Philippe GRAY, Sébastien SEGUIN
Mis en place en 2009, le statut d'auto-entrepreneur a dopé les créations d'entreprises en Pays de la Loire,
même s'il est moins répandu qu'en moyenne au niveau national. Le nombre de créations d'entreprises dans la région
ne reflète donc pas totalement le poids de celle-ci en termes démographique et économique. Malgré un tassement
du nombre de créations sous ce statut depuis la mi-2010, l'auto-entreprenariat permet le maintien des créations
d'entreprises à un niveau élevé, largement supérieur à celui de 2008. Trois auto-entrepreneurs sur quatre
déclarent d'ailleurs qu'ils n'auraient pas créé leur entreprise sans ce régime.
En moyenne plus jeunes que les créateurs « classiques », les auto-entrepreneurs se lancent dans leur projet avec des moyens financiers souvent réduits. Ils sont par ailleurs très peu nombreux à recourir à une formation spécifique.
La dynamique entrepreneuriale constitue l'une des composantes de la performance économique d'un territoire. La création d'entreprises, et plus encore son développement, est l'un des leviers de la croissance de l'emploi. En particulier, lorsqu'elle s'accompagne de l'introduction d'innovations, la création d'entreprises peut contribuer aux gains de compétitivité et au développement de la richesse créée sur un territoire. Si la création d'entreprises illustre ainsi en partie la dynamique et l'attractivité économiques d'un territoire, les conditions de cette dynamique sont nombreuses : contexte démographique (croissance de la population, urbanisation...), structures économiques (répartition sectorielle des activités et par taille des entreprises...), environnement social et culturel (niveaux de vie, chômage, qualification...).
Après une relative stabilité pendant dix ans, le nombre de créations d'entreprises a fortement augmenté dans la région comme au niveau national entre 2002 et fin 2007. Les conditions de création ont en effet été assouplies, notamment par la loi pour l'initiative économique promulguée le 1er août 2003, qui a pu susciter de nouvelles vocations. Si la crise économique a entraîné une nette diminution des créations d'entreprises en 2008 partout en France, la mise en place du statut d'auto-entrepreneur a fortement dynamisé les créations. Créé en 2008 dans le cadre de la loi de modernisation de l'économie (LME) et mis en application début 2009, ce nouveau régime a d'emblée stimulé la création d'entreprises et modifié le profil de celles-ci, en Pays de la Loire comme dans le reste de la France. Trois auto-entrepreneurs sur quatre déclarent d'ailleurs qu'ils n'auraient pas créé leur entreprise sans ce régime.
Dans la région, le nombre trimestriel de créations d'entreprises a ainsi presque doublé depuis 2009, passant de 3 400 en moyenne pour l'année 2008 à près de 6 200 en 2009. Cette progression s'est poursuivie début 2010 avec un pic à plus de 7 400 créations au premier trimestre, pour ensuite baisser et se stabiliser en 2011 autour de 5 500 créations trimestrielles. Le nombre de créations d'entreprises dans la région a néanmoins diminué de 12,4 % en 2011 par rapport à l'année précédente : 22 427 entreprises ont été créées contre 25 605 en 2010. Parmi ces entreprises créées en 2010, 14 500 l'ont été sous le statut d'auto-entrepreneur. Ce statut est moins présent que dans le reste de la France métropolitaine : il représente 56,5 % des créateurs, contre 60,5 % au niveau national.
Pour autant, le taux d'entreprenariat ne reflète pas totalement le dynamisme économique et le poids économique des Pays de la Loire (cf. encadré Les facteurs explicatifs du nombre de créations d'entreprises sur un territoire). En effet, la région pèse 4,9 % de la richesse nationale en termes de valeur ajoutée créée, mais ne compte que pour 4,2 % des créations d'entreprises et 4,6 % du stock d'entreprises en 2010. Les 11 100 entreprises « classiques »- c'est-à-dire hors auto-entrepreneurs - créées en Pays de la Loire en 2010 placent la région en dixième position des régions françaises seulement, avec un taux d'entreprenariat inférieur à la moyenne nationale hors Île-de-France (5,0 ‰ contre 5,7 ‰).
La répartition des créations d'entreprises par secteur d'activité fait apparaître des différences entre les régimes « classique » et « auto-entrepreneur » : si les créateurs préfèrent la forme « classique » au régime de l'auto-entreprenariat dans l'industrie, la construction, l'hébergement-restauration et les activités financières, d'assurances et immobilières, ils recourent en revanche largement à l'auto-entreprenariat dans les activités de soutien aux entreprises et les autres activités de services (transports, information et communication...). Le nombre d'auto-entrepreneurs dans le commerce est également élevé.
Les salariés du privé sont proportionnellement plus nombreux parmi les auto-entrepreneurs que chez les autres créateurs d'entreprise ; a contrario, les anciens chômeurs sont plus nombreux à créer une entreprise « classique » qu'à choisir le statut d'auto-entrepreneur. Près de la moitié des auto-entrepreneurs s'engagent dans un secteur d'activité différent de leur métier original, contre seulement 40 % pour les autres entrepreneurs.
Le développement d'une activité de complément constitue l'un des objectifs principaux de l'auto-entrepreneur, alors qu'il est absent des déclarations des entrepreneurs classiques. Les auto-entrepreneurs de la région qui avaient un emploi stable avant la création de leur entreprise sont ainsi nombreux (40 %) à le conserver.
Qu'il s'agisse d'une activité de complément ou non, les moyens financiers engagés au démarrage de leur activité par les auto-entrepreneurs sont en moyenne peu élevés : 40 % ne déclarent aucun financement particulier au démarrage, et seuls 6 % empruntent. De plus, ils bénéficient moins souvent d'aides publiques que les entrepreneurs « classiques ». Les faibles moyens engagés permettent rarement d'investir dans un local dédié : deux tiers des auto-entrepreneurs ligériens travaillent donc essentiellement à leur domicile ou chez le client.
Les femmes représentent près de 40 % des auto-entrepreneurs des Pays de la Loire, sensiblement plus que chez les créateurs « classiques » (27,5 %). Elles se tournent principalement vers les activités commerciales et de services. Les auto-entrepreneurs ligériens sont plutôt plus jeunes que les entrepreneurs « classiques »: 40 % ont moins de 35 ans, contre 33 % pour les autres créateurs.
Contrairement aux créateurs « classiques », les auto-entrepreneurs ne placent pas les formalités administratives en tête des difficultés rencontrées : sur ce point, la législation plus souple associée à ce régime mis en place pour favoriser la création semble porter ses fruits. Ils rencontrent en revanche des difficultés spécifiques, notamment dans la recherche d'informations sur la législation en vigueur et dans l'obtention de renseignements, de conseils et de formation. Ils sont d'ailleurs moins nombreux à suivre une formation spécifique pour leur projet : 13 % contre 37 % pour les créateurs « classiques ».
| ( %) | ||
| Auto-entrepreneurs | Créateurs d'entreprise « classiques » | |
|---|---|---|
| Source : Insee, enquête Sine sur les entreprises 2010 et enquête sur les auto-entrepreneurs 2010. | ||
| Le profil des créateurs d'entreprise | ||
| Femmes | 38,8 | 27,5 |
| Entrepreneurs âgés de moins de 30 ans | 25,4 | 18 |
| Entrepreneurs âgés de 50 ans ou plus | 18,2 | 18,1 |
| Diplômés du supérieur | 37,2 | 39,7 |
| Sans diplôme | 11,1 | 8,8 |
| Ayant déjà créé ou repris une entreprise avant 2010 | 24,3 | 34,4 |
| Exerçant une autre activité rémunérée | 39,6 | 19 |
| Les financements, les aides, la formation | ||
| Entrepreneur ayant eu recours à des emprunts bancaires | 6,2 | 57,6 |
| Entrepreneur n'ayant eu recours qu'à des sources de financement personnelles ou familiales | 89,4 | 36,6 |
| Entrepreneur ayant bénéficié de dispositifs d'aide | 37,9 | 57,1 |
| Entrepreneur ayant suivi une formation particulière pour ce projet | 13 | 37,1 |
| L'activité | ||
| Artisan | 37,2 | 33 |
| Entrepreneur utilisant un site Internet pour vendre ou se présenter | 26,7 | 35,7 |
Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer le déficit apparent de créations d'entreprises dans les Pays de la Loire, au regard de la vitalité économique et du dynamisme démographique de la région. Celui-ci doit d'abord être relativisé si l'on considère le poids important de l'industrie dans la spécialisation sectorielle de la région. Les entreprises industrielles sont en effet de taille plus importante, que ce soit en termes de capital investi ou d'effectifs salariés. Les territoires industriels sont également marqués par une tradition du salariat assez forte, ce qui pourrait nuire à la volonté d'entreprenariat. Ainsi, les taux d'entreprenariat sont-ils nettement plus bas que les moyennes nationale et régionale dans les zones d'emploi de Mayenne, Segré, Laval, Sablé-sur-Sarthe ou Fontenay-le-Comte. À l'inverse, les taux de création culminent dans les zones d'emploi littorales, l'afflux d'estivants étant propice à la création d'entreprises. Les zones d'emploi les plus densément peuplées (Nantes, Le Mans, Angers, Cholet), où les activités de commerce et services sont aussi les plus implantées, se situent quant à elles dans une position intermédiaire.
De plus, les Pays de la Loire sont la région française au plus faible taux de chômage, ce qui va souvent de pair avec une moindre dynamique de la création d'entreprises : une partie des chômeurs sont en effet incités à créer leur propre entreprise.
Enfin, il faut tenir compte de la longévité plus grande des entreprises des Pays de la Loire. En effet, cinq ans après leur création, les entreprises régionales nées en 2002 étaient encore en activité dans 57 % des cas, soit un taux de survie à cinq ans supérieur de cinq points à la moyenne nationale. La région se place au 5e rang des régions françaises sur ce critère. De plus, les 7 700 défaillances d'entreprises enregistrées dans les Pays de la Loire de début 2008 à mi-2011 ne représentent que 4,2 % du total national. Plus généralement, le dynamisme du tissu productif régional favorise une plus grande pérennité des activités économiques.
Les statistiques de créations proviennent du Répertoire des entreprises et des établissements (Sirène) géré par l'Insee qui enregistre les mouvements économiques et légaux affectant ces unités, en particulier les créations.
Le dispositif Sine (Système d'information sur les nouvelles entreprises) est un système permanent d'observation d'une génération de nouvelles entreprises tous les quatre ans. Dans ce cadre, deux enquêtes ont eu lieu en septembre 2010 : l'une auprès des entreprises créées au premier semestre 2010 (hors agriculture), l'autre spécifiquement auprès des 190 000 créateurs d'auto-entreprise à la même période. Au niveau national, 40 000 auto-entrepreneurs ont été interrogés et 66 % d'entre eux ont fourni une réponse exploitable. Deux autres interrogations sont prévues trois ans et cinq ans après la création.

Informations statistiques n°449
Juillet 2012
Depuis mai 2013, la collection " Faits et Chiffres " succède à la collection " Informations statistiques ".