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Quartiers prioritaires
Des situations de précarité plus hétérogènes qu'en France métropolitaine

Sébastien Chéron, Damien Dotta, Jacques Pougnard, Insee Paca
Jean-Claude Jaillet, DRJSCS Paca

Résumé

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, un million de personnes vivent en 2009 dans un des 282 quartiers prioritaires inscrits en contrat urbain de cohésion sociale, soit un habitant de la région sur cinq. Les habitants de ces territoires cumulent les difficultés : revenus plus faibles, conditions de logement difficiles, chômage... Cependant, de fortes disparités existent entre les différents quartiers prioritaires. La région accueille en effet une forte proportion de quartiers prioritaires parmi les plus en difficulté de France métropolitaine. À l'inverse, on trouve également en Paca des quartiers prioritaires parmi les moins en difficulté. Une analyse fine du territoire régional permet en complément de situer précisément les poches de précarité et de mettre en évidence les disparités à l'intérieur de chacun de ces quartiers.

Sommaire

Publication

Au 1er janvier 2009, près d'un million de personnes de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur vivent dans un quartier prioritaire de la politique de la ville inscrit en contrats urbains de cohésion sociale (Cucs). La région compte en effet 282 quartiers prioritaires, dont 48 Zones Urbaines Sensibles (ZUS), répartis sur 53 communes.

Un million de personnes vivent dans les quartiers prioritaires de Paca
Population et niveaux de revenus dans les quartiers prioritaires par département, en 2009
 
Zone Nombre d'habitants Part de la population vivant dans un quartier prioritaire (en %) Revenu fiscal médian mensuel par UC (en euros)
Dans les quartiers prioritaires Total ZUS Autres quartiers prioritaires
Sources : Insee - Indicateurs clés Politique de la Ville 2009 - SGCIV 2009 - Revenus fiscaux 2009 - RP2009
Alpes-de-Haute-Provence 9 400 159 500 5,9 760 1 000
Hautes-Alpes 11 300 135 800 8,3 1 170
Alpes-Maritimes 208 400 1 079 100 19,3 870 1 300
Bouches-du-Rhône 565 800 1 967 300 28,8 750 990
Var 118 600 1 007 300 11,8 710 1 140
Vaucluse 76 000 540 100 14,1 630 910
Total Paca 989 500 4 889 000 20,2 750 1 060
France Métropolitaine 7 955 900 62 465 700 12,7 870 1 120

Un habitant sur cinq vit dans un quartier prioritaire

La région est fortement concernée par la politique de la ville : un habitant sur cinq réside dans un quartier prioritaire en Paca, contre un sur huit en France métropolitaine. Cette spécificité régionale s'explique notamment par une précarité élevée conjuguée à une forte urbanisation du territoire. En effet, Paca est la quatrième région de France métropolitaine selon l'importance du taux de pauvreté (15,7 % en 2009).

Les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes accueillent 78 % de la population des quartiers prioritaires de Paca, alors qu'ils ne comptent que 62 % de l'ensemble de la population régionale. À l'inverse, dans les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes, les habitants des quartiers aidés sont proportionnellement moins nombreux. Ceci traduit le caractère essentiellement urbain des zonages définis par la politique de la ville. Ainsi, avec 29 % des habitants vivant dans un quartier prioritaire, le département des Bouches-du-Rhône est le plus concerné de la région. On y trouve les villes parmi les plus impactées de la région : Port-de-Bouc, Miramas et Saint-Martin-de-Crau (respectivement 59 %, 54 % et 54 % de la population communale vit dans un territoire aidé). Marseille et Vitrolles sont également fortement concernées : la moitié de leur population habite un de ces quartiers. Au total, en ne considérant que les 53 communes de Paca qui abritent un quartier prioritaire, un habitant sur trois vit dans un de ces territoires aidés.

 

les Bouches-du Rhône particulièrement concernées par la politique de la ville

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Des habitants en grande précarité monétaire ...

Plus jeunes et plus souvent au chômage, les habitants des quartiers prioritaires vivent également plus fréquemment au sein d'une famille monoparentale. Leurs revenus sont par conséquent plus faibles : le revenu fiscal médian ( (cf. encadré Définitions) s'élève dans ces quartiers à 1 010 € par mois et par unité de consommation (UC), contre 1 520 € pour l'ensemble de la population régionale. C'est dans les quartiers prioritaires du Vaucluse que ce revenu est le plus faible (800 €).

Cette précarité monétaire des quartiers prioritaires est davantage marquée en Paca :  23,9 % des habitants déclarent moins de 475 € par mois, contre 21,7 % en France Métropolitaine. Ainsi, réduire les inégalités sociales entre les quartiers prioritaires et non prioritaires et favoriser la mixité sociale constituent des enjeux forts pour la politique de la ville.

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... avec des conditions de logement difficiles

Aux difficultés financières s'ajoutent des conditions de logement plus précaires : des surfaces plus petites malgré un plus grand nombre de ménages de 6 personnes ou plus, et un recours à la location plus élevé. La région se démarque également du niveau national par un déficit du parc HLM dans les quartiers prioritaires. Ainsi, seuls 31 % des ménages de ces quartiers habitent en HLM, contre 48 % en France Métropolitaine. Les autres ménages sont donc contraints de louer dans le parc privé. Ainsi se développe dans ces quartiers prioritaires, un parc privé de logement social "de fait", souvent constitué de copropriétés anciennes et vétustes.

Les politiques de redistribution, via les prestations familiales et les aides au logement, ainsi que la présence d' HLM permettent de réduire la part du budget consacrée au logement pour les ménages les plus modestes. Ainsi, dans les quartiers prioritaires de la région, ce taux d'effort net médian s'établit à 17 % pour les ménages locataires contre 23 % en moyenne en Paca. Il varie de 8 % pour les couples avec trois enfants ou plus, à 26 % pour les ménages sans enfant. Pour les familles monoparentales, il est de 14 %. Dans les Alpes-Maritimes, département dans lequel la part de logements sociaux est particulièrement faible, le taux d'effort net s'établit à 21 % dans les quartiers prioritaires contre 26 % pour l'ensemble du département. Toutefois, les habitants des quartiers prioritaires déclarent des revenus plus faibles qu'ailleurs. Ainsi, même avec une part consacrée au logement moins élevée, le montant qui leur reste pour vivre demeure faible. Développer et adapter l'offre de logement accessible reste donc un enjeu fort.

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Une précarité plus forte dans les ZUS

Entre les quartiers prioritaires d'une même commune, de fortes disparités existent. Les ZUS, créées en 1996 et antérieures aux Cucs, concentrent les difficultés. La moitié des habitants y déclarent moins de 750 € par mois et par UC, contre 1 060 € pour les autres quartiers prioritaires de Paca. Les difficultés face à l'emploi sont également plus importantes pour les habitants des ZUS. Ils sont en effet davantage concernés par une allocation chômage (+ 3 points). Enfin, 77 % des habitants des ZUS sont locataires, contre 65 % pour les autres quartiers prioritaires.

Afin de mieux appréhender l'hétérogénéité des situations et de mieux cerner les spécificités des quartiers prioritaires de Paca, une typologie des territoires aidés a été réalisée à l'échelle de la France métropolitaine (cf. encadré Typologie). Ainsi, huit profils se dégagent ; ils se distinguent principalement par le niveau de revenu fiscal des habitants.

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Paca surreprésentée parmi les quartiers les plus en difficulté...

En Paca, 36 quartiers prioritaires, dont 8 ZUS, font partie de la classe des territoires aidés les "plus en difficulté" de France métropolitaine. Plus de 180 000 personnes y résident, soit 19 % de la population régionale des quartiers prioritaires (contre seulement 5 % au niveau national). Parmi ces 36 quartiers en plus forte difficulté, 25 sont situés à Marseille. Le Var en compte cinq ; les Alpes-Maritimes et le Vaucluse, trois chacun.

La moitié des habitants de ces quartiers en très forte difficulté déclarent moins de 520 € par mois et par UC. Par rapport à leur voisinage géographique immédiat (défini par une couronne de 300 mètres autour), ces quartiers apparaissent aussi en fort décalage puisque les revenus fiscaux de leurs habitants y sont inférieurs en moyenne de moitié. Plus jeunes, leurs résidents cumulent les difficultés : les trois quarts des 15-34 ans sortis des études n'ont pas le baccalauréat, 83 % de la population en emploi est employé ou ouvrier en 2007 et leur taux d'activité est très faible (56 % fin 2009 contre 72 % pour la moyenne des quartiers prioritaires de France métropolitaine). Les ménages de grande taille y sont également surreprésentés. Les résidents habitent très souvent dans un logement loué, le plus souvent dans un HLM.

Deux autres profils permettent de regrouper les quartiers prioritaires de Paca en difficultés importantes. Ils comprennent 18 % de la population régionale en quartiers prioritaires et se distinguent principalement par la structure de la population (plus de jeunes d'une part, plus de familles monoparentales d'autre part).

36 quartiers prioritaires de Paca parmi les plus en difficulté
Principales caractéristiques des quartiers les plus ou moins en difficulté
Moyenne simple des quartiers prioritaires de France métropolitaine
Les plus en difficulté Les moins en difficulté Ensemble
Champ : quartiers de la politique de la ville de France métropolitaine (hors ZUS étendues et quartiers de moins de 50 logements et de moins de 150 habitants).
Source : Insee, Indicateurs clés de la politique de la ville 2009, Revenus fiscaux 2009
Revenus
Revenu fiscal médian mensuel par unité de consommation en 2009 520 1 450 1 020
Part de la population à bas revenu en 2009 (475 €/mois et par UC) (en %) 47,9 8,7 21,4
Population
Part des jeunes adultes de niveau inférieur au baccalauréat début 2007 (en %) 74,4 47,5 60,2
Part des ménages de 6 personnes ou plus fin 2009 (en %) 8,2 2,9 5,3
Part des ménages monoparentaux avec jeunes enfants (- de 14 ans) fin 2009 (en %) 7,8 3,8 5,8
Logement
Part des ménages locataires fin 2009 (en %) 85,9 44,7 74,2
Part des ménages locataires en HLM fin 2009 (en %) 64,0 19,0 53,4
Activité
Taux d'activité des 25-64 ans fin 2009 56,2 78,4 72,4
Part des employés et ouvriers dans la population active occupée de 15 à 64 ans début 2007 (en %) 83,2 65,0 75,6
Nombre de quartiers prioritaires
de Paca
36 66 265
Population de quartiers prioritaires
de Paca
182 000 201 400 989 500

 

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... ainsi que parmi les moins en difficulté

Les quartiers prioritaires de Paca sont également surreprésentés dans la classe des quartiers prioritaires "les moins en difficulté" de France métropolitaine. Ainsi, un habitant des quartiers prioritaires de la région sur cinq vit dans un des 66 quartiers de cette classe, contre un habitant sur dix au niveau national. Sur les 200 000 personnes de Paca qui résident dans un de ces quartiers, deux tiers habitent les Bouches-du-Rhône. Avec 54 territoires aidés dans cette classe, ce département est particulièrement concerné devant les six quartiers du Var, les cinq des Alpes-Maritimes et celui du Vaucluse.

 

Paca surreprésenté parmi les quartiers ...

 

Dans ces quartiers, le revenu fiscal médian s'élève à 1 450 € par mois et par UC, soit un niveau proche de l'ensemble des ménages de la région. Les revenus de leurs habitants sont comparables, voire supérieurs, à ceux de leur voisinage. La population y est par ailleurs plus âgée, plus diplômée, plus souvent propriétaire et enfin plus active que dans les autres quartiers de la politique de la ville de la région. Un quart des habitants des quartiers prioritaires de Paca se retrouvent dans deux autres classes de quartiers "moins en difficulté". Parmi elles, un profil se différencie de l'autre par une part plus importante de grands ménages, de locataires HLM et de jeunes.

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Des disparités à l'intérieur de certains quartiers prioritaires

Au-delà de la caractérisation des quartiers existants proposée précédemment, il est important de mieux analyser la population résidente. L'analyse carroyée (cf. encadré Méthode) permet de mettre en évidence certaines zones à enjeux.

À Marseille par exemple, les disparités spatiales sont nettes entre le nord et le sud de la commune. Le nord concentre les difficultés et la plupart des quartiers prioritaires s'y retrouvent logiquement (cf. Complément d'Analyse). D'une manière générale, les territoires repérés comme les plus précaires s'inscrivent dans les contours des quartiers prioritaires. Toutefois, au sein d'un même quartier, des disparités peuvent apparaître. Ainsi, dans le quartier prioritaire des Hauts de Mazargues situé au sud de Marseille (cf. carte ci-dessous), le niveau de revenus est très variable selon la localisation à l'intérieur même du quartier. Sur Avignon, certaines poches de précarité débordent des quartiers prioritaires.

La révision des zonages de la politique de la ville est une priorité de politique publique. En s'appuyant sur les nouveaux outils d'analyse fine du territoire, il est possible aujourd'hui de mieux cibler les poches de précarité.

 

L'analyse carroyée permet de mieux cibler les poches de précarité

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