Hervé Benetreau - Isabelle Tourtin
En Corse, les présidentielles et législatives du printemps 2007 et surtout les municipales de mars 2008 ont attiré l'électorat. L'abstention sur l'ensemble des scrutins est parmi les plus faibles de France. En 2007, les élections ont été plus mobilisatrices que cinq ans auparavant. Et, à l'inverse de 2002, les votants se sont davantage impliqués pour les présidentielles que pour les législatives. En 2008, l'île se positionne en tête des régions françaises pour la participation aux municipales. Globalement, les jeunes ont moins voté que leurs aînés. Toutefois, ils se sont rendus plus souvent aux urnes en Corse qu'au niveau national.
Au printemps 2007 et en mars 2008, les Français ont été appelés aux urnes pour les élections présidentielles, législatives et municipales. En Corse, les électeurs ont été assez assidus : 43 % d'entre eux ont voté à tous les tours de ces élections. Ce taux place l'île au 11e rang des régions les plus mobilisées. Les électeurs insulaires ont aussi fait preuve d'un sens civique plus développé qu'ailleurs. Seulement 6 % n'ont voté à aucun tour de ces trois rendez-vous électoraux, situant la Corse à la deuxième place derrière la Franche-Comté pour l'abstention systématique la plus faible.
En 2007, les Français ont ainsi été conviés à élire leur président et leurs députés. A cette date, quelque 200 000 Corses étaient inscrits sur les listes électorales. Près de neuf sur dix ont participé à au moins un tour de scrutin de ces élections. La participation électorale en Corse a nettement progressé par rapport à 2002. En effet, 49 % des électeurs insulaires ont voté à tous les tours de ces deux élections, contre 38 % en 2002. L'île se positionne ainsi au 15e rang des 22 régions métropolitaines. Le Limousin enregistre la participation la plus importante, 60 % des électeurs ayant participé à tous les scrutins possibles.
| Participation électorale par scrutin en 2007 et 2008 en % | ||
| Corse | France | |
|---|---|---|
| Source : Insee, Enquêtes de participation électorale 2007 et 2008. | ||
| Présidentielles 2007 | ||
| Participation systématique | 72,2 | 80,8 |
| Vote par intermittence : | 13,6 | 9,0 |
| Vote au 1er tour | 4,8 | 4,5 |
| Vote au 2nd tour | 8,8 | 4,5 |
| Abstention systématique | 14,2 | 10,2 |
| Législatives 2007 | ||
| Participation systématique : | 56,6 | 53,2 |
| Vote aux 2 tours | 39,0 | 40,8 |
| Vote au 1er tour et pas de 2nd tour | 17,6 | 12,4 |
| Vote par intermittence : | 13,4 | 15,0 |
| Vote au 1er tour (si 2 tours) | 3,6 | 7,8 |
| Vote au 2nd tour (si 2 tours) | 9,8 | 7,2 |
| Abstention systématique | 30,0 | 31,8 |
| 100,0 | 100,0 | |
| Municipales 2008 | ||
| Participation systématique | 76,0 | 63,6 |
| Vote aux 2 tours | 28,8 | 22,6 |
| Vote au 1er tour et pas de 2nd tour | 47,1 | 41,0 |
| Vote par intermittence | 3,8 | 5,4 |
| Vote au 1er tour (si 2 tours) | 1,7 | 3,0 |
| Vote au 2nd tour (si 2 tours) | 2,1 | 2,4 |
| Abstention systématique | 20,3 | 31,0 |
| 100,0 | 100,0 | |
La Corse compte également moins d'abstentionnistes qu'en 2002 : 10 % des électeurs ont systématiquement
boudé les élections présidentielles et législatives, contre 16 % cinq ans auparavant. Malgré ce sursaut
civique, l'île occupe le 6e rang des régions où l'abstention est la plus fréquente.
Contrairement à 2002, les électeurs corses se sont plus fortement mobilisés pour les présidentielles que pour
les législatives, adoptant ainsi un comportement similaire à celui de l'ensemble des Français. Sur l'île, 86 % des
inscrits ont voté au moins une fois aux présidentielles contre 70 % pour les législatives (dans les deux cas,
75 % en 2002). Au niveau national, les électeurs continuent de privilégier les présidentielles : 90 %
d'entre eux ont participé à au moins un tour de ce scrutin contre 68 % pour les législatives (respectivement
85 % et 73 % en 2002).
Aux élections présidentielles de 2007, seulement 10 % des Français ont boudé les deux tours, contre 15 % en 2002. Dans l'île, l'abstention a nettement diminué, passant de 25 % en 2002 à 14 % en 2007. Néanmoins, la Corse conserve, comme en 2002, le plus fort taux d'abstention systématique aux élections présidentielles, suivie par l'Alsace (13 %). La Franche-Comté enregistre l'abstention la plus faible, 7 % des électeurs s'étant abstenus aux deux tours. Par ailleurs, le vote systématique s'inscrit en hausse en Corse : 72 % des insulaires ont voté à chaque tour des présidentielles contre 53 % en 2002. Dans l'île, le second tour des présidentielles a été beaucoup plus mobilisateur que le premier. Le taux de participation a ainsi gagné 4 points entre les deux votes, alors qu'il est resté stable au niveau national.
Les législatives ont en revanche moins attiré les électeurs de 2007. En Corse, leur taux de participation à au moins un tour a baissé de 16 points par rapport aux présidentielles (22 points au niveau national). Cependant, contrairement aux pré-sidentielles, les élections législatives ont fait l'objet d'une abstention systématique un peu inférieure à celle enregistrée au niveau national : 30 % des électeurs corses ne se sont pas du tout déplacés pour élire leurs députés contre 32 % en France métropolitaine. L'île se positionne ainsi à la 8e place parmi les régions françaises les moins abstentionnistes. L'abstention systématique aux législatives a toutefois progressé par rapport à 2002. Le moindre attrait pour ces élections s'observe également au niveau national.
Les électeurs s'impliquent généralement plus fortement dans l'île pour les scrutins locaux. Cela s'est confirmé
aux élections municipales de mars 2008. En effet, 76 % de l'électorat insulaire a voté systématiquement à ces
élections. La Corse se positionne ainsi à la 1ère place des régions françaises, se situant 12 points
au-dessus de la moyenne nationale. De même, elle enregistre l'abstention systématique la plus basse de France.
En Corse, la participation systématique a été plus fréquente qu'aux présidentielles. Cependant, l'abstention
systématique a été plus élevée aussi.
Les Corses se sont exprimés par un vote ciblé, privilégiant les élections des conseillers municipaux. En effet,
35 % des électeurs qui se sont abstenus pour les présidentielles et les législatives ont opté pour un vote
systématique aux municipales. Au niveau national, seulement 9 % des électeurs ont adopté le même comportement.
A l'image de l'ensemble de la France, le vote systématique en Corse croît globalement avec l'âge pour l'ensemble
des scrutins. Les jeunes de 18 à 29 ans se sont moins déplacés aux urnes que leurs aînés, quelle que soit l'élection.
Les électeurs corses de 65 ans et plus ont davantage voté que les autres, lors des scrutins de 2007. Aux municipales de
2008, leur participation est légèrement inférieure à celle des 30-64 ans. Les comportements électoraux selon l'âge
sont globalement similaires sur l'île et sur le continent, à l'exception des jeunes. En effet, en Corse, les électeurs
de 18 à 29 ans ont été beaucoup plus assidus qu'au niveau national. Leur participation systématique aux
présidentielles et législatives cumulées est supérieure à celle des jeunes continentaux. De même, ils se sont
beaucoup plus fortement mobilisés aux municipales : 65 % ont voté à tous les tours contre 39 % en moyenne
nationale.
Les jeunes électeurs ont également adopté des comportements abstentionnistes différents selon les scrutins. A l'image de leurs aînés, les insulaires ont davantage boudé les élections de 2007 (16 % contre 12 % en métropole). Inversement, ils se sont nettement moins abstenus aux municipales de 2008 (34 % contre 54 %).
Quelle que soit la tranche d'âge, le taux de participation a augmenté entre les élections de 2007 et les municipales de 2008. Pour les électeurs de 65 ans et plus, il a progressé de 24 points tandis que pour les 18-29 ans et les 30-64 ans, il a gagné 28 points.
En Corse, quelle que soit l'élection, ce sont les personnes exerçant une profession libérale, les cadres et, dans une moindre mesure, les professions intermédiaires qui ont voté le plus souvent de manière systématique. Les ouvriers ont boudé les scrutins de 2007, leur participation étant nettement inférieure au niveau national. Ils se sont nettement plus mobilisés pour les municipales, dépassant le taux national. De même, les artisans-commerçants et les inactifs ont été beaucoup plus assidus en 2008 que l'année précédente. Lors des municipales de 2008, les ouvriers et les artisans-commerçants ont davantage voté que les employés et les retraités, à l'inverse de 2007. Toutes les catégories socioprofessionnelles ont accentué leur participation systématique entre les élections de 2007 et celle de 2008.
Dans la région, l'écart de participation entre les hommes et les femmes a varié selon les types de scrutin.
A l'inverse du plan national, où la participation et l'abstention systématiques sont quasi identiques entre les hommes
et les femmes, les électeurs insulaires ont eu un sens civique légèrement supérieur à celui des électrices concernant
l'ensemble des élections de 2007 (51 % contre 47 %). De même, les hommes se sont moins souvent abstenus
(9 % contre 11 %). En 2002, les femmes étaient pourtant plus mobilisées que les hommes.
Aux élections municipales toutefois, les hommes et les femmes ont enregistré une participation systématique
similaire. Ainsi, le vote systématique des électrices a progressé plus nettement que celui des électeurs entre 2007 et
2008 (+ 28 points pour les femmes et + 25 points pour les hommes). Enfin, lors des municipales, les femmes
ont davantage voté par intermittence tandis que les hommes ont plus souvent privilégié l'abstention.

n° 6 - février 2009