L’activité ralentit en 2008 dans la plupart des services marchands

Marie Élisabeth Hassan, Christophe Bordet, Mahmoud Jlassi, Isabelle Raton, division Services, Insee

La production des services marchands augmente de 1 % en volume en 2008, après + 3,1 % en 2007. Cette progression est la plus faible depuis 1994. L’emploi suit la même tendance et augmente de 1,1 %, après 3,1 %.  Les activités d’architecture, ingénierie, contrôle accélèrent (+ 5,1 %), grâce aux exportations d’ingénierie. Elles forment avec les TIC et la location immobilière les principaux soutiens de la croissance des services. Les activités informatiques progressent de 4,5 % en volume, les télécommunications de 2,9 %, mais elles sont moins dynamiques qu’en 2007. La promotion immobilière (− 7,6 %), l’intérim (− 3,3 %) et les services juridiques, comptables et de conseil (+ 0,2 %) sont les plus durement touchés par la crise. Les activités des agences de voyage, des hôtels de tourisme, des cafés et des restaurants reculent. Inversement, celles des salles de cinéma ou des spectacles vivants sont plus dynamiques qu’en 2007.

Les services n’échappent pas au ralentissement de l’économie

La production des services marchands augmente de 1 % en volume en 2008. Le ralentissement de l’activité amorcé en 2007 (+ 3,1 % après + 4,4 % en 2006) s’accentue en 2008 (tableau). Cette décélération s’inscrit dans un contexte économique dégradé, initié par la crise bancaire et financière : avec une hausse de 0,7 % de la production, l’ensemble de l’économie perd également 2,1 points de croissance en 2008. Toutefois, si les services ne sont pas épargnés par la crise, leur poids dans la croissance globale reste déterminant ; ils contribuent pour 0,3 point à l’augmentation de 0,7 % de la production totale (en 2007, ils avaient contribué pour 0,9 point à une croissance globale de 2,8 %).

L’emploi continue de progresser, mais plus lentement, mettant fin à quatre années de forte croissance. Le nombre de salariés travaillant dans les services marchands augmente de 1,1 % en 2008, après une croissance de 3,1 % en 2007. Autre signe du ralentissement de l’activité, le nombre de créations d’entreprises de services croît de seulement 1,8 % en 2008, après une progression de près de 6 % par an en moyenne depuis le début de la décennie, et de 12,5 % en 2007. Le nombre de défaillances d’entreprises ayant fait l’objet d’un jugement en 2008 augmente de 15,5 % en 2008, après + 7,6 % l’année précédente, ce qui est sans précédent avec ce que l’on avait connu au cours des quinze dernières années.

Le solde du commerce extérieur s’améliore en valeur de 160 millions d’euros, grâce aux exportations de services d’ingénierie. Il demeure néanmoins négatif, à − 1,3 milliard d’euros (graphique 1).

Les trois grands secteurs d’activité des services (immobilier, services aux particuliers, services aux entreprises), sont touchés par l’altération de la conjoncture économique (graphique 2). Les activités immobilières souffrent particulièrement de la crise bancaire. Leur production croît en volume de 0,4 %, soit 1,7 point de moins qu’en 2007. Le secteur est soutenu par la location immobilière (+ 1,6 %), pourtant moins dynamique, notamment dans la location de terrains, bureaux et locaux non résidentiels (− 1,0 %). L’activité de la promotion et gestion immobilières recule de 7,6 %. L’emploi du secteur immobilier progresse globalement de 1,6 %, après + 3,4 %, perdant lui aussi 1,7 point.

Entraînés par le recul de l’activité des hôtels-restaurants, les services aux particuliers ont une croissance atone en 2008 (− 0,2 %, soit 2,1 points de moins qu’en 2007). Le ralentissement du pouvoir d’achat par unité de consommation (0,0 % après + 2,4 %) a freiné les dépenses des particuliers. La consommation finale des ménages en services aux particuliers diminue de 0,3 %, alors qu’elle augmentait en moyenne de plus de 2 % par an depuis 2001. L’emploi résiste mieux dans les services aux particuliers. Il croît de 2,5 %, ne reculant que d’un demi-point.

La production des services aux entreprises continue de croître, mais avec un net ralentissement : 1,6 % après 3,9 % en 2007. L’emploi ralentit à l’avenant et n’augmente que de 0,4 % (+ 3,2 % en 2007). Contrainte par la dégradation de l’activité économique, la demande des entreprises s’est restreinte : les consommations intermédiaires en services aux entreprises progressent de 0,8 % seulement, rompant la dynamique des quatre années précédentes (+ 4,2 % par an en moyenne). La demande extérieure décroît : les exportations reculent de 3,1 %.

Par activité détaillée, les contrastes sont encore plus forts entre des branches dynamiques qui soutiennent la croissance des services (ingénierie, informatique, télécommunications), des activités qui stagnent comme les activités de loisirs, et enfin celles qui régressent (promotion immobilière, intérim, services professionnels, hôtellerie-restauration) (graphique 3).

Graphique 1 – Le déficit extérieur se réduit légèrement en 2008 (échanges extérieurs de l’ensemble des services marchands)

  • Source : Insee, comptes des services.

Graphique 2 – Les services aux entreprises résistent mieux (production en volume des services marchands)

  • Source : Insee, comptes des services.

Graphique 3 – Chute de la promotion immobilière (évolution de la production des services marchands en 2008)

  • Source : Insee, comptes des services.

Tableau – Équilibre ressources-emplois des services marchands

Équilibre ressources-emplois des services marchands
Valeur en millions d’euros - Volume : taux de croissance en volume (en %) - Prix : taux de croissance du prix (en %)
2003 2004 2005 2006 2007* 2008*
Valeur Vol. Prix Valeur Vol. Prix Valeur Vol. Prix Valeur Vol. Prix Valeur Vol. Prix Valeur
Production de la branche (1) 769 467 3,1 2,0 808 955 3,7 2,2 857 856 4,4 2,3 916 584 3,1 2,3 966 586 1,0 2,3 998 510
Transferts** (2) 23 014 4,3 1,4 24 323 2,4 1,7 25 322 2,5 2,5 26 607 1,7 2,8 27 814 − 1,4 2,8 28 186
Impôts moins subventions (3) 13 690 11,0 0,8 15 313 5,6 1,1 16 345 5,7 4,1 17 984 2,7 − 0,1 18 438 − 7,3 1,4 17 336
Importations (4) 24 350 0,9 1,3 24 884 8,4 1,5 27 359 7,6 2,8 30 283 7,0 1,8 32 977 − 1,5 2,5 33 274
Total des ressources (1) + (2) + (3) + (4) 830 521 3,2 1,9 873 475 3,9 2,2 926 882 4,5 2,4 991 458 3,2 2,3 1 045 815 0,7 2,3 1 077 306
Consommations intermédiaires*** (5) 449 938 3,2 1,8 472 685 4,0 1,6 499 388 5,8 2,1 539 419 3,1 2,1 567 699 0,5 2,4 584 101
Consommation finale (6) 289 013 2,8 2,4 304 033 2,5 2,9 320 861 2,4 2,4 336 277 2,3 2,7 353 191 1,4 2,2 365 886
Investissement (7) 65 041 6,0 1,2 69 751 7,4 2,8 77 001 6,8 4,1 85 618 6,8 2,1 93 361 − 0,4 2,5 95 296
Exportations (8) 26 529 0,6 1,2 27 006 7,5 2,1 29 632 − 0,2 1,9 30 144 2,8 1,8 31 564 − 1,1 2,5 32 023
Total des emplois (5) + (6) + (7) + (8) 830 521 3,2 1,9 873 475 3,9 2,2 926 882 4,5 2,4 991 458 3,2 2,3 1 045 815 0,7 2,3 1 077 306
  • * Les comptes 2007 et 2008 sont provisoires.
  • ** Comprend les transferts de produits fatals (exemple : publicité de la presse) et les productions marchandes des branches non marchandes.
  • *** La ligne consommations intermédiaires inclut les variations de stocks.
  • Source : Insee, comptes des services.

L’ingénierie particulièrement dynamique

L’informatique, les télécommunications et l’ingénierie sont les trois piliers de la croissance des services marchands, après la location immobilière. Ce sont également, avec la location sans opérateur, les branches dont la croissance est la plus forte en 2008.

L’architecture, ingénierie, contrôle technique progresse de 5,1 % en volume. C’est la branche des services la plus dynamique, et la troisième meilleure contributrice à la croissance de l’ensemble, juste après l’informatique. C’est aussi l’une des quelques branches des services dont l’activité accélère en 2008. Cette croissance s’explique par le dynamisme de l’ingénierie (+ 6,5 % en 2008, après + 3,7 %) et par les bons résultats du contrôle technique qui résiste assez bien (+ 2,4 % après + 2,3 %). L’ingénierie a été soutenue par une demande en investissement encore très tonique (+ 6,1 %). Elle accélère grâce à l’accroissement des exportations (+ 5,5 % après + 1,2 %). Les consommations intermédiaires des entreprises en services de contrôles techniques ont aussi été plus vives (+ 3,2 % après + 1,8 %).

La location sans opérateur (location de véhicules automobiles, camions, bateaux, avions, machines) se place, comme en 2007, parmi les trois branches où la croissance est la plus forte. En 2008, les activités de location progressent en volume de 4,3 %, et leur contribution à la croissance de l’ensemble des services se rapproche de celle des télécommunications. L’activité de location est cependant moins vive en 2008, du fait du ralentissement de la location de voitures (+ 1,9 % après + 4,0 %) et de biens personnels et domestiques (+ 2,5 % après + 6,4 %). Ces deux activités pâtissent de la contraction de la demande des entreprises et plus encore de celle des ménages. Les prix à la consommation de ces deux activités ont aussi augmenté plus vite qu’en 2007. À l’inverse, la location de camions, conteneurs, bateaux, avions est plus dynamique en 2008 : elle progresse de 5,8 %. La production de la location de machines et équipements (en particulier pour la construction) accélère aussi, sous l’effet d’une baisse des prix (graphique 4).

Graphique 4 – Indice de prix de quelques branches des services marchands

  • Source : Insee, prix à la consommation, prix de production dans les services.

Les TIC marquent le pas

L’informatique reste un soutien essentiel de la croissance des services marchands. L’activité ralentit en 2008, pour la deuxième année consécutive, mais reste encore très allante. Avec une progression de 4,5 %, après + 5,9 %, elle contribue pour 0,32 point à la croissance de l’ensemble des services marchands. Le dynamisme des activités informatiques repose sur les investissements en logiciels, qui progressent en volume de 5,8 %, et sur les consommations des entreprises et des administrations publiques (+ 3,9 % dont + 4,5 % pour les entreprises).

L’activité des télécommunications continue elle aussi de ralentir. Avec une production en hausse de 2,9 % en volume, elle perd 1,8 point de croissance par rapport à sa performance de 2007. Les prix se redressent de 0,6 % en 2008, après deux années de baisse. La décélération de l’activité des télécommunications s’explique selon l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) par la baisse de l’activité de la téléphonie fixe (− 3,7 %), et le ralentissement de l’internet. La téléphonie mobile est au contraire en plein essor (+ 5,6 % après + 4,7 % en 2007 et + 3,5 % en 2006). Sa dynamique repose sur le développement des usages « non voix » : messages interpersonnels, accès à l’internet mobile ou aux services multimédia (+ 27 % en 2008, après + 13 %).

Les activités de loisirs maintiennent le cap

Les activités de loisirs progressent à un rythme comparable à celui de l’année précédente (0,2 point au-dessus). La croissance de l’audiovisuel, de 1,2 %, reste modeste. La légère accélération s’explique par le regain d’activité des salles de cinéma (+ 3,4 %). En forte régression en 2007 (− 7,3 %), la branche projection de films bénéficie en 2008 de la sortie de plusieurs films à gros succès (en tête « Bienvenue chez les Ch’tis » avec plus de 20 millions d’entrées). Les activités de radio, en repli elles aussi en 2007, renouent timidement avec la croissance (+ 0,4 %). La production de films, principal soutien de la croissance de l’audiovisuel, ralentit après sa performance de 2007. Sa croissance, de + 3,9 %, reste soutenue, mais perd 1,6 point.

Les autres activités récréatives, culturelles et sportives progressent de 2 %, après + 1,8 % en 2007. Les activités artistiques ou de spectacles réalisent des performances remarquables, avec une progression de 6,6 % (après + 2,9 % en 2007) : la croissance des spectacles, + 6,8 %, gagne plus de 5 points sur 2007 ; avec + 7 %, les parcs d’attractions confortent leur dynamisme. Les autres activités culturelles (bibliothèques, musées...) sont aussi plus toniques : elles progressent de 5,2 %. À l’opposé, rien ne va plus pour les jeux de hasard et d’argent. En plein essor au début de la décennie, ils reculent pour la première fois en 2008, de 4,6 %.

La promotion immobilière, l’intérim et les services professionnels au cœur de la crise

Les activités de promotion et gestion immobilières chutent de 7,6 % en 2008, mettant fin à quasiment dix années de croissance généreuse, et freinant sévèrement l’activité des services marchands. Dépendants de la distribution de crédits, les marchés de l’immobilier, neuf ou ancien, subissent directement les restrictions d’offres, et le durcissement des conditions d’octroi de prêts. La production en volume des promoteurs chute en 2008 de 7 % dans l’immobilier résidentiel et de plus de 14 % dans l’immobilier d’entreprise. Le volume d’activité des marchands de biens se contracte de plus de 15 %, celui des agences immobilières de 4 %. Seule la gestion d’immeubles, avec une évolution atone, ne chute pas. La distribution de crédits immobiliers aux ménages baisse de 28 %, selon la Banque de France. Le nombre de transactions immobilières enregistrées par les notaires recule de 20 %, dont 17 % sur le marché de l’ancien. Les ventes de logements neufs conclues en 2008 chutent de 38 %.

L’activité de la sélection et fourniture de personnel (essentiellement du travail temporaire) régresse de 2,9 %, et perd 6,5 points de croissance. La baisse de l’emploi intérimaire débute au deuxième trimestre 2008, et s’accentue en fin d’année. Du quatrième trimestre 2007 au quatrième trimestre 2008, le nombre d’intérimaires se réduit de 21,2 %, ce qui représente une baisse de 139 200 postes.

Les services professionnels (activités juridiques, comptables et conseil pour les affaires et la gestion) sont aussi durement touchés par la crise. Leur croissance est atone en 2008, alors qu’elle était d’environ 5,5 % par an en moyenne les quatre dernières années. Les activités juridiques subissent le ralentissement de l’activité immobilière. Le conseil pour les affaires et la gestion progresse encore de 1,1 % mais perd plus de 13 points de croissance. La contribution des services professionnels à la croissance totale est minime en 2008, alors qu’elle devançait en 2007 celle de l’informatique.

Les agences de voyage, les hôtels, les cafés et les restaurants régressent

Les activités des agences de voyage, de l’hébergement et de la restauration sont elles aussi très affaiblies par la crise économique. Elles souffrent du ralentissement du pouvoir d’achat par unité de consommation et de celui de l’activité des entreprises. La production des agences de voyage recule de 2,4 %, après avoir augmenté de 4,8 % en 2007. Celle des hôtels-cafés-restaurants se contracte de 1,1 % (après + 2 %). Hôtels de tourisme (− 2 % d’activité), cafés-discothèques (− 4,2 %), restaurants (− 2,4 %), traiteurs-organisateurs de réception (+ 1,2 %), perdent tous entre quatre et six points de croissance. La demande des ménages se réduit en moyenne pour ces activités de 2,1 %, celle des entreprises de 3 %, sous l’effet d’une forte hausse des prix . À l’inverse, la croissance des campings et autres hébergements de courte durée s’améliore en 2008 : elle passe de + 1,9 % à + 2,7 %. Grâce à la demande des entreprises, les cantines (et la restauration sous contrat) progressent aussi plus que l’année précédente, de 2,7 % après + 2,1 %.

Sources

Les données sont extraites des comptes des services. Pour les années 2008 et 2007, les résultats sont provisoires. Les données de 2007 et 2006 sont révisées par rapport à la publication de l’année précédente. Les chiffres présentés ici sont calculés à partir des équilibres ressources-emplois élaborés au niveau le plus détaillé des comptes nationaux, puis agrégés. Les évolutions ainsi déterminées pour les grandes branches pourront être très légèrement différentes de celles calculées directement par voie économétrique à un niveau agrégé et retenues pour la version provisoire des comptes nationaux 2008. Par ailleurs, les comptes nationaux incluent dans leur champ les services domestiques et les services non marchands de la recherche-développement, des activités récréatives, culturelles et sportives, de l’éducation, de la santé et de l’action sociale, alors que ces services sont exclus des résultats présentés ici.

La production dans les services marchands est un concept proche de celui de chiffre d’affaires : elle comprend les ventes de services, mais aussi la production pour compte propre. En revanche, elle ne comprend pas les ventes de marchandises éventuellement associées à l’activité de service et correspondant à une activité commerciale. Les données sur la production sont calculées en branches, correspondant à des activités pures.