Les comptes prévisionnels de l’agriculture pour 2008Chute des prix des céréales, baisse du revenu agricole

Claire Lesdos-Cauhapé, division Agriculture, Insee

L’année agricole 2008 est marquée par l’abondance des récoltes de céréales et la chute de leurs prix. À l’inverse, les prix des volailles et des porcs, qui répercutent la hausse du coût de l’alimentation animale, se redressent. Malgré une baisse au second semestre, le prix du lait augmente en moyenne annuelle. Au total, la valeur de la production agricole s’accroît de 3,9 % par rapport à 2007. Par ailleurs, les charges des agriculteurs sont également alourdies par la flambée des prix des engrais et du fioul. Globalement, le revenu de la branche agricole diminue nettement. L’emploi agricole continue à décroître. Ainsi, d'après les estimations du compte prévisionnel de l’agriculture, le résultat agricole net par actif baisserait de 9 % en termes réels en 2008 et le revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié de 15 %.

Chute des prix des grandes cultures

En 2008, la valeur de la production agricole, hors subventions sur les produits, s’accroît de 3,9 % par rapport à 2007, soit une hausse de 2,5 milliards d’euros. La valeur de la production animale augmente de 2,7 milliards, mais celle de la production végétale décroît de 0,3 milliard (graphique 1 et tableau 1).

En 2008, les récoltes de céréales s’accroissent fortement sous l’effet conjugué d’une hausse des surfaces et des rendements. Les prix chutent en 2008 après avoir flambé en 2007 et 2006. En effet, pour la campagne 2008-2009, le bilan mondial des céréales est excédentaire et les stocks devraient se reconstituer, hormis pour le maïs. Les cours mondiaux sont en baisse sous l’impact de l’abondance des récoltes et les marchés financiers ont entraîné les matières premières agricoles dans leur spirale baissière. En France, la baisse du prix du blé tendre est estimée à 20 %. Les disponibilités ukrainiennes en blé fourrager sont très abondantes et pèsent sur les prix. Le prix de l’orge ne baisse que de 7 % en raison de la très bonne qualité des orges de brasserie. Pour le maïs, le bilan mondial est déficitaire, mais le bilan européen est excédentaire. De plus, il est concurrencé dans l’alimentation animale par le blé fourrager. Son prix baisse fortement (− 38 %).

La récolte d’oléagineux augmente de 7 %. Elle est en légère hausse pour le colza malgré le repli des superficies, car les rendements s’améliorent nettement. Pour le tournesol, c’est la hausse des surfaces qui entraîne une forte croissance de la production. Le prix du colza est en recul (− 10 %) ; celui du tournesol diminue beaucoup plus fortement (− 30 %) du fait de la nette progression des récoltes en Europe et dans les pays de la mer Noire. La récolte de protéagineux continue à décroître en raison du repli des surfaces. C’est le pois qui est en recul tandis que la féverole est en progression. Le prix des protéagineux diminue sous l’effet des prix ukrainiens très attractifs.

En raison de la réforme du marché du sucre de 2006 (Organisation commune des marchés), la production de betteraves sucrières diminue et son prix baisse pour s’aligner progressivement sur le prix mondial. La production des autres betteraves, essentiellement à usages énergétiques, se réduit aussi.

Les récoltes de fruits diminuent, en raison des conditions climatiques pour la cerise et l’abricot, ou pour des raisons structurelles liées au recul des surfaces pour la fraise, la pêche, la pomme et la poire. Malgré la hausse des prix, la campagne a été défavorable pour les fruits d’été. En revanche, pour les poires et les prunes, les prix sont restés très soutenus. Les récoltes de légumes sont globalement stables. Les prix ont légèrement diminué. La campagne a été défavorable pour les tomates, les courgettes, les endives, mais elle a été favorable pour les carottes et les concombres.

Les quantités de pommes de terre de conservation diminuent sous l’effet d’une baisse des rendements, tout en restant supérieures à la moyenne quinquennale, et les prix se redressent très nettement ; la demande est soutenue sur le marché intérieur comme à l’exportation.

La production de vin diminue pour la quatrième année consécutive. Seul le volume des vins de champagne s’accroît et leur prix continue à progresser régulièrement. Les volumes des autres vins continuent à diminuer, en raison des arrachages et de la baisse des rendements due aux mauvaises conditions climatiques. La faiblesse des récoltes et la baisse des stocks permettent une augmentation sensible des prix.

Graphique 1 – Variation de la valeur de la production agricole au prix producteur hors subventions entre 2007 et 2008

  • Autres produits animaux (13,1 %) : lait et produits laitiers, autres produits de l'élevage.
  • Produits avicoles (6,4 %) : volailles, œufs.
  • Vins (15,1 %) : vins d'appellation d'origine, autres vins.
  • Bétail (16,6 %) : gros bovins, veaux, ovins, caprins, équidés, porcins.
  • Autres produits végétaux (11,0 %) : plantes fourragères (maïs fourrage, autres fourrages), plantes et fleurs.
  • Services (5,3 %) : activités principales de travaux agricoles, activités secondaires de services.
  • Fruits (4,4 %) : fruits frais.
  • Légumes (5,0 %) : légumes frais, pommes de terre.
  • Plantes industrielles (5,4 %) : oléagineux, protéagineux, tabac, betteraves, autres plantes industrielles.
  • Céréales (17,6 %) : blé dur, blé tendre, maïs, orge, autres céréales.
  • Les chiffres entre parenthèses indiquent pour chaque groupe de produits sa part en valeur dans l'ensemble de la production agricole de 2007.
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l'agriculture arrêtés en novembre 2008.

Tableau 1 – De la production à la valeur ajoutée

De la production à la valeur ajoutée
Valeur 2008 (en milliards d'euros) Évolution 2008/2007 (en %)
Volume Prix Valeur
Production hors subventions (a) 66,7 3,0 0,8 3,9
dont produits végétaux 37,8 4,4 − 5,0 − 0,8
Céréales 10,3 17,9 − 21,6 − 7,6
Oléagineux, protéagineux 1,9 5,6 − 15,6 − 10,8
Betteraves industrielles 0,7 − 10,0 − 4,0 − 13,6
Autres plantes industrielles1 0,4 2,9 5,8 8,9
Fruits, légumes, pommes de terre 7,2 − 4,2 5,5 1,0
Vins 10,0 − 1,8 6,9 5,0
Fourrages, plantes, fleurs 7,3 1,8 2,6 4,4
dont produits animaux 25,5 1,1 10,5 11,6
Bétail (bovins, porcins, ovins, caprins, équidés) 10,9 − 0,2 4,4 4,2
Volailles, œufs 4,5 − 0,7 12,6 11,8
Lait et autres produits de l'élevage 10,0 3,5 17,0 21,0
dont services 2 3,5 0,0 4,0 4,0
Subventions sur les produits (b) 2,6 5,0 − 2,5 2,4
Production au prix de base 3 (c) = (a) + (b) 69,3 3,1 0,7 3,8
Consommations intermédiaires (hors TVA déductible) (d) 41,9 2,6 8,7 11,6
dont achats 32,7 3,4 10,7 14,5
dont SIFIM4 0,7 0,7 − 4,1 − 3,4
Valeur ajoutée brute (e) = (c) − (d) 27,4 3,7 − 9,5 − 6,2
Consommation de capital fixe 3 (f) 10,3 0,6 3,6 4,2
Valeur ajoutée nette 5 (g) = (e) − (f) 17,1 5,3 − 15,9 − 11,5
  • 1. Autres plantes industrielles : tabac, lin, textile, houblon, canne à sucre, etc.
  • 2. Services : production des entreprises de travaux agricoles, des coopératives d'utilisation de matériel agricole, services entre agriculteurs, agri-tourisme ...
  • 3. Voir définitions.
  • 4. Services d'intermédiation financière indirectement mesurés.
  • 5. Nette de la consommation de capital fixe.
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l'agriculture arrêtés en novembre 2008.

Hausse du prix du lait et des produits de l’élevage hors sol

Le volume de production est quasi stable pour l’ensemble du bétail.

Le prix des gros bovins se redresse (+ 3 %) en raison d’une offre peu abondante. Le volume de production décroît très légèrement. Les abattages sont en baisse et les exportations continuent à fléchir, freinées par les mesures sanitaires liées à la fièvre catarrhale ; les effectifs s’accroissent. Le prix des veaux décroît de 5 %, après deux années de hausse, tandis que le volume de production augmente.

Pour les porcins, les prix se redressent de 12 %, après avoir chuté en 2007. Ce renchérissement prend en compte la hausse du coût de l’alimentation animale. Le volume de production reste stable. Pour les ovins, les prix restent fermes et le volume décline pour répondre à la baisse structurelle de la consommation.

Le volume de production de l’ensemble des volailles est légèrement inférieur à son niveau de 2007, mais nettement inférieur à celui de 2005, d’avant la crise de l’influenza aviaire. Seuls les abattages de poulets sont en légère hausse, tandis que ceux de dindes continuent à diminuer. Les prix à la production, qui répercutent la hausse du prix des aliments pour volailles, augmentent fortement pour toutes les espèces. Pour les œufs, dont la production se stabilise, la modération de l’offre entraîne une fermeté des prix qui sont supérieurs de 6 % à ceux de 2007.

La collecte de lait augmente en 2008, les éleveurs ayant réagi à l’envolée du prix du lait au deuxième semestre 2007 par un maintien en production des vaches et une alimentation plus riche. Le prix du lait s’accroît en moyenne annuelle : la croissance a été forte au premier semestre, puis la tendance s’est inversée en raison de la forte baisse du prix des produits laitiers industriels.

Le coût des intrants augmente fortement

La valeur des consommations intermédiaires de la branche agriculture augmente fortement en 2008 (+ 11,6 %), du fait d’une hausse des volumes, mais surtout d’une forte progression des prix des intrants. L’augmentation est encore plus importante qu’en 2007 (+ 7,2 %).

Les achats d’aliments pour animaux (hors produits agricoles intra-consommés) constituent le poste principal des dépenses de l’agriculture. Ils progressent de 17,3 % du fait de la très forte hausse des prix (+ 15 %) liée à la flambée des cours des céréales de la campagne précédente. La hausse des quantités achetées provient des aliments pour bovins, notamment pour vaches laitières, car les éleveurs ont été incités par la hausse du prix du lait à retarder les mises à la réforme de leurs vaches et à renforcer leur alimentation en concentrés.

Les achats d’engrais progressent fortement en volume en raison de l’augmentation des surfaces et de la recherche de meilleurs rendements ; les prix s’envolent (+ 26 %) en raison de la hausse du prix du gaz naturel entrant dans la fabrication des engrais azotés. Les dépenses en produits de protection des cultures sont en hausse (+ 10,2 %) : les achats de fongicides augmentent en volume en raison de la progression des surfaces, mais l’emploi d’insecticides baisse fortement. La facture énergétique fait un bond en 2008 (+ 19,5 %) ; le prix du fioul domestique, première source d’énergie consommée par l’agriculture, a augmenté de plus de 50 % au premier semestre 2008.

La hausse de la valeur des intrants pèse principalement sur les charges des éleveurs.

Le revenu de la branche agriculture diminuerait

Les subventions sur les produits s’élèvent à 2,6 milliards d’euros. Elles augmentent de 2,4 % en raison de la hausse des aides aux grandes cultures qui restent couplées à 25 % avec des récoltes plus abondantes que l’an passé et aussi de la progression de la prime au maintien de la vache allaitante due à l’accroissement des troupeaux.

La valeur de la production au prix de base, y compris les subventions sur les produits, augmente (+ 3,8 % par rapport à 2007) au même rythme que la production hors subventions. Elle est en baisse pour les productions végétales (− 0,6 %), mais en forte hausse pour les productions animales (+ 11,1 %) en raison de la hausse des prix des porcs, des volailles et du lait.

Comme la valeur de la production au prix de base augmenterait moins fortement que la valeur des consommations intermédiaires et que la consommation de capital fixe, la valeur ajoutée nette de la branche agricole baisserait fortement (− 11,5 %), tout en restant supérieure à son niveau de 2006.

Les subventions d’exploitation versées à la branche agriculture sont comparables à celles de 2006 et 2007. Elles s’élèvent à 7,3 milliards d’euros (tableau 2). Le paiement unique à l’exploitation reste stable en 2008 comme en 2007. Depuis la réforme de 2006, le paiement unique constitue l’essentiel des aides directes perçues par les agriculteurs ; il est assis sur des références historiques, fonction des subventions antérieurement perçues.

Après prise en compte des subventions d’exploitation et des impôts, le résultat agricole net baisserait de 8,9 % en 2008.

La baisse du volume de l’emploi agricole total étant estimée à 1,9 % (tableau 3), le résultat agricole net par actif diminuerait un peu moins (− 7,1 %). Le prix du PIB augmentant de 2,3 %, le résultat agricole net par actif en termes réels (graphique 2) perdrait 9,2 % en 2008, après une croissance de 10,7 % en 2007.

Les salaires versés par les unités agricoles s’accroissent de 0,6 % sous l’effet d’une progression du salaire horaire, le volume d’heures travaillées diminuant légèrement. Les cotisations sociales des salariés à la charge de l’employeur augmentent de 0,6 %. Les fermages s’accroissent de 5,4 %.

Le montant des intérêts dus par la branche agricole augmente de 4,9 %. L’encours des prêts augmente globalement de 2,6 %, en raison de la croissance de l’encours des prêts non bonifiés (+ 7,4 %). Ainsi, bien que le taux d’intérêt des prêts non bonifiés continue à baisser en 2008, le taux d’intérêt apparent global remonte très légèrement pour se situer à 4,58 % en 2008 après 4,55 % en 2007 ; il était de 7,4 % en 1990.

Au total, le revenu net d’entreprise agricole décroîtrait en 2008 (− 15,9 %). La baisse du volume de l’emploi non salarié étant estimée à 2,8 %, le revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié baisserait en 2008 de 13,5 %. Cela correspondrait à une diminution de 15 % en termes réels après deux années de croissance supérieure à 17 % qui succédaient à une baisse continue du revenu depuis 1999 (graphique 2).

Graphique 2 – Évolution du résultat agricole net par actif en termes réels

  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l'agriculture arrêtés en novembre 2008.

Tableau 2 – De la valeur ajoutée au revenu d'entreprise agricole

De la valeur ajoutée au revenu d'entreprise agricole
Valeur 2008 (en milliards d'euros) Évolution 2008/2007 (en %)
Valeur ajoutée nette (a) 17,1 − 11,5
Subventions d'exploitation (b) 7,3 0,3
dont bonifications d'intérêts 0,2 − 26,3
Autres impôts sur la production (c) 1,4 3,6
- Impôts fonciers 0,9 4,6
- Autres 0,5 2,0
Résultat agricole net (d) = (a) + (b)  −  (c) 23,0 − 8,9
Rémunération des salariés (e) 6,6 0,6
Intérêts hors SIFIM1 (f) 1,4 3,9
(pour mémoire : intérêts dus2) 1,9 4,9
Charges locatives nettes (g) 2,1 5,4
Revenu net d'entreprise agricole (h) = (d)  − (e)  −  (f)  − (g) 12,9 − 15,9
  • 1. Services d'intermédiation financière indirectement mesurés.
  • 2. Intérêts effectivement payés par la branche agriculture.
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l'agriculture arrêtés en novembre 2008.

Tableau 3 – Évolution du résultat et du revenu d'entreprise agricole entre 2007 et 2008

Évolution du résultat et du revenu d'entreprise agricole entre 2007 et 2008
en %
Résultat agricole net − 8,9
Résultat agricole net par actif − 7,1
Résultat agricole net par actif en termes réels − 9,2
Revenu net d'entreprise agricole − 15,9
Revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié − 13,5
Revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié en termes réels − 15,4
Évolution du prix du produit intérieur brut 2,3
Évolution du nombre d'UTA 1 total − 1,9
Évolution du nombre d'UTA des actifs non salariés − 2,8
  • 1. Unités de travail annuel (équivalent temps plein de l'agriculture).
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l'agriculture arrêtés en novembre 2008.

Sources

Le compte spécifique de la branche agriculture est établi selon la méthodologie et les concepts du Système européen des comptes (SEC) en base 2000.

À la demande de la Commission européenne, Eurostat publie au mois de décembre de chaque année un compte agricole prévisionnel pour l’ensemble de l’Union européenne. Le compte français est présenté à la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation de décembre.

Définitions

Les évolutions mesurées en termes réels correspondent aux évolutions à prix courants divisées par un indice de prix. Vu les grandeurs considérées, on n’utilise pas l’indice des prix à la consommation, mais l’indice de prix du produit intérieur brut (PIB).

Le prix de base, auquel est valorisée la production, est égal au prix de marché auquel vend le producteur plus les subventions sur les produits qu’il perçoit, moins les impôts spécifiques sur les produits qu’il reverse.

Les subventions à l’agriculture sont scindées en subventions sur les produits et en subventions d’exploitation :

− les subventions sur les produits comprennent notamment la part des aides qui reste couplée à la production ;

− les subventions d’exploitation comprennent notamment les paiements uniques issus de la réforme de la Pac, les aides pour calamités agricoles et les contrats d’agriculture durable.

La consommation de capital fixe mesure la dépréciation annuelle liée à l’usure et à l’obsolescence du capital, lequel est évalué à son coût de remplacement.

Le résultat agricole net correspond à la « valeur ajoutée nette au coût des facteurs » (valeur ajoutée nette + subventions d’exploitation − autres impôts sur la production dont impôts fonciers). Il s’agit du revenu de la branche agriculture (exploitants et salariés). Son évolution peut être rapportée à celle du nombre d’unités de travail annuel total (en équivalent temps plein) : on obtient ainsi l’évolution du résultat agricole net par actif. Elle est aussi présentée en termes réels.

Le revenu net d’entreprise agricole est égal à : résultat agricole net − salaires − cotisations sociales sur les salaires − intérêts versés − charges locatives nettes. Son évolution peut être rapportée à celle du nombre d’unités de travail annuel des non-salariés (en équivalent temps plein) : on obtient l’évolution du revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié qui reflète l’évolution du revenu par exploitant. Elle est aussi présentée en termes réels.