aujourd'hui communément le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC) ont beaucoup évolué depuis les années 1960 et ils constituent encore un domaine en pleine expansion. Ce secteur des TIC n'est pas identifié en tant que tel dans les nomenclatures actuelles (il le sera dans la prochaine nomenclature européenne d'activité) ; il est aujourd'hui constitué d'un regroupement couvrant essentiellement les biens et services de l'informatique, de l'électronique et des télécommunications . Selon ce périmètre, il représente 4,2 % de la dépense de consommation des ménages en 2005, contre 1,3 % en 1960.

Croissance sans interruption de l'équipement des ménages

En 1960, la quasi-totalité des dépenses en TIC de l'ensemble des ménages se répartissait entre les récepteurs radiophoniques (28 %), les téléviseurs (36 %) et les services de téléphonie (27 %) (graphique 1). Ces deux derniers produits étaient toutefois peu répandus dans la population : 13 % des ménages étaient équipés d'un appareil de télévision en 1960 et 12 % d'un poste téléphonique en 1965.

Le progrès technique et sa diffusion ont depuis été très rapides. L'équipement des ménages en téléviseurs entre 1960 et 1970 a été multiplié par cinq, de même que les abonnements téléphoniques entre 1965 et 1980. De plus, les biens et services relevant des TIC n'ont cessé de se multiplier (chaînes audio, magnétoscopes, micro- ordinateurs, caméscopes, lecteurs et graveurs de DVD, téléphones portables et accès au réseau internet, de même que leurs périphériques et accessoires). Cette évolution a été en s'accélérant, en particulier sous l'impulsion de la technologie numérique.

Entre 1960 et 2005, la part des TIC a triplé en valeur dans le budget des ménages. Mais la hausse des achats en TIC est encore plus remarquable en volume : leur croissance a été de 12,6 % en moyenne par an sur les 45 dernières années. Cette progression spectaculaire s'explique naturellement par une évolution de prix qui contraste fortement avec celle de l'ensemble des biens et services. Après une hausse très modérée de 1960 à 1990 (1,3 % contre 6,7 % pour l'ensemble des biens et services en moyenne annuelle), les prix des TIC sont en nette baisse (– 6,1 % contre + 1,5 % pour l'ensemble des biens et services depuis 1990) (graphique 3).

Depuis 1990 la croissance de la consommation de TIC a été très forte : + 13,2 % en volume à prix constants par an, contre + 1,9 % pour la consommation dans son ensemble. Elle a été tirée par les ventes de micro-ordinateurs à compter de 1995, relayées et accentuées depuis la fin des années 90 (graphique 2) par l'explosion du téléphone mobile et d'internet.

Graphique 1 – Évolution de la répartition du budget des ménages consacré aux TIC entre 1960 et 2005

  • 1. Y compris chaîne hifi équipée d’un tuner 2. Produits et services quasiment inexistants en 1960 : appareils de téléphone fixe et portable, magnétoscope, caméscope, baladeur, lecteur et enregistreur de DVD, lecteur MP3, logiciels …
  • Source : comptes nationaux, base 2000, Insee.

Graphique 2 – Consommation des ménages globale et en TIC de 1960 à 2005

  • Source : comptes nationaux, base 2000, Insee.

Graphique 3 – Indice de prix des TIC et de l'ensemble des produits

  • Source : comptes nationaux, base 2000, Insee

Un budget TIC français dans la moyenne européenne, un équipement inférieur

L'engouement pour les TIC est général en Europe. Sur un champ légèrement restreint pour des nécessités de comparaison internationale , la part du budget consacrée aux TIC par les ménages français (4,0 %), apparaît identique à celle de nos principaux voisins (tableau 1). Au sein de cet ensemble, ce sont les services de téléphonie qui prédominent (61 % de la dépense totale européenne, 57 % en France).

L'équipement des ménages français n'atteint pas celui de la plupart de nos voisins. Malgré un nombre d'abonnements au téléphone mobile qui représente 80 % de la population fin 2005, la France se situe en dessous de la moyenne européenne et il n'y a guère que les pays d'Europe centrale et orientale qui soient moins bien dotés. Les Français étaient peu équipés en téléphone fixe jusqu'en 1980 et ils ont accusé des retards lors des lancements d'autres produits issus des nouvelles technologies (téléphone mobile, micro-ordinateur). En 2005, un peu plus de la moitié des ménages possède un micro-ordinateur en France, ce qui nous situe au niveau des Espagnols, mais bien en-dessous des Anglais et des Allemands qui sont équipés aux deux tiers. De même, seulement 39 % des ménages français ont un accès à internet à domicile, contre près de la moitié en Europe, plus de 60 % au Royaume- Uni et en Allemagne et plus des trois quarts aux Pays-Bas (tableau 2). Parmi les ménages connectés, la France se distingue en revanche par la forte proportion de ménages disposant d'une connexion internet à haut débit (près des trois quarts de nos accès à internet). Elle devance en particulier largement l'Espagne et l'Allemagne sur ce terrain.

Tableau 1 – Part des dépenses des ménages consacrées aux TIC dans l'Union européenne en 2004

Part des dépenses des ménages consacrées aux TIC dans l'Union européenne en 2004
en % de la consommation finale
Pays Ensemble des TIC Matériel Services
Ensemble des TIC Télévision, magnétoscope, lecteur et enreg. DVD Radio et chaîne (Hifi, stéréo, …) Photo, vidéo et optique Informatique Téléphonie Services de téléphonie
Allemagne 3,9 0,3 0,3 0,1 0,5 0,2 2,4
Belgique 3,3 0,3 0,1 0,1 0,6 0,1 2,1
Espagne 3,7 0,5 0,1 0,1 0,3 0,2 2,5
France 4,0 0,5 0,1 0,2 0,7 0,2 2,3
Italie 3,7 0,2 0,2 0,1 0,2 0,9 2,2
Pays-Bas 5,9 0,6 0,3 0,1 0,4 0,2 4,4
Pologne 4,4 0,4 0,2 0,0 0,6 0,0 3,0
Portugal 3,6 0,5 0,2 0,1 0,2 0,0 2,6
Royaume-Uni 4,1 0,4 0,3 0,6 0,6 0,1 2,0
UE (25 pays) 4,0 0,4 0,2 0,2 0,5 0,3 2,4
  • Source : Eurostat.

Tableau 2 – Taux d'équipement* en téléphone mobile, ordinateur et internet dans l'Union européenne

Taux d'équipement* en téléphone mobile, ordinateur et internet dans l'Union européenne
en %
Téléphone mobile (fin 2004) Ordinateur (2005) Internet (2005) Internet haut débit (2005)
Allemagne 86 70 62 23
Belgique 88 N.D. 50 41
Espagne 92 55 36 21
France 74 54 39 30
Italie 109 46 39 13
Pays-Bas 91 78 78 54
Pologne 60 40 30 16
Portugal 93 42 31 20
Royaume-Uni 103 70 60 32
UE (25 pays) 81 1 58 48 23
  • 1. Données fin 2003. * Taux en % d'abonnements sur la population totale pour le téléphone mobile et en % de ménages équipés pour les trois autres rubriques (limités aux ménages ayant au moins un membre âgé de 16 à 74 ans).
  • Sources : enquête communautaire sur l'utilisation des TIC, Eurostat et tableau de bord du commerce électronique, Sessi.

Téléphone mobile et micro-ordinateur : les deux produits phares

La poussée des TIC concerne une multitude de produits plus ou moins récents et dont le poids est très inégal dans la consommation des ménages. Le téléphone mobile et le micro-ordinateur, qui représentent 3,2 % et 14,6 % du total des achats en TIC, en sont les deux produits moteurs. Leur croissance annuelle moyenne en volume, de 39 % et 37 % depuis 1990, est spectaculaire.

Le micro-ordinateur n'était présent que dans 15 % des ménages au milieu des années 1990. Fin 2005, plus de la moitié des ménages en sont équipés et 10 % des foyers ont au moins deux micro-ordinateurs. Sur la période récente, c'est la naissance et le développement d'internet qui a entraîné la nette progression du taux d'équipement.

Le téléphone mobile s'est imposé plus vite encore dans la population : la part des abonnés est passée de 10 % fin 1997 à 80 % fin 2005. En tenant compte des offres combinées avec abonnement, on peut estimer la valeur unitaire moyenne de ce bien. Celle-ci est assez stable depuis 2001 en raison d'une forte baisse de prix conjuguée à une montée en gamme progressive.

Renouveau technologique pour les produits bruns

Le marché des téléviseurs a été transformé avec l'arrivée des modèles à écran plat (LCD et plasma). Leur prix moyen a fortement baissé depuis 2002 et leurs ventes en valeur représentent en 2005 plus du double de celles des appareils à tube cathodique. Depuis 2000, parallèlement à une baisse de prix de 6 %, cette substitution a entraîné une hausse de 4 % par an de la valeur unitaire moyenne du téléviseur.

De même que le téléviseur à tube cathodique, le magnétoscope est en voie de disparition : les ventes ont été divisées par 5 en quantité et par 10 en valeur entre 2000 et 2005. Les baisses annuelles sont de 14 % pour la valeur unitaire moyenne et 10 % pour l'indice de prix. L'effet qualité est en effet négatif, de l'ordre de – 4 % en moyenne, car ce sont surtout des produits de bas de gamme aux fonctions simplifiées qui s'écoulent encore. Les lecteurs de DVD, qui ont pris la suite des magnétoscopes, ont amorcé un léger repli en 2005 ; ils sont déjà concurrencés par le lecteur-enregistreur de DVD, lui-même menacé par l'appareil à disque dur.

Les ventes d'appareils photos numériques ont doublé en quantité chaque année entre 2000 et 2004 avant de décélérer fortement en 2005 (+ 14 %) avec néanmoins 4,5 millions d'appareils vendus. Les appareils argentiques, quasiment limités aux jetables, ne représentent plus que 10 % des dépenses en valeur en 2005 et tendent à disparaître. La qualité croissante des photophones (téléphones mobiles avec photo) pourrait toutefois à terme être un obstacle au développement de ce marché.

Une demande en services très dynamique

Les services des TIC recouvrent les services informatiques et les télécommunications (respectivement 0,15 % et 2,4 % de la consommation des ménages en valeur en 2005).

Les services de télécommunications représentent aujourd'hui environ 60 % du budget des ménages en TIC. Leur consommation a augmenté en volume de 11 % par an depuis 1960. Sur longue période cette augmentation est normale dans la mesure où le nombre d'abonnements au téléphone fixe a explosé jusque dans les années 1980. Cette croissance se maintient ensuite en raison de l'extension des offres de services de téléphonie mobile et d'internet.

Si la dépense des ménages en services de télécommunications croît régulièrement, la part des éléments qui la composent se transforme considérablement. Ainsi, celle du téléphone fixe est passée de 60 % en 2000 à 36 % en 2004 alors que dans le même temps celle du téléphone mobile bondissait de 37 % à 54 %. Le poids de la fourniture d'accès à l'internet reste faible mais il progresse de 3 % à 10 % sur la même période.

L'interopérabilité croissante des TIC (télévision et voix sur internet, télévision et internet sur mobiles…) rend de plus en plus difficile la classification par service des offres toujours plus innovantes et plus complexes des opérateurs.

Encadré

Prix et valeurs unitaires moyennes : des évolutions très variables

L'évolution en valeur des dépenses des ménages pour un produit donné dépend de l'évolution du prix de celui-ci ainsi que de celle du volume consommé.

Pour le calcul de l'indice de prix, lorsqu'un produit disparaît, il est rarement possible dans le cas des TIC de procéder à un remplacement « en équivalent » (c'est-à-dire de remplacer un ancien produit par un nouveau et de calculer directement l'évolution de prix entre ces deux produits), car les nouveaux produits mis sur le marché sont nettement plus performants que les anciens modèles, donc ne peuvent pas leur être directement comparés. La solution retenue dans l'indice des prix à la consommation (IPC) consiste à imputer au nouveau produit, lors de son introduction, une évolution de prix estimée selon différentes méthodes. La plus utilisée est une méthode implicite qui utilise l'évolution moyenne observée sur l'ensemble des autres produits de la même famille. D'autres méthodes plus directes sont également employées, estimant explicitement la différence de qualité. La différence entre l'évolution de prix imputée et celle résultant de la comparaison directe entre le niveau des prix du nouveau et de l'ancien produit correspond à l'effet qualité. Celui-ci est positif lorsque le modèle de remplacement est plus perfectionné et négatif lorsqu'il est plus simple.

En rapportant la dépense des ménages pour le produit considéré à la quantité de pièces vendues, on obtient une valeur unitaire moyenne. Les fluctuations d'une valeur unitaire cumulent celle de l'indice de prix correspondant et celle de l'effet qualité.

La baisse moyenne de prix des TIC est de 7,6 % par an depuis 1995. Elle atteint 18,6 % pour les micro-ordinateurs. Sur la même période, la valeur unitaire moyenne de ces derniers n'a baissé que de 5,6 %. L'écart, dû à l'effet qualité, s'explique par la tendance longue du progrès technologique. Celui-ci est illustré par la « loi de Moore », qui veut que les performances des circuits intégrés (mémoires et processeurs) doublent tous les dix-huit mois.

Les fluctuations d'une année à l'autre sont toutefois fortes. Après avoir fortement baissé à la fin des années 1990, du fait d'une baisse concomitante des prix, les valeurs unitaires sont remontées en 2000 et 2001 à la faveur de la percée des ordinateurs portables. Leur essor s'est depuis accompagné d'une mise sur le marché de modèles d'entrée de gamme plus abordables, ce qui explique la baisse récente de la valeur unitaire (graphique).

Le succès des TIC rebondit ainsi sur des produits nouveaux ou transformés. Leur prix initial est élevé alors que les performances sont limitées. La gamme s'élargit ensuite à des appareils moins chers, ce qui fait croître fortement les quantités vendues. Ensuite, la baisse des prix et l'évolution des fonctionnalités interviennent successivement, ce qui attire des consommateurs nouveaux et pousse au renouvellement rapide de ces produits.

Graphique encadré – Évolution annuelle des prix des micro-ordinateurs

  • Source : Insee.

Sources

Comptes nationaux, base 2000.

Autorité de régulation des communications électroniques et postales : l'Observatoire des marchés.

Eurostat : Programme de comparaison européen des parités de pouvoir d'achat (PPA), enquêtes communautaires sur l'utilisation des TIC dans les entreprises et les ménages.

GFK : Panels bimestriels.

Définitions

La consommation des ménages en produits des technologies de l'Information et de la communication (TIC) comprend (au sens strict) les dépenses en :

électronique de loisirs : radio, télévision, chaîne audio, home cinéma, magnétoscope, caméscope, lecteur de DVD, lecteur- enregistreur de DVD, baladeur (cassettes, CD, MP3), appareil photo numérique, accessoires…

matériel informatique : micro-ordinateur, moniteur, scanner, imprimante (y compris cartouches d'encre), clavier, souris, web camera, assistant personnel, graveur, accessoires…

appareils de téléphonie : téléphone mobile, téléphone fixe (y compris répondeur), télécopieur, modem, accessoires…

autres biens : machines de bureau, appareils de mesure et de contrôle, fils et câbles isolés, composants électroniques.

services de télécommunications : téléphone fixe, téléphone mobile, services avancés, renseignements, fourniture d'accès à internet.

activités informatiques : achats de logiciels (y compris cédéroms de loisirs), mise à disposition de matériel informatique et assistance, serveurs payants sur minitel et internet, entretien et réparation de matériel informatique.

autres services : location de machines de bureau et matériel informatique.

Ne sont pas compris : livres, journaux, revues, périodiques et autres documents imprimés, supports audio et vidéo enregistrés (y compris reproduction), qui sont inclus dans une notion de TIC « au sens large » (au total 6,5 % de la dépense des ménages en 2005).

Les comparaisons européennes se fondent sur la nomenclature fonctionnelle COICOP et l'utilisation des parités de pouvoir d'achat. Une partie des activités informatiques ainsi que quelques postes mineurs n'ont pas été retenus car ils n'ont pas pu être isolés dans la nomenclature. Les appareils photos argentiques ont eux été retenus implicitement pour la même raison. L'impact sur le coefficient budgétaire est minime (4,03 % contre 4,17 % pour la France en 2004).