Élise Bernert, Insee
Si les tendances démographiques récentes se maintiennent, la région Rhône-Alpes comptera 7,5 millions d'habitants au 1er janvier 2040, soit 1,4 million de plus qu'en 2007. Le taux de croissance régional, supérieur au taux national, ralentirait progressivement. L'évolution de la population régionale serait toujours soutenue par une fécondité moyenne combinée à une attractivité importante pour les personnes en âge d'avoir des enfants. Rhône-Alpes serait, comme toutes les autres régions, confrontée aux défis liés au vieillissement de sa population, mais de manière moins importante. En effet, la région reste avant tout attractive pour les jeunes. Les départements de la région devraient conserver leurs spécificités en la matière.
En 2040, si les tendances démographiques observées durant la période récente se poursuivent, la région Rhône-Alpes compterait 7 451 000 habitants, soit 1,4 million de plus qu'en 2007, date du dernier recensement
Cette projection est basée sur un scénario, dit "central", qui suppose que les tendances démographiques récentes se maintiennent : dans ce scénario, pour la région, le nombre d'enfants est de 2,02 par femme, le solde migratoire (arrivées-départs) est en moyenne de + 13 500 habitants par an et l'espérance de vie progresse selon le rythme observé actuellement. D'autres scénarios sont envisagés en modifiant les hypothèses d'évolution des naissances, des décès et du nombre de personnes entrant ou quittant la région ; ils permettent de mesurer l'impact d'hypothèses alternatives. Dans tous les cas, l'augmentation de population totale est confirmée. Son niveau varierait de plus ou moins 500 000 personnes : 6 970 000 selon le scénario de projection le plus bas (en termes de fécondité, d'espérance de vie et de migrations) et 7 951 000 selon le scénario aboutissant au résultat le plus élevé. Ainsi, la région se classe sixième des régions métropolitaines en termes d'évolution relative de population derrière le Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, les Pays-de-la-Loire, la Bretagne et l'Aquitaine. Selon tous les scénarios, la région Rhône-Alpes serait toujours attractive (solde migratoire positif) et resterait la seconde région de France la plus peuplée derrière l'Île-de-France. Elle représenterait en 2040 une part légèrement plus importante de la population de la France métropolitaine : 10,5 %, contre 9,8 % en 2007, dépassant les 10 % dès 2013.
Selon le scénario central et sur la période 2007-2040, le taux de croissance annuel moyen de la région Rhône-Alpes resterait supérieur à celui de la France métropolitaine (0,62 % par an contre 0,41 %).
| *Taux de Croissance Annuel Moyen exprimé en % | ||||||||
| Projections de population entre 2007 et 2040, par département | ||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Popula- tion 2007 |
*TCAM entre 2007 et 2020 | Popula- tion 2020 |
TCAM entre 2020 et 2030 | Popula- tion 2030 |
TCAM entre 2030 et 2040 | Popula- tion 2040 |
TCAM entre 2007 et 2040 | |
| Source : Insee, Recensement de la population 2007-Omphale 2010 | ||||||||
| Ain | 574 400 | 1,13 | 665 000 | 0,84 | 723 000 | 0,67 | 773 000 | 0,90 |
| Ardèche | 309 500 | 0,88 | 347 000 | 0,69 | 371 000 | 0,57 | 393 000 | 0,73 |
| Drôme | 473 500 | 0,81 | 526 000 | 0,63 | 560 000 | 0,51 | 589 000 | 0,66 |
| Isère | 1 178 700 | 0,90 | 1 324 000 | 0,69 | 1 418 000 | 0,57 | 1 502 000 | 0,74 |
| Loire | 740 700 | 0,29 | 769 000 | 0,23 | 787 000 | 0,22 | 804 000 | 0,25 |
| Rhône | 1 677 000 | 0,56 | 1 804 000 | 0,45 | 1 887 000 | 0,40 | 1 964 000 | 0,48 |
| Savoie | 405 500 | 0,79 | 449 000 | 0,62 | 478 000 | 0,51 | 503 000 | 0,65 |
| Haute- Savoie |
706 700 | 1,02 | 807 000 | 0,76 | 870 000 | 0,60 | 923 000 | 0,81 |
| Rhône- Alpes |
6 066 000 | 0,76 | 6 691 000 | 0,59 | 7 094 000 | 0,49 | 7 451 000 | 0,62 |
| France métropo- litaine |
61 795 600 | 0,50 | 65 962 000 | 0,38 | 68 532 000 | 0,32 | 70 734 000 | 0,41 |
Alors que la croissance de la population s'est accélérée depuis 1990, passant de 0,60 % par an entre 1990 et 1999 à 0,90 % entre 1999 et 2007, les projections anticipent un ralentissement d'ici 2040. Au cours des périodes à venir, le taux de croissance annuel moyen pourrait passer de 0,76 % entre 2007 et 2020, à 0,59 % entre 2020 et 2030 et à 0,49 % entre 2030 et 2040. L'augmentation des décès correspondants aux générations du "baby-boom" expliquerait cette évolution.
La population de tous les départements de Rhône-Alpes augmenterait d'ici 2040. Le département le plus peuplé resterait le
Rhône et le moins peuplé, l'Ardèche. Le nombre de Haut-Savoyards augmenterait plus vite que celui des Ligériens, et le
dépasserait dès 2013. Les taux de croissance départementaux se resserreraient à l'horizon 2040. Après avoir connu des taux très
élevés au cours de la période 1999-2007, à l'exception de la Loire, tous les départements verraient leur croissance diminuer
progressivement sur la période 2007-2040. Le département de la Loire, après une augmentation de son taux de croissance annuel
moyen sur la période de 2007 à 2020 enregistrerait ensuite un léger ralentissement. Ce département, et dans une moindre mesure
le Rhône, auraient des taux de croissance annuels moyens inférieurs à ceux de la région. À l'opposé, cet indicateur serait au
plus haut dans l'Ain et la Haute-Savoie à l'horizon 2040. Cette croissance pourrait toutefois se révéler moins forte si les
migrations, en provenance de la Suisse notamment, se ralentissaient. L'augmentation de la population régionale s'expliquerait
pour 23 % par l'augmentation de la population de l'Isère et pour 21 % par celle du Rhône qui représentent les plus grosses
augmentations de la région en nombre d'habitants. La densité moyenne passerait à 604 habitants au km2 dans le Rhône contre
516 actuellement. Celles de l'Isère et de la Haute-Savoie dépasseraient les
200 habitants au km2. Pour l'Ardèche,
la Savoie et la Drôme, la densité resterait en dessous des 100 habitants au km2.
Quel que soit le scénario retenu, l'évolution de la population rhônalpine continuerait d'être soutenue par les migrations et le solde naturel, toujours premier moteur de la croissance, faisant de Rhône-Alpes une région atypique. Seules les régions d'Alsace et de Franche-Comté seraient dans une situation comparable - migrations et solde naturel positif, ce dernier étant prépondérant - avec cependant un taux de croissance global plus faible.
Le solde naturel rhônalpin expliquerait à lui seul les deux tiers de l'augmentation de la population, selon le scénario central,
tout au long de la période 2007-2040. Après l'Île-de-France, Rhône-Alpes serait la région où le solde naturel contribuerait le
plus à la croissance démographique. Au cours du temps, le solde naturel comme le solde migratoire baisserait, ce dernier
diminuant moins vite. Le taux de croissance annuel moyen dû au solde naturel, égal à 0,40 %, serait bien supérieur au chiffre
national (0,24 %). Cet excédent des naissances sur les décès s'expliquerait en partie par la structure de la population de
Rhône-Alpes, région jeune, où la part des moins de
45 ans est plus importante qu'au niveau national. De plus, les migrations
en Rhône-Alpes sont excédentaires pour les actifs en âge d'avoir des enfants et déficitaires à partir de 60 ans, augmentant
ainsi mécaniquement le solde naturel.
| Part en % | ||||||
| Variation 2007 - 2040 des effectifs de jeunes et de personnes âgées, par département et part de ces effectifs dans la population totale | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Moins de 25 ans | part des moins de 25 ans | 65 ans et plus | part des 65 ans et plus | |||
| en 2007 | en 2040 | en 2007 | en 2040 | |||
| Source : Insee, Recensement de la population 2007-Omphale 2010 | ||||||
| Ain | 38 300 | 32,2 | 28,9 | 104 700 | 14,3 | 24,2 |
| Ardèche | 14 000 | 27,9 | 25,6 | 59 400 | 20,0 | 30,9 |
| Drôme | 19 400 | 30,4 | 27,7 | 81 600 | 17,8 | 28,1 |
| Isère | 68 900 | 33,3 | 30,7 | 170 200 | 14,5 | 22,7 |
| Loire | 6 200 | 30,6 | 28,9 | 73 100 | 18,7 | 26,3 |
| Rhône | 59 800 | 33,7 | 31,8 | 161 900 | 14,8 | 20,9 |
| Savoie | 13 200 | 30,6 | 27,3 | 69 500 | 16,3 | 27,0 |
| Haute-Savoie | 28 300 | 31,4 | 27,1 | 130 400 | 13,6 | 24,5 |
| Rhône-Alpes | 248 100 | 32,1 | 29,4 | 850 800 | 15,6 | 24,2 |
| France métropolitaine |
670 800 | 31,1 | 28,1 | 7 988 800 | 16,5 | 25,7 |
Sur la période 2007-2040, la région resterait moyennement attractive en termes de migrations même si le taux de croissance annuel dû au solde migratoire, + 0,23 %, serait supérieur à celui du niveau national (+ 0,17 %). Il serait comparable à celui des régions Centre et Basse-Normandie, loin des taux attendus pour les régions du sud et de l'ouest.
Les moteurs de la croissance démographique seraient différents selon les départements. L'Ain et la Haute-Savoie
connaîtraient les taux de croissance les plus élevés de la région, respectivement 0,90 % et 0,81 % par an, grâce à des soldes
migratoire et naturel équivalents et élevés. Les deux moteurs diminueraient parallèlement sur les différentes périodes. Entre
2030-2040, le poids des migrations deviendrait plus important que le solde naturel pour la Haute-Savoie. L'Isère et l'Ardèche
auraient des taux de croissance élevés (respectivement 0,74 % et
0,73 %), mais les facteurs seraient différents. La croissance
de la population iséroise serait soutenue pour les deux tiers par les mouvements naturels et pour un tiers par les
migrations. L'Ardèche, quant à elle, garderait un taux de croissance élevé uniquement grâce au solde migratoire, le
solde naturel devenant négatif dès 2020. La Savoie et la Drôme enregistreraient également une croissance élevée
(respectivement 0,65 % et 0,66 %) due à des soldes naturels et migratoires positifs. Le solde migratoire serait
le premier moteur de croissance. Au fil du temps, le solde naturel diminuerait mais le solde migratoire resterait élevé.
Le Rhône garderait un taux de croissance positif de 0,48 % par an par le seul solde naturel, son bilan migratoire restant
négatif. Cette évolution confirmerait dans la durée le phénomène de périurbanisation autour de Lyon qui s'étend sur trois
autres départements : la Loire, l'Ain et l'Isère. Avec un taux de croissance de 0,25 % par an, la Loire resterait le
département le moins attractif. Jusqu'en 2030, sa croissance s'expliquerait principalement par son solde naturel.
Au delà, elle serait plutôt liée à des phénomènes migratoires, les deux moteurs restant toutefois positifs, mais peu
vigoureux.
La région Rhône-Alpes vieillirait comme toutes les autres régions de France, l'âge moyen passant de 38,6 ans en 2007 à 42,6 ans en 2040. Cependant elle demeurerait plus jeune que la majorité des régions. Elle resterait, par exemple, plus jeune que la région la plus "vieille" aujourd'hui (le Limousin), qui enregistre, en 2007, un âge moyen de 43,8 ans. Selon le scénario central, la population des jeunes de moins de 25 ans augmenterait de 248 000 dont 156 000 pour les moins de 15 ans. La population des 25-60 ans évoluerait quant à elle de + 211 000. Celle des 60 ans et plus connaîtrait la plus forte hausse avec 926 000 personnes supplémentaires dont 455 000 personnes de 65 à 79 ans et 396 000 personnes de plus de 80 ans. Selon les différents scénarios, le vieillissement de la région reste le même à plus ou moins 100 000 personnes de 60 ans et plus. Dans tous les cas, leur nombre sera multiplié par un coefficient compris entre 1,6 et 1,9 ; pour les plus de 80 ans, ce coefficient augmentera notablement et se trouvera dans une fourchette comprise entre 2,4 et 2,7. Ces augmentations de population chez les jeunes mais surtout chez les personnes âgées devraient générer dès 2020 de nouveaux besoins en structures médicales ou d'accueil pour les personnes âgées dépendantes mais également en équipements scolaires.
Pour autant, au final, le ratio de dépendance de Rhône-Alpes (voir dans les documents associés* "Pour comprendre ces résultats") devrait augmenter moins vite que dans d'autres régions. En conséquence, la région passerait de la sixième place en 2007 à la quatrième place en 2040 derrière l'Île-de-France, le Nord-Pas-de-Calais et l'Alsace.
En 2007, les départements les plus jeunes sont la Haute-Savoie, l'Isère, l'Ain et le Rhône avec un âge moyen d'environ 38 ans.
En 2040, le département du Rhône se démarquerait des autres avec un âge moyen de 40,5 ans contre plus de 42,8 pour les trois
autres. Ainsi, ce serait le seul département de la région où le nombre d'inactifs potentiels resterait inférieur à celui des
actifs potentiels. La Savoie, la Loire et la Drôme ont actuellement un âge moyen plus élevé (autour de 40 ans), un peu
supérieur à la moyenne nationale. Seule la Loire vieillirait moins vite et atteindrait en 2040 un âge moyen de 43,7 ans
contre 44,5 pour la Savoie et
44,8 pour la Drôme. L'Ardèche est le département le plus âgé de la région avec un âge moyen
de 41,9 ans en 2007 ; il atteindrait 46,6 ans en 2040. Ces moyennes ne doivent pas faire oublier les croissances importantes
de population par classe d'âges, qui se traduisent, pour les acteurs locaux, en autant de défis à relever en matière de
services à la personne. Par exemple, le nombre des plus de 80 ans ferait plus que tripler pour le département de la
Haute-Savoie, plus que doubler pour les autres départements de la région (multiplication comprise entre 2,1 et 2,8), à
l'exception de la Loire qui connaîtrait une progression légèrement plus faible.