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Provence-Alpes-Côte d'Azur : concilier attractivité et maîtrise de la consommation d'espace

Philippe Pailler, Insee Provence-Alpes-Côte d'Azur

Résumé

Avec deux millions d'habitants supplémentaires depuis 1962, Provence-Alpes-Côte d'Azur est une des régions les plus attractives de France. Si les communes de banlieue ont bénéficié de la moitié du gain démographique, la dynamique la plus forte se situe plutôt depuis une trentaine d'années dans les espaces périphériques. Malgré un regain de croissance des villes-centres depuis quelques années, les territoires périurbains et ruraux restent très attractifs. Ils bénéficient de migrations résidentielles internes à la région en provenance des centres urbains. La distance à parcourir pour passer sous le seuil de densité moyenne du périurbain s'accroît de plus en plus. Combiné à une offre accrue de logements individuels, cet essor de population influe sur la morphologie du territoire, notamment dans l'espace périurbain, où la consommation d'espace par habitant supplémentaire est la plus importante.

Sommaire

Publication

La population française est en augmentation continue depuis l'après-guerre. Chronologiquement, après la fin de l'exode rural, les banlieues ont attiré beaucoup de monde. Puis est apparu le phénomène de périurbanisation, caractérisé par une densification progressive des couronnes périurbaines, rendant plus floue la frontière entre urbain et rural. La maîtrise de l'étalement urbain, grand consommateur d'espace, est devenue un enjeu majeur dans les politiques d'aménagement du territoire, en lien avec les objectifs du Grenelle de l'environnement en termes de développement durable.

 

Les cinq types d'espace

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Depuis 1962, la population a doublé en banlieue et triplé dans le périurbain

Provence-Alpes-Côte d'Azur fait partie, avec ses voisines Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon, des régions dont la population a le plus augmenté depuis les années soixante. Elle est passée, entre 1962 et 2006, de 2,8 à 4,8 millions d'habitants. Ce sont les communes de banlieue qui ont le plus contribué à cette croissance, absorbant la moitié des deux millions d'habitants supplémentaires de la région. De 1968 à 1990, elles ont participé pour plus de 60 % à l'augmentation de population et restent sur la période récente les espaces qui attirent le plus grand nombre d'habitants.

Dans la même période, on assiste à la montée en puissance des couronnes périurbaines, dont la contribution à la croissance démographique régionale passe de 8 % à 33 %. Elles restent très dynamiques depuis 1990, gagnant au total près de 350 000 habitants en 44 ans. Les villes-centres, dont l'apport dans cette croissance était le plus important entre 1962 et 1968, progressent moins vite ensuite, jusqu'à perdre de la population à partir de 1975. Il faut attendre les années 1990 pour qu'elles renouent avec la croissance démographique, timidement d'abord, de façon plus importante depuis 1999.

Depuis 1962, les villes-centres de la région ont gagné 400 000 habitants. La population de l'espace rural croît de façon modeste mais régulière depuis 1975. Il compte 160 000 résidents supplémentaires depuis 1962.

 

Depuis 1962, les banlieues ont absorbé la moitié de la croissance régionale

Au total, depuis cette date, la population des villes-centres a progressé de 25 %, celle du rural de 60 %, pendant que dans les banlieues elle était multipliée par deux et dans les couronnes périurbaines par trois.

Au jeu des comparaisons avec les régions voisines, dont la population a également fortement crû depuis 1962, Provence-Alpes-Côte d'Azur se situe, pour chaque type d'espace ou de période, dans une position intermédiaire entre Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon, à l'exception notable des couronnes périurbaines. Pour ces dernières, le taux de croissance démographique de Provence-Alpes-Côte d'Azur est du même ordre que celui de la région la plus dynamique, le Languedoc-Roussillon.

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Les mouvements internes à la région renforcent les espaces périurbains et ruraux

En cinq ans, Provence-Alpes-Côte d'Azur a gagné 63 000 habitants venant d'autres régions françaises. Tous les types de territoires, urbains, périurbains et ruraux, sont excédentaires. Les nouveaux venus dans la région s'installent très majoritairement dans les pôles urbains, où se concentre l'emploi. En revanche, au jeu des migrations résidentielles internes à la région, l'espace urbain est déficitaire. Dans ses échanges avec les autres territoires régionaux, il perd sur la période 17 400 habitants au profit des couronnes périurbaines et 10 400 à destination de l'espace rural. Ce dernier gagne également 2 000 habitants en provenance des zones périurbaines. La possibilité d'accession à la propriété, notamment en logement individuel et à un coût moindre, sans trop s'éloigner des pôles d'emplois grâce au progrès des infrastructures de transport, incite un nombre grandissant de résidents régionaux à gagner ces territoires périphériques.

 

Les migrants des autres régions priviligient l'urbain, les provençaux s'en éloignent plutôt

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L'attrait de la périphérie pour les catégories sociales les plus aisées

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, comme à l'échelle nationale, les qualifications professionnelles progressent. Entre 1999 et 2006, le nombre de cadres et de professions intermédiaires a trois fois plus augmenté que celui des employés et des ouvriers. La part des deux premières catégories dans l'ensemble des catégories socioprofessionnelles progresse ainsi de deux points alors que celle des employés baisse de plus d'un point et celle des ouvriers de plus de deux. On compte en 2006 dans la région 72 cadres ou professions intermédiaires pour 100 ouvriers ou employés. Ce ratio était de 61, sept ans auparavant. Dans l'ensemble des régions de province, il est passé de 52 à 62.

Ce rapport est beaucoup plus faible en zone rurale et il y progresse moins vite. Dans les villes-centres, il est légèrement plus bas que dans l'ensemble de la région mais évolue comme lui. En revanche, le nombre de résidents cadres ou professions intermédiaires est supérieur à la moyenne en banlieue et couronnes périurbaines et le différentiel s'accroît dans le temps : en 2006, on y recense près de 80 cadres ou professions intermédiaires pour 100 ouvriers et employés, soit treize de plus en sept ans. Si le nombre de cadres ou professions intermédiaires est toujours très important dans les villes-centres, un mouvement vers la périphérie est perceptible pour ces catégories sociales. Celui-ci s'opère plutôt au profit des communes de banlieue autour de Toulon et Nice, et des couronnes périurbaines pour Avignon et Marseille.

 

Les catégories à meilleur pouvoir d'achat s'implantent dans les banlieues et le périurbain

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Le périurbain deux fois plus loin du centre urbain qu'il y a quarante ans

La croissance démographique et les mouvements qu'elle engendre ont des conséquences sur l'étalement des agglomérations. La distance à parcourir depuis leur centre pour passer sous un certain seuil de densité de population en est une illustration. Si l'on fixe ce seuil à 68 habitants au km2 (moyenne des couronnes périurbaines de la région en 2006), on appréhende la distance à parcourir pour atteindre des espaces certes influencés par la proximité des pôles, mais dont les aspects paysagers ont déjà souvent un caractère rural. Cette distance a fortement augmenté dans les grandes agglomérations de Provence-Alpes-Côte d'Azur en quarante ans.

 

Un étalement urbain marqué pour les villes-centres régionales

Dans l'ensemble du pays, cette distance a crû de façon continue jusqu'en 1990 pour stagner depuis. Les métropoles voisines de Rhône-Alpes (Lyon, Saint-Etienne, Grenoble) sont dans le profil national.
Pour les grandes villes de la région, en revanche, cette distance continue d'augmenter jusqu'en 1999, voire 2006 pour Nice et Avignon, pour lesquelles l'étalement urbain se poursuit. Elles se rapprochent en cela du comportement de leurs voisines languedociennes, Nîmes et Montpellier.

Marseille est un cas particulier, sa superficie de 240 km2 influant fortement sur la distance à parcourir depuis son centre pour passer sous le seuil de densité précité. Cette distance, déjà importante en 1962 (22 kilomètres), augmente plus vite que pour les autres grandes villes-centres de la région jusqu'en 1990, puis moins rapidement ensuite, pour s'établir à 39 kilomètres en 2006. Par comparaison, pour Paris, ce palier de densité se situe à 46 kilomètres du centre de la ville, mais n'a progressé que de neuf kilomètres depuis 1962.

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Un nouveau ménage consomme trois fois plus d'espace dans le périurbain que dans les villes-centres

Pour appréhender les effets de la démographie sur la consommation d'espace, on étudie les surfaces directement influencées par l'installation de population, c'est-à-dire les surfaces artificialisées. Elles se décomposent en zones urbanisées (147 000 hectares d'espaces structurés par les bâtiments et voiries dans notre région), en zones industrielles et commerciales (32 000 hectares) et en espaces verts artificialisés, chantiers, décharges, etc. (16 000 hectares). En 2006, ces surfaces artificialisées couvrent 6 % de la région comme en Rhône-Alpes (4 % en Languedoc-Roussillon). Depuis 2000, elles ont progressé de 4 400 hectares, dont 870 hectares dans les villes-centres, 1 600 hectares dans les communes de banlieue et 1 150 hectares dans les couronnes périurbaines.

Dans ces trois espaces, les zones urbanisées, principalement à vocation d'habitat, ont augmenté de 2 000 hectares. Elles ont accueilli 145 000 ménages supplémentaires, dans des conditions diverses de densité selon les types d'espace. Dans les villes-centres, l'installation de cent ménages supplémentaires engendre une consommation de 0,8 hectare en moyenne, contre 1,4 hectare en banlieue et 2,5 hectares dans les couronnes périurbaines. Cette différence importante traduit la recherche de conditions de vie différentes (maison individuelle, jardin, etc.), associée à l'installation de ménages de plus grande taille. Dans les couronnes périurbaines, on rencontre en effet plus fréquemment des familles avec enfants. La taille moyenne d'un ménage s'établit en 2006 à 2,47 personnes, contre 2,17 à 2,28 dans les autres types d'espace de la région. Alors que la décohabitation, liée au vieillissement de la population ou aux nouveaux modes de vie, induit une baisse de la taille des ménages, celle-ci est moins marquée dans l'espace périurbain de la région : elle n'est que de - 18 % depuis 1962, contre - 25 à - 27 % dans les autres territoires régionaux.

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L'habitat individuel, consommateur d'espace, se développe dans le périurbain

L'évolution de la structure de l'habitat détermine fortement la consommation des espaces. En particulier, celle de l'habitat individuel, dont la contribution à l'artificialisation des sols est importante. Alors qu'entre 1992 et 2003, la prise au sol des logements collectifs est constante (environ 90 km2), celle des logements individuels est passée de 850 km2 à 1 150 km2. Provence-Alpes-Côte d'Azur, dont 91 % de la population vit dans l'espace urbain ou périurbain, est la région de province qui compte le moins de maisons individuelles dans le parc des résidences principales (un peu plus de 40 %). Mais cette part tend à augmenter avec les constructions neuves : sur les 25 000 à 30 000 logements construits en moyenne chaque année dans la région depuis vingt-cinq ans, un peu plus de la moitié sont des maisons. Et c'est dans le type de territoires où les enjeux sont les plus forts en termes de consommation d'espace, que les nouveaux logements individuels sont les plus nombreux : dans le rural bien sûr, avec des parts de l'ordre de 70 % à 80 %, mais aussi et surtout dans les couronnes périurbaines où, bien qu'en léger recul depuis 1999, ce taux dépasse 80 %.

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