En 2040, La Réunion devrait compter 1 061 000 habitants, soit un tiers de plus qu’aujourd’hui. D’ici là, la croissance annuelle de la population devrait ralentir, mais demeurer à un niveau élevé. Les naissances continueront d’être bien supérieures aux décès, et les flux migratoires seront très importants, dans les deux sens. Mais le solde devrait être légèrement négatif, si les tendances récentes se poursuivent. Le déséquilibre hommes-femmes devrait s’accentuer et la population de plus de 60 ans représenterait un quart de la population.
Si les tendances démographiques observées ces dernières années se prolongent (scénario central), La Réunion atteindra 1 061 000 d’habitants en 2040. La population aura alors augmenté de 266 000 habitants, soit 33 % de plus qu’en 2007. La croissance annuelle de la population devrait néanmoins diminuer au cours de la période : plus de 9 000 jusqu’en 2020, puis 8 000 entre 2020 et 2030, et enfin 6 400 durant la dernière décennie. Ainsi, de 1,48 % entre 1999 et 2007, le taux de croissance annuel de la population devrait diminuer jusqu’à 0,62 % en moyenne entre 2030 et 2040 (0,32 % en France métropolitaine).
Dans les autres départements d’Outre-mer, la population pourrait décroître à partir de 2025 en Martinique et de 2035 en Guadeloupe, alors que la Guyane resterait sur une croissance très forte de 3 % en moyenne entre 2007 et 2040. En France métropolitaine, la croissance annuelle moyenne serait de 0,41 % et de 0,88 % à La Réunion sur la période.
La croissance de la population faiblit à La Réunion pour différentes raisons : les décès augmentent alors que les naissances croissent légèrement, et le solde migratoire négatif s’accentue. Toutefois, l’incertitude sur l’évolution future des migrations est importante car elles sont liées à un certain nombre de paramètres difficilement prévisibles à cet horizon, tels que l’environnement économique et social ou les dispositifs existants d’aide à la mobilité. Les déséquilibres observés pourraient être modifiés très rapidement en fonction de l’évolution des comportements migratoires.
Quel que soit le scénario envisagé, le solde naturel (naissances-décès) sera à lui seul à l’origine de l’accroissement de la population. Dans le scénario central, malgré une baisse envisagée de 2,5 à 2,3 enfants par femme, le nombre de naissances continuera de croître jusqu’en 2040, du fait d’une population plus nombreuse de femmes en âge d’avoir des enfants. Ainsi, même s’il ne naissait que 2,1 enfants par femme à partir de 2030, la diminution de la fécondité n’entraînerait qu’une baisse de 1 000 naissances par an. A l’inverse, si la fécondité observée ces dix dernières années se maintenait à 2,5 enfants par femme, il pourrait naître jusqu’à 17 000 bébés par an, soit 2 000 de plus qu’aujourd’hui.
Le phénomène est similaire pour la mortalité. Dans le scénario central, les hommes vivront 6 ans de plus et les femmes 3 ans de plus. Mais malgré ces gains d’espérance de vie, l’arrivée des générations nombreuses aux âges avancés doublera le nombre de décès. Le seuil de 8 000 décès annuels pourrait être atteint en 2040.
Quelles que soient les hypothèses envisagées, le solde naturel sera toujours très positif en 2040, ce qui laisse à penser que la transition démographique ne sera pas totalement achevée.
Si les tendances migratoires récentes se maintenaient, le solde migratoire serait très légèrement négatif. D’ici 2040, La Réunion perdrait 7 000 habitants soit 200 par an en moyenne. Néanmoins, les flux migratoires dans les deux sens devraient être très importants : les 324 000 arrivants compenseraient presque les 331 000 partants. Les comportements migratoires étant différenciés selon les destinations, il y aurait davantage de départs vers la France métropolitaine et les Dom que d’arrivées, et plus d’arrivées d’étrangers ou de mahorais que de départs.
Les comportements migratoires dépendent aussi de l’âge. Entre 20 et 24 ans, les départs sont très nombreux, pour la poursuite des études ou la recherche d’un emploi, et ne compensent pas les arrivées. Entre 30 à 49 ans, la tendance s’inverse, et les personnes sur le retour, ou celles qui viennent s’installer à La Réunion, sont majoritaires. La croissance de la population accentue le phénomène : le nombre de jeunes augmentant, le nombre de départs vers la France métropolitaine devrait également s’accentuer, sous réserve du maintien des dispositifs actuels favorisant la mobilité.
Les principales régions d’échanges entre La Réunion et la France métropolitaine seraient sans surprise l’Île-de-France, PACA et Rhône-Alpes, qui sont aussi les plus peuplées. L’Ile de France concentrerait ainsi plus de 20 % des échanges ; PACA et Rhône-Alpes 10 % chacune. Malgré tout, lorsqu’ils partent, les Réunionnais s’installent moins massivement en Île de France que les Antillais. D’autres régions (Midi-Pyrénées, Aquitaine et Languedoc-Roussillon) assureront chacune 7 % des mouvements migratoires.
| Départs Réunion | Arrivées Réunion | Solde migratoire | |
|---|---|---|---|
| Source : projections de population, Insee 2010 (scénario central) | |||
| Autres régions françaises | 285 000 | 251 000 | - 34 000 |
| Mayotte et étranger | 46 000 | 73 000 | 27 000 |
| Ensemble | 331 000 | 324 000 | - 7 000 |
Actuellement, les femmes représentent 51 % de la population réunionnaise. D’ici 2040, le déséquilibre devrait s’accentuer, pour atteindre 54 % de femmes (51 % en France métropolitaine). Elles seraient alors 80 000 de plus que les hommes. Les flux migratoires accentuent le phénomène. Ainsi, entre 25 et 30 ans, les hommes devraient être plus nombreux à partir vers la France métropolitaine que les femmes, ce qui crée un premier déséquilibre. Ensuite, parmi la population étrangère ou mahoraise, les femmes seraient plus nombreuses à arriver que les hommes, ce qui amplifie le constat.
Au fil des ans, la structure de la population réunionnaise se modifie, amplifiant le vieillissement de la population. Les plus jeunes, moins de 20 ans, seraient 11 000 de plus en 2040. Leur part dans la population devrait diminuer de 10 points, et un peu plus d’un Réunionnais sur quatre aura moins de 20 ans. Le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans devrait augmenter dans le même temps de 185 000 personnes, et elles seraient trois fois plus nombreuses qu’aujourd’hui. Comme les plus jeunes, elles représenteraient plus d’un quart de la population, contre 11 % aujourd’hui.
Aux âges élevés, l’augmentation massive correspond aux générations nombreuses nées dans les années 60. À l’horizon 2040, les plus de 80 ans seraient 63 000, soit 4,5 fois plus nombreux qu’aujourd’hui. Ces personnes, qui nécessitent davantage de prise en charge, représenteraient alors 6 % de la population.
Comme partout en France, la population vieillira, mais ici plus vite qu’ailleurs. Le département resterait tout de même un des plus jeunes de France avec la Guyane et Mayotte. En 2040, les Réunionnais auront 40 ans en moyenne, soit 8 ans de plus qu’aujourd’hui. En France métropolitaine, l’âge moyen atteindrait 44 ans, soit 4 ans de plus qu’aujourd’hui.
La part de la population âgée de 20 à 59 ans devrait diminuer de 54 % à 47 % en 2040, ce qui entraînera une augmentation du rapport entre le nombre de personnes d’ « âge inactif » (moins de 20 ans et plus de 60 ans) et d’ « âge actif » (20 à 59 ans), appelé aussi ratio de dépendance économique : de 86 personnes d’âge inactif pour 100 d’âge actif aujourd’hui, il devrait passer à 114 pour 100 en 2040 selon le scénario central. Il serait alors identique à La Réunion et en France métropolitaine, mais sa composition bien différente : seulement 49 % de la dépendance économique serait due aux plus de 60 ans à La Réunion contre 58 % en France métropolitaine.
Anne Levet
Chargée d’études
| Réunion 2007 | France métropolitaine 2007 |
Réunion 2040 | France métropolitaine 2040 % |
|||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Effectifs | % | % | Effectifs | % | % | |
| Source : Projections de population, Insee 2010 (scénario central) | ||||||
| 0 à 19 ans | 278 400 | 35,1 | 24,8 | 289 700 | 27,3 | 22,4 |
| 20 à 59 ans | 426 500 | 53,7 | 53,8 | 497 400 | 46,9 | 46,6 |
| 60 à 79 ans | 76 000 | 9,6 | 16,6 | 210 900 | 19,9 | 21,3 |
| 80 ans et plus | 13 200 | 1,7 | 4,9 | 62 800 | 5,9 | 9,7 |
| Population totale | 794 100 | 100 | 100 | 1 060 800 | 100 | 100 |
Le nouvel outil de projections démographiques applique des tendances de fécondité et de mortalité propres aux territoires observés. Il permet de mieux cerner les mouvements migratoires. Il mesure le nombre d’entrants et de sortants d’un territoire jusqu’au niveau infra départemental, sur une zone contenant au moins 50 000 habitants. L’outil indique aussi les zones de destination et d’origine des migrants. Il permet d’élaborer des hypothèses plus complexes et de construire des scénarios différents de ceux examinés lors de cette première approche (par exemple une hausse de 50 % de l’émigration, une baisse de la fécondité plus rapide ...).
L’outil de projections fonctionne à partir des données issues du recensement de la population 2007 et de l’état-civil. Le recensement fournit les populations de base. Ensuite, elles évoluent jusqu’en 2040 en fonction de 3 facteurs : les naissances, les décès, les arrivées et départs.
| Situation au dernier recensement |
Hypothèse centrale |
Hypothèse basse |
Hypothèse haute |
|
|---|---|---|---|---|
| Source : Projections de population, Insee 2010 | ||||
| Indice conjoncturel de fécondité | 2,5 | 2,3 à partir de 2030 |
2,1 à partir de 2030 |
2,5 en 2040 |
| Espérance de vie à la naissance des femmes | 81,8 | 85 en 2040 |
84,1 en 2040 |
85 en 2040 |
| Espérance de vie à la naissance des hommes | 74 | 80,4 en 2040 |
78,7 en 2040 |
81,8 en 2040 |
| Solde migratoire autres régions françaises (2007-2040) | - 34 000 | - 34 000 | - 34 000 | |
| Solde migratoire étranger et Mayotte (2007-2040) | + 27 000 | + 13 000 | + 40 000 | |
| Hypothèse haute | Hypothèse basse | Autres facteurs | |
|---|---|---|---|
| Source : projections de population, Insee 2010 | |||
| Fécondité | 1 090 000 | 1 030 000 | Migrations et mortalité centrales |
| Espérance de vie | 1 073 000 | 1 048 000 | Fécondité et migrations centrales |
| Migrations | 1 081 000 | 1 040 000 | Fécondité et mortalité centrales |
| Ensemble des 3 facteurs | 1 123 000 | 997 000 | |
| Source : projections de population, Insee 2010 | |
| Hypothèse centrale | 1 061 000 |