Gérard Forgeot
Si l'économie martiniquaise s'est rapidement relevée du passage du cyclone DEAN, comme en témoigne la reprise des exportations de banane, la crise économique mondiale révèle ses fragilités et sa dépendance vis-à-vis de l'extérieur.
La hausse du prix des intrants de l'agriculture et de l'industrie a creusé le déficit commercial, et rendu les productions locales moins compétitives vis-à-vis des importations. Il s'ensuit une progression de l'indice des prix à la consommation plus rapide qu'en 2007, notamment pour les produits alimentaires.
Le ralentissement économique international s'observe également sur le tourisme : le nombre des arrivées de touristes de séjour est en diminution sensible. L'activité de la plateforme aéroportuaire s'en ressent, surtout sur les liaisons transatlantiques, d'autant que le fret commercial est également en baisse. Le taux d'occupation des hôtels diminue aussi fortement, notamment au sein des grands établissements.
La contraction de l'offre de crédit au niveau mondial, suite à la crise des « subprimes », a eu peu de conséquences localement. Cependant, les crédits octroyés par le système bancaire aux ménages ou aux entreprises augmentent faiblement. La progression record des dépôts des ménages sur les livrets A et assimilés est révélatrice de leur volonté de se constituer une épargne de précaution. La diminution du nombre d'immatriculations automobiles par rapport à 2007, sur le neuf comme sur l'occasion confirme que la consommation n'est pas la priorité des ménages en 2008.
Car la situation sur le front de l'emploi ne prête pas à l'optimisme. Le nombre de demandeurs d'emplois enregistrés au pôle emploi est en augmentation pour la première fois depuis 2004. Le taux de chômage au sens du Bureau International du Travail repart également à la hausse. Les catégories traditionnellement les plus fragiles sur le marché du travail, à savoir les femmes, les jeunes, et dans une moindre mesure les seniors, supportent le gros du ralentissement économique.
Outre la conjoncture peu favorable, la Martinique doit également faire face à des évolutions structurelles qui lui sont propres. Le vieillissement de la population conduit mécaniquement àune diminution du nombre d'actifs, et à une progression des dépenses de santé par habitant plus rapide qu'en France métropolitaine, même si elles demeurent inférieures. Une diminution sensible du nombre d'élèves dans le 1er et 2nd degré est également observée depuis 1998.
Les acteurs économiques de la Martinique prennent progressivement conscience de ces changements. Les créations d'entreprise sont de moindre ampleur en 2008, mais s'opèrent davantage dans des secteurs qui permettent de gagner en autosuffisance, comme l'agro-alimentaire. De même, le fort taux de création dans les services à la personne permet entre autres de répondre au vieillissement de la population. Malgré la diminution des effectifs scolarisés, de plus en plus d'élèves s'orientent dans les seconds cycles professionnels afin de pouvoir répondre aux besoins du système productif.
Les responsables du tourisme s'adaptent également à la nouvelle donne. Ainsi dans le secteur hôtelier, la grande hôtellerie cible davantage la clientèle internationale, tandis que la petite et moyenne tente de mieux répondre aux exigences de la clientèle locale. La baisse du nombre de touristes de séjour est pour partie compensée par la recherche d'autres clientèles, notamment maritime. Enfin, des investissements importants ont été consentis au niveau de la plateforme aéroportuaire afin de conserver une infrastructure performante.
Le secteur agricole a aussi pris la mesure des changements tant législatifs que concurrentiels auxquels il doit faire face. Il s'y prépare d'ores et déjà par exemple en optant pour des techniques de production utilisant moins de pesticides, ou en investissant dans des mûrisseries pour la banane en France métropolitaine.
Dans cette conjoncture difficile, la solidarité demeure primordiale. Si globalement le nombre d'allocataires diminue suite notamment aux évolutions démographiques, le nombre de bénéficiaires de l'allocation logement augmente sensiblement, et près du tiers des allocataires ne bénéficie en 2008 d'aucune autre ressource que celles versées par la CAF.

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