Les services marchands résistent en 2005

Luc Brière, Evelyne Duclos, Colette Héricher, Mustapha Okham, Isabelle Raton, division Services, Insee

Alors que la production de l’ensemble de l’économie ralentit en 2005 (+ 1,2 % après + 2,5 % en 2004), la production des services marchands conserve un rythme de progression comparable à celui de 2004 (+ 2,2 % après + 2,3 %). La croissance de la demande, tant des entreprises que des ménages, explique la bonne tenue des télécommunications, des services informatiques ou des activités de conseil. L’immobilier est soutenu par la demande des ménages. En revanche, les services aux particuliers sont moins dynamiques (+ 1,2 %), surtout les services personnels (en particulier coiffure et soins de beauté). Cependant, l’activité touristique reprend, ce qui profite à l’hôtellerie et aux agences de voyage. La croissance du travail intérimaire contribue à la reprise de l’emploi dans les services aux entreprises, même si le volume horaire de travail progresse moins vite que l’emploi. Les créations d’emplois dans les services marchands sont deux fois plus élevées qu’en 2004 (74 000 au lieu de 34 000).

Dynamisme des télécommunications et des services informatiques

Bien plus dynamique que celle de l'ensemble de l'économie en 2005, la croissance dans les services se situe dans le prolongement de la reprise de 2004 (graphique 1 et tableau). Elle s'appuie à la fois sur la demande des entreprises pour des services de conseil et d'assistance et sur la consommation des ménages en services immobiliers et en télécommunications.

La production des services aux entreprises progresse au même rythme qu’en 2004 (+ 2,6 % en volume au lieu de + 2,5 %).

En premier lieu, dans les services de télécommunications (graphique 2) la production progresse plus vite que les deux années précédentes (+ 4,9 % après + 2,4 % en 2004 et + 3,5 % en 2003). Elle est soutenue à la fois par la hausse de la consommation des ménages (+ 5,3 %) et par celle de la demande des entreprises (+ 4,9 %). La progression de l’ensemble de la demande des communications électroniques repose une nouvelle fois sur les activités de téléphonie mobile, avec une croissance des revenus de plus de 9 % en valeur sur l’ensemble de l’année (+ 10 % en 2004), et de l’internet (+ 17,5 %). Dans le domaine de l’internet, le développement massif des accès ADSL et la généralisation des technologies IP  (définition) transforment le modèle économique du téléphone fixe, fondé jusqu’alors sur la durée et la distance des appels. Les progressions sensibles en valeur s’accompagnent d’une stabilité des prix pour l’ensemble des télécommunications (+ 0,2 % pour la consommation des ménages et + 0,1 % pour la demande des entreprises).

Ensuite, les services de conseils et assistance restent bien orientés en 2005 (+ 3,3 % en volume après déjà + 3,8 % en 2004). En particulier, l’activité des services informatiques (graphique 3) continue de croître à un rythme soutenu en 2005 (+ 4,4 %). Ce sont à la fois les consommations intermédiaires des entreprises et des administrations (+ 4,3 %) et la demande pour investissement en logiciels (+ 4,5 %) qui expliquent cette activité. Après le fort recul de 2003, et la remontée en toute fin d’année 2004, les prix des services informatiques sont quasiment stables en 2005 en moyenne annuelle : + 0,4 %. Le conseil, l’ingénierie de systèmes, les logiciels et l’infogérance ont tiré la croissance. Tous les secteurs utilisateurs investissent de nouveau, notamment dans la téléphonie mobile et la sécurisation des systèmes informatiques.

Dans le même temps, la branche des services professionnels, après une bonne année 2004, progresse plus sensiblement encore en 2005 (+ 4,3 % après + 3,5 %). Les activités juridiques (+ 4,7 %) et le conseil pour les affaires et la gestion (+ 5,9 %) sont particulièrement dynamiques. Dans le cas des activités juridiques, la poursuite de la croissance de la promotion immobilière de logements crée un contexte favorable, grâce à une demande finale des ménages soutenue. L’augmentation des prix de l’immobilier, plus forte dans l’ancien, pousse encore plus à la hausse la demande en valeur. Parallèlement, l’activité des architectes et des géomètres continue de croître rapidement (+ 4,9 %), portée par la bonne santé de la construction.

La publicité et les études de marché croissent en 2005 au même rythme que l’an dernier (+ 3,1 %). La croissance de la demande des entreprises (+ 3,4 %) explique une nouvelle fois la bonne orientation de la production en 2005. Dans le cas des agences de publicité, la progression en volume permet une hausse du chiffre d’affaires malgré une baisse des prix (– 2,4 %), de même qu’en 2004. L’augmentation des chiffres d’affaires en valeur a principalement porté sur le dernier trimestre 2005, sous l’effet notamment des campagnes liées à l’ouverture à la concurrence des renseignements téléphoniques. Globalement, la concurrence des agences pour l’obtention des budgets a poussé les prix à la baisse. Pour la gestion de supports de publicité, les prix sont stables, comme l’année précédente.

Graphique 1 – Production de services marchands en volumeI

  • Source : comptes des services, Insee.

Graphique 2 – Production des services marchands en 2005

  • Source : comptes des services, Insee.

Graphique 3 – Chiffres d'affaires des services en valeur

  • Indice de valeur corrigé des variations saisonnières et des jours ouvrables (moyenne mobile d'ordre 3 non centrée).
  • Source : indices de chiffres d'affaires, Insee.

Tableau – Équilibre ressources-emplois des services marchands

Équilibre ressources-emplois des services marchands
2002 2003 2004 2005
valeur volume prix valeur volume prix valeur volume prix valeur
millions d'€ % % millions d'€ % % millions d'€ % % millions d'€
Production de la branche (1) 745 338 1,6 1,6 769 467 2,3 1,8 800 874 2,2 2,1 836 022
Transferts* (2) 21 705 4,9 1,0 23 013 5,0 0,4 24 264 4,6 0,4 25 481
Impôts moins subventions (3) 13 164 -1,7 5,8 13 691 0,5 9,9 15 117 3,4 5,7 16 528
Importations (4) 23 977 -0,7 2,3 24 350 0,0 1,5 24 720 7,1 1,1 26 770
Consommations intermédiaires (5) 438 983 0,7 1,8 449 938 1,8 1,7 465 891 2,3 1,6 484 227
Consommation finale (6) 275 765 2,6 2,2 289 013 2,3 2,4 302 696 2,3 3,0 318 861
Investissement (7) 62 905 3,6 -0,2 65 041 5,3 1,2 69 270 3,1 2,1 72 897
Exportations (8) 26 531 -0,3 0,3 26 529 1,5 0,7 27 118 5,1 1,1 28 816
  • * Transferts de produits fatals (exemple : publicité dans la presse et à la télévision) et productions marchandes des branches non marchandes.
  • Lecture : (1)+(2)+(3)+(4)=(5)+(6)+(7)+(8) ; les variations de stocks, enregistrées à la fois en ressources et en emplois, sont comprises dans les lignes (3) et (5).
  • Champ : activités immobilières (location, promotion et gestion immobilières), services aux entreprises (hors recherche- développement non marchande), services aux particuliers (y c. agences de voyages, hors services domestiques et activités culturelles non marchandes).
  • Source : comptes des services, Insee.

Les activités de location se portent bien

Au sein des services opérationnels, seule la location sans opérateur progresse en volume à un rythme sensiblement plus rapide qu’en 2004 (+ 3,4 % après + 0,6 %). Cette évolution, favorisée par un rythme de hausse des prix très modéré (+ 0,7 %), résulte de la bonne tenue de la demande des entreprises (+ 3,4 %). La reprise concerne notamment en 2005 la location de véhicules automobiles, qui renoue avec la croissance après une année 2004 en repli. La location d’autres matériels de transport (+ 6,5 %) et la location de machines et équipements (+ 4,3 %), très bien orientées, bénéficient de l’accélération de la croissance dans la construction.

L’activité des entreprises de travail temporaire (+ 1,2 %) progresse pour la deuxième année consécutive après trois années de repli. Le volume de travail intérimaire en équivalents temps plein (ETP) s’accroît de 2,8 % en moyenne annuelle et représente 585 000 ETP. Mais, en nombre de salariés, la progression des effectifs est plus sensible (+ 3,7 %), traduisant des missions de plus courte durée en 2005.

Les autres services opérationnels se trouvent dans une situation moins favorable. Ainsi, l’activité d’assainissement progresse légèrement en 2005 (+ 0,8 %), si l’on tient compte de la contribution marchande d’opérateurs publics. Elle baisse néanmoins faiblement (– 1,3 %) pour la seule contribution des entreprises. Les chiffres d’affaires en valeur demeurent sur une pente fortement croissante en 2005 (+ 5,0 %). Mais cette augmentation provient de la hausse des prix de l’assainissement , qui accélèrent en 2005 (+ 4,3 %), en réponse notamment aux exigences réglementaires en termes de rejets non polluants. Quant aux activités photographiques (– 7,3 %), elles accusent de nouveau une forte baisse. La poursuite de l’essor de la photographie numérique continue de peser sur l’activité des laboratoires de développement et de tirage.

Regain d’activité pour le tourisme

Conservant un rythme proche de celui de 2004, la production des services aux particuliers reste sur une pente moins dynamique que les services aux entreprises (+ 1,2 % après + 1,4 %). Certaines branches apparaissent néanmoins en phase de reprise, même si leur rythme de croissance peut sembler faible.

Ainsi, l’activité des hôtels et restaurants, qui pèse le plus dans l’ensemble des services aux particuliers, retrouve quelques couleurs en progressant légèrement en volume (+ 0,6 %), soit une meilleure année que 2004 (– 0,1 %). C’est l’hôtellerie (+ 1,6 %) qui explique ce mouvement, en lien avec la progression du nombre de nuitées. Les gains les plus marqués proviennent des hôtels les plus confortables. La reprise de la consommation des ménages en hôtellerie (+ 1,0 % après – 3,3 %) et la bonne tenue du tourisme d’affaires (+ 1,9 %) jouent favorablement sur l’activité hôtelière. Les hébergements non hôteliers (campings, résidences de tourisme) ont encore mieux profité de la reprise du tourisme (+ 3,4 %). En revanche, la consommation des ménages en restauration commerciale (– 0,6 %) et en cafés et discothèques (– 0,3 %) continue de baisser, mais plus modérément qu’en 2004.

La meilleure santé du tourisme se retrouve également dans la progression plus vive des agences de voyage (+ 2,6 % après + 2,2 % en 2004). Cette activité est toutefois en profonde mutation, sous l’effet de la part croissante des réservations par internet.

Fréquentation en baisse pour le cinéma

En 2005, les activités récréatives, culturelles et sportives décélèrent (+ 2,4 % après + 4,5 % en 2004). En premier lieu, les activités audiovisuelles (+ 2,3 %) s’inscrivent dans cette tendance de ralentissement, en lien avec l’évolution de la consommation des ménages (+ 1,8 % après + 7,8 %). À un niveau fin, les évolutions sont néanmoins contrastées. Ainsi, la distribution de films progresse encore rapidement grâce à la vidéo (+ 8,5 %), mais plus lentement qu’en 2004. Précisément, dans le cas de l’édition et la distribution des DVD, seule la baisse des prix a permis de soutenir le volume d’activité, le chiffre d’affaires baissant en valeur. À l’inverse, la fréquentation des salles obscures fléchit sensiblement (– 10,5 %). Du fait d’une nouvelle hausse du prix moyen de la place de cinéma, le chiffre d’affaires baisse un peu moins que le nombre d’entrées. Pour la télévision, les chaînes payantes affichent une relative morosité. Le lancement de la TNT au printemps (un million de foyers fin 2005) semble avoir donné un coup de frein aux offres payantes.

En second lieu, les autres activités récréatives, culturelles et sportives continuent de progresser, mais plus lentement : après + 4,5 % en 2003 et + 3 % en 2004, la production croît seulement de 2,4 % en 2005. La stabilité de l’activité des jeux de hasard et d’argent explique en partie ce ralentissement, de même que le moindre dynamisme des activités de spectacle. En revanche, les activités liées au sport (+ 2,8 %) progressent plus vite. La part grandissante des femmes parmi les licenciés aux fédérations sportives participe à l’évolution de ce marché.

Enfin, l’activité des services personnels se replie légèrement en volume (– 0,3 %) après une année 2004 déjà atone. L’activité des coiffeurs, qui en représente la plus grande part, recule de 1,2 %. Les ménages ont moins fréquenté les salons de coiffure que les années précédentes, malgré des prix restés comparables à l’inflation générale. Les blanchisseries de détail affichent pour la quatrième année consécutive une baisse de leur production en volume. Les soins de beauté et d’entretien corporel sont désormais eux aussi en recul : leur production s’est réduite de 0,5 %. Par ailleurs, après la baisse du nombre de décès en 2004, l’activité des services funéraires (+ 2,4 %) s’accroît à nouveau.

Des ventes de logements neufs encore plus nombreuses

Au sein des services marchands, les activités immobilières ralentissent légèrement (+ 2,1 % après + 2,4 % en 2004). La location immobilière ne croît en volume que de 2,2 %, même si les sommes versées par les ménages au titre des loyers progressent de 6,8 %. Mais près des deux tiers de cette hausse s’expliquent par celle des prix (+ 4,0 %), le reste par l’accroissement du parc et de la qualité des logements. Les hausses de prix sont plus importantes dans le parc privé (+ 4,0 %) que dans le parc HLM (+ 2,9 %). Dans le parc privé, les augmentations sont tirées par les revalorisations en cours de bail, indexées sur l’indice du coût de la construction (le nouvel indice de référence des loyers n’est entré en application qu’au 1er janvier 2006). De même, les hausses de loyers lors des relocations poussent les prix vers le haut.

Dans le même temps, la promotion et la gestion immobilières croissent moins rapidement en volume que les années passées (+ 1,3 % après + 2,6 % et + 2,9 %). La promotion immobilière de logements (+ 7,7 %) est cependant très dynamique, ce qui s’explique par une demande d’investissement des ménages forte. Au total, sur l’année 2005, 121 500 logements neufs ont été vendus, niveau supérieur de 8,3 % à celui de 2004, selon les chiffres du ministère de l’Équipement. Mais le recul de la promotion immobilière hors logement (– 2,4 %) pèse sur l’ensemble de la branche.

Hausse de l’emploi

En 2005, les services marchands ont créé deux fois plus d’emplois salariés qu’en 2004 : 74 000 (+ 1,5 %) au lieu de 34 000 (+ 0,7 %), en moyenne annuelle (graphique 4). Ces emplois supplémentaires, qui peuvent être à temps complet ou à temps partiel, se créent à un rythme cependant moindre que celui de la croissance de la production en volume.

C’est en particulier le cas des services aux entreprises avec 53 000 emplois salariés supplémentaires (+ 1,6 %). La progression du nombre d’intérimaires (+ 3,7 %) contribue en partie à cette évolution. Dans ce secteur, l’accroissement plus rapide de la production (+ 2,6 %) que de l’emploi salarié correspond à des gains de productivité par tête, notamment dans les postes et télécommunications, où l’emploi continue de reculer.

De même, pour le secteur de l’immobilier, l’emploi salarié progresse plus lentement que la production (+ 1,2 % au lieu de + 2,1 %). En revanche, l’emploi salarié dans les services aux particuliers croît au même rythme que celui de la production (+ 1,3 %). L’hôtellerie restauration est le seul cas où la progression de l’emploi salarié (+ 1,7 %) est plus vive que celle de la production. Pour ce secteur, la croissance de l’emploi en nombre de salariés masque vraisemblablement à nouveau un recul du volume annuel d’heures de travail, comme pour les années 2001 à 2004.

Au total, les services marchands sont le secteur où l’emploi salarié progresse le plus, avec celui de la construction (+ 2,1 %). Les autres activités tertiaires (commerce, transports, services financiers) créent moins d‘emplois salariés qu’en 2004 (+ 22 000 contre + 36 000), et l’industrie en perd environ 82 000 (– 2,1 %).

Graphique 4 – Évolution de l'emploi salarié en moyenne annuelle

  • * Hors agriculture, administrations, éducation, santé et action sociale, y compris services domestiques
  • ** Hors services domestiques
  • Source : Insee.

Sources

Les données sont extraites des Comptes des services (en base 2000). Pour les années 2005 et 2004, les résultats sont provisoires. Les données de 2004 et 2003 sont révisées par rapport à la publication de l’année précédente. De plus, les chiffres présentés ici sont calculés à partir des équilibres ressources-emplois élaborés au niveau le plus détaillé des comptes nationaux (soit 67 niveaux pour les services). Les évolutions ainsi déterminées pour les grandes branches (services aux entreprises, services aux particuliers, activités immobilières) sont très légèrement différentes de celles retenues pour la version provisoire des comptes nationaux 2005.

La production dans les services marchands est un concept proche de celui de chiffre d’affaires : elle comprend les ventes de services, mais aussi la production pour compte propre (ex : logiciels développés pour compte propre). En revanche elle ne comprend pas les ventes de marchandises éventuellement associées à l’activité de service (ex : produits de coiffage), et correspondant à une activité commerciale.

Les données sur la production sont en branche, correspondant à des activités pures. En revanche, les données sur l’emploi sont en secteur d’activité, les entreprises étant alors regroupées selon leur activité principale.

La production est estimée en volume, c’est-à-dire une fois retiré l’effet de la hausse des prix.

Définitions

Technologie IP (Internet Protocol) : protocole de télécommunications utilisé sur les réseaux qui servent de support à internet et permettant de découper l’information à transmettre en paquets, d’adresser les différents paquets, de les transporter indépendamment les uns des autres et de recomposer le message initial à l’arrivée.