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L'enquête emploi 2012 à La Réunion

Contrats aidés et découragement des chômeurs infléchissent le taux de chômage

Au deuxième trimestre 2012, le taux de chômage à La Réunion s’élève à 28,5 %, en baisse de 0,9 point par rapport à 2011. Les contrats aidés, nombreux au premier semestre 2012, ont soutenu l’emploi. Toutefois, la baisse du taux de chômage résulte également du découragement de chômeurs, qui arrêtent leurs recherches d’emploi et se désengagent du marché du travail. Cela se traduit par une forte augmentation du « halo » autour du chômage en 2012 (+ 37 %). Le taux d’activité et le taux d’emploi restent faibles.

Thomas Patenotte, Insee

Sommaire

Encadré

Publication

Au deuxième trimestre 2012, le taux de chômage recule, pour la première fois à La Réunion depuis quatre ans. Il baisse de 0,9 point entre 2011 et 2012, après s’être accru de près de cinq points entre 2007 et 2011. En France métropolitaine, le taux de chômage continue d’augmenter, et s’accroît de 0,6 point en un an.

Le chômage touche désormais 28,5 % de la population active réunionnaise, soit 98 500 personnes. C’est 2 250 personnes de moins qu’en 2011. Le chômage baisse, davantage pour les femmes (- 1,3 point) que pour les hommes (- 0,4).

Évolution du taux de chômage BIT selon le sexe

  • Tableau : Population réunionnaise au regard de l’emploi en 2012 (situation au 2e trimestre)

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Les contrats aidés soutiennent l’emploi en 2012

Entre 2011 et 2012, l’emploi a progressé : le nombre d’actifs occupés a augmenté de 1,7 %. Cette augmentation de l’emploi a été favorisée par les contrats aidés : 5 600 entrées supplémentaires ont été enregistrées au premier semestre 2012, par rapport au premier semestre 2011.
Le taux de chômage des jeunes, particulièrement sensible au dispositif des contrats aidés, diminue de 3,7 points. Il reste toutefois très élevé, avec 56,2 % des actifs de 15 à 24 ans qui sont au chômage. Seul le chômage des hommes de plus de 50 ans continue de s’aggraver (+ 2,4 points). Il atteint ainsi son plus haut niveau depuis 2007 (17,9 %).

Le nombre de personnes en âge de travailler (15 à 64 ans) augmente en moyenne chaque année d’environ 7 300 personnes depuis 2007. La génération des jeunes de 15 ans, qui entre en activité, est en effet plus nombreuse que celle, sortante, âgée de 65 ans.

Le nombre d’actifs (personnes au chômage ou en emploi) augmente parallèlement à la population en âge de travailler. Ainsi, le taux d’activité (nombre d’actifs sur nombre de personnes en âge de travailler) reste quasiment stable (- 0,5 point). L’activité des femmes diminue de 0,8 point : 54,8 % des femmes de 15 à 64 ans sont actives. En 2012, le taux d’activité des Réunionnaises est inférieur de 12 points à celui de France métropolitaine, contre 16 points en 2007. Pour les hommes, le taux d’activité est inférieur de 8 points à La Réunion, l’écart avec la France métropolitaine étant stable par rapport à 2007.

Le taux d’emploi reste faible. Seulement 43,3 % des 15 à 64 ans occupent un emploi à La Réunion. Pour les hommes, le taux d’emploi est de 19 points inférieur à celui de France métropolitaine (49 % contre 68 %), et de 22 points pour les femmes (38 % contre 60 %). Les 15-24 ans sont davantage en emploi en 2012, mais leur taux d’emploi reste faible (13,7 % contre 29,2 % en France métropolitaine). À l’inverse, le taux d’emploi des plus de 50 ans diminue légèrement en 2012 (- 0,7 point), et s’établit à 43,8 % (56,5 % en France métropolitaine).

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La population inactive souhaitant travailler augmente

La notion de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) ne permet pas d’appréhender dans toute sa réalité le marché du travail. À La Réunion en 2012, 47 000 personnes souhaitent travailler mais sont considérées comme inactives. Ces personnes ne remplissent pas les critères d’un chômeur au sens du BIT, parce qu’elles ne recherchent pas un emploi de manière active (29 000 personnes) ou qu’elles ne sont pas immédiatement disponibles pour travailler (18 000 personnes). Elles forment le « halo » autour du chômage, qui s’est nettement élargi en un an (+ 37 %).

Comparativement à la France métropolitaine, le « halo » est particulièrement important à La Réunion. Il représente 8,3 % de la population en âge de travailler, contre 1,7 % en France métropolitaine fin 2011. Au total, chômeurs et inactifs souhaitant travailler constituent un quart de la population en âge de travailler, contre 7 % en France métropolitaine.

Tableau 1 - Chômage + "halo" :
145 500 personnes sans emploi souhaitent travailler en 2012

Personnes sans emploi souhaitant travailler :
145 500
Inactifs au sens du BIT ("halo") : 47 000 Disponibles mais ne font pas de recherches : 29 000
Non disponibles : 18 000
Chômeurs au sens du BIT : 98 500

Certains chômeurs arrêtent de rechercher activement un emploi, découragés par les difficultés qu’ils rencontrent sur le marché du travail. Ils sont plus nombreux en 2012 qu’auparavant : 23 % des chômeurs de 2011 sont ainsi devenus inactifs en 2012 (+ 4 points comparativement aux deux années précédentes).

Ce découragement est parfois associé au chômage de longue durée, qui est particulièrement prégnant à La Réunion. En effet, 71 % des chômeurs sont à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an (41,5 % en France métropolitaine en 2011) et 57 % depuis plus de deux ans. Plus la durée du chômage augmente, plus l’employabilité et les chances de éinsertion professionnelle s’amenuisent et plus le risque de découragement est fort.

Par ailleurs, 29 000 personnes travaillent mais souhaitent changer d’emploi ; une majorité fait des recherches en ce sens (57 %). La moitié d’entre elles sont en situation de temps partiel subi et souhaitent travailler davantage.

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Le diplôme protège encore et toujours du chômage

Outre la qualité de l’emploi et les salaires associés à la qualification, un diplôme apporte de nombreux avantages comparatifs sur le marché du travail, notamment en présence d’un fort chômage structurel. Le diplôme constitue un rempart contre le chômage. Le taux de chômage des diplômés du supérieur (10 %) est quatre fois plus faible que celui des non diplômés (39 %). Parmi l’ensemble des Réunionnais de 15 à 64 ans ayant terminé leurs études, les diplômés du supérieur ont huit fois plus de chance d’avoir un emploi que les non diplômés. Les détenteurs d’un baccalauréat ont également trois fois plus de chance d’occuper un emploi qu’une personne sans aucun diplôme, et ceux d’un CAP ou un BEP deux fois plus de chance.

Tableau 2 - Taux de chômage selon le diplôme en 2012
Un diplômé du supérieur a 8 fois plus de chance d'être en emploi

Diplôme Taux de chômage (%) Probabilité relative d'être en emploi par rapport à une personne sans diplôme
Lecture: une personne détenant un CAP a 2,3 fois plus de chance d'être en emploi qu'une personne sans diplôme.
Champ : personnes ayant terminé leurs études.
Source: Insee, Enquête emploi Réunion 2012 (situation au 2e trimestre).
Sans diplôme 38,8 1
CAP ou BEP 32,0 2,3
Baccalauréat 26,1 2,8
Supérieur 9,9 7,9

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Comparaison des marchés du travail réunionnais et métropolitain
Tableau 3 - Évolution des taux de chômage, d'activité et d'emploi depuis 2007 à La Réunion
en %
2007 2008 2009 2010 2011 2012
Source : Insee, Enquête emploi Réunion 2012 (situation au 2e trimestre).
Taux de chômage (15 ans ou +) 24,6 24,8 27,5 28,9 29,4 28,5
Hommes 23,5 23,6 26,4 28,1 27,2 26,8
Femmes 26,0 26,2 28,8 29,9 31,8 30,5
Taux d'activité (15 - 64 ans) 57,9 59,8 60,0 61,3 61,2 60,7
Hommes 66,7 66,4 67,4 68,4 67,2 67,3
Femmes 49,6 53,6 53,3 54,8 55,6 54,8
Taux d'emploi (15 - 64 ans) 43,6 44,9 43,4 43,5 43,1 43,3
Hommes 51,0 50,7 49,4 49,1 48,8 49,1
Femmes 36,7 39,5 37,9 38,3 37,8 38,0

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Chômeurs et DEFM : deux concepts différents

Tous les mois, la Dares et Pôle emploi publient conjointement une statistique des demandeurs d’emploi en fin de mois (DEFM). Cette statistique exhaustive est disponible rapidement.

Mais le fait de s’inscrire à Pôle emploi est une démarche administrative, et la situation des personnes qui s’inscrivent ne correspond pas directement aux critères statistiques définissant le chômage au sens du BIT. La catégorie A regroupe les demandeurs sans emploi qui n’ont exercé aucune activité, même réduite, le mois précédent, et qui sont censés faire des actes positifs de recherche d’emploi. Cette catégorie est donc a priori proche conceptuellement des chômeurs BIT.

Toutefois, les deux populations ne se recouvrent qu’imparfaitement et les conditions de gestion administratives des DEFM influent parfois sur l’évolution du nombre de demandeurs inscrits.

Des statistiques qui peuvent diverger

De ce fait, les statistiques des demandeurs d’emploi et des chômeurs ne sont pas directement comparables et évoluent parfois de façon divergente. Entre les premiers trimestres 2011 et 2012, le nombre de DEFM de catégorie A augmente de 4 800 personnes à La Réunion tandis que le nombre de chômeurs BIT diminue de 2 250 personnes.

En 2012, parmi les demandeurs d’emplois inscrits à Pôle emploi dans toutes les catégories, 69 % sont aussi chômeurs BIT, contre 76 % les années précédentes. Le prolongement de la crise décourage de plus en plus de personnes de faire des démarches actives. Elles intègrent alors le « halo » autour du chômage, qui croît fortement cette année. Depuis le début de la crise, l’écart se creuse entre le nombre de chômeurs BIT mesuré par l’enquête emploi et le nombre de DEFM de catégorie A.

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Méthodologie

La série a été réactualisée depuis 2007. Les pondérations affectées à chaque individu enquêté sont calées sur la pyramide des âges de la population réunionnaise. Cette pyramide a été actualisée par les derniers résultats connus du Recensement de la population de 2009. Les pondérations de l’Enquête emploi 2012 tiennent compte de cette modification, et les résultats des enquêtes précédentes (basés sur le recensement précédent) ont été mis à jour.
Les taux calculés ici pour les années antérieures peuvent donc différer - à la marge - des taux précédemment publiés. Le taux de chômage publié en 2011 à 29,5 % a été diminué de 0,1 point, à 29,4 %.

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Source et définitions

L’enquête annuelle sur l’emploi est réalisée par l’Insee dans les départements d’outre-mer depuis 1993. L’objectif premier de cette enquête auprès des ménages est de disposer d’une mesure du chômage et de l’emploi selon les normes du Bureau international du travail (BIT).
En outre, l’enquête emploi apporte de nombreuses informations sur l’état du marché du travail : nombre d’actifs et de chômeurs, caractéristiques des personnes présentes sur le marché du travail. Elle permet d’analyser son évolution d’une année sur l’autre. Elle traite aussi de sujets plus précis tels que la formation des jeunes arrivant sur le marché du travail. Cette enquête se déroule dans quatre départements d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion), au même moment et sur une période de 13 semaines, de mars à juin. Dans chaque ménage tiré au sort, toute personne âgée de 15 ans et plus est interrogée trois années de suite. La première interrogation est réalisée par visite, les deux suivantes par téléphone. À La Réunion, l’Insee interroge plus de 8 600 personnes réparties sur l’ensemble de l’île.

Chômage (BIT) : Un chômeur est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui répond simultanément à trois conditions : 1- être sans emploi, c'est à dire ne pas avoir travaillé, ne serait-ce qu'une heure, durant une semaine de référence ; 2- être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours ; 3- avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois.

Sont considérées par le BIT comme des démarches actives de recherche d’emploi, dans le mois précédent l’entretien, les actes suivants : contacter ou être contacté par un bureau public de placement (Pôle emploi, chambre de commerce, etc.) pour trouver un emploi (visite, consultation de tableau, participation à des actions menées par Pôle emploi, etc.) ; prendre contact avec un bureau privé de placement ; visiter un forum des métiers ; faire une démarche directe auprès d’un employeur ; s’adresser à des relations personnelles ou professionnelles ; passer, répondre ou lire les annonces d’emploi ; passer un concours, un test, un entretien, etc.

Population active : La population active regroupe les chômeurs et la population active occupée (ayant un emploi), composée des salariés et des non salariés.

Taux de chômage : Le taux de chômage est la proportion du nombre de chômeurs dans la population active.

Population active occupée : La population active occupée comprend les personnes (âgées de 15 ans ou plus) ayant travaillé (ne serait-ce qu'une heure) au cours d'une semaine donnée (appelée semaine de référence), qu'elles soient salariées, à leur compte, employeurs ou aides dans l'entreprise ou l'exploitation familiale.

Taux d’emploi : Le taux d’emploi est le rapport de la population ayant un emploi (active occupée) à la population totale correspondante.

Halo autour du chômage : Le BIT fourni une définition stricte du chômage, mais qui ignore certaines interactions qu'il peut y avoir avec l'emploi (travail occasionnel, sous-emploi) ou avec l'inactivité. En effet, certaines personnes souhaitent travailler mais sont considérées comme inactives, soit parce qu'elles ne sont pas disponibles rapidement pour travailler (deux semaines), soit parce qu'elles ne recherchent pas. Ces personnes forment le « halo » autour du chômage.

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