L'agriculture en 2007 en France et en EuropeLes cours mondiaux font monter les revenus

Jean-Michel Annequin, division Agriculture, Insee

En 2007, en France comme dans l'Union européenne à vingt-sept, la valeur de la production agricole augmente du fait de la très forte hausse du prix des céréales et des oléagineux. Cependant, la flambée du prix des matières premières accroît le coût de l'alimentation animale, ce qui pèse sur le revenu des éleveurs. Globalement, pour l'ensemble de la branche agricole, les revenus s'améliorent dans la plupart des pays de l'Union européenne. En France, le résultat agricole net par actif augmente de 11 % en termes réels, selon les données provisoires les plus récentes. Calculé par actif non salarié, le revenu net d'entreprise agricole augmente de 17 % en termes réels. La hausse du prix des céréales profite également aux exportations françaises et le solde des échanges extérieurs s'améliore pour les produits agroalimentaires.

Hausse des prix agricoles

En France, le résultat agricole net par actif se redresse fortement en 2007 pour la deuxième année consécutive (graphique 1). Cependant la situation est contrastée selon les activités avec, en particulier, un revenu en forte hausse pour les céréaliers, mais en baisse pour les éleveurs.

La valeur de la production agricole (hors subventions sur les produits) augmente de 10 % par rapport à 2006 : 15 % pour la production végétale, 3 % pour la production animale. La raison essentielle de cette hausse est la vive croissance du prix de la production végétale (+ 13 % hors subventions sur les produits). Tirés par les cours mondiaux, les prix des céréales (+ 57 %), des oléagineux et protéagineux (+ 39 %) s'envolent. En revanche, la production végétale progresse peu en volume (+ 2 %) par rapport à l'année précédente (tableau 1). Les conditions climatiques de 2007 ont été favorables à certaines productions (maïs, betteraves, pommes de terre malgré le mildiou). Elles ont été, en revanche, défavorables à d'autres (blé, protéagineux, fruits, légumes). Pour le colza, la récolte augmente, car les superficies continuent à s'accroître sous l'incitation de la filière des agrocarburants. Pour le vin, la production en volume se stabilise en 2007 et progresse même fortement pour le champagne tandis que les prix se raffermissent.

Après cinq années de baisse, le prix du lait se redresse en 2007. Il participe à l'accélération générale des prix agricoles, tout comme les prix des volailles et des œufs. Au contraire, les prix des gros bovins et des porcs fléchissent. Le prix hors subventions de la production animale évolue donc peu (+ 2 %). Cette production est stable en volume (+ 1 %), en dépit du redressement des activités du secteur des volailles après les perturbations liées aux craintes de grippe aviaire. La collecte laitière est stable et se situe encore en deçà des quotas alloués à la France.

Graphique 1 – France : résultat agricole net par actif en termes réels

  • Source : Insee, compte provisoire (base 2000) de l'agriculture arrêté fin mai 2008.

Tableau 1 – France : de la production à la valeur ajoutée

France : de la production à la valeur ajoutée
Valeur 2007 (milliards d'euros) Évolution 2007/2006 ( %)
Volume Prix Valeur
Production hors subventions (a) 64,3 + 1,2 + 8,4 + 9,7
Produits végétaux 38,1 + 1,7 + 13,0 + 15,0
Céréales 11,1 − 3,4 + 56,8 + 51,5
Oléagineux, protéagineux 2,2 + 2,0 + 39,1 + 41,9
Betteraves industrielles 0,8 + 7,1 − 9,1 − 2,6
Autres plantes industrielles1 0,4 − 6,2 − 7,8 − 13,5
Fruits, légumes, pommes de terre 7,1 + 0,1 − 4,2 − 4,1
Vins 9,5 − 0,1 + 7,9 + 7,8
Fourrages, plantes, fleurs 7,0 + 11,2 − 6,8 + 3,6
Produits animaux 22,8 + 0,7 + 2,3 + 3,0
Bétail (bovins, porcins, ovins, caprins, équidés) 10,5 + 0,2 − 3,9 − 3,7
Volailles, œufs 4,0 + 3,7 + 13,5 + 17,7
Lait et autres produits de l'élevage 8,3 + 0,0 + 5,9 + 5,9
Services 2 3,3 − 1,1 + 2,9 + 1,7
Subventions sur les produits (b) 2,5 − 2,7 + 3,9 + 1,1
Production au prix de base 3 (c) = (a) + (b) 66,8 + 1,0 + 8,3 + 9,4
Consommations intermédiaires (d) 37,6 + 2,6 + 4,5 + 7,2
dont : Achats 31,6 + 1,2 + 5,4 + 6,7
Sifim 4 0,7 + 4,3 − 6,7 − 2,6
Valeur ajoutée brute (e) = (c) - (d) 29,2 − 1,2 + 13,6 + 12,2
Consommation de capital fixe 3 (f) 9,9 + 0,5 + 3,6 + 4,1
Valeur ajoutée nette 5 (g) = (e) - (f) 19,3 − 2,1 + 19,5 + 17,0
  • 1. Autres plantes industrielles : tabac, lin textile, houblon, canne à sucre, etc.
  • 2. Services : production des entreprises de travaux agricoles, des coopératives d'utilisation de matériel agricole, services entre agriculteurs, agri-tourisme...
  • 3. Voir définitions.
  • 4. Services d'intermédiation financière indirectement mesurés.Voir définitions.
  • 5. Nette de la consommation de capital fixe.
  • Source : Insee, compte provisoire (base 2000) de l'agriculture arrêté fin mai 2008.

Hausse du prix de l'alimentation animale

En 2007, la valeur des consommations intermédiaires de l'agriculture augmente (+ 7 %), mais avec des écarts selon la spécialisation agricole. En effet, les dépenses s'alourdissent particulièrement pour les aliments pour animaux (+ 20 %) en raison de la hausse du prix des matières premières entrant dans leur composition. Les éleveurs pâtissent d'autant plus de cette situation que le prix de la production animale progresse peu. Les dépenses consacrées aux cultures augmentent également, mais dans une moindre mesure. Le prix des engrais monte et les agriculteurs ont fait davantage usage de produits fongicides en raison d'un printemps et d'un été pluvieux. Quant à la facture énergétique, elle se stabilise : la hausse du prix des produits pétroliers tout au long de l'année 2007 succède à une forte baisse durant le second semestre 2006.

Le résultat agricole progresse à nouveau

Le montant total des subventions à la branche agriculture (subventions sur les produits et subventions d'exploitation) évolue peu, passant de 10 milliards à 9,8 milliards d'euros.

D'après le compte provisoire de l'agriculture, le résultat agricole net de la branche agricole progresse de 11 % en 2007 (tableau 2). Il est tiré à la hausse par les prix payés aux producteurs et augmente nettement malgré le renchérissement des consommations intermédiaires. La hausse avait déjà été forte en 2006. L'emploi agricole total diminuant (− 2 %), la hausse du résultat agricole net par actif est importante (+ 13 %) (tableau 3). En termes réels , il se redresse (+ 11 %) pour la deuxième année consécutive. Après avoir été orienté à la baisse de 1999 à 2005, il dépasse le niveau atteint en 1998 (graphique 1).

Le revenu net d'entreprise agricole , qui prend notamment en compte la rémunération des salariés (+ 3 %), progresse fortement (+ 17 %) après la hausse identique de 2006. Le nombre d'actifs non salariés continuant à diminuer à un rythme soutenu (− 3 %), le revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié augmente plus fortement : + 20 %, soit + 17 % en termes réels, après une hausse de même ampleur (+ 18 %) en 2006.

Tableau 2 – France : de la valeur ajoutée au revenu d'entreprise agricole

France : de la valeur ajoutée au revenu d'entreprise agricole
Valeur 2007 (milliards d'euros) Évolution 2007/2006 ( %)
Valeur ajoutée nette (a) 19,3 + 17,0
Subventions d'exploitation (b) 7,3 − 2,9
dont : bonifications d'intérêts 0,2 + 25,1
Autres impôts sur la production (c) 1,3 + 1,4
Impôts fonciers 0,9 + 2,2
Autres 0,5 + 0,2
Résultat agricole net (d) = (a) + (b) - (c) 25,2 + 11,3
Rémunération des salariés (e) 6,6 + 2,9
Intérêts hors Sifim1 (f) 1,3 + 9,1
(pour mémoire : intérêts dus) 1,8 + 2,8
Charges locatives nettes (g) 2,0 + 1,9
Revenu net d'entreprise agricole (h) = (d) - (e) - (f) - (g) 15,3 + 17,0
  • 1. Voir définitions.
  • Source : Insee, compte provisoire (base 2000) de l'agriculture arrêté fin mai 2008.

Tableau 3 – France : évolution du résultat et du revenu d'entreprise agricoles entre 2006 et 2007

en %
France : évolution du résultat et du revenu d'entreprise agricoles entre 2006 et 2007
Résultat agricole net + 11,3
Résultat agricole net par actif + 13,5
Résultat agricole net par actif en termes réels + 10,7
Revenu net d'entreprise agricole + 17,0
Revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié + 20,4
Revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié en termes réels + 17,5
Évolution du prix du produit intérieur brut +  2,5
Évolution du nombre d'UTA 1 total −  1,9
Évolution du nombre d'UTA des actifs non salariés −  2,8
  • 1. Unités de travail annuel (équivalents temps plein de l'agriculture).
  • Source : Insee, compte provisoire (base 2000) de l'agriculture arrêté fin mai 2008.

Les échanges extérieurs en produits agroalimentaires s'améliorent

En 2007, alors que le déficit commercial de la France s'aggrave, le solde des échanges extérieurs en produits agroalimentaires s'améliore pour la deuxième année consécutive. Il retrouve un niveau proche de celui de l'année 2000, le plus élevé de la décennie. L'excédent s'élève à 9,3 milliards d'euros, dont 2,1 milliards pour les produits agricoles bruts et 7,2 milliards pour les produits des industries agroalimentaires.

Cette amélioration repose sur l'augmentation du prix des exportations de céréales et sur la progression des ventes de boissons alcoolisées, avec notamment une excellente performance pour le vin de Bourgogne (+ 30 % en nombre de bouteilles). Cependant, les exportations de céréales et plus généralement de produits agricoles bruts diminuent en quantités. Les échanges de produits transformés sont dynamiques. Néanmoins, dans un contexte de faiblesse du dollar par rapport à l'euro, les importations progressent plus vite que les exportations et le solde augmente à peine. Il s'améliore pour les produits laitiers, mais se dégrade pour les huiles et les tourteaux ainsi que pour le sucre. En effet, depuis septembre 2006, les quantités de sucre exportables sont strictement limitées, suite à la réforme de l'OCM sucre (organisation commune des marchés).

Pour les produits agroalimentaires, les trois quarts des échanges se font avec les autres pays de l'Union européenne. En 2007, le déficit avec l'Espagne et les Pays-Bas s'atténue, alors qu'il s'aggravait depuis deux ans. En revanche, l'excédent avec l'Italie se dégrade.

Des disparités importantes au sein de l'Europe

Dans l'Union européenne, qui comprend depuis le 1er janvier 2007 la Bulgarie et la Roumanie, le résultat agricole net par actif augmente nettement (+ 5 % en termes réels), après une hausse de 3 % en 2006. Ces deux hausses consécutives permettent presque de résorber la dégradation de 2005. La valeur de la production agricole progresse (+ 4 % en termes réels) grâce à la flambée des cours et, comme en France, en dépit de la baisse des rendements pour plusieurs cultures importantes (blé, maïs). La hausse du prix des matières premières renchérit le coût de l'alimentation animale, alourdit les charges des éleveurs et, de ce fait, limite la progression du résultat de la branche agricole.

Les vingt-sept États membres peuvent être répartis en quatre groupes selon l'évolution du résultat agricole net par actif, exprimée en termes réels à des fins de comparaisons internationales. La hausse du prix des céréales est si forte que l'évolution du volume des récoltes détermine en grande partie les écarts entre les pays ; un autre facteur important est la part de l'élevage dans la production agricole.

Dans le premier groupe, le résultat agricole net par actif augmente très fortement (plus de 15 % en termes réels). Il rassemble trois pays du nord de l'Europe (Lituanie, Estonie, Suède) et un d'Europe centrale (République tchèque). La production de blé et d'orge y est favorisée par des conditions climatiques en général satisfaisantes en 2007 ; le prix augmente malgré l'abondance de la récolte.

Dans le deuxième groupe, le résultat agricole net par actif augmente de 7 % à 15 %. Trois grands pays producteurs de céréales s'y trouvent, qui bénéficient de la flambée des cours : la France, l'Allemagne et l'Espagne. Toutefois, en Allemagne comme en France, certaines régions sont affectées par des intempéries et la récolte de céréales se contracte. Par ailleurs, l'Allemagne bénéficie aussi de la hausse du prix du lait tandis qu'en Espagne la main-d'œuvre agricole se réduit sensiblement.

Dans le troisième groupe, le résultat agricole net par actif augmente modérément, de 2 % à 6 %. Ce groupe comprend des pays où l'élevage est dominant (Royaume-Uni, Danemark, Belgique) ainsi que les Pays-Bas où les céréales pèsent peu dans le résultat de la branche agricole.

Enfin, dans le quatrième groupe, le résultat agricole net par actif baisse. Il est composé de huit pays du sud de l'Europe qui connaissent des conditions climatiques particulièrement défavorables (sécheresse et canicule, ou bien fortes intempéries pour le Portugal). La baisse est la plus marquée en Roumanie (− 17 % en termes réels) et en Bulgarie (− 8 %). Elle est moindre au Portugal et en Italie.

Dans l'Union européenne à vingt-sept, le résultat agricole net par actif a augmenté en termes réels de 16 % depuis l'année 2000 (graphique 2), selon les données disponibles en janvier 2008. La hausse est modérée en France et en Espagne. Elle est forte en Allemagne (+ 33 %), mais les évolutions ont été brutales certaines années en raison notamment des fluctuations des prix des pommes de terre et des porcins. À l'inverse, en Italie (− 18 %), la dégradation est quasiment continue depuis 1999 ; cette évolution tient notamment à la baisse du prix du vin (− 47 % en termes réels hors subventions), des produits maraîchers et de la production animale.

Graphique 2 – Union européenne : résultat agricole net par actif en termes réels

  • Avertissement : pour la France, les données sont antérieures à celles présentées dans le tableau 3, établies en mai 2008.
  • Source : Eurostat, compte européen de l'agriculture arrêté fin janvier 2008.

Sources

Comptes européens et comptes français

Ces comptes sont établis selon la méthodologie et les concepts du Système européen des comptes (SEC) en base 2000.

Les comptes européens de l'agriculture sont publiés par l'Office statistique des Communautés européennes (Eurostat). Ils sont établis sur la base de données prévisionnelles fournies en novembre et en janvier par les États membres. Les résultats présentés dans cet Insee Première pour l'Union européenne (y compris pour la France au sein de l'Union) proviennent du deuxième compte prévisionnel, établi par Eurostat en janvier 2008.

Pour la France, le compte provisoire 2007 repose maintenant sur des informations disponibles en mai 2008, plus complètes que celles des comptes européens. Ce compte provisoire est sensiblement révisé à la hausse par rapport au compte prévisionnel, notamment du fait de la volatilité des prix agricoles en fin de campagne de commercialisation.

Définitions

La production au prix de base est égale à la production valorisée au prix auquel vend le producteur, plus les subventions sur les produits qu'il perçoit, moins les impôts spécifiques sur les produits qu'il reverse.

Les consommations intermédiaires correspondent aux biens et services qui entrent dans le processus de production. Elles comprennent les services d'intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim). Les Sifim représentent la part des services rendus par les intermédiaires financiers qui n'est pas facturée à la clientèle. Pour ces services, les intermédiaires financiers se rémunèrent en prenant une marge de taux d'intérêt sur les dépôts de leurs clients et sur les prêts (crédits) qu'ils leur accordent.

La valeur ajoutée est égale à la production valorisée au prix de base dont on retranche les consommations intermédiaires.

Les subventions à l'agriculture sont classées par la comptabilité nationale en subventions sur les produits et en subventions d'exploitation :

− les subventions sur les produits comprennent les aides qui restent couplées à la production (paiement à la surface pour les grandes cultures, prime à la vache allaitante...) ;

− les subventions d'exploitation comprennent le paiement unique, les aides pour calamités agricoles, les contrats d'agriculture durable...

La consommation de capital fixe mesure la dépréciation annuelle liée à l'usure et à l'obsolescence du capital, lequel est évalué à son coût de remplacement. Elle est évaluée pour l'ensemble des biens de capital fixe de la branche agricole (plantations, matériels et bâtiments) à l'exception des animaux.

Plusieurs indicateurs sont définis à partir des soldes comptables :

− le résultat agricole net correspond à la « valeur ajoutée nette au coût des facteurs » (valeur ajoutée nette + subventions d'exploitation − autres impôts sur la production dont impôts fonciers). Son évolution peut être rapportée à celle du nombre total d'unités de travail annuel (ou équivalents temps plein) : on obtient ainsi l'évolution du résultat agricole net par actif. Elle est aussi présentée en termes réels.

− le revenu net d'entreprise agricole est égal au résultat agricole net, diminué des salaires, des cotisations sociales sur les salaires, des intérêts dus et des charges locatives nettes. Son évolution peut être rapportée à celle du nombre d'unités de travail annuel des non-salariés (ou équivalents temps plein) : on obtient l'évolution du revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié. Elle est aussi présentée en termes réels.

Les indicateurs de revenu de la France et toutes les données européennes (de la production aux indicateurs de revenu) sont présentés en termes réels : les évolutions à prix courants sont divisées par un indice qui reflète l'évolution générale des prix dans chacun des États membres. Vu les grandeurs considérées, on n'utilise pas l'indice des prix à la consommation, mais l'indice de prix du produit intérieur brut (PIB) qui couvre l'ensemble du champ de l'économie. Ainsi, l'évolution d'un prix ou d'un revenu calculée en termes réels est positive ou négative selon qu'elle est supérieure ou inférieure à l'évolution générale des prix.