L’ouverture à l’international des entreprises de services

Pascale Pietri, division Services, Insee

En 2003, 9 % des entreprises de services aux entreprises exportent, et leurs exportations constituent 9 % du chiffre d’affaires total des entreprises du secteur. Certains secteurs des services interviennent sur le marché mondial, comme l’ingénierie ou l’informatique ; d’autres, comme la recherche et développement ou l’administration d’entreprises peuvent exporter vers des entreprises du même groupe, localisées à l’étranger. A contrario d’autres activités sont essentiellement tournées vers le marché domestique. La propension des entreprises à exporter dépend de la taille, de la région de localisation ou encore de l’appartenance à un groupe. Toutes choses égales par ailleurs, les entreprises de recherche-développement, de télécommunications, d’activités audiovisuelles, de publicité et études de marché et d’activités informatiques sont plus fréquemment exportatrices. En général, les exportations sont très concentrées sur un petit nombre de grandes entreprises.

Les exportations, 9% du chiffre d'affaires des services aux entreprises

En 2003, dans le champ des douze secteurs de services aux entreprises retenus dans cette étude (Sources), 9 % des entreprises exportent (tableau 1). Sur l’ensemble de ces secteurs, le chiffre d’affaires à l’exportation représente également 9 % du chiffre d’affaires total, soit 34 milliards d’euros en 2003. Certains secteurs de services dont le marché est largement international, comme l’ingénierie ou les activités informatiques, réalisent d’importants chiffres d’affaires à l’exportation (graphique 1). La part des entreprises exportatrices reste toutefois plus faible dans les services que dans l’industrie : 27 % des entreprises des secteurs industriels exportent, et leur chiffre d’affaires équivaut à 33 % du chiffre d’affaires de l’ensemble du secteur industriel. Mais contrairement au solde des échanges de biens, celui des services reste durablement excédentaire (encadré).

Graphique 1 – Montants des chiffres d'affaires à l'exportation en 2003

  • Source : Insee, Suse 2003.

Tableau 1 – Chiffre d’affaires, exportations, effectifs salariés en 1994 et 2003

Chiffre d’affaires, exportations, effectifs salariés en 1994 et 2003
1994 2003 Évolution 2003/1994
Nombre d’entreprises de services 201 688 321 812 + 60 %
Nombre d’entreprises de services qui exportent 14 329 29 898 + 109 %
Proportion d’entreprises de services qui exportent (en %) 7,1 9,3 + 2,2 pts
Chiffre d’affaires des entreprises de services (milliards d’euros) 177 359 + 102 %
Chiffre d’aff. des entr. de serv. qui exportent (milliards d’euros) 62 185 + 196 %
Chiffres d’affaires à l’exportation (milliards d’euros) 11 34 + 198 %
Part des exportations dans le chiffre d'affaires total (en %) 6 9 + 3 pts
Effectifs salariés des entreprises de services (milliers) 1 734 2 828 + 63 %
Effectifs salariés des entreprises de services qui exportent (milliers) 585 1 243 + 113 %
Effectif salarié moyen des entreprises de services (unité) 8,6 8,8 + 0,2
Effectif salarié moyen des entr. de services qui exportent (unité) 40,8 41,6 + 0,8

    Une position à l’exportation consolidée entre 1994 et 2003

    L’ouverture à l’international des entreprises des secteurs des services aux entreprises s’est confortée à neuf ans d’intervalle : en 1994, la proportion des entreprises de services qui exportaient était de 7 % et la part du chiffre d’affaires à l’exportation ne dépassait pas 6 % du chiffre d’affaires total, soit trois points de moins qu’en 2003 (tableau 1). La progression correspond à une augmentation à la fois du nombre d’entreprises concernées et des montants engagés. De plus, les entreprises qui exportent se révèlent être parmi les plus dynamiques : le chiffre d’affaires total des entreprises de services exportatrices s’est accru plus fortement que celui de l’ensemble des entreprises de services (+ 196 % en neuf ans contre + 102 %). De même, l’évolution de l’emploi des entreprises qui exportent a été plus soutenue (+ 113 % en neuf ans) que celle de l’ensemble (+ 63 %). Ce dynamisme plus marqué des entreprises qui exportent concerne la plupart des secteurs.

    Marché international, marché « domestique »

    Pour les différents secteurs des services retenus, l’ouverture sur les marchés étrangers peut s’apprécier au travers de trois indicateurs : la proportion d’entreprises exportatrices, la part dans le chiffre d’affaires total du chiffre d’affaires réalisé avec l’étranger et le montant moyen des exportations. Ces indicateurs sont élevés pour les activités agissant sur des marchés internationaux, plus faibles pour les activités plutôt tournées vers le marché intérieur. Selon ces trois indicateurs, quatre types de secteurs de services se dégagent (tableau 2).

    Dans le premier type, le plus présent à l’exportation, la proportion d’entreprises exportatrices est élevée. Les deux secteurs concernés sont la recherche-développement et les télécommunications. La recherche-développement compte 25 % d’entreprises exportatrices et la part du chiffre d’affaires à l’exportation atteint 34 % du chiffre d’affaire total du secteur. Dans les télécommunications, 17 % des entreprises sont exportatrices et le montant moyen des exportations du secteur est très élevé. Ces deux secteurs comptent globalement un petit nombre d’entreprises, et les exportations y sont fortement concentrées.

    Le second type regroupe les activités audiovisuelles, la publicité et études de marché, et les activités informatiques. La proportion d’entreprises présentes à l’exportation y est également importante (entre 18 % et 22 % des entreprises) dans des secteurs moins concentrés, regroupant un beaucoup plus grand nombre d’entreprises. Sans être déterminante, la part du chiffre d’affaires à l’exportation excède 5 % du total, pour des montants moyens plus modestes.

    Le troisième type, tout à fait particulier, rassemble les activités d’architecture, d’ingénierie et de contrôle d’un côté, et l’administration d’entreprises de l’autre. Dans cet ensemble, c’est la part du chiffre d’affaires à l’exportation qui est déterminante, respectivement 19 % et 16 % du chiffre d’affaires total du secteur. Le montant moyen du chiffre d’affaires exporté se situe également au dessus de la moyenne. En revanche, la proportion d’entreprises exportatrices est parmi les plus faibles. Ces activités sont de fait assez atypiques. Par exemple les entreprises de l’ingénierie peuvent jouer le rôle de la maîtrise d’ouvrage pour des projets parfois importants (ouvrages d’art, usines clés en main…). Elles facturent alors à leur client étranger l’ensemble du contrat, se réservant la possibilité de sous-traiter ensuite, et parfois de façon échelonnée dans le temps, tout ou partie du contrat à d’autres entreprises appartenant à différents secteurs d’activité. Dans le cas de l’administration d’entreprise, il s’agit souvent de filiales, chargées de l’ensemble des exportations pour le compte du groupe.

    Le quatrième type regroupe des secteurs qui, par la nature des services fournis, sont plus « naturellement » tournés vers le marché domestique : l’assainissement, la voirie et la gestion des déchets, la location sans opérateur, la sélection et la fourniture de personnel, et enfin la sécurité, le nettoyage, les services divers aux entreprises et les services professionnels. La proportion d’entreprises exportatrices y est proche de la moyenne (de 7 % à 11 % des unités, qui sont en général nombreuses). Mais la part du chiffre d’affaires à l’exportation et les montants moyens y sont faibles.

    Tableau 2 – Quatre ensembles résument le positionnement des secteurs des services à l’exportation

    Quatre ensembles résument le positionnement des secteurs des services à l’exportation
    Secteur Entreprises exportatrices (en %) Part du CA exporté en % du CA total Montant moy. d’export. par entreprise (en milliers d’euros) Rang selon Somme des rangs
    Ensemble des entreprises Entreprises exportatrices la proportion d’entreprises exportatrices la part du CA exporté dans le CA du secteur le montant moyen d’export. par entreprise
    Recherche et développement 25 34 50 972 1 1 2 4
    Télécommunications 17 7 8 2877 5 6 1 12
    Activités audiovisuelles 22 6 12 165 2 7 4 13
    Publicité & études de marché 18 6 12 85 3 8 7 18
    Activités informatiques 18 12 18 157 4 4 5 13
    Architecture, ingénierie, contrôle 8 19 39 138 10 2 6 18
    Administration d’entreprises 5 16 33 170 12 3 3 18
    Assainissement, voirie & gestion des déchets 11 1 4 56 6 11 9 26
    Location sans opérateur 10 4 12 67 7 10 8 25
    Sélection & fourniture de personnel 9 1 2 43 8 12 11 31
    Sécurité, nettoyage & services divers aux ent. 8 7 20 55 9 5 10 24
    Services professionnels 7 6 18 25 11 9 12 32
    Ensemble 9 9 18 105
    • Lecture : 25 % des entreprises de R & D exportent. Leurs exportations représentent 34 % du chiffre d'affaires (CA) total du secteur, soit 972 000 euros en moyenne par entreprise. La R & D se situe ainsi au premier rang pour la part d'entreprises exportatrices, la part de CA exporté, et au second rang pour le montant moyen exporté.
    • Source : Insee, Suse 2003.

    Exporter ou ne pas exporter : question de taille, de localisation…

    La propension à exporter dépend de quelques grandes caractéristiques individuelles des entreprises. Ainsi, quels que soient leur secteur d’activité, leur localisation, qu'elles appartiennent ou non à un groupe, les entreprises de services qui exportent sont plutôt de grande taille. En 2003, par exemple, 59 % des entreprises du secteur des activités informatiques qui emploient 50 salariés ou plus exportent contre 13 % de celles de moins de dix salariés (graphique 2).

    La proportion d’entreprises exportatrices est plus élevée dans les régions frontalières et/ou les régions comportant une ou plusieurs grandes métropoles (Île-de-France, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur) que dans les autres régions de France métropolitaine. De même, à taille et région identiques, les entreprises qui appartiennent à un groupe, et plus encore les entreprises sous contrôle étranger, sont proportionnellement plus nombreuses à vendre à des clients à l’étranger.

    Ces caractéristiques attachées aux entreprises exportatrices sont très stables dans le temps, mais aussi selon les secteurs, y compris industriels. Par exemple, le fait d’être localisé à proximité d’une frontière prend tout son sens pour des exportations de services qui impliquent bien souvent un lien assez fort avec le client. Mais la localisation dans une région frontalière joue également dans l’industrie.

    La prise en compte simultanée de ces caractéristiques (taille de l’entreprise, appartenance ou non à un groupe, localisation géographique) peut modifier, toutes choses égales par ailleurs (tableau 3), la place d’un secteur vis-à-vis de son ouverture à l’exportation : c’est ainsi que le secteur de l’administration d’entreprises, assez présent à l’exportation, ne semble l’être que parce qu’il joue un rôle tout à fait particulier au sein de structures de groupes plus vastes. De la même façon, les entreprises du secteur de l’ingénierie et des études techniques sont, à caractéristiques équivalentes de celles des autres secteurs, moins souvent exportatrices. Au contraire, les entreprises de recherche-développement, des télécommunications, des activités audiovisuelles, de publicité et études de marché, et d’activités informatiques sont, toutes choses égales par ailleurs, plus fréquemment exportatrices que celles des autres secteurs. Ces activités, souvent innovantes et situées à la pointe des technologies, produisent des prestations dont les standards facilitent la circulation. Ce résultat est remarquablement stable dans le temps : une fois prises en compte les caractéristiques individuelles des entreprises, ces secteurs d’activités se distinguent de la même façon en 1994 et en 2003.

    Graphique 2 – Informatique : entreprises exportatrices selon la taille, en %

    • Source : Insee, SUSE 2003.

    Tableau 3 – Effets des caractéristiques des entreprises sur la propension à exporter

    Effets des caractéristiques des entreprises sur la propension à exporter
    Variables Effet
    Secteurs d’activité
    Recherche & développement ++
    Activités audiovisuelles ++
    Publicité & études de marché ++
    Activités informatiques +
    Télécommunications +
    Location sans opérateur Réf.
    Architecture, ingénierie, contrôle -
    Sécurité, nettoyage & services divers -
    Services professionnels -
    Assain., voirie & gestion des déchets - -
    Sélection & fourniture de personnel - -
    Administration d’entreprises - -
    Taille
    50 salariés et plus ++
    De 20 à 49 salariés +
    Entre 10 et 19 salariés Réf.
    10 salariés et moins - -
    Localisation «régionale»
    Île-de-France ++
    Nord-P.-d.-Calais, Lorraine, Alsace, Fr.-Comté ++
    Rhône-Alpes +
    Provence-Alpes-Côte d’Azur +
    Autres régions Réf.
    Appartenance à un groupe
    Un groupe étranger ++
    Un groupe français +
    Indépendante d’un groupe Réf.
    • Lecture : Si l’on prend deux entreprises, une du secteur de la R & D, l’autre du secteur de la location sans opérateur, de même taille, de même localisation géographique, appartenant à un groupe français, l’entreprise de R & D a une probabilité beaucoup plus forte d’exporter que celle de la location sans opérateur (référence).
    • Source : Insee, Suse 2003.

    Très forte concentration des exportations sur quelques sociétés

    Les gros montants de recettes d’exportations sont de fait concentrés sur un petit nombre de grandes entreprises. La dimension de l’entreprise confère des pouvoirs économiques, notamment à l’exportation : part de marché, accès à l’information, taille critique suffisante pour agir sur le marché international. Ainsi, classées par chiffre d’affaires à l’exportation décroissant, les quatre plus grosses sociétés cumulent 14 % des exportations des entreprises de services retenues (tableau 4). Elles représentent 7 % du chiffre d’affaires total dégagé par l’ensemble des entreprises de services retenues et 4 % de l’emploi salarié. Toutes appartiennent à un groupe.

    Mesurée par secteur d’activité, la part des quatre premières sociétés est extrêmement forte dans quelques cas. Ainsi dans le secteur des télécommunications, les quatre premières sociétés exportatrices cumulent plus de la moitié des exportations et du chiffre d’affaires total et les trois quarts de l’emploi du secteur ; toutes font partie d’un groupe. Dans la recherche développement, les exportations sont encore plus fortement concentrées sur quelques unités (68 % sur quatre sociétés), mais ces unités ne dominent pas aussi nettement le marché en termes de chiffre d’affaires total. Dans les trois autres secteurs tournés vers le marché extérieur, les exportations sont moins concentrées sur les quatre premières unités : 36 % pour les activités audiovisuelles, 23 % pour les activités informatiques et 15 % pour la publicité et les études de marché. La situation est ici différente : même si les exportations sont concentrées sur quelques sociétés, ces dernières ne dominent pas le marché, ni à l’exportation, ni en général ; un plus grand nombre d’entreprises sont donc présentes sur le marché extérieur de façon plus diffuse. On aurait plutôt affaire dans ces secteurs à une spécialisation sur des créneaux à l’exportation bien précis.

    Tableau 4 – Concentration des exportations (part des 4 premières entreprises)

    Concentration des exportations (part des 4 premières entreprises)
    Nombre d’entreprises exportatrices Part (en %) des 4 premiers dans
    le CA à l’exportation le CA total les effectifs salariés
    Recherche & développement 540 67,7 28,1 5,0
    Télécommunications 199 57,3 54,6 75,3
    Administration d’entreprises 1 958 41,7 13,9 3,7
    Architecture, ingénierie, contrôle 4 508 39,5 8,1 1,4
    Activités audiovisuelles 1 697 36,0 2,9 1,1
    Assainissement, voirie et gestion des déchets 167 34,8 2,5 2,4
    Sélection & fourniture de personnel 420 31,4 44,9 45,8
    Sécurité, nettoyage et services divers aux entreprises 4 261 28,5 2,0 0,2
    Activités informatiques 5 392 22,6 4,3 1,9
    Location sans opérateur 1 188 15,9 0,6 0,0
    Publicité et études de marché 3 158 14,6 6,1 2,5
    Services professionnels 6 410 7,5 2,0 0,5
    Ensemble 29 898 14,2 7,3 4,1
    • Source : Insee, Suse 2003.

    Encadré

    La contribution des services marchands aux échanges extérieurs de la France

    Le solde des échanges de services marchands (hors tourisme, transports et services financiers) est excédentaire depuis au moins 25 ans (graphique). Cet excédent est stable, et s’établit à environ 2 milliards d’euros en 2005. Les exportations de ces services représentent en moyenne 6,2 % des exportations totales, les importations 5,1 %. La contribution de ces échanges de services à l’équilibre de la balance commerciale reste donc modeste, mais toujours positive.

    Ces données issues de comptabilité nationale sont établies par produit. Pour les besoins de la comparaison, ont été retenues les produits qui correspondaient de façon la plus proche aux secteurs d’activité étudié ici, soit les télécommunications, les services aux entreprises et les activités culturelles.

    Graphique encadré – Solde des échanges extérieurs

    • Source : Comptes nationaux - Base 2000, Insee

    Sources

    Le champ sectoriel retenu regroupe les activités de services plus particulièrement concernées par les exportations. Il s’agit essentiellement des services aux entreprises : télécommunications, activités informatiques, services professionnels (juridiques, comptables et conseil pour les affaires et la gestion), administration d’entreprises, publicité et études de marché, architecture, ingénierie, contrôle, location sans opérateur, sélection et fourniture de personnel, sécurité, nettoyage et services divers aux entreprises, assainissement, voirie et gestion des déchets, recherche et développement ; et les activités audiovisuelles (services aux particuliers). Cet ensemble est qualifié ici « pour simplifier » de « services aux entreprises ».

    En première approximation, une entreprise exportatrice est une entreprise dont le chiffre d’affaires à l’exportation est non nul. Le chiffre d’affaires à l’exportation des entreprises de services comprend également des ventes de biens ou de marchandises, parfois difficilement dissociables de l’activité de service proprement dite. Il est déclaré par les entreprises dans leurs comptes qui sont transmis à l’administration fiscale et rassemblés, avec d’autres sources, dans le système unifié de statistiques d’entreprises (Suse). L’ensemble de ces données d’entreprises sont des données de secteur. Elles diffèrent des données présentées dans l’encadré, qui sont des données de comptabilité nationale en produit.