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Quatre ans de baisse de la fréquentation hôtelière en Rhône-Alpes

Lionel Espinasse, Insee

Résumé

De 2007 à 2010, la fréquentation des hôtels de Rhône-Alpes a baissé de 6 %, davantage qu'en moyenne nationale (- 3 %). La concurrence des autres types d'hébergements explique en partie cette diminution. Le contexte général de crise, notamment pour la clientèle étrangère et la clientèle d'affaires, ainsi que la réduction de l'offre constituent deux explications supplémentaires. Deux segments d'activité sont particulièrement touchés : le tourisme de loisirs d'hiver en Savoie et en Haute-Savoie et les séjours d'affaires dans le Rhône et l'Isère.

Sommaire

Publication


En 2010, on compte 2 100 hôtels en Rhône-Alpes. En quatre ans, depuis 2007, l'activité de ce secteur a diminué. Une centaine d'hôtels ont fermé et la fréquentation s'est réduite de près de 1,1 million de nuitées, passant de 18,1 à 17 millions. Cette diminution de 6 % est plus forte que celle constatée en moyenne nationale (- 3 %). Rhône-Alpes fait partie avec Midi-Pyrénées et Poitou-Charentes des grandes régions touristiques où cette baisse est la plus importante. Les diminutions sont moins fortes en Aquitaine ou dans les Pays de la Loire. La baisse touche en premier lieu les hôtels 2 étoiles (- 12 %), elle est plus faible dans les 3 étoiles (- 2 %) et la situation est stable dans les 0-1 étoile. Seuls les établissements haut de gamme, de 4 et 5 étoiles, connaissent une progression (+ 4 %).

On constate un léger regain d'activité durant la première moitié de 2011. Ce début d'année plutôt favorable ne permet toutefois pas de rattraper la baisse enregistrée les quatre années précédentes. La fréquentation des mois d'hiver est notamment encore très en deçà de celle de 2007 avec près de 400 000 nuitées de moins
(- 5 %). L'écart avec la moyenne nationale persiste également durant cette période.

Cette moindre activité des hôtels peut s'expliquer par trois grands types d'évolution : la concurrence des autres types d'hébergements, le contexte global peu dynamique de la fréquentation touristique régionale en période de crise, et la réduction de l'offre de chambres.


Dans un contexte national de baisse, Rhône-Alpes fait partie des grandes régions touristiques où la fréquentation des hôtels diminue le plus

Évolution 2007-2010 du volume de nuitées dans l'hôtellerie

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Les hôtels ne sont pas le principal mode d'hébergement des touristes

Les touristes ne logent pas tous à l'hôtel, loin s'en faut. En 2009, selon la direction du Tourisme, plus de 71 % des français effectuant des voyages pour motifs personnels en France métropolitaine logent dans des hébergements non-marchands, par exemple dans la famille, chez des amis ou dans une résidence secondaire. Pour cette clientèle, la part des hébergements non marchands va croissant ; elle se situait autour de 67 % cinq ans auparavant. Les touristes étrangers ou ceux en séjour d'affaires, moins concernés par ce type d'hébergement, ne peuvent pas compenser cette tendance générale, leur fréquentation étant également en baisse.


Pour près de la moitié des séjours, les touristes sont hébergés dans la famille

Répartition des séjours selon le mode d'hébergement
 Séjours des français pour motif personnel en France en 2009


Par ailleurs, d'autres formes d'hébergements se sont développées ces dernières années, comme les résidences hôtelières et les résidences de tourisme. Elles sont désormais près de 360 en Rhône-Alpes. Les tendances nationales sont clairement orientées à la hausse pour ce type d'hébergement avec une augmentation du nombre d'établissements de 40 % en quatre ans. Une tendance croissante est également observée pour les gîtes. Les autres formes d'hébergements collectifs (villages de vacances, maisons familiales, auberges de jeunesse...) représentent une part plus faible de l'activité que les résidences de tourisme, mais elles ont également connu une hausse de 2,6 % de leur fréquentation.

Pour le tourisme de loisirs en été, les campings se sont aussi développés. Leur fréquentation augmente de 10 % entre 2007 et 2010, plus fortement que la moyenne nationale (+ 6 %). Cette hausse est régulière tout au long des quatre années et Rhône-Alpes est une des régions où elle est la plus forte, avec l'Aquitaine. La rapide progression de l'offre en emplacements locatifs (+ 17 %) a contribué à ce résultat. Ce type d'hébergement en bungalow ou mobil home offre des conditions matérielles de séjour qui peuvent rivaliser avec celles des hôtels.


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Baisse de la fréquentation étrangère et réduction de l'offre de chambres

Les solutions alternatives aux séjours en hôtel se sont ainsi accrues, ce qui a pu attirer une partie de la clientèle. Dans le même temps, le contexte global de fréquentation peu dynamique dans la région a aussi joué sur l'évolution de l'activité dans l'hôtellerie. Tous types d'hébergements confondus, les estimations de flux touristiques publiées par l'Observatoire régional du Tourisme (ORT) montrent des signes de baisse en 2009 et 2010 par rapport aux années 2007 et 2008. La crise économique a notamment pesé sur la clientèle étrangère. Celle-ci représente un quart de la clientèle des hôtels de Rhône-Alpes et a contribué à la baisse globale. Sa fréquentation diminue de près de 14 % de 2007 à 2010 alors que la baisse de la fréquentation française se limite à - 4 %. Cette situation est particulièrement accentuée pour les Britanniques en raison d'un taux de change défavorable. Ceux-ci représentaient plus de 1,3 million de nuitées en 2007 pour simplement 955 000 en 2010.

Enfin, l'évolution de l'offre de chambres a aussi eu un impact. Le lien entre fréquentation et offre de chambres est à double sens. La fréquentation peut baisser si l'offre ne correspond pas aux attentes des consommateurs et l'offre peut se réduire en conséquence d'une baisse de fréquentation, notamment en raison de la fermeture d'établissements. Globalement, en Rhône-Alpes, l'offre de chambres en hôtels s'est réduite de 3 % de 2007 à 2010. En moyenne nationale, elle est stable ; mais elle augmente de plus de 2 % dans des régions comme l'Aquitaine, les Pays de la Loire ou la Bretagne. La part de Rhône-Alpes dans l'offre nationale passe ainsi de 11,1 % à 10,8 %.

Une des hypothèses d'explication consiste à considérer que cette réduction de l'offre correspond à une rationalisation du parc : les fermetures concernent en premier lieu les établissements dont l'offre est la moins en adéquation avec les souhaits des consommateurs et dont les taux d'occupation étaient déjà les plus faibles. La réduction de l'offre de chambres touche plus particulièrement les hôtels 2 étoiles 
(- 10 % de 2007 à 2010) ou de 0-1 étoile (- 3 %). Dans les catégories supérieures, l'offre progresse : de 5 % pour les 3 étoiles et de 18 % pour les 4-5 étoiles.

Cette explication de la baisse de la fréquentation par la réduction de l'offre des établissements les moins performants ne suffit toutefois pas. En effet, la moyenne régionale du taux d'occupation baisse aussi, passant de 58 à 55 % de 2007 à 2010 et cette diminution touche toutes les catégories d'établissement.


Rhône-Alpes parmi les régions où l'offre de chambres diminue le plus

Évolution de l'offre de chambres 2007-2010

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Clientèle d'affaires ou de loisirs : les deux sont touchées

La diminution de la fréquentation de 2007 à 2010 reste variable selon les clientèles et les zones géographiques. En Rhône-Alpes, la clientèle d'affaires représente 44 % de l'activité des hôtels et la clientèle de loisirs 56 %. C'est pour la clientèle de loisirs que la baisse des nuitées est la plus sensible, tant en volume (- 820 000) qu'en proportion (- 7,9 %). Les nuitées d'affaires diminuent quant à elles de 320 000 
(- 4,2 %). La baisse des nuitées de loisirs dans la région est quasi-identique à la tendance nationale (- 7,3 %). En revanche, l'évolution des nuitées d'affaires est atypique par rapport aux évolutions nationales. Globalement, en France métropolitaine, les nuitées d'affaires augmentent de 2,1 %.


Diminution de la clientèle d'affaires en Rhône-Alpes dans un contexte national de hausse

Nuitées dans l'hôtellerie par département et type de clientèle
en milliers
2010 Évolution 2007-2010 en %
Affaires Loisirs Ensemble Affaires Loisirs Ensemble
Source : Insee, DGCIS
Ain 602,7 406,3 1 008,9 - 2,6 - 8,6 - 5,1
Ardèche 162,6 341,6 504,2 5,5 - 6,8 - 3,1
Drôme 681,2 516,4 1 197,6 23,8 - 15,1 3,4
Isère 1 068,2 1 050,1 2 118,3 - 14,7 1,2 - 7,5
Loire 467,4 273,6 741,0 - 17,4 20,4 - 6,6
Rhône 2 719,6 1 474,2 4 193,8 - 6,4 - 6,3 - 6,4
Savoie 670,7 2 472,9 3 143,6 - 3,7 - 15,2 - 13,0
Haute-Savoie 1 073,3 3 056,4 4 129,7 4,5 - 5,6 - 3,2
Rhône-Alpes 7 445,7 9 591,4 17 037,1 - 4,2 - 7,9 - 6,3
France 84 421,0 107 750,8 192 171,8 2,1 - 7,3 - 3,4

Dans la région, trois départements concentrent une grande partie de l'activité de l'hôtellerie d'affaires, le  Rhône avec 2,7 millions de nuitées, l'Isère et la Haute-Savoie avec plus d'un million chacun. Des baisses importantes sont constatées en Isère (- 14,7 %) et dans le Rhône (- 6,4 %). En revanche, cette activité est en croissance en Haute-Savoie (+ 4,5 %). On pourra aussi noter une hausse importante en proportion dans la Drôme (+ 24 %), même si les volumes concernés sont encore peu élevés (680 000 nuitées). La crise économique constitue une des explications, mais elle n'est pas la seule. Pour ce type de clientèle, les hôtels traditionnels subissent une concurrence accrue des autres formes d'hébergements, notamment des résidences hôtelières. Dans le Rhône, huit nouvelles résidences se sont créées depuis 2007, ajoutant ainsi une offre de près de 900 chambres supplémentaires.

Pour ce qui concerne la clientèle de loisirs, la distinction des saisons est essentielle. L'hiver, 70 % de l'activité de l'hôtellerie régionale est concentrée en Savoie et en Haute-Savoie. Dans chacun de ces deux départements, la fréquentation a diminué de 8 % entre les saisons 2006-2007 et 2010-2011. Ailleurs, on constate une stabilité dans le Rhône et une légère hausse dans l'Isère.


En Savoie, le redressement de la saison d'hiver 2010-2011 ne compense pas la baisse des années précédentes

Fréquentation de la clientèle de loisirs en saison d'hiver

La fréquentation hôtelière de loisirs d'été (mai à septembre) est en revanche davantage répartie sur le territoire. La Haute-Savoie se distingue avec près d'un tiers des nuitées (1,4 million), mais le Rhône en regroupe aussi 18 %, la Savoie 16 % et l'Isère 11 %. Dans la Drôme et l'Ardèche, le tourisme d'été est surtout une affaire de campings. La baisse régionale constatée sur la fréquentation hôtelière d'été se retrouve dans tous ces départements. Elle est en revanche significativement plus forte en Savoie (- 20 %) que dans le Rhône, la Haute-Savoie et l'Isère où elle se situe entre 2 et 4 %.


La clientèle de loisirs d'été s'accroît dans les campings et diminue dans les hôtels

Nuitées de la clientèle de loisirs dans les hôtels et les campings
en milliers
Saison d'été 2010
Hôtels Campings
Nuitées Évolution
2007-2010
(en %)
Nuitées Évolution
2007-2010
(en %)
Source : Insee, DGCIS
Ain 239,2 - 5,4 396,1 0,9
Ardèche 283,4 - 6,2 3490,1 8,8
Drôme 340,8 - 15,1 1241,9 11,8
Isère 465,4 - 4,0 772,5 10,2
Loire 140,7 7,0 95,8 14,5
Rhône 772,8 - 3,0 161,8 12,3
Savoie 684,0 - 20,4 684,7 7,7
Haute-Savoie 1381,1 - 2,0 1388,0 14,4
Rhône-Alpes 4307,4 - 7,1 8230,9 9,9

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Encadré

Le point de vue de l'Observatoire régional du Tourisme de Rhône-Alpes

L'hôtellerie accueille 9 % des nuitées touristiques françaises effectuées sur la région Rhône-Alpes. Elle se place ainsi en deuxième position des hébergements marchands derrière la location. Cet hébergement fait donc l'objet d'une analyse approfondie que nous menons en collaboration avec l'Insee Rhône-Alpes depuis plus de 15 ans.

Entre 2007 et 2010, la fréquentation touristique extra-régionale (clientèle étrangère et française ne résidant pas en Rhône-Alpes) tous modes d'hébergements confondus a diminué de - 1 % sur l'ensemble de la région Rhône-Alpes. Dans le même temps, la baisse observée par l'Insee sur le champ de l'hôtellerie est de - 6 %.

La clientèle étrangère représente 20 % des nuitées touristiques globales de la région. Elle fréquente naturellement davantage les hébergements marchands faute de pouvoir, comme la grande majorité des français, loger chez des parents et amis. Si l'ensemble des clientèles européennes a diminué, la réduction de la clientèle britannique, qui se situe en première place de nos clientèles étrangères dans l'hôtellerie, est la plus significative. Entre 2007 et 2010, la livre sterling a perdu 26 %, freinant leur venue, notamment vers la Tarentaise, massif qu'ils privilégient pour leur séjour d'hiver.

Du côté de l'offre, les difficultés touchent l'hôtellerie de moyenne gamme, et plus particulièrement l'hôtellerie familiale en montagne. Les diverses règlementations (européennes, sécurité,...) pèsent sur les investissements et sur leur capacité à renouveler leur offre face à des clients exigeants.

Les évolutions notées par l'Insee corroborent l'évolution de la société française qui se bipolarise d'un point de vue économique : accroissement simultané des ménages à revenus modestes et des ménages à revenus supérieurs, consommateurs d'hôtellerie haut de gamme. Le renouvellement des modes de commercialisation des hôtels a également permis la création d'une nouvelle clientèle : "les excursionnistes du luxe". Les coffrets cadeaux (type smartbox) permettent à ceux qui les reçoivent de passer un séjour dans une gamme d'hôtels qu'ils n'ont pas nécessairement l'habitude de fréquenter.


Christelle Lepoutre
Observatoire régional du Tourisme Rhône-Alpes

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La Lettre Résultats
N° 154 - novembre 2011