Elisabeth GALLARD
En 2010, moins de la moitié des nouveaux entrepreneurs corses a choisi un statut « classique ». Avant de créer leur entreprise, ils étaient en majorité salariés du privé ou chômeurs, leur principal objectif étant d'assurer leur propre emploi. Dans le commerce ou l'hébergement-restauration, secteurs où ils sont parmi les plus nombreux, un sur deux a changé d'orientation professionnelle en créant son entreprise. Les créateurs sont jeunes et peu diplômés, et les créatrices sont plus nombreuses qu'en moyenne nationale. S'ils profitent aussi souvent qu'ailleurs d'un soutien financier ou d'aides, ils bénéficient davantage d'accompagnement et de conseil d'une structure dédiée à la création ou à l'innovation. Les créateurs recourent peu aux prestataires de services locaux, bien qu'ils travaillent principalement avec une clientèle de particuliers et de proximité. Malgré ce contexte, ils déclarent innover autant que dans les autres régions. Enfin, plutôt que des perspectives d'extension, ils envisagent surtout un maintien de l'équilibre de leurs activités dans les six mois suivants.
Au 1er semestre 2010, 900 entreprises ont été créées en Corse dans le secteur marchand non agricole avec un statut classique (hors auto-entrepreneur). Sur la période, ces nouvelles entreprises ne représentent que quatre créations sur dix du fait de la montée en charge du statut d'auto-entrepreneurs.
En Corse comme ailleurs, six créateurs sur dix étaient salariés du privé ou
chômeurs avant de monter leur entreprise. La région se caractérise toutefois par
une plus forte proportion d'anciens salariés du privé qu'au niveau national
(respectivement 33 % et 29 % des créateurs). Inversement, le profil préalable
de chômeur est moins important sur l'île (29 % des créateurs contre 33 %
sur le continent).
Dans la région, les créateurs issus du privé sont particulièrement nombreux
chez les jeunes. Ils représentent 41 % des nouveaux entrepreneurs âgés de moins
de 35 ans. Parallèlement 31 % des créateurs de cette tranche d'âge étaient
au chômage avant leur installation.
Chez les entrepreneurs plus âgés, le statut d'ancien chômeur est plus
fréquent que celui d'ex-salarié : parmi les créateurs de plus de 45 ans,
27 % étaient au chômage (dont 12 % au chômage depuis plus d'un an)
et 20 % seulement étaient salariés du privé.
Hors ex-chômeurs et ex-salariés du privé, les créateurs de 2010 étaient
le plus souvent indépendants ou entrepreneurs individuels. Ils représentent
21 % des nouveaux chefs d'entreprise insulaires, soit une part inférieure de
trois points à la moyenne nationale.
| Répartition des créateurs d'entreprises selon leur situation avant la création (%) | ||
| Statut | Corse | Métropole |
|---|---|---|
| Source : Insee, Enquête Sine 2010. | ||
| Indépendant à votre compte | 10,9 | 14,4 |
| Chef d'entreprise salarié, PDG (yc gérant minoritaire de SARL) | 10,0 | 9,3 |
| Agent de la fonction publique | 5,1 | 3,9 |
| Salarié du secteur privé | 33,4 | 28,5 |
| Au chômage | 29,3 | 32,8 |
| Etudiant ou scolaire | 2,7 | 3,2 |
| Sans activité professionnelle | 7,2 | 5,9 |
| Retraité | 1,4 | 2,0 |
| Ensemble | 100,0 | 100,0 |
Quand ils créent leur entreprise, les nouveaux entrepreneurs sont tout
d'abord motivés par le souhait d'indépendance (pour six créateurs sur dix)
et, en second plan, par le goût d'entreprendre et d'affronter de nouveaux
défis (quatre créateurs sur dix). Le souhait d'indépendance se dégage surtout
chez les créateurs du secteur de la construction, alors que le désir d'affronter
de nouveaux défis concerne plutôt ceux de l'industrie.
Quelles que soient leurs motivations, les deux tiers des créateurs
corses ont pour objectif principal d'assurer leur propre emploi. Cette
proportion est la même qu'en moyenne nationale. Certains énoncent des
motivations plus ambitieuses. C'est le cas notamment des anciens retraités
et ex-chefs d'entreprise. Ils sont en effet plus nombreux à souhaiter
développer leur entreprise en termes d'investissement : respectivement
30 % et 27 % contre 14 % pour l'ensemble des créateurs. Nombre d'entre
eux souhaitent également développer leur entreprise en termes d'emploi
(30 % des créateurs chefs d'entreprise, 26 % des créateurs indépendants
contre 22 % pour l'ensemble). Ce dernier souhait concerne aussi
26 % des anciens salariés du privé.
Quatre secteurs sont principalement choisis par les créateurs : la construction,
le commerce, les activités de services aux entreprises et l'hébergement-restauration.
Comme dans l'ensemble du parc d'entreprises insulaires, les secteurs de la
construction et de l'hébergement-restauration pèsent davantage dans les créations
d'entreprises qu'au niveau national. A l'inverse, les créations dans les activités
de services aux entreprises et de commerce sont moins importantes qu'en moyenne
nationale.
Du fait d'opportunités ou de changement d'orientation professionnelle,
36 % des entrepreneurs créent leur entreprise dans un secteur d'activité différent
de leur métier de base. Cette reconversion est la plus fréquente dans le commerce
et l'hébergement, où plus de la moitié des créateurs classiques avaient initialement
un autre métier. A contrario, dans les services aux ménages (ou autres activités de
services), les activités de santé humaine et le secteur de la construction, la
plupart des entrepreneurs viennent du même secteur (plus de sept sur dix).
Même si les hommes sont majoritaires parmi les créateurs, la féminisation est plus présente en Corse que sur le continent. Ceci s'observe dans tous les secteurs d'activité, à l'exception des secteurs très masculins comme la construction et l'industrie où les hommes représentent neuf créateurs sur dix. Certains secteurs sont en revanche plus féminisés, c'est le cas des activités de services aux ménages et de santé humaine où sept créateurs sur dix sont des femmes.
| Répartition des créateurs d'entreprises selon le secteur d'activité (%) | ||||
| Secteur | Part des femmes parmi les créateurs | |||
|---|---|---|---|---|
| Corse | Métropole | Corse | Métropole | |
| Source : Insee, Enquête Sine 2010. | ||||
| Industrie | 7,6 | 5,6 | 14,8 | 19,8 |
| Construction | 27,7 | 18,9 | 9,5 | 10,0 |
| Commerce, transport, hébergement et restauration | 31,2 | 34,6 | 36,0 | 29,4 |
| dont commerce | 19,1 | 24,5 | 41,2 | 29,8 |
| dont hébergement et restauration | 11,0 | 7,3 | 30,7 | 31,8 |
| Services divers | 24,8 | 34,2 | 44,2 | 34,3 |
| dont services aux entreprises | 13,8 | 19,2 | 37,8 | 32,5 |
| Administation, publique, enseignement, santé humaine et action sociale | 8,7 | 6,7 | 62,9 | 54,5 |
| Ensemble | 100,0 | 100,0 | 31,4 | 28,6 |
Dans la région, les nouveaux entrepreneurs sont plus jeunes qu'au niveau national. Ils ont en moyenne 38,5 ans contre 40,1 ans sur le continent. Parmi ces chefs d'entreprise, 25 % sont âgés de moins de 30 ans, soit une part de jeunes créateurs supérieure de six points à la part nationale. Ces derniers sont plus présents dans l'enseignement, la santé et l'action sociale et la construction, où leur part atteint 30 % ; leur taux de féminisation est plus élevé que celui de l'ensemble des créateurs (37 % d'entre eux sont des créatrices contre 31 % pour l'ensemble).

Les créateurs corses sont moins diplômés que ceux du continent : 34 % ont un diplôme universitaire contre 43 % en moyenne nationale. Ce faible niveau de diplôme universitaire reste toutefois bien supérieur à celui de la population active insulaire (22 %). Les femmes sont en moyenne plus diplômées puisque 41 % d'entre elles ont au moins un diplôme universitaire. Cependant, malgré cette meilleure représentation, elles restent moins diplômées que les créatrices du continent. Globalement, les créateurs les plus diplômés choisissent en premier lieu les activités de santé et d'action sociale puis les activités de services aux entreprises. Les moins diplômés s'orientent plus souvent vers les secteurs de la construction et l'hébergement-restauration.

Les créateurs déclarent avoir moins bénéficié qu'en moyenne nationale d'appuis en termes de conseil, d'information, de soutien logistique ou financier. En effet, 31 % ont monté leur projet seul contre 28 % seulement sur le continent. Lorsqu'ils sont aidés, c'est le plus souvent auprès de leur conjoint ou de leur entourage personnel que les créateurs reçoivent un appui. De plus, un tiers des créateurs ont déclaré profiter d'accompagnement et de conseil d'une structure dédiée à la création d'entreprise ou à l'innovation ; c'est plus souvent qu'en métropole. Cette aide est notamment plus développée dans le secteur de l'industrie ou elle concerne 44 % des créateurs de la région contre 33 % des créateurs du continent. Ce recours plus fréquent peut avoir pour origine une présence moins forte de réseaux d'entreprises en Corse. L'appui d'une personne de l'entourage professionnel ou d'un spécialiste du même domaine est effectivement moins usité dans la région : 27 % des créateurs corses y ont recours, soit six points de moins qu'en métropole. Dans l'industrie notamment, il concerne 25 % des créateurs corses contre 40 % des créateurs continentaux.
| Répartition des créateurs d'entreprises selon leurs types d'appui pour la mise en place du projet (%) | ||
| Type d'appui* | Corse | Métropole |
|---|---|---|
| * le créateur a pu bénéficier de plusieurs types d'appui | ||
| Source : Insee, Enquête Sine 2010. | ||
| Le conjoint ou entourage personnel | 41,8 | 43,2 |
| Une personne de l'entourage professionnel | 11,2 | 14,6 |
| Une structure dédié à la création d'entreprise ou à l'innovation | 31,8 | 28,9 |
| Un spécialiste dans son domaine | 17,8 | 23,2 |
| Vous avez monté votre projet seul | 30,5 | 27,6 |
Sur le plan financier, près de la moitié des créateurs insulaires n'ont eu recours
à aucun autre moyen de financement que leurs ressources personnelles, familiales
ou d'associés. Lorsqu'ils ont besoin d'un financement externe, c'est auprès des
banques qu'ils ont le plus souvent recours : 47 % des créateurs contractent un
emprunt, bancaire ou non (avances remboursables, prêt d'honneur, prêt à taux zéro),
pour financer leur projet. La lourdeur des démarches d'emprunt bancaire est
d'ailleurs plus souvent évoquée comme un frein par les créateurs corses.
Dans la préparation du projet de création d'entreprise, trouver un financement
ou obtenir l'autorisation d'un découvert bancaire est cité comme une difficulté
principale par 28 % créateurs corses contre 25 % en moyenne nationale seulement.
Par ailleurs, plus de la moitié des créateurs n'ont sollicité aucun dispositif
d'aide ou d'exonération pour le financement de leur projet. Parallèlement,
39 % ont tout de même bénéficié de l'aide aux chômeurs ou repreneur d'entreprise
(Accre), 10 % ont bénéficié du nouvel accompagnement pour la création et la
reprise d'entreprise (Nacre). Ces dispositifs étant cumulables, 8 % ont été
concernés par les deux.
| Répartition des créateurs d'entreprises selon le bénéfice d'un dispositif d'aide (%) | ||
| Dispositif d'aide* | Corse | Métropole |
|---|---|---|
| * le créateur a pu bénéficier d'un ou plusieurs dispositifs | ||
| Source : Insee, Enquête Sine 2010. | ||
| ACCRE | 39,0 | 41,5 |
| NACRE | 10,0 | 8,8 |
| Prêt à la création d'entreprise | 3,1 | 4,6 |
| Crédit impôt recherche | 0,4 | 0,2 |
| Aides liées à l'innovation à la création | 3,5 | 5,1 |
| Aides de l'AGEFIPH | 2,9 | 1,6 |
| Aides locales ou régionales | 3,4 | 3,1 |
| Exonérations de cotisations sociales ou d'impots | 8,1 | 7,5 |
| Autres aides ou exonérations | 2,5 | 1,9 |
| Aucun dispositif | 52,5 | 51,1 |
Les entrepreneurs pouvaient aussi bénéficier d'une aide avant la création de leur entreprise. Ils sont cependant moins nombreux en Corse dans ce cas. Seuls 35 % des créateurs ont perçu au moins une prestation sociale, contre 40 % au niveau national. A ce titre, la prestation chômage concerne la grande majorité des bénéficiaires. Le faible nombre de créateurs précédemment au chômage explique ce faible niveau d'indemnisation. En outre, seulement 13 % de ceux qui percevaient ces allocations continuent d'en bénéficier après la création (16 % en moyenne nationale).
Dans la région, les créateurs ont moins souvent recours à des services
extérieurs payants : 72 % des nouveaux entrepreneurs y font appel
contre 81 % en métropole. Les entrepreneurs qui utilisent ces services
ont principalement recours à des experts-comptables et à des centres
de gestion pour des services de comptabilité, ainsi qu'à des services
de publicité. Les experts-comptables sont cependant beaucoup moins sollicités
qu'ailleurs : 64 % des créateurs corses y ont recours contre 74 %
en moyenne nationale. Les services de publicité sont utilisés par 20 %
des créateurs régionaux, soit 3 points de moins que sur le continent.
En Corse, les créateurs sont également peu nombreux à disposer d'un
site internet ouvert ou en construction (29 % des créateurs contre 36 %
en métropole). L'utilisation d'internet est surtout axée sur la présentation
de l'entreprise, la vente en ligne est assez peu pratiquée.
Dans la région, 70 % des nouvelles entreprises de 2010 réalisent la majorité
de leur chiffre d'affaires avec une clientèle de particuliers, elles sont
61 % au niveau national. Cette différence s'explique à la fois par un
effet géographique lié à l'insularité et à la présence de micromarchés,
mais aussi à un phénomène lié à la structure sectorielle de l'économie corse.
L'activité économique de la région est en effet marquée par des activités
orientées vers les particuliers, comme le commerce ou l'hébergement-restauration.
Au sein de ses activités, 83 % des créateurs corses réalisent la majorité
de leur chiffre d'affaires avec une clientèle de particuliers contre
71 % en moyenne nationale. En outre, la propension des nouvelles entreprises
de la région à travailler davantage avec une clientèle de particulier se dégage
pour chaque secteur d'activité. Ainsi, seules 24 % des créations insulaires ont
des entreprises comme principaux clients.
L'appareil productif corse se caractérise par une grande autonomie et une
faible influence sur les autres régions, et cela s'observe aussi au niveau de
la création d'entreprise. Ainsi, les créateurs de la région travaillent
davantage avec une clientèle locale ou de proximité : 63 % des créateurs
corses contre 56 % au niveau national. A l'inverse, les nouvelles entreprises
corses ont une clientèle nationale moins importante et une internationale
encore moindre.

A ce contexte d'économie régionale relativement fermée, il faut ajouter
la très faible part en Corse d'entreprises nouvelles dans les secteurs
déclarés innovants selon les critères de l'OCDE : 1 % seulement contre
4 % sur le continent. De plus, les nouveaux entrepreneurs corses profitent
moins souvent qu'ailleurs d'aides liées à l'innovation lors de la création
d'entreprise.
Malgré ce contexte peu propice, 46 % des créateurs corses déclarent
innover, c'est autant que dans les autres régions. Ils innovent principalement
sous une seule forme, celle de produit. Certains secteurs se démarquent :
dans l'industrie, le commerce et l'hébergement-restauration, 54 % des
créateurs déclarent innover. A l'inverse, ils ne sont que 36 % dans
la construction.
La coopération est une pratique favorisant l'émergence de comportements
innovants. Dans ce domaine, les créateurs corses se situent dans la moyenne
nationale. Parmi les nouveaux entrepreneurs de la région, 20 % déclarent
coopérer avec d'autres entreprises ou organismes pour leurs activités
d'innovation. Ces coopérations s'opèrent le plus souvent avec des partenaires
de marché, notamment avec des fournisseurs, des clients ou des consommateurs.
La coopération avec les partenaires institutionnels reste rare.
| Proportion de créateurs d'entreprise actifs innovants selon le secteur d'activité en Corse (%) | ||
| Secteur | Innovation | dont innovation technologique |
|---|---|---|
| Source : Insee, Enquête Sine 2010. | ||
| Industrie | 54,1 | 50,8 |
| Construction | 36,0 | 31,3 |
| Commerce, transport, hébergement et restauration | 54,3 | 46,5 |
| Services | 44,7 | 37,5 |
| Ensemble | 46,1 | 39,7 |
Neuf créateurs sur dix envisagent d'être à leur compte durablement sur une
période de plus de cinq ans. A plus court terme, 40 % des créateurs corses
pensent développer leur entreprise dans les six mois suivant l'enquête,
proportion semblable à la moyenne nationale. Ils sont toutefois plus nombreux
dans la région à se positionner vers un maintien de l'équilibre de leurs
activités : 46 % des créateurs corses contre 42 % des créateurs
continentaux. Cette part est la plus élevée dans les services fournis
aux ménages où elle concerne 51 % des créateurs. Quelques créateurs envisagent
devoir redresser une situation difficile dans les six prochains mois (8 %).
Enfin, 27 % des créateurs pensent embaucher un ou plusieurs salariés
supplémentaires en contrats à durée déterminée ou indéterminée dans les
douze mois suivant l'enquête, contre 41 % qui ne le pensent pas. Les
créateurs corses de l'industrie sont les plus optimistes : 41 % pensent
embaucher dans les douze mois prochains contre 27 % en niveau national.
Dans la construction, ils sont 36 % contre 30 % sur le continent.