Les services marchands en 2006 : les nouvelles technologies  portent la croissance 

Marie-Élisabeth Hassan, Mahmoud Jlassi, Marie-Dominique Minne, Mustapha Okham, Isabelle Raton, division Services, Insee

L’activité des services marchands accélère en 2006. La production augmente de 3,1 % en volume, alors que celle de l’ensemble de l’économie progresse de 2,4 %. Près de 98 000 emplois salariés ont été créés dans les services marchands, soit une augmentation de 2,0 %. La progression des services marchands est tirée en 2006 par le dynamisme des activités liées aux nouvelles technologies de l’information et de la communications : l’activité des services informatiques progresse de 6,2 %, celle des télécommunications de 6,0 %. Moins attendue, la location sans opérateur réalise une belle performance avec une croissance de 6,0 % également. Les activités de promotion et de location immobilières se redressent, mais les services aux particuliers (hors services domestiques) s’essoufflent et freinent la croissance de l’ensemble des services marchands, avec une progression globale de 1,0 %. Quelques segments d’activité tirent toutefois leur épingle du jeu, comme la projection de films (+ 7,4 %) ou les activités de spectacles (+ 6,9 %).

Dynamisme des services aux entreprises

L'activité des services marchands accélère en 2006, et s’établit à + 3,1 % (graphique 1). Ce dynamisme repose sur la vivacité de la demande intérieure, aussi bien des entreprises que des ménages (tableau). La production ne satisfait pas totalement la demande : les importations augmentent de plus d’un milliard d’euros en 2006, alors que les exportations baissent sensiblement, notamment dans l’ingénierie. Le développement de l’activité des services marchands s’accompagne en 2006 de 98 000 créations d’emplois salariés en moyenne annuelle, soit une croissance des effectifs salariés de 2,0 % (+ 0,8 % dans l’ensemble des secteurs principalement marchands).

La croissance des services marchands est tirée en 2006 par le dynamisme de l’activité des services aux entreprises, + 4,0 %, et dans une moindre mesure par celui des activités immobilières, + 2,7 %. Après le creux de 2003, la production des services aux entreprises croît à un rythme de plus en plus rapide, sans toutefois atteindre celui de la fin des années quatre-vingt-dix. Plus réservée, la croissance des services aux particuliers, + 1,0 %, est moins vive depuis 2004. L’emploi salarié suit la même tendance en 2006, avec une évolution de + 1,0 % des effectifs.

Les prix de production, + 2,3 % en 2006 pour l’ensemble des services marchands, accélèrent doucement depuis 2004. Cette croissance tient surtout à celle du prix des activités immobilières (+ 4,2 %) et des services aux particuliers (+ 2,2 %). Au contraire, la croissance des prix de production des services aux entreprises s'atténue. Elle n’est que de 1,2 % en 2006.

Graphique 1 – Production des services marchands

  • Source : comptes des services, Insee.

Tableau – Équilibre ressources-emplois des services marchands

Équilibre ressources-emplois des services marchands
Valeur en millions d’euros - Volume : taux de croissance en volume (%) - Prix : taux de croissance du prix (%)
2001 2002 2003 2004 2005* 2006*
volume prix valeur volume prix valeur volume prix valeur volume prix valeur volume prix valeur
Production de la branche (1) 714 844 2,0 2,2 745 338 1,6 1,6 769 467 3,1 2,0 808 955 2,7 2,1 848 410 3,1 2,3 894 674
Transferts** (2) 21 550 -0,6 1,3 21 705 4,9 1,1 23 014 4,3 1,4 24 323 3,5 0,7 25 337 0,7 1,3 25 839
Impôts moins subventions (3) 12 354 7,1 -0,6 13 164 4,1 -0,1 13 690 11,0 0,8 15 313 3,8 2,8 16 344 5,5 6,4 18 337
Importations (4) 23 377 1,1 1,4 23 977 -0,7 2,3 24 350 0,9 1,3 24 884 6,9 3,1 27 441 2,3 1,6 28 521
Total des ressources (1) + (2) + (3) + (4) 772 125 2,0 2,1 804 184 1,6 1,6 830 521 3,2 1,9 873 475 2,9 2,1 917 532 3,1 2,3 967 371
Consommations intermédiaires ***(5) 425 791 1,2 1,9 438 983 0,9 1,6 449 938 3,2 1,8 472 685 2,8 1,7 493 861 3,2 2,0 519 937
Consommation finale (6) 260 667 3,3 2,4 275 765 2,6 2,2 289 013 2,8 2,4 304 033 2,3 2,9 320 205 3,0 2,5 337 954
Investissement (7) 60 362 1,6 2,5 62 905 3,6 -0,2 65 041 6,0 1,2 69 751 4,5 1,8 74 176 4,9 3,5 80 566
Exportations (8) 25 305 2,7 2,1 26 531 -0,3 0,3 26 529 0,6 1,2 27 006 5,9 2,5 29 290 -2,6 1,4 28 914
Total des emplois (5) + (6) + (7) + (8) 772 125 2,0 2,1 804 184 1,6 1,6 830 521 3,2 1,9 873 475 2,9 2,1 917 532 3,1 2,3 967 371
  • *Les comptes 2005 et 2006 sont provisoires. **Comprend les transferts de produits fatals (exemple : publicité de la presse) et les productions marchandes des branches non marchandes. *** La ligne consommation intermédiaire inclut les variations de stocks.
  • Source : comptes des services, Insee.

Les nouvelles technologies portent la croissance

La santé économique des services marchands résulte de la croissance énergique des branches d’activité liées aux technologies de l’information et de la communication (graphique 2). Ces activités poursuivent leur mutation. Les grandes entreprises et les administrations s’orientent de plus en plus vers le logiciel libre. La convergence des réseaux voix et données se poursuit. La messagerie mobile se développe. La géolocalisation, qui s’appuie sur des techniques de communication de machine à machine, connaît une croissance très rapide. Les outils d’administration à distance type Personal Digital Assistant (PDA) connaissent un vif succès.

En 2006, accompagnée d’une timide progression des prix (+ 0,6 %), l’activité des services informatiques augmente de 6,2 % en volume (+ 5,2 % en 2005). Cette croissance est poussée essentiellement par les investissements (+ 7,3 %) et les consommations des entreprises et des administrations publiques (+ 5,4 %).

Deuxième leader dans la croissance des services marchands en 2006, les télécommunications réalisent une progression de leur activité de 6,0 % en volume (+ 6,2 % en 2005), dans un contexte de baisse des prix de l’ensemble des communications électroniques (– 5,0 %). L’activité des télécommunications est largement stimulée par la demande des ménages (+ 10,1 %).

La croissance des revenus de la téléphonie mobile (+ 4,1 % en 2006) est alimentée par le développement de l’usage des « non voix », messages interpersonnels et accès à l'internet mobile et aux services multimédias. L’Autorité de régulation des télécommunications électroniques et des postes (Arcep) dénombre 51,7 millions de clients à la fin 2006, soit une progression de 7,4 % en un an. Les revenus de la téléphonie fixe diminuent de 5,4 %, ceux issus du segment « internet » augmentent de 18,6 %.

Nouveau segment dynamique des services marchands, les services de location sans opérateur confirment leur redressement, avec en 2006 une progression de 6,0 % de leur activité en volume, accompagnée d’une forte hausse des prix (2,8 %). En tête, la location de matériels de transport autres que les véhicules automobiles augmente son activité de 14,3 %, grâce à l’essor particulier de la location de matériels de pêche et de transport par eau ; ce succès est lié à la croissance des transports fluviaux ou maritimes de marchandises, due aux importations en provenance d’Asie. S’appuyant sur des prix atones, l’activité de location de machines de bureau et de matériel informatique se redresse avec une croissance de 6,4 %. La location de machines et équipements, hors machines de bureau et matériel informatique, profite de l’embellie du secteur de la construction. Son activité croît de 8,4 %.

Graphique 2 – Production des services marchands en 2006

  • Source : comptes des services, Insee.

Coup d’accélérateur pour le travail temporaire

La progression soutenue de la sélection et fourniture de personnel, + 4,7 % en 2006, est due au dynamisme du travail temporaire. Avec 616 000 équivalents-emplois à temps plein à la fin 2006, le volume des missions d’intérim augmente de 5,0 % par rapport à 2005, selon la Dares.

Les activités d’architecture, ingénierie, contrôle, particulièrement liées à l’industrie de la construction, progressent de 4,4 % en 2006. L’investissement des entreprises dans la branche ingénierie et études techniques augmente de 7,7 % et le déficit du commerce extérieur s’accentue. L’augmentation des constructions de logements neufs entraîne une augmentation de 8,8 % de la demande des ménages en activités d’architecture. Le contrôle et analyse technique bénéficie de l’externalisation des services d’analyses, d’essais et d’inspections techniques, ainsi que du renforcement des contrôles et des politiques de développement durable.

Services professionnels et publicité : moins performants qu’en 2005

En 2006, l’activité des services professionnels (juridiques, comptables et de conseil) ne progresse plus que de 3,2 % (+ 5,5 % en 2005). Cette croissance est tirée principalement par le conseil pour les affaires et la gestion, dont l’activité croît de 4,5 %, soutenue par la demande des entreprises. Par contre les exportations baissent fortement. Après une année 2005 exceptionnelle, la croissance des activités juridiques s'atténue (+ 2,9 %), alors que la bonne santé de l’immobilier favorise l’activité des notaires. Les activités comptables poursuivent une accélération modérée (+ 1,9 %) dans un environnement particulièrement favorable à la profession.

L’activité de la publicité et des études de marché progresse de 2,9 %, poursuivant le ralentissement engagé en 2005. Au sein de cette branche, seul le segment des études de marché et sondages connaît une accélération d’activité (+ 6,3 % en 2006). La croissance des activités de gestion de supports de publicité, liée à la conjoncture publicitaire des principaux médias, se réduit à + 2,9 % ; celle de la branche agences et conseil en publicité, + 2,2 %, marque un ralentissement après deux années de conjoncture favorable. La publicité par l'internet poursuit sa très forte progression.

Les activités immobilières se redressent

Après une année 2005 assez médiocre, les activités immobilières sont plus dynamiques. Elles progressent de 2,7 % en 2006, sous la poussée de la location immobilière, dont la croissance passe de 1,9 % à 2,8 % en 2006. Dans cette branche, le chiffre d’affaires de la location de logements accélère encore en 2006 (+ 6,8 % en valeur), alors que l’augmentation du prix des loyers du secteur privé est freinée par l’application du nouvel indice de référence des loyers (IRL) dès le 1er janvier 2006.

Après trois années de ralentissement, l’activité de la promotion et gestion immobilière accélère légèrement, avec une progression de 1,8 %, malgré une hausse des prix (4,8 %) plus rapide qu’en 2005. Le principal moteur de cette croissance est encore la promotion immobilière de logements, dont l’activité, bien que ralentie, augmente de 5,6 %. Ce résultat reflète le niveau record en 2006 de ventes de logements neufs, qui bénéficient du fléchissement de la hausse des prix des logements collectifs. Le dynamisme de la branche provient aussi de la reprise de l’activité des agences immobilières, dont le chiffre d’affaires progresse de 5,3 % en valeur. Cette activité est soutenue par la demande des ménages, stimulée en 2006 par le ralentissement des prix de l’immobilier, l’amélioration de leur pouvoir d’achat et des conditions d’emprunt attractives. L’évolution globalement nulle du volume des activités de promotion immobilière hors logements recouvre une croissance sensible du chiffre d’affaires des secteurs de la promotion de bureaux ou d’infrastructure et une baisse de celui des entreprises de support juridique de programme immobilier.

Nouveau ralentissement de l'activité des services aux particuliers

L'activité des services aux particuliers (hors services à la personne) poursuit sa décélération et tombe à + 1 % en 2006.

Seule la branche des hôtels-restaurants se redresse, mais sa croissance, + 1,2 %, reste modeste ; de même pour l’emploi salarié (+ 1,7 %). Malgré la vitalité de la demande dans les hôtels haut de gamme, l’activité des hôtels de tourisme reste atone (+ 0,4 %), la demande des entreprises baissant de 0,3 %. En revanche l’activité des autres moyens d’hébergement de courte durée (campings, gîtes ou résidences), croît de 5,5 % en 2006, grâce au tourisme étranger et à l’attrait des emplacements locatifs haut de gamme ; elle est cependant en retrait par rapport à 2005. L’activité des restaurants repart doucement (+ 1,1 %), avec une augmentation soutenue des prix (+ 2,4 %), grâce à la demande croissante du tourisme d’affaires (graphique 3). L’activité des cafés et discothèques recule encore.

Les activités audiovisuelles, déjà très affaiblies en 2005, ralentissent encore en 2006 : l’activité croît frileusement de 0,7 %. Ces décélérations successives résultent de l’essoufflement de la consommation des ménages. Concurrencée par la consultation de vidéos par l'internet, l’activité de la distribution de films et vidéo, la plus touchée, recule de 2,7 %. En revanche, la projection de films renoue avec la croissance. Son activité croît de 7,4 % (après – 11,5 % en 2005). Selon le Centre national de la cinématographie (CNC), 2006 constitue, avec 188 millions d’entrées, la deuxième meilleure performance depuis plus de 20 ans, en partie grâce au succès des films français dont la part de marché augmente.

Les autres activités récréatives, culturelles et sportives marchandes (non audiovisuelles) progressent de 2,1 % en 2006. Néanmoins, un des moteurs habituels que constituent les jeux de hasard et d’argent poursuit son ralentissement (+ 0,9 %) alors que les activités de spectacles, autre moteur, accélèrent (+ 6,9 %) malgré une forte hausse des prix.

Après le ralentissement de 2005, l’activité des services personnels (hors services domestiques) baisse clairement en 2006 (– 1,0 %), alors que les prix ralentissent pour la troisième année. Seule l’activité de blanchisserie-teinturerie de gros, au service des entreprises et des collectivités locales, se développe : sa croissance passe de 1,4 % à 2,0 %. L’activité des soins de beauté et entretien corporel ralentit mais croît encore. Les autres segments d’activité se replient : coiffure, blanchisserie de détail, services funéraires. Les services personnels ne recoupent que très partiellement les activités de « services à la personne » au sens de la loi du 26 juillet 2005 relative au développement des services à la personne. Ces dernières activités concernent essentiellement les ménages directement employeurs de services domestiques, d’éducation, de santé et d’action sociale.

Graphique 3 – Indice de chiffre d'affaires en valeur

  • indice de valeur CVS-CJO, (moyenne mobile d'ordre 3).
  • Source : indices de chiffres d'affaires, Insee.

Services de courrier et d’assainissement en recul

Avec une croissance timide de 0,9 %, les services logistiques ralentissent en 2006. Les services divers aux entreprises (hors activités photographiques), qui couvrent 80 % de l’activité de la branche, progressent de 0,5 % seulement. Le déficit des flux internationaux d’échanges de services logistiques (essentiellement liés aux services de recouvrement de factures) se creuse en 2006 : les exportations augmentent moins que les importations. Les activités de nettoyage progressent de 5,1 % mais elles pèsent peu dans les services logistiques.

En 2006, l’évolution des activités de postes et de courrier amorce un retournement de tendance avec une baisse de 0,9 % (après une croissance de 2,3 % en 2005). Le trafic de colis progresse, stimulé par l’essor du commerce électronique. À l’inverse, l’activité de courrier postal souffre du développement du courrier électronique et de la rationalisation par les entreprises de leurs envois de courriers postaux.

L’activité d’assainissement, voirie et gestion des déchets ralentit depuis 2003 et recule de 0,8 % en 2006.

Sources

Les données sont extraites des comptes des services. Pour les années 2006 et 2005, les résultats sont provisoires. Les données de 2005 et 2004 sont révisées par rapport à la publication de l’année précédente. De plus, les chiffres présentés ici sont calculés à partir des équilibres ressources-emplois élaborés au niveau le plus détaillé des comptes nationaux (soit 66 niveaux pour les services marchands). Les évolutions ainsi déterminées pour les grandes branches (services aux entreprises, services aux particuliers, activités immobilières) peuvent être très légèrement différentes de celles retenues pour la version provisoire des comptes nationaux 2006. Ceux-ci incluent également les services domestiques et les services non marchands des activités récréatives, culturelles et sportives dans le champ des services aux particuliers et les services non marchands de la recherche-développement dans celui des services aux entreprises ; en revanche ils ne prennent pas en compte les agences de voyages, qui sont incluses ici dans les services aux particuliers.

La production dans les services marchands est un concept proche de celui de chiffre d’affaires : elle comprend les ventes de services, mais aussi la production pour compte propre (ex : logiciels développés pour compte propre). En revanche elle ne comprend pas les ventes de marchandises éventuellement associées à l’activité de service (ex : produits de coiffage), et correspondant à une activité commerciale.

Les données sur la production sont en branche, correspondant à des activités pures. En revanche, les données sur l’emploi sont en secteur d’activité, les entreprises étant alors regroupées selon leur activité principale.

La production est estimée en volume, c’est-à-dire une fois retiré l’effet de la hausse des prix.

Pour en savoir plus

« Les services marchands en 2006 », Rapport sur les comptes, document de travail consultable sur insee.fr (rubrique publications).

« Les Services en France », collection Références, Insee, édition 2006.collection Références