Valérie DELAGRANGE
Le recensement de la population de 2008 a permis d'actualiser le zonage en aires urbaines élaboré en 2001. Dans ces nouvelles délimitations, 82 % de la population insulaire (249 277 habitants) vit dans les espaces d'influence des villes. On dénombre aujourd'hui en Corse deux grandes aires urbaines, une aire moyenne et six petites aires. A eux seuls, les pôles des grandes aires urbaines concentrent 43 % de la population (129 153 habitants) et constituent le coeur de l'espace urbain, où la densité moyenne dépasse 660 habitants par km², 19 fois plus que la moyenne régionale. A l'inverse, 53 689 habitants résident dans des communes rurales ou petites villes hors influence urbaine, dans des espaces de très faible densité (12 habitants par km²). Entre les deux, l'influence des villes prend des formes diverses, entre couronnes de pôles et espaces multipolarisés où se situent une majorité de communes rurales. Depuis 1999, l'évolution des aires combine densification pour les grandes aires urbaines et extension géographique pour les petites aires.
Le zonage en aires urbaines est une description du territoire fondée d'une part sur l'identification des pôles où se concentrent les emplois et, d'autre part, sur la délimitation de leurs aires d'influence fondée sur les déplacements domicile-travail. Cette approche du territoire permet d'apprécier l'influence des villes au-delà de leurs limites physiques. Dans la nouvelle délimitation du zonage, 82 % de la population insulaire (249 277 habitants) vit dans les espaces d'influence des villes.
On dénombre aujourd'hui en Corse deux grandes aires urbaines, Ajaccio et Bastia, une aire moyenne, Porto-Vecchio, et six petites aires, Calvi, Corte, Ghisonaccia, L'Île-Rousse, Penta-di-Casinca et Propriano. La distinction de taille entre ces aires est liée au nombre d'emplois des pôles de ces aires : plus de 10 000 pour les grandes, entre 5 000 et 10 000 pour les moyennes et entre 1 500 et 5 000 pour les petites. Seules les aires basées sur les pôles de plus de 10 000 emplois sont qualifiées d'urbaines. Elles ont en effet des caractéristiques très différentes des autres aires notamment en termes de densité de population ou de localisation des résidents. Les neuf aires qui structurent le territoire regroupent 42 % des communes corses et 79 % de la population. Le poids des aires dans la région est comparable à celui constaté en moyenne nationale. En effet, les aires en France métropolitaine (hors aire urbaine de Paris) représentent 47 % des communes et 81 % de la population. Cette similarité masque toutefois de fortes disparités selon la taille des aires. Comparativement à la moyenne nationale, les grandes aires urbaines concentrent moins de population et les petites en concentrent plus.

En Corse, les grandes aires urbaines concentrent moins de population qu'en moyenne nationale : 62 % contre 72 %. Cependant, au sein de ces aires, la répartition de la population entre pôle et couronne est semblable à celle du niveau national. Les deux grands pôles d'Ajaccio et de Bastia, qui regroupent 43 % de la population et 53 % des emplois de l'île, constituent le coeur de l'espace urbain. Avec plus de 660 habitants par km², la densité de population des grands pôles est en moyenne 19 fois supérieure à celle de l'ensemble du territoire régional. Le pôle de Bastia concentre davantage de population que celui d'Ajaccio (respectivement 72 % et 67 %). En effet, à la différence du pôle d'Ajaccio composé uniquement de la ville-centre, le pôle de Bastia regroupe sept communes : Bastia, Biguglia, Brando, Furiani, San-Martino-di-Lota, Santa-Maria-di-Lota et Ville-di-Pietrabugno.
| Catégories du zonage en aires urbaines de 2010 | Population 2008 | Densité | |
|---|---|---|---|
| % | habitants/km² | ||
| Source : Insee, Recensement de la population 2008. | |||
| Espaces grandes aires urbaines | Grandes aires urbaines | 61,8 | 98,9 |
| Grands pôles (plus de 10 000 emplois) | 42,6 | 663,5 | |
| Couronne des grands pôles | 19,0 | 34,0 | |
| Multipolarisé des grandes aires | 0,1 | 4,1 | |
| Espace des autres aires | Moyennes aires | 4,3 | 45,8 |
| Moyens pôles (de 5 000 à 10 000 emplois) | 3,7 | 65,6 | |
| Couronne des moyens pôles | 0,6 | 16,6 | |
| Petites aires | 12,8 | 42,5 | |
| Petits pôles (de 1 500 à 5 000 emplois) | 10,1 | 84,4 | |
| Couronne des petits pôles | 2,7 | 15 | |
| Autres types d'espaces | Autres communes multipolarisées | 3,4 | 10,2 |
| Communes isolées hors influence des pôles | 17,7 | 11,9 | |
| Ensemble | 100,0 | 34,9 | |
En Corse, les petites aires regroupent en leur sein 13 % de la population régionale. C'est deux fois plus qu'en France métropolitaine. Les petites aires ont également des profils différents. Les aires de Propriano, de Ghisonaccia et de Penta-di-Casinca ont la particularité de n'être composées que par des pôles et de ne pas avoir de couronne. L'aire de Calvi est atypique, son pôle n'abritant que 56 % de sa population. Les habitants des autres petites aires de Corte et de L'Île-Rousse sont davantage concentrés dans les pôles, respectivement 71 % et 77 %, mais cela reste tout de même très inférieur à la moyenne nationale de 93 %. Les caractéristiques des moyennes aires sont globalement équivalentes en Corse et au niveau national.
| Corse | France | ||
|---|---|---|---|
| % | % | ||
| Source : Insee, Recensement de la population 2008. | |||
| Espace des grandes aires urbaines | Grands pôles | 69 | 67 |
| Couronnes des grands pôles | 31 | 25 | |
| Multipolarisé des grandes aires | ns | 8 | |
| Ensemble (pôles + espace périurbain) | 100 | 100 | |
| Espace des autres aires | Moyens pôles | 85 | 83 |
| Couronnes des moyens pôles | 15 | 17 | |
| Ensemble moyennes aires | 100 | 100 | |
| Petits pôles | 79 | 93 | |
| Couronnes des petits pôles | 21 | 7 | |
| Ensemble petites aires | 100 | 100 | |
La région se distingue aussi fortement sur le reste du territoire, hors aires. Les communes isolées, hors influence des pôles représentent 42 % des communes, soit 2 fois plus qu'en moyenne nationale, et 18 % de la population, soit 3 fois plus qu'en moyenne nationale.
Au total, plus de la moitié de la superficie de la région est hors influence des pôles, alors que seul le quart du territoire de France métropolitaine échappe à cette influence. En raison du poids important des communes isolées, la Corse se classe à la première place des régions françaises en termes de superficie et à la deuxième place en termes de nombre de communes et de population, juste après le Limousin.
Entre les aires et les communes isolées se trouvent les communes multipolarisées, communes ne pouvant être rattachées à la couronne d'une aire puisqu'attirées par plusieurs. Dans la région, ces communes ne regroupent que 3 % de la population de l'île, contre 13 % en moyenne nationale. En effet, les communes corses multipolarisées sont principalement des communes de petite, voire de très petite taille. Il suffit que 40 % de leurs actifs se déplacent pour aller travailler dans au moins deux aires différentes pour qu'elles acquièrent le statut de multipolarisées.
Par rapport à 1999, la structure du territoire a peu évolué. Les grandes aires urbaines d'Ajaccio et de Bastia restent prépondérantes par rapport aux autres aires de taille très secondaire. Trois petites aires sont apparues : Propriano, Ghisonaccia et Penta-di-Casinca. Ces nouvelles aires sont constituées de communes qui étaient isolées auparavant. La nouvelle aire de Penta-di-Casinca se classe directement à la sixième place sur neuf en termes de population.
Entre 1999 et 2008, la population corse a augmenté de 1,71 % par an en moyenne, soit 2,6 fois plus qu'au niveau national (+ 0,66 %). Dans la région, comme partout ailleurs, si cette croissance a touché tous les territoires, elle ne les a pas touchés uniformément. En Corse, la forte hausse de population est essentiellement due à la croissance des grandes aires urbaines. Au sein de ces dernières, la croissance démographique dans les couronnes a été encore plus importante que dans les pôles. Deux raisons peuvent expliquer cela : le choix par certains ménages de s'éloigner du centre pour des raisons liées au logement ou au cadre de vie et la forte augmentation de l'emploi au sein de cet espace. Au niveau national, c'est dans l'espace périurbain des grandes aires urbaines que la population a le plus cru, c'est-à-dire au sein des couronnes et des espaces multipolarisés des grandes aires.
| Catégories du zonage en aires urbaines de 2010 | Population en 2008 | Evolution annuelle moyenne | |
|---|---|---|---|
| nombre | % | ||
| Source : Insee, Recensements de la population 1999 et 2008. | |||
| Espace des grandes aires urbaines | Grandes aires urbaines | 186 828 | 2,07 |
| Grands pôles (plus de 10 000 emplois) | 129 153 | 1,96 | |
| Couronne des grands pôles | 57 675 | 2,33 | |
| Multipolarisé des grandes aires | 292 | 1,13 | |
| Espace des autres aires | Moyennes aires | 12 961 | 0,98 |
| Moyens pôles (de 5 000 à 10 000 emplois) | 11 057 | 0,76 | |
| Couronne des moyens pôles | 1 904 | 2,34 | |
| Petites aires | 38 792 | 1,21 | |
| Petits pôles (de 1 500 à 5 000 emplois) | 30 517 | 1,09 | |
| Couronne des petits pôles | 8 275 | 1,65 | |
| Autres types d'espaces | Autres communes multipolarisées | 10 404 | 2,07 |
| Communes isolées hors influence des pôles | 53 689 | 0,97 | |
| Ensemble | 302 966 | 1,71 | |
L'évolution des territoires est le résultat d'un double mouvement de densification et/ou d'extension. On parle de densification lorsque les territoires déjà sous influence urbaine gagnent de la population et d'extension géographique quand les actifs viennent travailler de plus loin dans les pôles. Les contraintes naturelles liées au relief et au littoral peuvent avoir beaucoup d'influence sur l'évolution des aires en imposant une limite à leur extension géographique. Le pourtour méditerranéen est particulièrement touché par ces contraintes.
Ainsi, l'évolution des grandes aires urbaines d'Ajaccio et de Bastia est due à une importante densification, conséquence de la forte hausse de population dans ces espaces. L'aire urbaine d'Ajaccio a probablement atteint une taille limite. L'emploi étant très polarisé sur la ville-centre, l'extension géographique de son aire d'influence paraît avoir atteint son maximum. La densité démographique est ainsi passée de 644 habitants au km² en 1999 à 794 habitants au km² en 2008 dans le pôle et de 24 à 30 dans la couronne. La densification de l'aire urbaine de Bastia a été un peu moins importante. Le pôle a absorbé une commune appartenant précédemment à sa couronne, et la situation géographique de l'aire pourrait laisser envisager une extension future, notamment sur la plaine orientale. L'aire bastiaise est en effet moins limitée par le relief que son homologue ajaccienne. Le pôle de Bastia est passé d'une densité moyenne de 494 habitants au km² en 1999 à 568 habitants au km² en 2008. Quant à sa couronne, elle comptait 34 habitants au km² en 1999 et en compte 41 en 2008.
En revanche, compte tenu de leur taille et de leur localisation, les petites aires de Calvi, Corte et l'Île-Rousse se sont davantage développées par extension géographique que par densification.
En moyenne nationale, l'évolution des grandes aires urbaines est due pour 46 % à des phénomènes de densification, qui touchent aussi bien les pôles que les couronnes. La croissance par extension explique le reste de la hausse démographique des grandes aires.
