Sommaire

Graphiques et tableaux

Nº 250 - décembre 2008

L’entrée des entreprises industrielles dans un groupe internationalisé
Peu d’effets sur le taux d’exportation

Florian LEZEC - Nicolas Riedinger

Les entreprises industrielles appartenant à des groupes internationalisés réalisent une part plus importante de leur chiffre d’affaires à l’exportation que les entreprises indépendantes et que celles qui appartiennent à des groupes implantés uniquement en France. Néanmoins, ces écarts sont surtout imputables au fait que les entreprises acquises par des groupes internationalisés - particulièrement celles acquises par des groupes étrangers - étaient, avant même d’être rachetées, plus orientées vers l’exportation que la moyenne. La prise de contrôle d’une entreprise indépendante par un groupe français internationalisé ou un groupe étranger a un impact positif, mais faible, sur son taux d’exportation.

La structuration en groupes (voir encadré) des entreprises industrielles françaises se poursuit. En effet, les entreprises indépendantes ne représentent plus que 35 % des entreprises industrielles de 20 salariés ou plus en 2006, contre 41 % trois ans auparavant (voir graphique ci-dessous). Nettement plus petites en moyenne que les filiales de groupes, ces entreprises indépendantes ne réalisent plus qu’une très faible part de la production industrielle.

Les entreprises industrielles selon leur statut entre 2003 et 2006

Si le poids des groupes continue à augmenter dans l’industrie, leur degré d’internationalisation se stabilise

Le degré d’internationalisation des groupes présents dans l’industrie semble se stabiliser au cours de la période récente. Plus précisément, le poids des groupes étrangers relativement à l’ensemble des groupes est constant entre 2003 et 2006, que ce soit en nombre d’entreprises ou en chiffre d’affaires. C’est également le cas du poids, au sein des groupes français, de ceux qui sont internationalisés, i.e. qui comprennent au moins une filiale localisée à l’étranger. Puisque les groupes occupent une place croissante dans l’industrie, cela signifie que l’implantation étrangère a légèrement augmenté entre 2003 et 2006 : la part des filiales de groupes étrangers dans le nombre d’entreprises industrielles de 20 salariés ou plus ainsi que dans leur chiffre d’affaires a crû d’un point, pour atteindre respectivement 17 % et 39 % en 2006. L’ensemble des groupes internationalisés représentent un tiers des entreprises industrielles de 20 salariés ou plus et 85 % de leur chiffre d’affaires.

Le taux d’exportation des filiales de groupes étrangers a augmenté entre 2003 et 2006

Les exportations représentent une proportion variable du chiffre d’affaires des entreprises, en fonction de leur statut. Les entreprises appartenant à des groupes internationalisés sont beaucoup plus tournées vers les marchés extérieurs que les autres : elles réalisent près de la moitié de leur chiffre d’affaires à l’exportation, contre moins d’un cinquième pour les entreprises indépendantes et pour celles qui appartiennent à des groupes implantés uniquement en France. Les entreprises appartenant à des groupes français internationalisés sont un peu plus orientées vers l’exportation que les filiales de groupes étrangers (48 %, contre 46 %). Cet écart s’est néanmoins réduit entre 2003 et 2006, le taux d’exportation (cf. encadré 1) des entreprises sous contrôle étranger ayant augmenté de cinq points pendant cette période, contre deux points pour les entreprises appartenant à des groupes français internationalisés et moins d’un point pour les entreprises indépendantes et celles qui appartiennent à des groupes implantés uniquement en France.

Les très grandes entreprises restent l’apanage des groupes français internationalisés

Ces écarts de taux d’exportation agrégés ne doivent pas être interprétés en termes de performance, d’abord parce que le taux d’exportation n’est pas en soi un indicateur de performance ; ensuite parce que les entreprises ne se répartissent pas de la même manière par taille et par secteur en termes d’intensité technologique selon leur statut (voir tableau ci-dessous). En particulier, les entreprises indépendantes sont « structurellement » moins tournées vers l’exportation, car plus petites et surreprésentées dans les secteurs à faible intensité technologique. C’est également le cas, quoique dans une mesure un peu moindre en ce qui concerne la taille, des filiales de groupes français non internationalisés. Un grand nombre d’entre eux sont en fait des « microgroupes », qui se sont fortement développés depuis le début des années quatre-vingt-dix, en particulier pour des raisons fiscales, et dont le comportement économique est plus proche de celui de PME indépendantes que des groupes internationalisés. Dans ces derniers, les grandes entreprises ayant une activité à intensité technologique élevée dominent, avec néanmoins des variations importantes suivant la nationalité du groupe. Les très grandes entreprises, dont le développement remonte souvent à une époque où la mobilité internationale des capitaux était moindre qu’aujourd’hui, restent en particulier l’apanage des groupes français internationalisés. En revanche, les entreprises médianes sont souvent sous contrôle étranger.

Répartition par taille et intensité technologique du chiffres d'affaires des entreprises industrielles selon leur statut en 2006

Les groupes étrangers sont surtout présents dans des secteurs à moyenne intensité technologique

La prise en compte des différences de structure par taille conduit à inverser la comparaison des taux d’exportation entre groupes français internationalisés et groupes étrangers, les très grandes entreprises réalisant une plus grande partie de leur chiffre d’affaires à l’exportation que les entreprises médianes (voir tableau ci-dessous). Groupes étrangers et groupes français internationalisés présentent ainsi des taux d’exportation identiques sur le champ des très grandes entreprises tandis que l’avantage va aux groupes étrangers pour les entreprises de taille inférieure.

Répartition par taille et intensité technologique du chiffres d'affaires des entreprises industrielles selon leur statut en 2006

À cet effet de structure par taille, s’ajoute un effet de structure sectorielle. Le poids des groupes français internationalisés est en effet très fort dans les industries les plus tournées vers les marchés extérieurs. C’est le cas globalement dans les secteurs de haute technologie, notamment ceux dans lesquels la France est traditionnellement spécialisée comme l’aéronautique et la pharmacie, ainsi que dans la construction automobile. Les groupes étrangers sont, quant à eux, davantage présents dans des secteurs à moyenne intensité technologique - en particulier la métallurgie, le papier, les équipements mécaniques, la chimie et les équipements automobiles - relativement moins exportateurs.

Les filiales de groupes étrangers exportent plus que les autres entreprises, à taille et secteur donnés

Une estimation économétrique a été réalisée afin de quantifier l’impact du statut de détention du capital sur le taux d’exportation, en éliminant les effets de la taille et du secteur (voir encadré). Elle montre en premier lieu que l’appartenance à un groupe n’a d’impact que lorsque le groupe comprend des entreprises étrangères : toutes choses égales par ailleurs, les entreprises appartenant à des groupes implantés uniquement en France exporteraient dans la même proportion que les entreprises indépendantes (voir tableau ci-dessous). Les groupes implantés à l’étranger réalisent une part plus importante de leur chiffre d’affaires à l’exportation, avec des différences selon la nationalité du groupe : à secteur et taille donnés, les filiales de groupes français internationalisés ont un taux d’exportation de trois points supérieur à celui des entreprises indépendantes mais de sept points inférieur à celui des entreprises sous contrôle étranger. Ce résultat n’implique pas pour autant que l’acquisition d’une entreprise par un groupe étranger entraîne une hausse de son taux d’exportation. Il pourrait aussi être dû à un effet de « sélection », les groupes étrangers ayant tendance à acquérir des entreprises à fort potentiel, comme le met en évidence une étude de l’Insee (Voir Insee Première n°1144).

Titre du 4ème graphique

Passer sous contrôle étranger a un impact positif mais limité sur le taux d’exportation

Une seconde estimation économétrique, exploitant des données de panel pour la période 1999-2006, a été réalisée afin de départager ces deux hypothèses. Elle confirme d’abord l’absence de différence significative de comportement à l’exportation entre les entreprises indépendantes et celles qui appartiennent à des groupes implantés uniquement en France. Il en ressort en outre que passer sous le contrôle d’un groupe internationalisé entraîne une hausse statistiquement significative du taux d’exportation. Néanmoins, les effets apparaissent relativement modérés : passer d’un statut d’entreprise indépendante (ou de filiale de groupe implanté uniquement en France) à celui de filiale de groupe français internationalisé (respectivement de filiale de groupe étranger) accroîtrait le taux d’exportation de 0,4 point (respectivement 1,1 point). La faible ampleur de ces effets montre que les écarts moyens obtenus pour les taux d’exportation à taille et secteur donnés sont essentiellement imputables au fait que les entreprises acquises par des groupes internationalisés (en particulier étrangers) étaient, avant même d’être rachetées, plus orientées vers l’exportation que la moyenne. Cela pourrait s’expliquer par le plus fort potentiel de développement supposé des entreprises déjà fortement exportatrices dans un contexte d’ouverture internationale croissante, mais aussi par leur plus grande visibilité pour les groupes étrangers, dont elles peuvent être en particulier concurrentes ou partenaires commerciales.

Passer sous contrôle étranger accroît légèrement soit l’activité soit la spécialisation

L’effet positif du passage sous contrôle étranger sur le taux d’exportation se prête, lui aussi, à plusieurs interprétations, aux implications différentes quant à l’impact des investissements directs étrangers sur les performances commerciales françaises. Il peut, en premier lieu, résulter de synergies créées par l’intégration dans le groupe (économies d’échelle, partage du savoir-faire, de l’accès aux marchés, etc.), sources d’une plus grande compétitivité et consécutivement de ventes à l’étranger accrues. Mais ce résultat peut aussi trouver son origine dans une stratégie de groupe visant à spécialiser les filiales au niveau international, que ce soit horizontalement ou verticalement, afin de bénéficier d’économies d’échelle. Dans ce cas, il est probable que la hausse des exportations ait pour contrepartie un accroissement des importations (par l’entreprise rachetée elle-même ou d’autres entreprises), dû à l’abandon soit de la production de certains biens soit de certaines étapes du processus de production. On peut en conclure que la croissance de l’implantation étrangère a un impact limité sur la balance commerciale française en raison, d’une part, de l’ampleur modérée de son effet sur le taux d’exportation et, d’autre part, du fait qu’une partie de ces exportations supplémentaires peuvent être compensées par un surcroît d’importations.


Définitions

Un groupe est un ensemble d’entreprises. Au sens strict, il se définit à partir de sa société mère appelée tête de groupe. Il s’agit d’une entreprise :
- dont le capital n’est détenu majoritairement par aucune autre entreprise, ni directement ni indirectement ;
- qui détient majoritairement le capital d’au moins une autre entreprise.
Les entreprises qui sont détenues directement ou indirectement à plus de 50 % par cette tête de groupe en sont les filiales et constituent avec la société mère le noyau dur du groupe.
Les entreprises qui sont contrôlées à un taux compris entre 30 et 50 % (bornes comprises) par au moins deux entreprises têtes de groupes sont désignées sous le terme d’entreprises à capital partagé (ECP) ou joint-ventures.
Par convention, la nationalité d’un groupe correspond théoriquement au pays où est situé son centre de décision. Cependant, la complexité croissante des structures d’actionnariat rend cette notion de plus en plus délicate à appliquer. Aussi, elle est le plus souvent assimilée au pays de localisation de la tête de groupe, avec quelques retraitements, notamment pour les holdings implantées dans certains pays à fiscalité allégée (Luxembourg, Pays-Bas, etc.).
Dans cette étude, les ECP contrôlées par au moins une tête française et au moins une tête étrangère sont réparties entre groupes français et groupes étrangers au prorata des taux de contrôle correspondants.
Un groupe est internationalisé lorsqu’il contrôle des sociétés dans plus d’un pays. Par définition, tous les groupes étrangers présents en France sont internationalisés, car ils disposent d’au moins une implantation à l’étranger.
Une entreprise indépendante est une entreprise qui n’appartient pas au noyau dur d’un groupe et qui n’est pas une ECP.
Le taux d’exportation est la part du chiffre d’affaires réalisé à l’exportation.

 

Méthodologie

Champ
L’étude porte sur les entreprises de 20 salariés ou plus de l’industrie manufacturière (hors agroalimentaire) implantées en France.
Sources
Pour repérer les groupes et leur nationalité, l’enquête « Liaisons financières » (LIFI) de l’Insee est la source principale d’informations. Cette enquête interroge les entreprises qui emploient au moins 500 salariés, ou qui disposent d’un portefeuille de plus de 1,2 million d’euros de titres de participations, ou qui réalisent un chiffre d’affaires supérieur à 30 millions d’euros. L’Insee complète l’enquête LIFI à partir de la source « Diane » (coédition Bureau van Dijk éditions électroniques/Coface SCRL) pour les entreprises en dessous de ces seuils. Le taux d’exportation est tiré de l’enquête annuelle d’entreprise du Sessi.
Méthodes d’estimation
Deux types d’estimations économétriques sont réalisés. Le principe de l’estimation « en coupe » consiste à comparer des entreprises une année donnée en fonction de leur statut et d’autres caractéristiques observées (variables de contrôle), ici la taille (en distinguant quatre tranches suivant les seuils de 50, 250 et 2 000 salariés) et le secteur (NAF 700). Cette comparaison ne permet cependant pas de trancher sur le sens de causalité. Une corrélation positive, à secteur et taille donnés, entre appartenance à un groupe étranger et taux d’exportation peut par exemple effectivement refléter l’effet du contrôle étranger sur les performances à l’exportation mais elle peut aussi traduire le fait que les groupes étrangers ont tendance à acquérir les entreprises les plus tournées vers les marchés extérieurs.
La disponibilité de données de panel, c’est-à-dire d’un échantillon d’entreprises suivies sur plusieurs années, est mise à profit pour éliminer, ou du moins fortement limiter, ce biais potentiel. L’estimateur within (ou « à effet fixe ») considère, pour chaque entreprise, non pas la valeur de l’indicateur prise une année donnée, mais l’écart entre cette valeur et sa moyenne sur l’ensemble des années. Il élimine ainsi l’effet des caractéristiques intrinsèques de l’entreprise susceptibles d’influer de manière permanente sur le taux d’exportation. Les paramètres estimés suivant cette méthode peuvent donc davantage être interprétés comme des effets des changements de statut correspondants que ceux obtenus par l’estimation en coupe.
Des indicatrices d’année sont incluses dans les régressions, afin de neutraliser les effets conjoncturels.
Période d’observation
Les statistiques descriptives sont restreintes à la période 2003-2006, des retraitements de la nationalité de quelques grands groupes effectués à compter de 2003 rendant délicates les comparaisons avec les années antérieures. Les estimations économétriques sont néanmoins réalisées pour la période 1999-2006, de manière à apprécier l’effet d’un changement de statut sur une période suffisamment longue. Comme elles donnent un poids égal à chaque entreprise quelle que soit sa taille, elles sont a priori peu affectées par les retraitements qui concernent un nombre limité de grandes entreprises.