Les comptes prévisionnels de l’agriculture pour 2007Envolée des prix des céréales et hausse du revenu agricole

Claire Lesdos-Cauhapé, division Agriculture, Insee

En 2007, la valeur de la production agricole est tirée à la hausse par la flambée des prix des céréales et des oléo-protéagineux. En revanche, les charges des éleveurs sont alourdies par cette envolée des prix qui se répercute sur les aliments pour animaux. Globalement, le revenu de la branche agricole s’améliore fortement, mais la situation est contrastée selon les activités, avec en particulier, un revenu en forte hausse pour les céréaliers, mais en baisse pour les éleveurs. L’emploi agricole continue à décroître. Ainsi, d’après les estimations du compte prévisionnel de l’agriculture, le résultat agricole net par actif augmenterait d’environ 8 % en termes réels en 2007 et le revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié de 12 %.

Envolée des prix des végétaux

En 2007, la valeur de la production agricole, hors subventions sur les produits, s’accroît de 8 % par rapport à 2006, soit une hausse de 4,7 milliards d’euros, dont 4,1 milliards pour les seuls céréales, oléagineux et protéagineux dont les prix continuent à flamber (graphique 1 et tableau 1).

En 2007, les récoltes de céréales diminuent à nouveau et se situent à 8 % en dessous de leur niveau moyen des cinq dernières années. Les pluies de l’été ont réduit les rendements de toutes les céréales hormis ceux du maïs. Les prix continuent à s’envoler dans le sillage des cours mondiaux. Pour le blé tendre, la hausse est estimée à 60 %. L’offre mondiale est limitée, car les rendements ont été affectés par les pluies estivales en Europe, la sécheresse en Australie et le grand froid en Ukraine et en Russie. À ces évolutions conjoncturelles, s’ajoute une demande mondiale restée ferme, du fait des besoins croissants des pays émergents comme l’Inde et la Chine et du développement des biocarburants. De ce fait, les stocks mondiaux n’ont jamais été aussi faibles depuis trente ans. Le prix de l’orge suit la spirale haussière du blé et augmente aussi de l’ordre de 60 %. Pour le maïs, dont le bilan mondial est légèrement excédentaire, le prix s’accroît un peu moins (+ 35 %).

La récolte d’oléagineux augmente de 7,5 %. Elle est en hausse pour le colza malgré un léger repli des rendements, car les superficies s’accroissent encore fortement avec le développement des biocarburants. En revanche, la récolte baisse pour le tournesol du fait de la réduction des surfaces au bénéfice du blé et du colza, plus attractifs. Le prix du colza se raffermit encore, mais c’est surtout le prix du tournesol, déjà élevé les trois années précédentes, qui flambe en raison d’une demande mondiale importante et d’un fort recul de la production. La récolte de protéagineux chute pour la troisième année consécutive en raison de la forte baisse des surfaces, ce qui fait flamber les prix.

En raison de la réforme du marché du sucre (Organisation commune des marchés) de 2006, la production de betteraves sucrières diminue et son prix baisse pour s’aligner progressivement sur le prix mondial. La production des autres betteraves, notamment celles à usages énergétiques, progresse fortement.

Les récoltes de fruits et de légumes diminuent sensiblement, en raison des conditions climatiques pour la cerise et l’abricot notamment, ou pour des raisons structurelles liées au recul des surfaces pour la fraise, la pêche et le concombre. Les prix sont globalement stables, sauf pour la cerise, le raisin et la courgette pour lesquels ils sont bien supérieurs à ceux de 2006.

Les quantités de pommes de terre de conservation augmentent du fait de l’amélioration des rendements favorisés par les pluies de l’été et les prix reculent, après une hausse importante en 2006.

Après avoir fortement baissé ces deux dernières années, la production de vin diminue à nouveau en 2007. Seul le volume des vins de champagne s’accroît et leur prix continue à progresser régulièrement. Le climat défavorable a entraîné l’apparition de maladies comme le mildiou et a pénalisé les rendements. La baisse des disponibilités et la reprise de la demande extérieure permettent une augmentation sensible des prix.

Graphique 1 – Variation de la valeur de la production agricole hors subventions entre 2006 et 2007

  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l’agriculture arrêtés en novembre 2007.

Tableau 1 – De la production à la valeur ajoutée

De la production à la valeur ajoutée
Valeur 2007 Évolution 2007/2006 (en %)
(en milliards d’euros) Volume Prix Valeur
Production hors subventions (a) 63,0 − 0,8 8,9 8,0
dont produits végétaux 37,3 − 1,4 14,6 13,0
Céréales 10,6 − 3,7 53,5 47,9
Oléagineux, protéagineux 2,1 2,6 37,1 40,7
Betteraves industrielles 0,8 6,0 − 9,0 − 3,5
Autres plantes industrielles1 0,5 − 7,0 11,0 3,2
Fruits, légumes, pommes de terre 6,9 − 2,7 − 4,0 − 6,6
Vins 9,2 − 1,4 8,1 6,6
Fourrages, plantes, fleurs 7,1 0,9 1,4 2,2
dont produits animaux 22,4 0,1 1,4 1,5
Bétail (bovins, porcins, ovins, caprins, équidés) 10,3 -0,1 − 4,4 − 4,6
Volailles, œufs 3,9 2,8 10,6 13,7
Lait et autres produits de l’élevage 8,2 -0,8 5,3 4,5
dont services 2 3,3 0,0 2,0 2,0
Subventions sur les produits (b) 2,5 − 1,7 1,3 − 0,5
Production au prix de base 3 (c) = (a) + (b) 65,5 − 0,8 8,5 7,7
Consommations intermédiaires (hors TVA déductible) (d) 37,5 1,0 5,4 6,5
dont achats 28,2 1,0 6,6 7,7
dont SIFIM4 0,7 3,5 − 8,5 − 5,3
Valeur ajoutée brute (e) = (c) − (d) 28,0 − 3,3 13,0 9,3
Consommation de capital fixe 3 (f) 9,7 0,6 2,3 3,0
Valeur ajoutée nette 5 (g) = (e) − (f) 18,3 − 5,5 19,7 13,0
  • 1. Autres plantes industrielles : tabac, lin, textile, houblon, canne à sucre, etc.
  • 2. Services : production des entreprises de travaux agricoles, des coopératives d’utilisation de matériel agricole, services entre agriculteurs, agri-tourisme ...
  • 3. Voir définitions.
  • 4. Services d’intermédiation financière indirectement mesurés.
  • 5. Nette de la consommation de capital fixe.
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l’agriculture arrêtés en novembre 2007.

Hausse du prix du lait, baisse du prix des porcins

Le volume de production est stable pour l’ensemble du bétail.

Le prix des gros bovins diminue sensiblement, − 4 % par rapport au niveau élevé de 2006. Le volume de production s’accroît très légèrement. Freinées par les mesures sanitaires liées à la fièvre aphteuse et à la fièvre catarrhale, les exportations d’animaux vivants fléchissent, et les abattages sur place sont en hausse. Le prix des veaux s’accroît de 4 %, après une hausse sensible en 2006, tandis que le volume de production se replie à nouveau cette année, en raison de l’érosion du cheptel laitier.

Pour les porcins, les prix chutent fortement (− 10 %), en raison d’une offre excédentaire, alors que, dans le même temps, l’alimentation animale renchérit en lien avec la hausse du prix des céréales et des oléo-protéagineux depuis 2006.

Le volume de production de l’ensemble des volailles se redresse, après une année de baisse sensible due à la crainte suscitée par le virus de la grippe aviaire. Le redressement est très marqué pour les poulets, tandis que la baisse continue pour les dindes, concurrencées par les importations et touchées par les pertes de débouchés intérieurs et extérieurs. Les prix à la production, qui répercutent la hausse du prix des aliments pour volailles, augmentent pour toutes les espèces. Il en est de même pour les œufs dont la production continue à décroître, d’autant plus que les mises en place de poulettes pondeuses ont diminué en 2006 et au premier semestre 2007.

Alors que les cours mondiaux s’envolent, la collecte de lait continue à diminuer avec le repli des effectifs de vaches laitières. Après quatre années consécutives de déficit, la sous-réalisation du quota pourrait encore s’accentuer. Le prix du lait se redresse, car des revalorisations ont été accordées au deuxième semestre 2007.

Le coût des intrants augmente en lien avec le prix des céréales

La valeur des consommations intermédiaires de la branche agriculture augmente sensiblement en 2007 (+ 6,5 %), du fait d’une légère hausse des volumes, mais surtout d’une augmentation du prix des intrants.

Les achats d’aliments pour animaux (hors produits agricoles intra-consommés) constituent le poste principal des dépenses de l’agriculture. Ils pèsent pour moitié dans l’alourdissement des charges ; leur valeur augmente de 18 % du fait de la très forte hausse des prix (+ 15 %) liée à la flambée des cours des céréales. L’augmentation des quantités achetées provient des aliments pour les volailles et les gros bovins.

Les dépenses en produits de protection des cultures sont en hausse (+ 6 %) après une année de repli : les achats de fongicides augmentent fortement en volume pour lutter contre le développement du mildiou sur les vignes et les cultures de pommes de terre. Les achats d’engrais restent stables en volume, mais s’accroissent nettement en prix (+ 5 %) pour la quatrième année consécutive. Sur l’ensemble de l’année, la facture énergétique reste stable. En moyenne annuelle, le prix du fioul domestique, première source d’énergie consommée par l’agriculture, serait en légère baisse par rapport à 2006.

La hausse de la valeur des intrants pèse principalement sur les charges des éleveurs, alors que les prix à la production du bétail, en particulier ceux du porc, diminuent.

Le revenu de la branche agriculture augmenterait

Après la réforme des aides en 2006, les subventions sur les produits se stabilisent à 2,5 milliards d’euros.

La valeur de la production au prix de base (y compris les subventions sur les produits) présente une évolution semblable à celle de la production hors subventions (+ 7,7 % par rapport à 2006). La hausse est forte pour les productions végétales (+ 12,5 %), plus modérée pour les productions animales (+ 1,4 %), et même en recul pour le bétail (− 4,2 %).

Comme la valeur de la production au prix de base augmenterait plus fortement que la valeur des consommations intermédiaires et que la consommation de capital fixe, la valeur ajoutée nette de la branche agricole se redresserait nettement (+ 13 %).

Les subventions d’exploitation versées à la branche agriculture sont comparables à celles de 2006. Elles s’élèvent à 7,2 milliards d’euros (tableau 2). Le paiement unique à l’exploitation reste stable en 2007. Depuis la réforme de 2006, le paiement unique constitue l’essentiel des aides directes perçues par les agriculteurs. Il est assis sur des références historiques, fonction des subventions antérieurement perçues.

Après prise en compte des subventions d’exploitation et des impôts, le résultat agricole net augmenterait de 7,6 % en 2007.

La baisse du volume de l’emploi agricole total étant estimée à 1,9 % (tableau 3), le résultat agricole net par actif progresserait un peu plus (+ 9,7 %). Le prix du PIB augmentant de 2,0 %, le résultat agricole net par actif en termes réels (graphique 2) gagnerait 7,5 % en 2007, après 9,1 % en 2006.

Les salaires versés par les unités agricoles s’accroissent de 3,0 % sous l’effet d’une progression du salaire horaire. Les cotisations sociales des salariés à la charge de l’employeur augmentent de 2,6 %. Les fermages s’accroissent de 1,4 %.

Le montant des intérêts dus par la branche agricole augmente de 2,6 %, après une stabilité en 2006. L’encours des prêts diminue globalement, mais l’encours des prêts non bonifiés progresse de 2 %. Ainsi, bien que le taux d’intérêt des prêts non bonifiés continue à baisser en 2007, le taux d’intérêt apparent global remonte pour se situer à 4,6 % en 2007 après 4,4 % en 2006 ; il était de 7,4 % en 1990.

Au total, le revenu net d’entreprise agricole s’accroîtrait en 2007 (+ 11,1 %). La baisse du volume de l’emploi non salarié étant estimée à 2,8 %, le revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié progresserait en 2007 de 14,3 %, soit un gain de 12,1 % en termes réels après une hausse de 16,1 % en 2006. Ces deux années de hausse succèdent à une baisse quasi continue du revenu depuis 1999 (graphique 2).

Compte tenu des incertitudes dans l’estimation de la hausse du prix des céréales et oléo-protéagineux, on retiendra une évolution prévisionnelle du résultat agricole net par actif en termes réels de l’ordre de 8 % en 2007 après 9 % en 2006, et du revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié de l’ordre de 12 % après 16 % en 2006.

Graphique 2 – Évolution du résultat agricole net par actif en termes réels

  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l’agriculture arrêtés en novembre 2007.

Tableau 2 – De la valeur ajoutée au revenu d’entreprise agricole

De la valeur ajoutée au revenu d’entreprise agricole
Valeur 2007 (en milliards d’euros) Évolution 2007/2006 (en %)
Valeur ajoutée nette (a) 18,3 13,0
Subventions d’exploitation (b) 7,2 − 4,3
dont bonifications d’intérêts 0,2 − 12,2
Autres impôts sur la production (c) 1,4 6,7
− Impôts fonciers 0,9 7,9
− Autres 0,5 4,8
Résultat agricole net (d) = (a) + (b) - (c) 24,0 7,6
Rémunération des salariés (e) 6,6 2,9
Intérêts hors SIFM1 (f) 1,3 5,4
(pour mémoire : intérêts dus) 1,8 2,6
Charges locatives nettes (g) 2,0 1,4
Revenu net d’entreprise agricole (h) = (d) - (e) - (f) - (g) 14,2 11,1
  • 1. Services d’intermédiation financière indirectement mesurés.
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l’agriculture arrêtés en novembre 2007.

Tableau 3 – Évolution du résultat et du revenu d’entreprise agricole entre 2006 et 2007

Évolution du résultat et du revenu d’entreprise agricole entre 2006 et 2007
en %
Résultat agricole net 7,6
Résultat agricole net par actif 9,7
Résultat agricole net par actif en termes réels 7,5
Revenu net d’entreprise agricole 11,1
Revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié 14,3
Revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié en termes réels 12,1
Évolution du prix du produit intérieur brut 2,0
Évolution du nombre d’UTA 1 total − 1,9
Évolution du nombre d’UTA des actifs non salariés − 2,8
  • 1. Unités de travail annuel (équivalent temps plein de l’agriculture).
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l’agriculture arrêtés en novembre 2007.

Sources

Le compte spécifique de la branche agriculture est établi selon la méthodologie et les concepts du Système européen des comptes (SEC) en base 2000.

À la demande de la Commission européenne, Eurostat publie au mois de décembre de chaque année un compte agricole prévisionnel pour l’ensemble de l’Union européenne. Le compte français est présenté à la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation de décembre.

Définitions

Les évolutions mesurées en termes réels correspondent aux évolutions à prix courants divisées par un indice de prix. Vu les grandeurs considérées, on n’utilise pas l’indice des prix à la consommation, mais l’indice de prix du produit intérieur brut (PIB).

Le prix de base, auquel est valorisée la production, est égal au prix de marché auquel vend le producteur plus les subventions sur les produits qu’il perçoit, moins les impôts spécifiques sur les produits qu’il reverse.

Les subventions à l’agriculture sont scindées en subventions sur les produits et en subventions d’exploitation :

− les subventions sur les produits comprennent notamment la part des aides qui reste couplée à la production ;

− les subventions d’exploitation comprennent notamment les paiements uniques issus de la réforme de la Pac, les aides pour calamités agricoles et les contrats d’agriculture durable.

La consommation de capital fixe mesure la dépréciation annuelle liée à l’usure et à l’obsolescence du capital, lequel est évalué à son coût de remplacement.

Le résultat agricole net correspond à la «valeur ajoutée nette au coût des facteurs » (valeur ajoutée nette + subventions d’exploitation − autres impôts sur la production dont impôts fonciers). Il s’agit du revenu de la branche agriculture (exploitants et salariés). Son évolution peut être rapportée à celle du nombre d’unités de travail annuel total (en équivalent temps plein) : on obtient ainsi l’évolution du résultat agricole net par actif. Elle est aussi présentée en termes réels.

− le revenu net d’entreprise agricole est égal à : résultat agricole net − salaires − cotisations sociales sur les salaires − intérêts versés − charges locatives nettes. Son évolution peut être rapportée à celle du nombre d’unités de travail annuel des non-salariés (en équivalent temps plein) : on obtient l’évolution du revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié qui reflète l’évolution du revenu par exploitant. Elle est aussi présentée en termes réels.