Sommaire

Graphiques et tableaux

Nº 249 - juillet 2008

L'industrie manufacturière en 2007
La croissance de l'activité se maintient mais l'investissement ralentit

Claire JACOD - Emmanuel PLIQUET

En 2007, selon les premiers résultats de l’enquête annuelle d’entreprise (Voir encadré), le chiffre d’affaires des entreprises de 20 salariés ou plus augmente de 4,6 % en valeur dans l’industrie manufacturière (+ 3,1 % en volume). Les exportations sont en hausse (+ 6,2 % en volume). Dans l’industrie automobile, l’activité rebondit, surtout en aval de la filière. Les secteurs des équipements mécaniques, électriques et électroniques restent dynamiques tandis que les résultats sont plus contrastés dans la construction navale, aéronautique et ferroviaire. La croissance de l’activité continue d’être tirée par les exportations dans les biens intermédiaires. L’activité se renforce dans les biens de consommation malgré le ralentissement de la pharmacie.
L’investissement ralentit en 2007, du fait de fortes baisses dans les secteurs automobile et aéronautique notamment.
Les PME enregistrent des évolutions plus favorables que les grandes entreprises en matière de chiffre d’affaires, d’exportations et surtout d’investissement.

La reprise de l’activité industrielle se poursuit en 2007. Le chiffre d’affaires des entreprises de 20 salariés ou plus de l’industrie manufacturière augmente de 4,6 % en valeur, environ comme en 2006, et les exportations restent dynamiques. Les prix ayant augmenté plus modérément en 2007 que l’année précédente, la croissance en volume est légèrement plus importante (+ 3,1 % en 2007, contre + 2,7 % en 2006).

Hors intérim, l’emploi manufacturier baisse de 1,6 %, soit un peu moins qu’en 2006 (- 2,1 %). En revanche, la reprise de l’investissement s’essouffle en 2007 (+ 1,4 % contre + 4,3 % en 2006).

Évolution et partage volume-prix - chiffre d'affaires
Évolution et partage volume-prix - chiffre d'affaires à l'exportation
Évolution de l'investissement

Rebond de l’activité mais chute des investissements dans l’industrie automobile

Le chiffre d’affaires de l’industrie automobile, qui représente un sixième du total de l’industrie manufacturière, repart à la hausse en 2007 (+ 4 % en valeur, + 5 % en volume). Ce rebond s’explique par le dynamisme du chiffre d’affaires à l’exportation, qui, après une faible augmentation en 2006 (+ 1 % en valeur), conforte sa hausse en 2007 (+ 8 % en valeur). Cela est essentiellement dû à la prise en compte, dans le chiffre d’affaires à l’exportation des constructeurs d’automobiles, d’une partie de l’activité de leurs filiales étrangères, qui s’est fortement développée. En revanche, malgré la hausse de la consommation des ménages français, la production commercialisée en France recule. C’est notamment le cas des marques françaises, qui perdent des parts sur le marché intérieur. Dans l’ensemble de l’industrie automobile, les réductions d’effectifs se poursuivent, constructeurs et équipementiers étant pareillement touchés. Les entreprises continuent d’optimiser les capacités de production existantes, au détriment de nouvelles dépenses d’investissement. Ainsi, la chute des investissements du secteur s’accentue en 2007 : - 14 %, contre - 7 % en 2006.

La production de véhicules utilitaires légers tire vers le haut l’activité des constructeurs généralistes. Celle de poids lourds enregistre une forte croissance. En amont, les équipementiers, malgré le lancement de nouveaux modèles, bénéficient peu de la croissance des constructeurs : leur chiffre d’affaires croît à peine en 2007, après avoir diminué en 2006.

Résultats contrastés dans la construction navale, aéronautique et ferroviaire

Le chiffre d’affaires des biens d’équipement, en croissance depuis 2004, continue d’augmenter en 2007, en valeur (+ 6 %) comme en volume (+ 4 %). Les exportations sont toujours dynamiques, affichant une croissance de 6 % en valeur et en volume. Dans ce contexte favorable, les effectifs du secteur ont même légèrement augmenté en 2007, contrairement à ce que l’on observe pour les autres grands secteurs manufacturiers.

Dans la construction navale, aéronautique et ferroviaire, la croissance se contracte légèrement en 2007, après une année 2006 particulièrement faste. Dans ces secteurs, fortement dépendants des gros contrats, les entreprises affichent des résultats instables d’une année à l’autre.

Dans l’aéronautique, les performances sont très contrastées selon les constructeurs. Globalement, la croissance du chiffre d’affaires et surtout celle des exportations sont moins dynamiques qu’en 2006. Après avoir augmenté en 2006, les investissements du secteur reculent fortement en 2007, en raison, d’une part, de leur niveau exceptionnellement élevé en 2006 et, d’autre part, du plan d’économies « Power 8 » d’Airbus.

Dans la construction navale, l’activité, qui avait fortement crû en 2006, est en recul en 2007, en raison notamment d’un ralentissement des exportations. En revanche, les dépenses d’investissement sont en nette progression, après un recul en 2006. Dans la construction ferroviaire, à l’inverse, le chiffre d’affaires continue de croître à un rythme soutenu, en raison notamment d’importantes exportations vers la Chine, tandis que l’investissement faiblit.

La croissance se maintient dans les secteurs des équipements mécaniques, électriques et électroniques

Les autres secteurs des biens d’équipement sont toujours aussi dynamiques en 2007 qu’en 2006. Dans les équipements mécaniques, le chiffre d’affaires et l’investissement continuent de croître à un rythme élevé (+ 8 %). Ces bons résultats d’ensemble masquent des performances hétérogènes. Les fournisseurs de composants pour l’industrie automobile ne bénéficient pas de son regain d’activité et les fournisseurs d’équipements industriels pâtissent du recul de l’investissement dans ce secteur. Les entreprises travaillant pour le secteur du BTP, toujours dynamique en 2007, sont dans une situation favorable, ainsi que les producteurs d’équipements pour le secteur de l’énergie. Les ascensoristes bénéficient quant à eux de la nouvelle réglementation renforçant les normes techniques et de sécurité.

Dans les équipements électriques et électroniques, la croissance du chiffre d’affaires se stabilise à + 3 % et l’investissement continue de fortement progresser (+ 12 %). Les fabricants de moteurs, génératrices, transformateurs électriques ainsi que ceux de matériel médico-chirurgical conservent une croissance dynamique, en particulier à l’exportation, tandis que les résultats des fabricants de matériel informatique se redressent. Les fabricants d’appareils d’émission et de transmission sont, à l’inverse, en difficulté. Enfin, si les producteurs de matériel de mesure et de contrôle ont connu des évolutions diverses de leur chiffre d’affaires en 2007, leurs investissements restent nettement orientés à la hausse.

Dans les biens intermédiaires, les exportations continuent de soutenir la croissance et l’investissement se renforce

La croissance du chiffre d’affaires fléchit dans les biens intermédiaires, tant en valeur qu’ en volume. Les exportations continuent de soutenir l’activité, leur croissance en volume restant forte. Comme les deux années précédentes, l’investissement progresse à un rythme soutenu, les entreprises continuant de moderniser leurs équipements et d’augmenter leurs capacités de production. Les effectifs baissent à un rythme proche de celui de l’industrie manufacturière, par le biais notamment d’importantes restructurations.

Dans la métallurgie et la transformation des métaux, l’investissement progresse fortement et la croissance du chiffre d’affaires reste élevée en valeur, bien qu’inférieure à celle enregistrée en 2006. La plus grande part de cette croissance est due à la hausse des prix de matières premières que les industriels ont pu répercuter sur les prix des produits transformés. La progression du volume d’activité est par ailleurs tirée par des exportations soutenues. Le secteur de la récupération, activité dont la rentabilité augmente avec les prix des matières premières, croît particulièrement, tant en matière de chiffre d’affaires que d’emploi.

Dans le secteur de la chimie, du caoutchouc et des plastiques, la croissance du chiffre d’affaires ralentit en valeur mais reste stable en volume (+ 3 %), les prix ayant fortement ralenti. Le volume des exportations s’accélère. Dans le secteur de la chimie organique, l’investissement progresse fortement, du fait de quelques grosses dépenses.

Le chiffre d’affaires de l’industrie des produits minéraux croît de 5 % en valeur, mais presque uniquement du fait de la hausse des prix. En revanche, l’investissement est franchement orienté à la hausse.

Les résultats sont contrastés dans le secteur des composants électriques et électroniques. Le chiffre d’affaires et l’investissement des fabricants de matériel électrique progressent sensiblement, en raison notamment d’une demande dynamique en provenance des pays d’Europe centrale et orientale et d’Asie. À l’inverse, les fabricants de composants électroniques enregistrent une diminution de leur chiffre d’affaires et de leurs exportations et, surtout, réduisent leurs investissements.

Dans le secteur du bois et du papier, le chiffre d’affaires stagne en volume, malgré la hausse des exportations, et l’investissement, après avoir fortement décru en 2006, stagne. Le secteur du textile continue de décliner, que ce soit en matière d’emploi, de chiffre d’affaires, d’exportations et surtout d’investissement.

Dans les biens de consommation la pharmacie ralentit, la parfumerie est en expansion

Dans les biens de consommation, la croissance du chiffre d’affaires augmente d’un point en 2007, pour atteindre 2 %. Dans l’industrie pharmaceutique, qui représente un tiers du chiffre d’affaires total du secteur, la croissance du chiffre d’affaires ralentit, particulièrement à l’exportation, suite notamment à l’ouverture de plates-formes de production à l’étranger, bien que la production de médicaments génériques continue de se développer. Après une année 2006 exceptionnelle, la croissance des investissements ralentit tout en restant élevée (+ 12 %).

Le secteur de la fabrication de savons, de parfums et de produits d’entretien enregistre une forte croissance en 2007, profitant en particulier de la demande croissante des pays émergents en produits de luxe.

L’investissement progresse dans les industries des équipements du foyer et de l’habillement-cuir

Les industries des équipements du foyer connaissent une légère amélioration, avec un chiffre d’affaires et des exportations en hausse, du fait notamment des fabricants de meubles ainsi que de ceux de matériel d’optique. Signe des anticipations positives des entreprises, les investissements augmentent de 6 % en 2007. Ces meilleurs résultats s’accompagnent cependant de réductions d’effectifs toujours importantes.

Dans l’habillement-cuir, la spécialisation des entreprises du secteur dans le haut de gamme et le luxe assure une forte croissance des exportations (+ 8 % en valeur, + 10 % en volume). L’investissement progresse également de manière significative, en raison notamment de l’acquisition de nouveaux points de vente. La baisse des effectifs ralentit.

Au sein des biens de consommation, seul le secteur de l’édition, imprimerie et reproduction connaît une baisse de son chiffre d’affaires. Elle s’accompagne d’une chute des investissements.

Évolution du chiffre d'affaires par secteur

Les industries de haute technologie marquent le pas

En 2007, alors que la croissance du chiffre d’affaires en valeur se stabilise ou se renforce dans la plupart des secteurs manufacturiers, pour atteindre près de 5 % dans l’ensemble, celle des secteurs de haute technologie est en repli (+ 2 %). Cela s’explique notamment par une moindre croissance dans la construction aéronautique ainsi que dans la pharmacie. En outre, l’investissement a diminué dans les secteurs de haute technologie - après toutefois une forte hausse en 2006 - tandis qu’il a beaucoup augmenté dans les activités de faible et moyenne-faible technologie. En revanche, les industries de haute technologie résistent mieux en termes d’emploi. Celles de faible technologie restent les plus touchées par les baisses d’effectifs, notamment le textile et l’habillement-cuir, toujours soumises à une forte concurrence internationale.

Des PME toujours performantes

Le chiffre d’affaires des PME évolue de manière légèrement plus favorable que celui des grandes entreprises (+ 5,2 %, contre + 4,3 %). Le secteur du textile constitue une exception à cet égard, la baisse de l’activité y étant plus marquée dans les PME.

Comme en 2006, les exportations augmentent plus vite dans les PME que dans les grandes entreprises, mais l’écart de croissance se réduit. Les ventes à l’étranger des PME sont nettement plus en retrait qu’en 2006 dans les secteurs de la chimie, caoutchouc, plastiques et de la métallurgie et transformation des métaux, qui représentent 40 % des exportations des PME.

Les PME et les grandes entreprises sont pareillement touchées par les baisses d’effectifs (- 2 %). L’investissement croît à un rythme très soutenu dans les PME (+ 10 %), tandis que, du fait essentiellement de quelques constructeurs automobiles et aéronautiques, il baisse dans les grandes entreprises (- 2 %).

La profitabilité s’accroît

Mesurée par le rapport entre le résultat net comptable et le chiffre d’affaires, la profitabilité des entreprises manufacturières s’accroît sensiblement en 2007, pour atteindre 3,6 %. Les entreprises des biens de consommation sont particulièrement profitables, surtout celles de la pharmacie, parfumerie et entretien. Au sein des biens intermédiaires, l’industrie des produits minéraux atteint également un très haut niveau de profitabilité, l’industrie des composants électriques et électroniques maintient la sienne à un niveau élevé et les autres secteurs l’améliorent. Dans les biens d’équipement, la profitabilité de l’aéronautique reste peu élevée tandis que la hausse dans les équipements mécaniques compense largement la baisse dans les biens d’équipements électriques et électroniques. Enfin, le résultat net de l’industrie automobile redevient positif en 2007 mais reste modeste en proportion du chiffre d’affaires.

Principales évolutions par secteur et par taille

L’enquête annuelle d’entreprise (EAE) dans l’industrie

L’enquête annuelle d’entreprise dans l’industrie, réalisée par le Sessi, porte sur toutes les entreprises manufacturières de 20 salariés ou plus, hors industries agricoles et alimentaires. Les premiers résultats portent sur cinq variables : chiffre d’affaires hors taxes, exportations directes, investissements corporels hors apports, effectifs salariés en fin d’année, résultat net comptable. Ils s’appuient sur les données de l’EAE disponibles au 11 juillet et considérées comme valides ou sur des réponses partielles fournies par les entreprises. Les résultats définitifs de l’année 2007, au niveau 700 de la nomenclature, seront disponibles en fin d’année 2008.

Les indices d’évolution entre deux années sont élaborés à champ constant, en tenant compte des modifications qui touchent les entreprises enquêtées, afin de les rendre comparables d’une année sur l’autre. Les variations en volume sont calculées à partir des indices de prix à la production et à l’exportation de la comptabilité nationale. Sauf indication contraire, les évolutions sont commentées en valeur.

L’analyse des évolutions selon l’intensité technologique des activités industrielles utilise la classification de l’OCDE. Cette classification distingue quatre catégories d’entreprises selon leurs efforts en R & D (« haute technologie », « moyenne-haute », « moyenne-faible » et « faible technologie »).