Marquée par différents handicaps structurels et touchée par de nombreux conflits sociaux, l'économie de la Guadeloupe n'a pas pu, en 1998, utiliser pleinement les leviers d'entraînement que permettait un environnement national et international favorable. Le débat sur les conditions du développement économique a suscité également de nombreuses interrogations sur la pérennité des outils spécifiques que sont en particulier la défiscalisation, l'octroi de mer, la loi Perben.
Après un premier trimestre propice à la confiance, le reste de l'année a été plutôt touché par la morosité voire l'inquiétude et marqué par l’infléchissement des intentions d’investissement des chefs d’entreprises. La demande des ménages, principal moteur de la croissance, est restée malgré tout bien orientée tout au long de l'année dans un contexte de hausse sensible des prix. Le commerce automobile qui affiche des résultats excellents en constitue un bon exemple.
Le niveau du chômage reste un des points les plus préoccupants. Il entraîne, d'une part, la vulnérabilité de nombreux ménages guadeloupéens qui se manifeste, par exemple, au travers des situations de surendettement. Il est, d'autre part, un facteur d'exclusion sociale d’une proportion accrue de chômeurs de longue durée. Dans cette situation de déficit d’emplois et d’élévation du niveau de formation (60 % d’une génération au niveau baccalauréat), les mesures publiques tentent d’endiguer la dégradation. Cette année, le dispositif a été complété par les "emplois jeunes" qui prévoient la pérennisation du poste créé après la période aidée.
Les créations d'entreprises -qui ont atteint en 1998, leur plus haut niveau depuis 1990-, sont pourtant révélatrices d'un marché, qui, malgré les difficultés, entretient une dynamique. Le poids prépondérant des entreprises nouvelles dans les services aux entreprises montre les potentialités du secteur.
Les phénomènes climatiques ont durement touché les activités agricoles et indirectement l'industrie agro-alimentaire. La sécheresse de 1997 s'est jointe à la réduction progressive de la sole cannière pour entraîner une des plus mauvaises campagnes de la filière sucrière. L'industrie bananière, déjà en situation délicate compte tenu de l'ouverture du marché européen, n'a pas été épargnée. Le passage du cyclone Georges s'est ajouté au blocage du port pour réduire les objectifs d'exportation.
Le secteur du BTP a fait face toute l'année à un bas niveau de demande qu'aucun chantier important n'est venu relancer. Concernant les autres secteurs industriels, et témoins de la vitalité du tissu des PMI, le volume des aides à l'investissement a connu une augmentation très sensible. Les échanges extérieurs enregistrent un repli des produits exportés qui creuse ainsi une balance commerciale structurellement déséquilibrée. En termes de trafic, le transport maritime de marchandises s'est maintenu à un bon niveau en dépit de la crise sociale. Le fret aérien, bien que limité dans l'ensemble des échanges, connaît une légère hausse en direction de la Martinique et de la métropole. Le trafic passagers aérien a continué sa progression vers les 2 millions de voyageurs qui devraient être atteints en 1999. La croissance du nombre de transits souligne le rôle de plaque tournante de l'aéroport Pôle Caraïbe.
Enfin, la politique de synergie entre les infrastructures portuaire et aéroportuaire a favorisé la croissance de la croisière basée, qui devient désormais un "concept touristique" prometteur. Le tourisme constitue en effet un des piliers de l'activité économique. La haute saison de la première partie de l'année confirme un tourisme essentiellement métropolitain, jeune et relativement aisé. Mais l'ensemble des professionnels s'accorde à souligner les renouvellements nécessaires pour faire face à la concurrence. Selon eux, les résultats de l'année 1998 restent mitigés malgré l'éclipse de soleil en février et la route du rhum en novembre.
Bruno PRIOU