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Épargne-crédit : L'environnement économique dégrade la conjoncture financière

Stéphane ATTALI - IEDOM

Année économique et sociale 2009 en Martinique

Alors que les effets de la crise économique et financière semblent progressivement s’atténuer au niveau mondial, la conjoncture monétaire et financière de la Martinique a subit la dégradation de l’environnement économique. Les établissements de crédit ont continué de jouer leur rôle d’intermédiation financière, mais dans des conditions rendues plus difficiles par la baisse de la demande et l’augmentation de la sinistralité. La production de crédits en faveur des agents économiques s’est nettement ralentie, inversant la tendance observée depuis 2005. Les prêts à l’habitat des ménages et à l’investissement des entreprises ont perdu de leur dynamisme.



Après plusieurs années de croissance ininterrompue, l’encours de crédits des établissements toutes zones confondues atteint 7,6 milliards d’euros, en net ralentissement sur un an (+ 0,5 % contre + 8,2 % en 2008). Ce ralentissement, dû à la faiblesse de l’activité économique, touche tous les agents économiques. Les concours en faveur des entreprises (- 2,0 %) comme ceux en faveur des ménages (+ 1,2 %) sont particulièrement atones. Les concours en faveur des entrepreneurs individuels sont déprimés (- 10 % pour les crédits de trésorerie et + 0,9 % pour les crédits d’équipement). La mise en place des dispositifs de soutien au plan de relance (médiation du crédit, plan Corail cf. encadré) a permis de limiter ce recul.

Contrairement aux années précédentes, les concours en faveur des entreprises diminuent de 2 % (contre + 9,8 % en 2008 et + 6,4 % en 2007). Ce différentiel s’explique par la baisse des crédits d’exploitation (- 11,8 %) ainsi que la stagnation des crédits d’investissement (- 0,3 %) et immobiliers (+ 0,2 %). L’encours en faveur des ménages (2,8 milliards, + 1,2 %), soutenu par le crédit à l’habitat (+ 4,3 %), est freiné par la baisse du crédit à la consommation (- 4,7 %), en lien avec la faiblesse de la consommation. La hausse des concours octroyés aux collectivités locales a été modérée (+ 1,9 %), pour s’établir à 833,9 millions d’euros, en raison de l’évolution des crédits d’investissement (+ 2,3 %).

Au niveau de la structure par agents économiques, les entreprises maintiennent leur position de principaux bénéficiaires des crédits sains, avec un total de 3,2 milliards d’euros (45,1 % de l’encours global, dont un tiers lié au financement de l’immobilier constitué notamment du logement social), devant les ménages (39,9 %) et les collectivités locales (11,8 %). Les parts des ménages et des collectivités sont ainsi les seules à progresser en 2009.


Structure de l'encours sain de credits par agent economique

Retournement de conjoncture pour les établissements locaux

L’encours sain des concours consentis par les établissements locaux décroît en 2009 (- 1,6 %) et s’établit à 4,8 milliards d’euros à fi n 2009. Cette baisse contraste avec l’évolution soutenue des années précédentes (+ 9,4 % en 2008 et + 10,4 % en 2007). La part des banques locales dans le financement des différents agents économiques varie fortement d’une catégorie d’agents à l’autre. Ainsi, elle est plus élevée pour les ménages (92,1 %) que pour les entreprises (58,7 %) ou les autres agents et clientèles diverses (51,3 %). Elle est en revanche faible pour les collectivités locales (26,8 %), ce marché étant principalement occupé par les établissements non installés localement.



Les crédits à l'habitat ont soutenu les crédits aux ménages

Avec un encours de 2,6 milliards d’euros fin 2009, l’endettement bancaire des ménages a nette ment décéléré en 2009 (+ 0,5 %) par rapport au rythme encore élevé de 2008 (+ 7,4 %) ou 2007 (+ 12,2 %). Ce taux est inférieur à celui de la France (+ 4,0 %) ou des autres départements français d’Amérique (+ 2,0 % à la Guadeloupe). Les crédits à l’habitat, principale composante de l’endettement des ménages (les deux tiers de l’encours), progressent de 3,6 % sur un an (contre + 3,6 % en France entière ; + 4,5 % en Guadeloupe), s’établissant à 1,7 milliards d’euros.

Comme en Métropole, les transactions du secteur immobilier ont connu un ralentissement généralisé. Avec une baisse de 5,1 % en Martinique à 858 millions d’euros, les crédits à la consommation subissent un retournement de tendance plus prononcé que dans les autres géographies (- 1,8 % en Guadeloupe). Cet encours, très dépendant du marché automobile, est resté mal orienté toute l’année malgré un rebond en fin d’année dû aux dispositifs de soutien à la vente de véhicules.


Encours des credits a la consommation et a l habitat des menages

L’encours sain des crédits consentis aux entreprises s’élève à 1,8 milliards d’euros, en baisse de 4,2% (contre + 11,3 % en 2008 et + 11,9 % en 2007). L’encours des crédits d’investissement, première composante du financement bancaire des entreprises (65,8 % du total), enregistre une baisse (- 2,3 % contre + 4,0 % pour la France entière). L’encours des crédits d’exploitation est orienté encore plus défavorablement avec une chute de 12,2 % sur l’année (contre - 14,5 % pour la France entière ; -11,3 % en Guadeloupe) et s’établit à 369 millions d’euros. Les comptes ordinaires débiteurs ont toutefois progressé vigoureusement (+ 22,7 %), rendant compte de la fragilisation accrue de la situation financière des entreprises.

Une dégradation de la qualité des portefeuilles bancaires

Une tendance similaire se dégage au niveau de l’évolution des risques bancaires recensés par la centrale des risques de la Banque de France. Globalement, l’encours des risques déclarés (5,3 milliards d’euros) progresse faiblement (+ 0,8 % contre + 10,5 % en 2008). Les secteurs les plus prépondérants (activités immobilières et administration publique) connaissent une croissance très modérée, alors que plusieurs secteurs de l’économie marchande sont en régression, en liaison avec la dégradation de l’environnement économique. L’encours des « activités immobilières » atteint ainsi 1,7 milliards d’euros (+ 1,6 %), poursuivant un ralentissement déjà amorcé en 2008 (+ 3,8 % et + 8,1 % en 2007). Parallèlement, l’encours du secteur de la construction (195 millions d’euros) diminue de 6,7 % après + 10,2 % en 2008.

Les activités du commerce et de l’hébergement restauration, sont particulièrement impactées par la crise, leurs encours de risques reculent respectivement de 7,9 % et 13,5 %. La dégradation de la situation financière des agents économiques s’est traduite par un accroissement des créances douteuses brutes des établissements de crédit locaux (+ 13,9 % contre - 2,2 % en 2008) interrompant la baisse continue observée les années précédentes. Le volume des créances douteuses brutes s’élève à 472 millions d’euros ; le poids des créances douteuses dans l’ensemble des concours consentis par les établissements de Martinique a se situe à 9,0%. Il demeure toutefois inférieur au taux observé en Guadeloupe (10,9 %).

La remontée des créances douteuses brutes est due notamment à celle des créances douteuses nettes des entreprises, celles-ci passant de 85,1 à 112,1 millions d’euros à fin 2009. La remontée des créances douteuses nettes sur les ménages est plus modérée (+ 1,4 millions d’euros). Ce renversement de tendance, se conjugue avec une contraction de la couverture du risque de contrepartie, le taux de provisionnement ayant reculé de 2 points (64,8 % en 2009 contre 66,8 % en 2008).


Encours des credits d investissement des entreprises

Les dispositifs de soutien au plan de relance

Face à la crise financière et économique, L’État a pris, depuis octobre 2008, de nombreuses décisions pour limiter les effets économiques et sociaux de la crise. Un plan de relance a notamment été mis en place avec des mesures destinées à améliorer la trésorerie des entreprises, leur donner les moyens d’investir et leur garantir un accès facilité au crédit.

Les mesures de ce plan pour la relance de l’économie s’appliquent sans disposition particulière. Ce plan est conforté localement par le plan CO-RAIL (Contrat de Relance de l’Activité et d’Initiative Locale) qui prévoit la mise en place de mesures exceptionnelles pour permettre aux très petites entreprises (TPE) et aux petites et moyennes entreprises (PME) de surmonter leurs difficultés et leur apporter des réponses concrètes quand elles :

  • éprouvent des difficultés de paiement de leurs dettes fiscales, sociales ou droits et taxes de douanes ;
  • connaissent une baisse d’activité ou une période d’inactivité ;
  • rencontrent des difficultés d’accès aux crédits bancaires.

Les mesures fiscales relatives au paiement et à l’accélération du remboursement des créances publiques ont eu un effet significatif sur la trésorerie des entreprises. En complément, les plans de règlement des dettes sociales et fiscales ont concerné prés de 1 800 entreprises.

L’année 2009 a également été marquée par la pérennisation du dispositif de médiation du crédit aux entreprises. Un accord de place a été signé le 27 juillet 2009 entre l’État, le médiateur du crédit et les différents partenaires du dispositif dont l’Iedom et l’IEOM.

La médiation du crédit a été créée en novembre 2008 pour, d’une part, aider les entreprises à résoudre leurs problèmes de trésorerie et de financement et, d’autre part, veiller au respect des engagements pris par les établissements financiers dans le cadre du plan national de soutien à l’économie. Depuis sa création, la médiation a été sollicitée par près de 22 000 entreprises, 64 % des dossiers ayant connu une issue favorable. Les TPE et PME sont les premières bénéficiaires du dispositif de médiation dans lequel elles trouvent un soutien dans leurs relations avec leurs établissements bancaires, particulièrement en période de conjoncture difficile.

Afin mars 2010 et depuis l’entrée en vigueur du dispositif de médiation, 117 dossiers ont été déposés à la Martinique. Sur les 75 dossiers recevables, 27 dossiers ont été clôturés après un succès de la médiation et 22 sont en échec. Le taux de médiation réussie en Martinique s’établit ainsi à 55 %.

Définitions

Encours de crédit brut :
Total des crédits accordés.
Créances douteuses :
Encours de crédit pour lequel il existe un risque avéré de non-remboursement.
Encours de crédit sain :
Encours de crédit brut–créances douteuses.

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