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Migrations, famille et vieillissement : Défis et enjeux pour la Martinique

Claude-Valentin Marie (Direction scientifique), Franck Temporal, Stéphanie Condon, (Ined), Bénédicte Chanteur, Maud Machecler  (Insee), Didier Breton (Université de Strasbourg)

 

Résumé

Seul un Martiniquais sur dix n’a jamais quitté son département. A l’inverse, ils sont près d’un tiers à être partis durablement (plus de six mois) pour un emploi, pour le service militaire ou pour les études. A leur retour, ils occupent souvent une position plutôt favorable sur le marché du travail.

Familles monoparentales et maternités précoces sont fréquentes dans les Dom. En Martinique, près d’un enfant sur trois vit toute son enfance avec un seul de ses parents. Parmi les jeunes Martiniquaises âgées de 20 à 30 ans en 2010,  plus d’une sur dix a été mère avant l’âge de 20 ans. Mais ce pourcentage a été divisé par deux en quarante ans.

Les solidarités intergénérationnelles apparaissent moins fortes en Martinique que dans les autres Dom. Les personnes âgées sont souvent aidées dans leur quotidien par leurs enfants. En revanche, l’aide financière régulière bénéficie plus aux jeunes qu’aux plus âgés.

Sommaire

Publication

Un natif de la Martinique sur dix n’a jamais quitté son département

De tous les natifs des Dom, ce sont les Martiniquais1 qui paraissent les plus ouverts vers l’extérieur et les plus enclins à quitter leur île, provisoirement ou durablement. Parmi les 18-79 ans qui vivent dans le département, ils sont près d’un tiers (32 %) à l’avoir quitté durant une longue période (6 mois ou plus), avant de revenir s’y installer. Ceux-là sont dénommés « natifs de retour ».

D’autres, plus nombreux (55 %), sont aussi partis (une ou plusieurs fois) mais pour un séjour de plus courte durée (inférieure à 6 mois).

Au total, seuls 13 % des Martiniquais vivant sur l’île ne l’ont de toute leur vie jamais quittée. En comparaison, les Réunionnais sont deux fois plus nombreux dans le même cas (26 %).


1- Le terme « Martiniquais » désigne exclusivement les personnes nées en Martinique et vivant dans leur département à la date de l’enquête (2010), donc exclut les natifs de l’île qui, à cette date, résidaient durablement hors du département : en France métropolitaine, dans un autre Dom ou ailleurs.


Migrations des natifs des DOM vivant dans leur département selon le département

Migrations des natifs des DOM vivant dans leur département selon le département

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La France métropolitaine : destination privilégiée des Martiniquais

Pour plus de la moitié, ce départ a été motivé par la recherche d’un emploi ou la poursuite des études. Pour les femmes, il s’y ajoute des raisons familiales et pour les hommes, par le passé, le service militaire. Mais plus de huit fois sur dix (83 % des cas), la France métropolitaine a été la destination privilégiée ou obligée.

La durée du séjour est fortement corrélée au motif du départ. Ce sont les Martiniquais partis pour un emploi qui ont été le plus longtemps absents (11 ans en moyenne), puis ceux partis pour raison familiale (8 ans) ou pour les études (5 ans). Les séjours les plus courts ont été ceux effectués dans le cadre du service militaire (3 ans) ou pour une formation professionnelle (3 ans).


Motifs de départ des « natifs de retour » 
Unités : %
Etudes Emploi Formation profes-
sionnelle
Raison familiale Service militaire Autre raison Total
Source : Enquête Migrations, Famille et Vieillissement, Ined-Insee 2009-2010
Guadeloupe 21,4 29,7 9,5 14,9 16,7 7,8 100
Martinique 18,6 33,4 6,8 15,8 19,1 6,3 100
Guyane 29,1 18,1 14,5 22,6 8 7,7 100
Réunion 9,5 28,7 8,9 14,5 34,7 3,7 100
Ensemble Dom 16,0 29,8 8,7 15,2 24,7 5,6 100

Téléchargez le tableau : Motifs de départ des « natifs de retour » en version excel (20 ko)

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La mobilité géographique favorise l’insertion professionnelle

Ce séjour durable hors du département a dans l’ensemble profité aux populations concernées. Les « natifs de retour » sont les plus diplômés des Martiniquais vivant sur l’île en 2010 et leur insertion économique apparaît nettement plus favorable, notamment ceux partis pour les études. De plus, à diplôme égal, ils bénéficient toujours d’une meilleure situation que les autres. Ils sont de loin les plus qualifiés : les deux tiers (65 %) sont diplômés du supérieur, contre 22 % pour l’ensemble des « migrants-retours ». Mieux formés, plus qualifiés, ils sont logiquement en position très favorable sur le marché de l’emploi.  Ils affichent incontestablement la meilleure réinsertion économique.

A l’opposé, les natifs qui n’ont jamais quitté le département cumulent les difficultés socio-économiques : les deux tiers n’ont aucun diplôme,  un sur trois vit en dessous du seuil de pauvreté, et seul un tiers exerce une activité. Aujourd’hui encore, l’attractivité du départ demeure forte, comme le confirment les intentions de mobilité des jeunes Martiniquais âgés de 18 à 34 ans.

Deux tiers environ (65 %) seraient prêts à quitter leur département pour un emploi, mais plus de la moitié (56 %) conditionnerait ce départ à la possibilité d’un retour au pays. À titre de comparaison, cette même perspective de départ séduit nettement moins les jeunes Réunionnais : ils ne sont que 40 % à l’envisager, et un peu plus nombreux (58 %) à la conditionner à la possibilité d’un retour.

Les « immigrants », c’est-à-dire l’ensemble des personnes qui ne sont pas nées  dans le département mais qui ont choisi d’y vivre plus ou moins durablement  forment 16 % de la population âgée de 18-79 ans en Martinique, (ils sont 20 % en Guadeloupe et 17 % à La Réunion) et sont, pour la plupart nés en France métropolitaine. Le contraste est net avec la Guyane où les immigrants forment 63 % de la population considérée, dont 2/3 sont nées à l’étranger.


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42  % des « métropolitains » vivants en Martinique sont « originaires » de l’île

Un des traits remarquables de la migration des natifs sur la population de l’île est l’installation de personnes nées en France métropolitaine, mais qui ont une attache forte avec la Martinique, dont ils sont originaires par leur(s) parent(s) ou ascendant(s). C’est une sorte d’« effet d’après-coup » de ces vagues de départs vers la France métropolitaine de Martiniquais qui y ont vu naître et grandir leurs enfants, voire leurs petits-enfants.

La part des immigrants répondant à cette qualité d’« originaires » est d’autant plus grande que l’émigration vers la France métropolitaine a été dense et durable. Et c’est donc logiquement en Martinique que cette part est la plus importante : 42 % des immigrants nés en France métropolitaine répondent à cette qualité d’originaire, car ils ont au moins un ascendant-parent(s) et/ou grand(s)-parent(s) né(s) dans ce département. La part de ces originaires est de 32 % en Guadeloupe, de 25 % à La Réunion, mais seulement  de 10 % en Guyane.


Répartition des natifs et immigrants et part des originaires dans les immigrants selon le Dom
unités : %
Natifs Immi
grants
Total Immigrants
nés en
France métro-
politaine
dont
origi-
naires
nés
à
l'étran-
ger
dont
origi-
naires
nés dans un Dom-Tom dont
origi-
naires
Note : 10,9 % des habitants de Martinique sont nés en France métropolitaine. 41,9 % des immigrants nés en France métropolitaine sont originaires de Martinique
Source : Enquête Migrations, Famille et Vieillissement, Ined-Insee 2009-2010
Guadeloupe 80,1 19,9 100 10,9 32,1 6,6 9,7 2,4 18,4
Martinique 84,1 15,9 100 10,7 41,9 3,3 16,1 1,9 49,4
Guyane 37,7 62,3 100 13,4 9,5 42,8 6,2 6,1 2,6
Réunion 83,1 16,9 100 9,8 24,6 5,4 14,5 1,6 14,1
Ensemble Dom 77,6 22,4 100 10,7 28,2 9,3 9,7 2,4 17,4

Téléchargez le tableau - Répartition des natifs et immigrants et part des originaires dans les immigrants selon le Dom en version excel (18 ko)

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Un enfant martiniquais sur trois vit toute son enfance au sein d’une famille monoparentale

Les familles monoparentales et les maternités précoces sont deux réalités marquantes de la vie familiale martiniquaise. Leur poids dans les générations antérieures et leur permanence chez les plus jeunes se confirment.

L’importance de la monoparentalité est étudiée, ici pour la première fois, du point de vue des enfants, de la forme de leur vie familiale au cours de leur plus jeune âge (0 à 10 ans) et de sa durée.  En Martinique, plus de 30 % des enfants vivent toute leur enfance exclusivement au sein d’une famille monoparentale. À titre de comparaison, en France métropolitaine, seul un enfant sur 50 a vécu ses dix premières années dans une famille monoparentale. En Guadeloupe et en Guyane, leurs parts sont respectivement de 29 % et 24 %. Cette situation est, en revanche, moins nettement fréquente à La Réunion (10 %).

Ces résultats sont d’autant plus remarquables, qe pour beaucoup de ces enfants, cette situation se prolonge bien au-delà de l’enfance : pour 28 % de ceux nés en Martinique entre 1990 et 1994, la vie familiale avec un seul des deux parents se prolonge jusqu’à l’adolescence (0 à 15 ans). Ils sont 24 % dans ce cas en Guadeloupe, 23 % en Guyane, mais seulement 5 % à La Réunion.

Le niveau de formation de la mère joue un rôle décisif. Pour un enfant, vivre durablement dans une famille monoparentale sera d’autant plus probable que sa mère sera peu diplômée.

En Martinique près de la moitié (49,5 %) des enfants dont la mère n’a aucun diplôme vivent seuls avec elle les dix premières années de leur vie2. Mais, lorsque la mère est titulaire d’un diplôme supérieur au Bac, ils ne sont qu’une minorité à connaitre le même parcours familial.


2 - Le pourcentage est de 43,9 % en Guadeloupe. En Guyane et La Réunion, les proportions chutent à 18,5 % et 16,6 %.


Répartition des enfants 1 selon leur histoire familiale
durant l’enfance (0-10 ans)

Répartition des enfants 1 selon leur histoire familiale durant l’enfance (0-10 ans)

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Plus d’une Martiniquaise sur dix  a eu son premier enfant avant 20 ans

Si les maternités précoces demeurent un sujet de préoccupation des institutions publiques dans les DOM, c’est aux Antilles qu’elles sont le moins fréquentes.

Toutefois, la part des jeunes Martiniquaises déjà mères avant 20 ans parmi celles nées entre 1980 et 1989 (11 %), dépasse encore de loin la moyenne métropolitaine (4 %). Ce taux a nettement diminué en Martinique au fil des générations : il était de plus de 20 % pour les Martiniquaises nées entre 1940 et 1949. Cette évolution contraste fortement avec la situation observée en Guyane ou La Réunion.

La proportion des maternités précoces y a peu évolué au cours de la même période : elle se situe encore aujourd’hui au dessus du niveau de la Martinique il y a quarante ans.

Précisons que ces jeunes femmes déclarent un recours très fréquent à l’interruption volontaire de grossesse. Aux Antilles, ces jeunes mères ont trois à quatre fois plus recours à l’IVG que les autres femmes de leur génération. A titre d’exemple, en Martinique une sur trois déclare avoir déjà vécu au moins une fois cette expérience3. Dans un contexte de large diffusion des moyens de contraception, ces maternités précoces soulèvent de nombreuses interrogations.


3 - Ces proportions sont des estimations basses, car on peut formuler l’hypothèse d’une sous déclaration des IVG dans MFV.


Part des femmes natives des DOM ayant au moins un enfant à 20 ans
Unité : %
Guadeloupe Martinique Guyane La Réunion Métropole
Source : Enquête Migrations, Famille et Vieillissement, Ined-Insee 2009-2010
Génération (année de naissance) 40-49 80-89 40-49 80-89 40-49 80-89 40-49 80-89 40-49 80-84
Femmes ayant au moins un enfant à 20 ans 20 10 22 11 29 26 26 23 10 4

Téléchargez le tableau : Part des femmes natives des DOM ayant au moins un enfant à 20 ans en version excel (17 ko)

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Être mère jeune : un substitut de statut social

Ces jeunes mères ont souvent une scolarité défaillante : l’arrivée de l’enfant coïncide fréquemment - à un an près - avec leur sortie du système scolaire. Pour celles nées dans les années 80, cette concomitance se vérifie plus d’une fois sur deux (56 %) en Martinique. Les proportions sont identiques en Guadeloupe (54 %), un peu moindre en Guyane (45 %), mais nettement plus élevées à La Réunion (70 %).

Leur difficulté à intégrer le marché de l’emploi s’inscrit presque logiquement dans la suite de ce parcours. Peu diplômées, sorties précocement de l’appareil scolaire, ces jeunes mères sont le plus souvent « femmes au foyer » ou au chômage. Elles sont, en conséquence, proportionnellement plus nombreuses à vivre au sein d’un ménage ne déclarant aucun revenu d’activité. Elles sont 53 % dans ce cas en Martinique, contre 17 % pour celles qui n’ont pas d’enfants au même âge4.


4 - Les travaux ultérieurs permettront d’approfondir utilement ce sujet pour une meilleure orientation des politiques de prévention, en examinant notamment les liens entre parcours scolaire, maîtrise de la fécondité, accès à l’emploi, mise en couple, décohabitation parentale et maternité(s) précoce(s).


Les « grandes personnes » sont très entourées, même lorsqu’elles vivent seules

En 2007, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent 20 % de la population de la Martinique, soit 79 000 personnes. Leur part devrait plus que doubler en 2040. À cette date, quatre Martiniquais sur dix auraient 60 ans ou plus soit 169 000.personnes. La Martinique alors sera la seconde région la plus âgée de France, après la Corse.

Dans cette perspective, la prise en charge des personnes âgées constitue un des défis majeurs pour la région. Certaines peuvent souffrir d’isolement, être confrontées à une perte d’autonomie ou de fortes difficultés financières qui assombrissent leur quotidien et peuvent nécessiter l’aide de leurs proches et des institutions.

En Martinique, les « grandes personnes » demeurent, aujourd’hui encore, bien entourées et ne sont pas coupées de la vie sociale. La très grande majorité a au moins un proche vivant sur l’île. Le plus fréquemment un frère, une sœur (neuf fois sur dix) ou un enfant (sept fois sur dix). Les trois quarts entretiennent des contacts très réguliers avec leurs (s) enfant(s), soit qu’ils cohabitent, soit qu’ils se voient au moins une fois par semaine. Avec l'âge, la cohabitation se fait plus rare, sans pour autant accentuer l’isolement.

Si près d'un tiers des plus âgés vit seul, beaucoup (60 %) voient leurs enfants au moins une fois par semaine, mais plus les femmes (70 %) que les hommes (50 %). Il reste que 13 % des séniors martiniquais déclarent n’avoir aucune famille dans le département, ce qui est loin d’être négligeable.


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En Martinique, les aînés aident autant leur proche qu’ils sont aidés

Outre-mer, les aînés reçoivent généralement plus qu’ils ne donnent5. Mais ce bénéfice n’est pas équivalent d’un DOM à l’autre : c’est à la Martinique qu’ils sont le moins nombreux à recevoir une aide, en Guyane et à La Réunion qu’ils le sont le plus. Il en va de même pour les jeunes. Même s’ils font l’objet partout d’un soutien important, c’est en Martinique que la solidarité à leur endroit paraît la moins intense, à l’inverse de la Réunion.

S’agissant des aides financières, ce sont les jeunes de moins de 25 ans qui, de loin, en sont les premiers bénéficiaires, qu’elles soient exclusives ou complétées par une aide non financière. A l’autre extrême, les plus âgés ne bénéficient que d’aides non-financières, apportées très souvent par les plus jeunes qui apparaissent fortement contributeurs sur ce plan. Mais, là encore, les réalités diffèrent d’un DOM à l’autre et c’est en Martinique que cette contribution des jeunes se révèle la plus faible.

Les Martiniquais de 60 ans et plus présentent la particularité d’apporter à leur famille ou à leur entourage plus d’aides qu’ils n’en reçoivent. C’est particulièrement le cas pour les aides financières6 : ils sont quatre fois moins nombreux à en recevoir (3 %) qu’à en apporter (12 %), principalement à leurs enfants.

Dans ce schéma d’entraides intergénérationnelles, ce sont très logiquement les adultes d’âge mûr qui sont proportionnellement les plus contributeurs et les moins bénéficiaires. La place centrale des générations pivots (45 – 54 ans) dans cette redistribution se confirme, et singulièrement celle des femmes qui aident le plus et qui reçoivent le moins.

Aux aides financières, les Martiniquais ajoutent d’autres attentions facilitant la vie quotidienne de leurs enfants, principalement en gardant leurs petits-enfants et/ou en assurant des tâches domestiques (ménage, petits travaux de réparation, jardinage, courses et déplacements). Ces services rendus sont bien sûr le fait des aînés les plus « jeunes » (60-69 ans) et aussi, deux fois sur trois, l’apanage des femmes. Ces gardes d’enfants sont toutefois moins répandues en Martinique (14 %) qu’à La Réunion (25 %). Elles sont aussi moins fréquentes : 8 % l’assure au moins une fois par semaine en Martinique, 15 % à La Réunion.


5 - Les aides étudiées sont les aides régulières, apportées et reçues dans le cadre familial.

6 - Pour les aides financières apportées et reçues on entend au moins 4 fois par an.


Personnes déclarant recevoir une aide régulière selon l’âge

Personnes déclarant recevoir une aide régulière selon l’âge


Personnes déclarant apporter une aide régulière selon l’âge

Personnes déclarant apporter une aide régulière selon l’âge


Nature de l’aide apportée par âge

Nature de l’aide apportée par âge

Nature de l’aide reçue par âge

Nature de l’aide reçue par âge

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L’état de santé des personnes âgées plus précaire qu’en France métropolitaine

Parce qu’il se détériore à mesure de l’âge, l’état de santé détermine aussi les besoins de solidarités envers les personnes âgées. Sur une définition large de la dépendance (déclarer être en « très mauvais état de santé » ou « limité dans ses activités quotidiennes »), la comparaison avec la France métropolitaine est édifiante.

Aux Antilles 60 % des personnes âgées de 75 ans se déclarent en « très mauvais état de santé » ou « limitées dans leurs activités quotidiennes », elles sont aux alentours de 70 % en Guyane et à La Réunion. En France métropolitaine, aux mêmes âges, la proportion est de 40 % (enquête Erfi). Plus encore, cette proportion de 40 % de personnes en « très mauvais état de santé » ou « limitées dans leurs activités quotidiennes », est atteinte près de 10 ans plus tôt en Martinique et en Guadeloupe et près de 20 ans plus tôt à La Réunion. C’est à La Réunion et en Guyane que les séniors se déclarent le plus en difficulté.

Les Martiniquais âgés se sentent, eux, plutôt en bonne santé, voire pour certains en très bonne santé. Ils sont deux sur cinq à en juger ainsi, même si en parallèle, environ un sur deux déclare souffrir d’une maladie chronique ou de longue durée. La moitié déclare n’éprouver aucune gène dans ses activités quotidiennes. Évidemment, cette situation se dégrade avec l’âge : au delà de 75 ans, ils ne sont plus qu’un tiers à n’éprouver aucune difficulté dans leur vie quotidienne.


Une précarité ressentie plus forte au-delà de 70 ans

Aux difficultés physiques ou sanitaires, s’ajoute pour beaucoup une précarité économique. Étudiée sous l’angle du ressenti des personnes interrogées, la pauvreté apparaît dans les DOM très nettement supérieure à celle de la France métropolitaine. Quels que soient le sexe et l’âge, la part des personnes déclarant « y arriver difficilement » financièrement ou « ne pouvant pas y arriver sans faire de dette7 » est toujours très élevée (entre 30 % et 45 %). Plus encore ce sentiment se renforce avec l’âge Outre-mer, alors qu’à l’inverse il s’attenue dans l’Hexagone. Cet écart grandissant témoigne des inégalités héritées de l’histoire de la protection sociale en France métropolitaine et dans les DOM.

C’est en Guadeloupe que cette précarité est le plus fortement ressentie. Paradoxalement, elle l’est moins en Guyane et à La Réunion, en dépit d’une pauvreté monétaire objectivement plus forte. On peut y voir l’effet positif d’une plus forte solidarité dans ces deux départements : le niveau plus élevé des aides reçues par les plus âgés contribuerait ainsi à atténuer leur perception de la précarité.

En Martinique, si un peu plus d’un tiers des séniors de l’île (35 %) se disent concernés, seuls 4 % déclarent devoir s’endetter pour boucler leur budget. Ces plus faibles niveaux de précarité ressentie et de pauvreté monétaire8 en Martinique, associés à un meilleur état de santé déclaré pourraient expliquer que les Martiniquais les plus âgés soient (en proportion) moins nombreux à être aidés par leur(s) proches, parce que plus aptes à subvenir seuls à leurs besoins.


7 - Ce résultat peut-être rapproché d’un indicateur comparable en France métropolitaine de personnes qui déclarent avoir des fins de mois « difficile » ou « très difficile ».

8 - Ils sont 14 % à bénéficier de la couverture maladie universelle (CMU), mais 18 % n’ont pas de mutuelle.


Personnes déclarant « ne pas pouvoir s’en sortir sans faire de dette » ou « y arriver difficilement » en fonction de l’âge

Personnes déclarant « ne pas pouvoir s’en sortir sans faire de dette » ou « y arriver difficilement » en fonction de l’âge

L’aide à domicile privilégiée en cas de dépendance

En Martinique, les personnes âgées préfèrent vivre chez elles, sans être une charge pour leurs enfants. Elles ne sont que 12 % à envisager cette dernière solution dans le cas où vivre seul deviendrait impossible. La majorité des retraités de plus de 60 ans souhaiterait bénéficier d’une aide à domicile (64 %). Les autres privilégieraient le placement en établissement spécialisé plutôt que l’hébergement par un membre de sa famille (24 %).

Ce choix varie peu selon l’âge. Les jeunes retraités (60 à 69 ans) ne distinguent guère des plus anciens (70-79 ans) : ces derniers sont même un peu plus nombreux à choisir le recours à « une aide à domicile » de préférence à l’installation chez un membre de la famille.

Au total, l’idée de solidarités intergénérationnelles encore fortes est très présente dans les Dom. Mais les contrastes d’un département à l’autre sont réels.


L'accompagnement pour les personnes âgées en Martinique
Unité : %
Recourir à une aide à domicile Vivre chez un membre de la famille Aller dans un établissement spécialisé
Source : Enquête Migrations, Famille et Vieillissement, Ined- Insee 2009-2010.
60 à 69 ans 62 13 25
70 à 79 ans 66 11 23
Total 64 12 24

Téléchargez le tableau : L'accompagnement pour les personnes âgées en Martinique en version excel (17 ko)

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L’enquête Migrations, famille, vieillissement : une première dans les quatre Dom.

En 2009, l’Ined et l’Insee ont engagé, pour la première fois de manière coordonnée dans les quatre Dom, une enquête de grande envergure sur les mutations sociodémographiques en cours et leurs incidences sur l’avenir de ces départements : l’enquête Migrations, famille, vieillissement (MFV).

Trois thèmes d’étude ont été privilégiés, en interrogeant 16 000 personnes âgées de 18 à 79 ans : les évolutions de la vie familiale, les enjeux et conséquences des migrations et les effets du vieillissement sur les solidarités intergénérationnelles.

S’agissant des migrations, l’enquête Mfv permet une analyse fine de leurs réalités dans chacun des Dom. Elle étudie toutes les populations concernées : celles qui partent, celles qui s’installent, autant que celles qui reviennent. Mais elle s’intéresse aussi à ceux qui n’ont jamais quitté leur département, en essayant d’en comprendre les raisons.

Dans son approche de la famille, elle apporte un éclairage inédit en proposant une analyse des parcours familiaux des hommes, des femmes et surtout de leurs enfants. Plus largement, elle examine aussi les modalités d’accès aux biens et aux services (logement, emploi, services publics, santé, etc.) des personnes interrogées et les discriminations dont elles auraient pu être victimes.

Une attention particulière a été également accordée aux jeunes adultes de 18 à 34 ans. L’étude de leur parcours professionnel s’accompagne d’un examen de leur trajectoire scolaire et de leur éventuelle migration pour tenter d’en mesurer l’impact sur l’accès à l’emploi.

Concernant les solidarités intergénérationnelles, l’enquête permet de mesurer l’entraide familiale, qui améliore la vie quotidienne des plus âgés. Les Dom, et la Martinique en particulier, sont face au défi grandissant de la prise en charge de la dépendance. Les prochaines exploitations, complétées par des entretiens auprès des populations concernées, aideront à mieux cerner les enjeux de ces solidarités : profil des aidants et des aidés, rôles respectifs de la famille et de l’entourage dans l’organisation des solidarités, besoins exprimées par les populations concernées, situation particulière des personnes isolées, etc.

Enfin, parce que les Dom sont un creuset original de production, d’échanges et de mixité culturels, l’enquête Mfv s’est aussi intéressée aux formes objectives de ce dynamisme culturel, à l’étude des pratiques et valeurs religieuses et la place de la langue créole au sein des familles et aux réalités de sa transmission.

Précision sur les notions utilisées

Martiniquais ou Natif de Martinique : Toute personne née en Martinique quelle que soit sa nationalité à la naissance.

Natif de retour ou Migrant retour : Toute personne née dans le département qui, après un séjour de six mois ou plus hors du département, y étaient réinstallée à la date de l’enquête.

Immigrant : toute personne née hors du département d’enquête. Ces « immigrants » peuvent être nés en France métropolitaine, à l’étranger ou dans un autre DOM ou COM.

Séjour de migration : pour les natifs, séjours de six mois ou plus hors du département.

Aides financières : soutiens financiers apportés ou reçus, de manière régulière (au moins quatre fois par an) entre membres de la famille ou de l’entourage.

Aides non financière ou entraide : aides apportée ou reçues  de manière régulière relatives aux tâches administratives (remplir des formulaires, régler des questions juridiques ou financières…), aux tâches ménagères (petits travaux, jardinage, courses…) ou aux soins personnels (s’habiller, se laver, manger…).

Garde d’enfant : garde d’enfants de moins de 11 ans, régulière (au moins une fois par mois), à caractère non professionnel.

Enquête MFV

L’enquête MFV a été conçue et préparée par Claude-Valentin Marie* (Direction scientifique), Didier Breton**, Franck Temporal* et Stéphanie Condon*.

Le suivi et la coordination des opérations statistiques ont été assurés par Pascale Pietri-Bessy et Ali Hachid (Cpos-Insee), la responsabilité interrégionale des opérations de collecte pour les Antilles-Guyane par Sylvain Quenum et pour La Réunion par Olivier Fagnot***. Jérémie Torterat*** (Criem) a été responsable des opérations méthodologiques et du tirage des échantillons.

La collecte a été assurée par les enquêteurs de l’Insee des Antilles, de la Guyane et de La Réunion.

Pour sa réalisation, cette enquête a bénéficié du partenariat institutionnel et/ou financier de la Préfecture de La Martinique, du Conseil régional de La Guadeloupe, du Conseil général de La Guadeloupe, la Délégation Générale à l’outre-mer, de l’AFD, de la Halde, de L’Acsé et des collectivités locales de la Martinique, de la Guyane et de La Réunion.


* Ined - ** Université de Strasbourg - *** Insee-Réunion

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