Gérard Forgeot, Cynthia Celma (Insee)
En 2006, le seuil de bas revenus Budget de Famille s’élève à 6 806€ par an pour la Guadeloupe, 7 394€ pour la Martinique, et 5 952€ pour la Guyane. Ces niveaux demeurent inférieurs à celui de la France métropolitaine (10 560€). Plus du quart des ménages disposent d’un revenu inférieur à ce seuil en Guyane, et près de 20% à la Martinique et 18% en Guadeloupe.
Outre ces disparités dans les distributions de revenus déjà observées en 1995 et 2001, l’évolution la plus marquante est la progression des inégalités entre 2001 et 2006, après leur réduction entre 1995 et 2001. Le taux de bas revenus s’accroît de plus de 4 points en Guadeloupe et à la Martinique, et de 1,5 points en Guyane. La croissance des revenus observée entre 2001 et 2006 a donc davantage bénéficié aux ménages situés au-dessus du seuil.
Cet accroissement récent des inégalités s’observe aussi en France métropolitaine, mais de façon moins marquée que dans les DFA : +1,2 points entre 2002 et 2006.
Les ménages situés sous le seuil de bas revenus s’en éloignent entre 2001 et 2006 en Guadeloupe et en Martinique. Ces populations ont donc vu leur situation relative se dégrader au cours des dernières années. En Guyane, ces mêmes ménages se rapprochent du seuil : si la proportion de bas revenus augmente dans ce département, la situation des populations concernées s’améliore en moyenne.
Le taux de bas revenus
Dans les Départements Français d’Amérique, on calcule un taux de bas revenus à partir de l’enquête Budget de famille. Le revenu considéré est le revenu disponible annuel net, tel que défini dans le cadre EU-SILC.
http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2003:165:0001:0009:FR:PDF
Le revenu disponible net comprend l’ensemble des revenus d’activités, des transferts sociaux, les revenus du patrimoine, et les loyers dits « imputés ». Ces derniers correspondent aux services de logement que les ménages propriétaires se rendent à eux-mêmes et permettent notamment de mieux comparer les niveaux de vie des propriétaires et des locataires. Sont ajoutés les transferts monétaires entre les ménages, afin de prendre en compte cette forme volontaire de redistribution. Le tout est minoré des impôts directs (impôts sur le revenu, taxes d’habitation et foncière).
Le taux de bas revenus est égal à 60% de ce revenu annuel médian par unité de consommation.
Le nombre d’unités de consommation d’un ménage est calculé selon l’échelle d’équivalence dite « OCDE/Insee » : le 1er adulte compte pour 1, les autres personnes de 14 ans ou plus pour 0,5 chacune, les personnes de moins de 14 ans pour 0,3 chacune. Cette normalisation par le nombre d’unités de consommation permet de prendre en compte la taille du ménage.
La distance au seuil
Le taux de bas revenus est un indicateur d’inégalité relative des revenus. Il indique la proportion de ménages se situant dans le bas de la distribution des revenus. Il est complété par la distance au seuil, égale au revenu moyen d’une catégorie considérée rapporté au seuil de bas revenu. Plus cette distance est proche de 1, plus la catégorie étudiée se rapproche du seuil. Le revenu disponible rapporté au nombre d’unités de consommation indique le niveau de vie du ménage. Le premier quintile rassemble les 20% des ménages ayant les niveaux de vie les plus faibles, le second quintile les 20% suivants, etc. jusqu’au 5e quintile qui regroupe les 20% les plus aisés.
Compte tenu du plan de sondage de l’enquête Budget et de la taille de l’échantillon, l’intervalle de confiance sur le taux de bas revenus pour l’ensemble de la population est de plus ou moins 1 point. Au niveau national, sur l’enquête Revenus fiscaux la précision est de plus ou moins 0,5 point.
| Unité : %, seuil en € par an | ||||
| Guadeloupe | Martinique | Guyane | France * métropolitaine | |
|---|---|---|---|---|
| * 1996, 2002 et 2006 | ||||
| Sources : Enquête Budget de Famille, Revenus fiscaux en France métropolitaine | ||||
| 1995* | 18,1 | 17,0 | 26,1 | 13,5 |
| 2001* | 13,5 | 15,1 | 25,0 | 12,0 |
| 2006 | 17,8 | 19,8 | 26,5 | 13,2 |
| Seuil de bas revenus 2006 | 6 806 | 7 394 | 5 952 | 10 560 |
Dans le même temps, l’accroissement de la distance au seuil pour les ménages situés au-dessus du seuil indique une augmentation plus rapide des ressources des ménages plus aisés plus marquée en Guyane et en Martinique qu’en Guadeloupe.
| Unités : nombre, seuil en € par an | ||||||
| 1995 | 2001 | 2006 | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| sous le seuil | au-delà du seuil | sous le seuil | au-delà du seuil | sous le seuil | au-delà du seuil | |
| * 1996, 2002 et 2006 | ||||||
| Sources : Enquête Budget de Famille, Revenus fiscaux en France métropolitaine | ||||||
| Guadeloupe | 0,74 | 2,5 | 0,75 | 2,3 | 0,70 | 2,2 |
| Martinique | 0,73 | 2,6 | 0,74 | 2,2 | 0,71 | 2,5 |
| Guyane | 0,61 | 2,6 | 0,61 | 2,7 | 0,63 | 2,9 |
| France métropolitaine* | 0,82 | 0,84 | 0,82 | |||
Les ménages situés au-dessus du seuil de bas revenus représentent de 75 à 80% des ménages selon le département. Ils recouvrent donc à la fois les classes moyennes, et des personnes très aisées, catégories pour lesquelles les revenus ont évolué de façon divergente. En Guadeloupe et en Martinique, les ménages situés juste au-dessus du seuil de bas revenus (le second quintile) s’en rapprochent alors qu’ils s’en étaient plutôt éloignés entre 1995 et 2001. Pour les ménages médians (le 3e quintile), les niveaux de vie sont stables.
Outre l’accroissement du nombre de ménages sous le seuil de bas revenus, il y a donc eu baisse ou stagnation du niveau de vie pour les ménages des classes moyennes. En Martinique, l’augmentation plus rapide des ressources au-delà du seuil est concentrée sur les 20% des ménages les plus aisés. En Guyane, cette déformation est régulière entre 1995 et 2006.
Distance au seuil de bas revenus selon le quintile de revenu par unité de consommation


