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Liens transversaux haut

Genève plus tournée vers l’international que Lyon

Céline Rozenblat (Université de Lausanne - UNIL), Gaétan Métral (UNIL–Conseil Economique Social et Environnemental Régional (CESER) Rhône-Alpes), Antoine Bellwald (UNIL)

Résumé

Au regard des liens capitalistiques entre les entreprises formant les groupes multinationaux, les firmes multinationales sont très présentes en Rhône–Alpes dans les activités industrielles et scientifiques. À l’échelle de l’ensemble constitué par la région Rhône–Alpes et l’Arc lémanique, Lyon détient le plus grand nombre de liens capitalistiques, mais Genève domine sur le plan international. Le bipôle Lyon–Grenoble structure la région, avec de nombreux liens financiers au sein de chaque aire urbaine et de fortes interconnexions entre les deux pôles. En revanche, l’intégration transfrontalière demeure très faible : le rayonnement international de Rhône–Alpes s’appuie peu sur les villes de la région lémanique voisine.

Sommaire

Encadré

Publication

Cette étude présente les principaux résultats d’un rapport de stage de Gaétan Métral (Université de Lausanne) effectué auprès du Conseil Economique Social et Environnemental Régional (CESER) Rhône–Alpes, sur le rayonnement des régions Rhône–Alpes et Arc lémanique, ainsi que des liens de filiation d’entreprises qui les relient. Ce stage constitue un apport à la contribution adoptée par le CESER Rhône-Alpes le 15 décembre 2015 « Fait métropolitain et fait régional en Rhône-Alpes ».

La circulation des personnes, des savoirs et des technologies alimente en permanence les processus mondiaux de mise en réseau des activités économiques et des villes. Celles de Rhône–Alpes et du bassin lémanique, constitué des cantons de Genève et de Vaud, n’échappent pas à cette dynamique. Leurs apports mutuels sont nombreux, mais elles font aussi preuve d’une forte capacité à se tourner vers l’international, en particulier côté suisse.

L’étude du rayonnement international s’appuie sur une extraction d’une base de données mondiale des entreprises multinationales (cf. Méthodologie). Les établissements de Rhône-Alpes présents dans cette base représentent environ le quart de l’emploi salarié total de la région. Ce réseau de filiation interentreprises représente les liens les plus importants et ne se veut pas exhaustif de l’ensemble des échanges économiques.

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Une forte présence des firmes multinationales dans les activités industrielles et scientifiques en Rhône–Alpes

Certains secteurs d’activité sont particulièrement concernés. Ainsi, les firmes multinationales étudiées représentent une part importante de l’emploi rhônalpin dans la production d’énergie et du raffinage, la recherche et développement, les télécommunications ou encore dans l’industrie pharmaceutique. Dans une moindre mesure, d’autres secteurs tels que la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques, l’industrie chimique, la fabrication d’équipements électriques ou encore les activités financières et d’assurance, dépendent aussi en grande partie de ces entreprises multinationales.

Au sein de la fabrication de matériel de transport, le poids des secteurs de l’automobile ou de l’aérospatiale ressort particulièrement dans les aires urbaines fonctionnelles de Lyon, Bourg–en–Bresse, Grenoble et Annecy. L’activité chimique est particulièrement internationalisée à Bourg–en–Bresse, Montélimar et Villefranche–sur–Saône , et, dans une moindre mesure, à Grenoble, Chambéry et Lyon. Dans ce secteur, les aires de Lyon, Montélimar et Grenoble comportent les effectifs les plus nombreux. L’emploi de l’industrie pharmaceutique rhônalpine dépend tout particulièrement de firmes multinationales dans les aires urbaines de Chambéry et de Roanne, et dans celles de Lyon et d’Annecy. Dans le secteur du textile, seul un quart de l’emploi est contrôlé par des entreprises multinationales : de nombreuses PME demeurent ainsi hors des circuits capitalistiques. Parmi les entreprises multinationales, on trouve plusieurs entreprises de tissage, de luxe ou de lingerie à Lyon et Grenoble. L’aire urbaine de Lyon a également réussi à attirer des capitaux nord–américains dans la fabrication des fibres de carbone et des matériaux composites pour l’aéronautique.

Figure 1 - Une part importante de l’emploi des firmes multinationales dans l’industrie autour de Lyon

Figure 1 - Une part importante de l’emploi des firmes multinationales dans l’industrie autour de Lyon

Sources : Bureau van Dijk, Base Orbis 2013 - Insee, Clap 2012.

Dans les activités numériques, électroniques et scientifiques, le poids de Grenoble est important : les établissements des entreprises multinationales totalisent plus de 30 000 emplois, soit 74 % des 41 000 emplois de ce secteur présents dans l’aire urbaine. Au total, dans l’ensemble de ces activités numériques, le poids des emplois des entreprises multinationales égale presque celui de l’aire de Lyon. De très grandes entreprises y sont représentées, mais également de nombreuses PME spécialisées en informatique, électronique et optique, soutenues par des investissements multinationaux. Dans le même secteur, les entreprises situées à Chambéry spécialisées dans la fabrication des équipements électriques sont très ouvertes à l’international. Dans le secteur de la recherche, les investissements multinationaux participent à des instituts publics à Lyon, Grenoble, Thonon–les–Bains, Montélimar et Valence, mais constituent également des entités propres à Grenoble et à Lyon.

Figure 2 - Une présence importante des entreprises multinationales dans l’électronique à Grenoble

Figure 2 - Une présence importante des entreprises multinationales dans l’électronique à Grenoble

Sources : Bureau van Dijk, Base Orbis 2013 - Insee, Clap 2012.

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Genève plus tournée vers l’international que Lyon

L’intégration capitalistique par les détentions de firmes s’effectue à l’intérieur des aires urbaines fonctionnelles ou bien d’une aire à l’autre. Les liens de contrôle (sortants) et de subordination (entrants) peuvent être représentés par des carrés emboîtés dont les superficies respectives sont proportionnelles au nombre de liens.

Selon cette approche, l’aire urbaine fonctionnelle de Lyon devance celle de Genève quant au nombre total de liens financiers avec d’autres firmes (4 760 contre 3 680), mais un tiers d’entre eux sont internes à son aire urbaine fonctionnelle. Genève est plus attractive que Lyon sur le plan international : 85 % des liens de contrôle se situent à cette échelle, contre seulement 26 % pour Lyon. De même, davantage de firmes à Genève qu’à Lyon dépendent d’entreprises multinationales (75 % contre 17 %).

En général, les villes rhônalpines sont davantage des villes de subordination que de contrôle, et elles ont davantage de liens au sein de leur aire, région ou pays que les villes suisses de l’Arc lémanique, plus internationalisées. Ces dernières contrôlent davantage de filiales qu’elles n’en ont de contrôlées depuis d’autres villes, et ces liens de contrôle sont principalement internationaux.

Le cas grenoblois est différent : avec 51 % de liens de contrôle, c’est la seule aire urbaine fonctionnelle rhônalpine à s’approcher d’un profil de type suisse (avec toutefois moins de liens externes à la région), grâce notamment au siège de SCHNEIDER ELECTRIC IT France.

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Les aires de Rhône–Alpes très intégrées régionalement mais aux faibles liens transfrontaliers

Les relations internes à l’ensemble Rhône–Alpes – Arc lémanique représentent en moyenne 38 % de ses liens de contrôle ou de subordination (soit la moyenne européenne), mais la majeure partie de ces liens ont lieu au sein de chaque aire urbaine fonctionnelle. Parmi les autres liens, 8 % ont lieu au sein de la même région (Rhône–Alpes ou Arc lémanique) et seulement 1 % sont transfrontaliers.

Du côté français, l’intégration des villes de Rhône–Alpes par les liens financiers entre firmes est importante, formant une étoile autour du bipôle Lyon – Grenoble, avec de fortes interconnexions entre Grenoble, Chambéry et Annecy.

Les entreprises de l’aire urbaine fonctionnelle de Lyon détiennent des parts de 180 filiales situées dans d’autres villes de la région : parmi les investisseurs lyonnais, on trouve de nombreuses banques et assurances, des fonds de placement investissant dans des entreprises innovantes de Chambéry, d’Annecy et de Grenoble. On y trouve également des entreprises spécialisées. À l’inverse, 190 filiales lyonnaises sont détenues par des entreprises de Rhône–Alpes et de l’Arc lémanique. Depuis Genève, les liens transfrontaliers sont surtout orientés vers Grenoble au plan industriel. Lyon, Grenoble et Chambéry contrôlent des filiales situées en Suisse principalement dans le secteur de la finance.

Concernant les liens externes, les villes de l’Arc lémanique privilégient la portée internationale tandis que celles de Rhône-Alpes ont davantage de liens avec d’autres villes françaises. Les entreprises parisiennes représentent 40 % des maisons–mères des filiales rhônalpines, mais seulement 5 % des investissements réalisés depuis les villes de Rhône–Alpes le sont dans l’aire urbaine fonctionnelle de Paris. Genève, Lausanne et Vevey ont surtout des liens avec les villes européennes. Les entreprises genevoises et lausannoises réalisent respectivement 30 % et 22 % de leurs investissements internationaux à Paris. Elles ont aussi de nombreux liens financiers avec des villes nord–américaines. Réciproquement, de nombreux sièges de banques et d’entreprises de haute technologie américains sont implantés à Genève. Si les firmes suisses détiennent des filiales dans les villes asiatiques et sud–américaines, elles s’avèrent encore peu attractives pour les investisseurs asiatiques.

Figure 3 - Genève devance Lyon concernant les liens internationaux

Figure 3 - Genève devance Lyon concernant les liens internationaux

Note de lecture : Les entreprises situées dans l’aire urbaine fonctionnelle de Lyon comprennent 4 762 liens de filiation avec d’autres firmes au total, dont 2 676 liens de contrôle et 2 989 liens de subordination (soit 47 % et 53 % respectivement). 33 % des liens de contrôle ont lieu entre firmes au sein de l’aire de Lyon, 7 % vers d’autres firmes de la région Rhône-Alpes hors aire de Lyon, 33 % vers d’autres firmes françaises hors Rhône-Alpes, 17 % vers d’autres firmes européennes et 9 % vers des filiales situées à l’extérieur de l’Europe.

Source : Bureau van Dijk, Base Orbis 2013.

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L’internationalisation de Genève ne profite pas aux villes de Rhône–Alpes

Une grande partie de l’internationalisation des villes rhônalpines passe par Paris via Lyon, qui joue également le rôle de relais vers la région Rhône-Alpes depuis Bruxelles, Clermont–Ferrand, Londres ou Oslo. Le chemin inverse est également utilisé pour des entreprises souhaitant s’internationaliser. Outre des banques régionales, des entreprises spécialisées font le choix de s’implanter à Lyon afin de rayonner. En comparaison avec Lyon, Grenoble joue un rôle de relais plus national, et Genève relaie de loin les villes de Lausanne, Lyon et Grenoble, de façon moins marquée. Quant au rôle de plateforme régionale, il est encore assez fort à Lyon et Grenoble, mais quasiment inexistant à Genève. Ainsi, les villes rhônalpines sont très intégrées régionalement, mais peu connectées à l’internationalisation de Genève et des villes suisses.

Figure 4 - De faibles liens transfrontaliers

Figure 4 - De faibles liens transfrontaliers

Sources : © Orbis Bvd 2013, Unil GeodiverCity, 2014.

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Encadré

Méthodologie

La base de données Orbis du Bureau van Dijk permet d’appréhender les liens de pouvoir et de subordination des réseaux des 3 000 premiers groupes mondiaux selon leur chiffre d’affaires en 2012. Cette base comprend au total 800 000 filiales directes et indirectes de ces groupes, reliées par 1,2 million de liens de filiation en 2013. Dans cette étude sont considérées environ 1 500 firmes, étant donné que la moitié sont des filiales d’une autre entreprise du classement.

Figure 5 - Schéma de filiation des entreprises multinationales

Figure 5 - Schéma de filiation des entreprises multinationales

Note de lecture : L’entreprise A détient directement 60 % de l’entreprise B et 80 % au total. En effet, l’entreprise A possède C à 100 %, qui détient D à 50 %, qui détient elle-même B à 40 %, ce qui ajoute 20 % de détention indirecte de A vers B.

Les établissements rhônalpins des firmes multinationales et leur emploi ont été identifiés et localisés par appariement de la base Orbis avec le fichier Clap 2012. Cette démarche de territorialisation n’a pas été possible côté suisse.

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Insee Analyses Rhône-Alpes N° 46 - décembre 2015

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